Titre : La Pièce Vide

Fandom : Fullmetal Alchemist

Disclaimers :

- l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas.

- L'idée initiale (Edward est un homonculus, Hawkeye meurt) m'a été soufflée par Shirenai.

Mon petit blabla : On avance dans la bataille finale ! Je n'ai pas beaucoup de commentaires de votre part et j'essaie de ne pas me décourager mais lire vos réactions me ferait vachement plaisir ! Surtout si vous n'avez pas lu Renoncer et hésiter et que vous ne savez pas quel type de fic j'écris hihi... J'espère que ce chapitre vous plaira !

Précédemment dans La Pièce Vide : L'assaut a commencé. Selim est venu avec l'ensemble des troupes de Centrale mais l'équipe Mustang a un plan. Colt, Smith et Breda défendent la maison de la masse d'infanterie qui s'avance, tandis qu'Edward entraîne Selim dans une fosse autour de laquelle sont postés Mustang et Alphonse. Tout semble bien se passer, jusqu'à ce qu'un char d'assaut n'apparaisse et que Smith n'échoue à le mettre hors d'état de nuire. Selim parvient alors à prendre le contrôle de Mustang et semble décidé à retrouver les frères Elric...

"Zig et zig et zig, la mort en cadence

Frappant une tombe avec son talon

La mort à minuit joue un air de danse

Zig et zig et zag, sur son violon"


Air de danse

Remington était mort, il n'y avait aucun doute.

Le soldat l'avait poussée sans ménagement et la journaliste prit ses jambes à son cou, sans se retourner lorsqu'elle entendit un coup retentir et le cri de Remington, sans hésiter lorsqu'un deuxième coup fut tiré.

Audra essuya d'un geste fébrile les larmes qui lui étaient venues et brouillaient son champ de vision. Remington s'était sacrifié pour elle, avait choisi d'affronter Amanda alors qu'il n'avait aucune arme et aucune chance, pour lui permettre de s'enfuir. Elle ne pouvait pas gâcher cette opportunité si chèrement acquise. Chancelante sur ses jambes, elle s'efforça d'avancer. Elle ne devait surtout pas retomber entre les mains d'Amanda et encore moins entre celles de l'armée. Mais son corps était épuisé.

Malgré elle, elle s'effondra contre un mur, dans la pénombre d'une ruelle étroite. Il y avait le manque de sommeil, la peur, la faim. Ses membres tremblaient sans pouvoir s'arrêter mais la jeune femme ne pouvait pas rester immobile. Les soldats, attirés par les tirs, n'allaient pas tarder à se mettre à ratisser le quartier. Audra inspira profondément dans une tentative vaine de calmer son cœur, puis se releva. Elle devait quitter ce quartier, trouver un endroit où se reposer et reprendre des forces et ensuite, trouver un moyen de rallier le Nord.

Les heures qui suivirent défilèrent dans un brouillard de confusion. Courir, fuir les zones de combat. Se cacher, éviter les patrouilles. Audra était épuisée, affamée, tellement tendue que son instinct de survie avait repris le contrôle et l'avait fait tituber à moitié consciente dans les rues de Centrale, jusqu'à trouver un abri. Et lorsqu'elle se réveilla, Evans se trouvait dans une petite épicerie déserte qu'elle ne reconnut pas.

La quasi-obscurité des lieux indiquait que le soleil s'était couché depuis un moment. Le cadavre d'une bouteille d'eau gisait à ses côtés. La jeune femme s'était sans doute engouffrée dans le premier abri qu'elle avait trouvé, s'était hydratée, avant de tomber de fatigue une nouvelle fois.

Audra se redressa avec une grimace, les membres endoloris et courbaturés, pour faire quelques pas dans le local. Dans la pénombre, elle ne distinguait pas grand-chose, sinon que le rideau de fer était toujours abaissé sur la vitrine, obscurcissant la seule source de lumière. Elle tituba, entre les étals qu'elle devinait au toucher à moitié vide. Dommage. Son ventre gargouillait et elle ne se souvenait plus à quand remontait son dernier vrai repas. Avec un pincement au cœur, le souvenir de Remington lui revint. Il s'était sacrifié pour elle. Lui qui l'avait méprisée sans se cacher, qui avait cherché à la faire partir du gouvernement pour finalement faire face à Amanda pour lui laisser une chance de rejoindre le Nord.

La jeune femme essuya d'une main tremblante les larmes qui s'étaient échappées et inspira profondément. Se nourrir d'abord, Essayer de comprendre où elle se trouvait ensuite. Et rallier le général Armstrong. Elle ne pouvait pas perdre son temps à s'apitoyer sur son sort maintenant et risquer de gâcher le sacrifice de Remington.

A tâtons - allumer la lumière ne lui semblait guère raisonnable - elle commença à parcourir les étagères mais les habitants du quartier avaient sans doute dépouillé les allées au début des affrontements. Pas qu'elle le leur reproche. Elle parvint à mettre la main sur deux trois pommes, qui, au toucher, semblaient bien abîmées. Mais c'était mieux que rien et la jeune femme les mit de côté avant de s'aventurer vers une allée en quête de produits secs. Elle titubait au milieu de conserves abandonnées lorsqu'un bruit retentit quelque part sur sa gauche.

Evans s'immobilisa. Le son ne provenait pas de la devanture mais de l'arrière de la boutique et une question lui traversa l'esprit : comment avait-elle fait pour rentrer ? A moitié morte de faim, elle n'y avait jusqu'à présent pas songé mais comment avait-elle pu trouver refuge dans cette épicerie ? Elle n'était pas suffisamment forte pour forcer la porte arrière d'un magasin, ce qui signifiait probablement que l'entrée était sans doute déjà forcée à son arrivée. Et que d'autres personnes pouvaient la rejoindre.

Le bruit se faisait plus fort à présent : des voix d'hommes qui chuchotaient. Des pas qui approchaient. Ils pouvaient aussi bien être des soldats à la recherche de civils que des rebelles à la recherche d'un abri. Et ces derniers n'étaient pas nécessairement bien disposés à son égard.

Aussi précautionneusement qu'elle le put, Audra recula mais dans l'obscurité, elle trébucha sur un obstacle. Les voix s'interrompirent, avant de reprendre plus bas.

Le cœur battant, la jeune femme s'accroupit derrière ce qui lui semblait être une étagère. Son front s'était à nouveau couvert d'une pellicule de sueur froide et ses mains se remirent à trembler.

"Ne vous fiez à personne, chuchota la voix de Remington quelque part dans son esprit."

Oui, c'était sans doute ce que le soldat aurait fait. Se cacher dans un coin et attendre que ces hommes passent leur chemin. Ne pas prendre le risque d'être découverte, ne pas risquer de se livrer à la vindicte populaire.

Les minutes s'écoulèrent avec une lenteur insupportable. Audra ne les entendait plus. Impossible de dire s'ils étaient restés, effrayés et immobiles comme elle dans le noir, ou s'ils avaient décidé de faire demi-tour. La journaliste s'efforça de compter dans sa tête - un, deux, trois - pour ne pas se laisser submerger par la peur. Mais toujours rien, sinon les battements de son cœur affolé. Alors qu'elle commençait à se détendre, la flamme d'une lampe à huile apparut dans son champ de vision et l'aveugla.

"Ne bougez plus, ordonna une voix masculine."

La journaliste se raidit et plissa les yeux pour tenter de voir quelque chose.

"Elle n'a pas l'air dangereuse, commenta une autre voix.

- On en sait rien, rétorqua la première personne. Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ?

- Je suis Aud... Audrey, balbutia-t-elle. Je cherchais juste un endroit où m'abriter pour la nuit.

- Tu l'éblouis !"

Le propriétaire de la lampe consentit à l'abaisser lentement et Audra put découvrir deux hommes relativement jeunes, peut-être la vingtaine. Celui qui les éclairait était brun, plus grand et l'air plus dur. Derrière lui, un autre à la stature plus frêle. Probablement des civils étant donné la méfiance dont ils faisaient preuve à son égard. Le brun la scrutait avec attention, à la lueur de la flamme, comme s'il craignait qu'elle ne se précipite sur lui. Audra montra sa pomme bien abimée d'un geste tremblant. Elle n'avait rien d'autre sur elle.

"Vous êtes seule ici ?

- Oui.

- Une femme ? qui se promène seule par ses temps ? répéta le propriétaire de la lampe, d'un air dubitatif.

- Tu vois bien qu'elle est terrifiée ! lui reprocha son partenaire.

- Je..."

Que pouvait-elle bien dire ? Que lui voulaient ces deux hommes ? En temps de guerre, il n'était jamais recommandé d'être une femme seule. Elle pouvait mentir, prétendre que quelqu'un allait la rejoindre et prendre le risque que ce mensonge se retourne contre elle. Ou dire la vérité. Plus ou moins.

"Mentez, lui conseilla la voix de Remington."

Lui l'avait prévenue qu'à parler à tort et à travers de Mustang, ils risquaient d'attirer des ennuis. Et c'était ce qui s'était produit. Mais Remington ne faisait confiance à personne et il n'avait pas systématiquement eu raison.

"Alors ? Vous êtes seule ici ? s'impatienta l'homme.

- La personne avec qui j'étais a été... capturée par les soldats, finit-elle par souffler."

C'était le mieux qu'elle puisse faire et Audra retint un instant sa respiration. C'était peut-être la pire idée de sa vie. La réponse qui allait conduire ces deux hommes à laisser son cadavre sur place. Ou pire. Mais la compassion se peignit finalement sur le visage du plus petit et l'autre sembla s'adoucir légèrement.

"Vous ne devriez pas rester seule ici. Les temps ne sont plus sûrs.

- Je sais, murmura Audra. Je ne sais même pas comment j'ai atterri ici. J'ai juste couru avant de..."

Et les deux hommes semblèrent comprendre.

"Bruno, indiqua le propriétaire de la lampe. Lui c'est Connie.

- On cherchait de la nourriture.

- Je ne suis pas certaine qu'il reste grand-chose ici.

- Pour qui sait où chercher, répondit Connie avec un sourire doux.

- Tais-toi, grommela son compagnon."

Celui-ci s'était remis en marche au milieu des allées, avec un objectif bien précis en tête. Il contourna le comptoir et se mit à farfouiller dans les placards.

"Mon frère est un peu brute de décoffrage, commenta Connie avec une grimace, comme pour détourner son attention. Vous comptiez rester ici ? Vous avez un endroit où aller ?

- Non, pas vraiment. Je devais rejoindre ma famille dans le Nord, mentit Audra.

- Hé bien bon courage, ricana son interlocuteur. Tout Centrale est bloqué.

- Bloqué ?"

Connie fronça les sourcils : "Vous n'avez rien remarqué ? Les combats ? Les barrages ?

- Si, mais je pensais qu'il était encore possible de partir. Je..."

Audra ouvrit et ferma la bouche plusieurs fois avant de trouver une réponse crédible.

"Je suis restée cachée pendant plusieurs jours avec mon... compagnon. Et on venait de décider de quitter Centrale, quand l'armée nous a trouvés. Je ne sais même pas ce qui se passe."

Bruno fut de retour auprès d'eux avant même que Connie ne réponde, rabattant le rabat de son sac à dos d'un geste sec.

"On décolle, déclara-t-il sèchement.

- Et elle ? On va pas la laisser là.

- Pas notre responsabilité.

- Elle n'a même pas l'air de savoir ce qui se passe dehors, insista Connie.

- Que se passe-t-il dehors ? demanda Amanda."

Bruno lui lança un regard presque méprisant.

"Les rebelles ont décidé de riposter. Ces abrutis ont décidé de porter le combat à l'armée et comme prévu, celle-ci est en train de les décimer. Et nous en même temps."

Alors l'offensive rebelle avait échoué.

"Il y a une énorme chasse à l'homme en ce moment même dans les rues. Si l'armée vous trouve, elle vous tuera.

- Mais je n'ai rien fait.

- Et votre compagnon, si ?"

Audra ne répondit pas, le visage blême, et les deux hommes semblèrent prendre son silence comme une confirmation de leurs dires

"Ils tirent à vue, expliqua Connie. Si vous croisez le chemin d'un soldat, vous n'en ressortirez pas vivante. Les alchimistes d'état ont été déployés et leur but est de raser Centrale, à présent. D'en faire un nouvel Ishbal.

- Mais les civils...

- Tous ceux qui ont la moindre once de bon sens se cachent en attendant de pouvoir fuir Centrale. Et vous devriez en faire de même.

- On ne peut pas la laisser toute seule, insista Connie. Elle n'a pas la moindre chance, regarde-la.

- Plus on est nombreux, plus on est vulnérables, rétorqua Bruno.

- Je ne vous gênerai pas, promit Audra. Je veux juste une chance de sortir de la ville en vie. Et après, on pourra se séparer si vous le souhaitez.

- Elle veut rejoindre le Nord."

Bruno sembla peser le pour et le contre un instant, mais ce fut un "Bruno !" scandalisé qui sembla le convaincre.

"Ne nous ralentissez pas, déclara-t-il finalement."


Il avait lancé les grenades une seconde trop tard. Une fraction de seconde trop tard et le char avait tiré, avant de rouler sur ses deux explosifs et d'être projeté en l'air à son tour.

Le souffle de l'explosion fit rouler Smith à terre et il resta sonné un instant. Le char avait tiré sur la maison. Il était arrivé trop tard. Maintenant le monde tanguait tout autour de lui et un sifflement aigu vrillait ses tempes. Avec une grimace, le soldat se retourna sur le côté et essaya de se relever. Il ne pouvait pas rester au plein milieu du champ de bataille. Si sa traversée du terrain au pas de course avait été chaotique, cette fois Smith avait l'impression d'avoir plongé la tête la première en enfer.

Tout autour de lui, les champs incendiés par Mustang, des cratères ouverts par les explosifs que Breda leur avait fait enterrer. Le char gisait de l'autre côté de la route de terre, renversé sur le côté, et définitivement hors d'état de fonctionner, émettant des grincements métalliques sinistres tandis que les roues continuaient de tourner dans le vide, les chenilles brisées. çà et là, des flammes nées des diverses explosions brûlaient ce qui pouvaient encore l'être, éclairant d'une lueur sinistre les lieux. Et surtout, les silhouettes macabres continuaient leur marche forcée vers la maison.

La maison.

Smith se releva et d'un geste maladroit, se tourna vers la planque. Peut-être qu'avec un peu de chance, le char avait manqué sa cible. Peut-être que Colt et Breda étaient toujours en vie.

Mais la vue du bâtiment tua immédiatement le peu d'espoir qu'il avait encore. Les tirs de mortier avaient fait mouche.

La maison tenait encore debout uniquement grâce aux modifications faites par Alphonse, mais celui-ci, limité par la quantité de matière n'avait pu fortifier que le cœur de leur plan, la fosse. Celle-ci devait résister peu importe ce que l'armée déployait. Le reste du bâtiment avait été renforcé du mieux qu'il pouvait et en l'occurrence, pas suffisamment pour résister à un tir de char d'assaut. Le toit et le grenier n'étaient plus là. La planque, décapitée, se dressait devant lui tandis qu'une partie de la façade s'était écroulée et que la charpente avait pris feu. Colt et Breda n'avaient pas pu survivre. Impossible.

D'un pas chancelant le soldat s'avança vers la maison mais une silhouette se jeta sur lui. Avec un réflexe qui le surprit lui-même, Smith le projeta à terre. Les marionnettes de Selim étaient toujours là.

Il les avait presque oubliés, hypnotisé par cette bâtisse en flammes. Mais ils étaient toujours là et avaient toujours pour objectif de le tuer. Il ne pouvait pas se permettre de rester debout, immobile au milieu du champ de bataille. Avant que son assaillant ne se relève, il fit feu et sentit la détonation se répercuter dans son bras. Il ne pouvait pas rester ici. Il devait retourner à la planque.

Le terrain accidenté était difficile à remonter mais les soldats étaient à peine suffisamment conscients pour s'en prendre à lui. Tant qu'il restait à une distance raisonnable, ils se contentaient de tituber en direction de la maison. Smith rangea son arme pour sortir son couteau à cran. Il ne savait pas combien de munitions il lui restait et dans ses conditions, le corps-à-corps restait encore le plus sûr. Il remonta au pas de course le terrain, tour à tour contournant ou poignardant les ennemis qui se dressaient devant lui. Ce n'étaient plus d'anciens camarades, des hommes dont il aurait pu occuper la place si Breda n'était pas venu le chercher, mais des silhouettes inhumaines que rien, ni la douleur, ni les explosions n'avaient réussi à sortir de l'emprise de Selim. Malgré le sang qui l'éclaboussait, Smith ne ressentait plus la moindre compassion à leur égard : la mort semblait même plus clémente que cet état.

Rapidement, il fut dans le périmètre des ruines de la maison. Il aurait dû rentrer, s'assurer que ce tir n'avait pas fait dérailler le plan de Mustang et d'Alphonse puis rétablir un périmètre de sécurité autour de la maison, mais il ne pouvait pas. Tant qu'il n'avait pas vu les corps de ses coéquipiers, il ne pourrait pas. Smith n'avait aucun espoir de les retrouver en vie. Il n'était pas suffisamment optimiste pour - Colt l'aurait été à sa place - mais pour autant, il avait besoin de les voir, de s'assurer que leurs corps ne seraient pas piétinés par la masse inconsciente qui s'avançait vers eux.

"Colt ! Breda !"

Cela n'avait aucun sens, aucune logique. Les cadavres ne pouvaient pas lui répondre, mais c'était plus fort que lui. Smith se mit à les appeler tandis qu'il fouillait les décombres. Mais partout où il regardait, il ne voyait que des pierres calcinées, des débris de ce qui avait été il n'y a pas si longtemps leur poste de tir.

"Colt ! Breda !"

Les débris avaient été projetés sur une cinquantaine de mètres autour de la maison et leurs assaillants n'étaient plus très loin. A un moment donné, Smith devrait abandonner. Il devrait remonter en hauteur, prendre position et protéger la planque mais il ne pouvait pas. A sa droite, un mouvement le fit pivoter sur lui-même, son arme brandie devant lui. Mais ce n'était pas un soldat ennemi.

"Colt ?"

Sa coéquipière ne répondit pas, se contentant d'agiter faiblement le bras.

Smith se précipita vers elle.

"Colt ?

- Les enfoirés ont fait feu, marmonna-t-elle d'une voix pâteuse."

La soldate n'allait pas bien et c'était déjà un euphémisme. Même si les cloisons du grenier avaient été renforcées par Alphonse, l'impact avait fait voler en éclat les murs et Colt avait fait une chute de plus de cinq mètres de hauteur. Elle était avachie contre un morceau de charpente, le visage noirci par la suie et la poussière, les vêtements tâchés de sang. Ignorant ses grognements de douleur, Smith se mit à la palper pour estimer ses blessures. Il grimaça.

"C'est pas beau, hein ? souffla Colt."

Non. Son état n'était pas beau à voir. Toute la partie droite de son corps semblait avoir été broyée dans l'accident, les côtes s'effritant sous ses doigts, et sa jambe gauche se pliait dans le mauvais sens. Pas de grosse blessure externe mais il n'y avait pas besoin d'être médecin pour deviner que ses organes étaient loin d'être en bon état.

"On va te déplacer. Te mettre à l'abri."

Au diable les ordres de Mustang, Smith ne pouvait pas la laisser à l'extérieur sur le champ de bataille. Il devait mettre en Colt en sécurité et si par miracle ils étaient toujours en vie au lever du jour, il l'emmènerait à l'hôpital. Mais Colt secoua légèrement la tête avant de grogner de douleur.

"Va te faire foutre, Smith."

Ce n'était pas dans ses habitudes de se montrer si vulgaire mais Smith n'y prêta pas attention.

"Tu vas avoir mal, la prévint-il.

- Sans déconner."

Aussi délicatement qu'il le put, Smith la souleva dans ses bras et Colt émit un gémissement qui le secoua plus que l'étendue des blessures qu'il avait pu deviner. Mais il ne pouvait pas la laisser à cet endroit. Ils étaient trop à découvert et s'ils voulaient avoir la moindre chance qu'elle survive à cette nuit, Smith devait l'abriter.

"Ici, marmonna Colt.

- Quoi ?

- Ici. Emplacement de tir parfait."

Un énorme pan de mur s'était écrasé au sol et fournissait un abri idéal pour un tireur. Mais Colt ne pouvait pas être sérieuse.

"Tu n'es pas en état de tirer.

- Même dans cet état, je reste meilleure que toi, rétorqua-t-elle avec un sourire moqueur.

- Arrête tes conneries.

- Et toi les tiennes. Depuis quand est-ce que tu es aussi sentimental ? Tu penses réellement que j'ai une chance de passer la nuit ?"

Peut-être que non, mais peut-être que oui. Smith n'était pas médecin et Colt non plus. Ils ne pouvaient pas le prédire et Alphonse avait réussi à se soigner lui-même d'une blessure bien plus terrible que cela. Et si l'alchimiste ne pouvait pas la guérir, il restait les hôpitaux clandestins, les médecins qui étaient prêts à les aider, hors cadre légal. Tout ce dont Smith était sûr était que Colt ne pouvait pas continuer à se battre, pas avec ce front ennemi qui ne cessait d'avancer et une réserve de munitions si basse. Jamais Colt ne pourrait se défendre au corps-à-corps.

"N'oublie pas notre rôle, rappela Colt d'une voie pâteuse. Nous sommes là pour empêcher ces soldats d'atteindre Mustang et Alphonse. Notre but est de tout faire pour leur permettre d'éliminer Selim. Et tu n'as aucune chance de faire barrage sans moi.

- Que tu te mettes à tirer ne fera pas grande différence.

- Mais ça leur donnera toujours plus de temps que si tu te retrouves seul à te battre. Et tu n'as pas retrouvé Breda ?"

Smith serra la mâchoire. En toute logique, leur chef d'équipe aurait dû se retrouver à proximité, mais il n'y avait aucune trace de lui. Il y avait beaucoup de possibilités : Breda allait bien et s'était mis hors de danger - mais pourquoi avoir laissé Colt sur place ? - ou alors son corps avait été pulvérisé par le tir - et Smith ne voulait pas y penser. Mais peu importe. L'essentiel était que...

"Il n'y a plus que nous deux, souffla la soldate. Si nous partons maintenant, Mustang et Alphonse n'ont plus aucune chance."

Elle était blessée, incapable de bouger, mais le regard de Colt était déterminé et Smith savait au fond de lui qu'elle avait raison.

La marée de soldats continuait d'avancer. Inéluctablement, inexorablement. Ils ne s'arrêtaient pas malgré les blessures et Colt et lui savaient pertinemment ne pouvaient pas les battre. Pas avec ce rapport de force. Ils n'étaient que deux face à presque cinq cents ennemis. Ils ne pouvaient pas gagner. Se débarrasser des camions puis du tank ne leur avait permis que de gagner du temps. Leur seul espoir était que Mustang et Alphonse se débarrassent à temps de l'homonculus et que cette armée de marionnette ne s'effondre. Mais les deux alchimistes ne pouvaient pas tuer Selim, s'ils devaient également affronter un bataillon entier.

S'ils s'enfuyaient maintenant, tout espoir était perdu. Et quand bien même Smith parviendrait à faire soigner Colt, l'homonculus n'aurait de cesse de les traquer. La seule chance de survie de Smith, aussi tenue soit-elle, se trouvait sur ce champ de bataille, même si cela signifiait que Colt mourrait probablement. Mais aucun des deux n'avait le choix.

Ils devaient retenir cette armée le plus longtemps possible pour que Mustang et Alphonse puisse vaincre Selim une bonne fois pour toute. Et Colt était prêt à mourir pour que lui ait une chance de survivre.

"Dépose-moi contre cette paroi et trouve-moi un fusil, Smith, lui ordonna-t-elle."

Et la gorge serrée, le soldat s'exécuta.


Il y avait quelque chose de terrible, d'effroyable à sentir glisser comme cela. Sentir son corps se détendre ainsi, comme plongé dans un bain chaud. Une petite voix lui chuchotait que tout allait bien mais Mustang savait qu'il n'en était rien.

Il savait que Selim avait pris le contrôle de son esprit, de son corps, et qu'il ne pouvait pas le laisser faire. Il devait le combattre car Selim ne devait surtout pas gagner. Il était vital de l'en empêcher mais plus le temps passait et plus Roy avait du mal à se rappeler pourquoi. Il devait retrouver les frères Elric mais pour quoi faire ? Pourquoi lutter contre cette sensation de bien-être général ?

Roy ne pouvait qu'assister, impuissant, au film qui se jouait devant ses yeux, son corps qui pivotait sur lui-même et s'avançait vers un Selim particulièrement satisfait. Il devait lutter, se battre contre lui, mais pour quelle raison précisément ?

L'homonculus avait terminé de se régénérer. Fini les chairs à vif. Une peau lisse et sans défaut recouvrait à nouveau son visage, les lèvres étirées dans un sourire sinistre.

"J'imagine que c'est votre tour maintenant, généralissime ? Les rôles sont inversés et maintenant, c'est mon tour de jouer."

Le ton était mordant et le titre ironique, mais ce commentaire n'appelait à aucune réponse, pas que Mustang ait été en capacité de le faire. Selim pivota sur lui-même comme pour admirer la structure.

"Plan intéressant. Il aurait pu fonctionner, si je n'avais pas eu ce char sous la main. Et la douzaine d'alchimistes pour nettoyer Centrale. Ils sont arrivés juste à temps pour contrarier votre plan. J'imagine que les attaques rebelles sont de vous, également ? De quoi me distraire ?"

Mais face à son silence, l'homonculus laissa échapper un petit rire.

"Oh j'avais oublié. Ce n'est pas comme si vous étiez en état de me répondre."

Et d'un seul coup, aussi soudainement qu'il avait été plongé dans cet état de somnolence insouciante, Mustang fut repêché et projeté à toute vitesse dans son corps. Il sentait à présent toute la tension, l'adrénaline qui courait dans ses veines et faisait tambourinait son corps. Et l'alchimiste haleta sous le choc.

"Enfoiré"

Il arrivait à peine à parler, le reste de son corps semblait rempli de plomb, mais sa tête n'était plus aussi brumeuse. Il se souvenait à présent. Combattre Selim pour l'empêcher de les tuer. Mettre fin à cette emprise qu'il avait sur l'armée et l'empêcher de raser la moitié du pays.

L'homonculus lui adressa un sourire froid.

"Imaginez ma surprise face à ces attaques surprises. Je pensais avoir le mouvement rebelle sous mon contrôle depuis un moment. Depuis la mort d'Hawkeye, en fait. Mais voilà que ceux-ci se remettent à lancer des offensives d'eux-mêmes. Pile au moment où un joli message de votre part est laissé à mon intention. Un peu sordide, si je puis me permettre. Mais j'imagine que vous deviez réellement en vouloir à Remington."

Mustang fronça les sourcils.

"De quoi est-ce que tu parles ?

- Vous n'avez pas l'air au courant, généralissime. Vous n'aviez pas ordonné le message ?"

Il devait sûrement parler du message convenu avec Amanda. Mais Breda et lui avaient guetté toute la journée en vain. Et que venait faire Remington dans cette histoire ?

"Nous avons retrouvé Remington mort, en pleine rue. Une balle dans la tête et une autre dans la cuisse. Et un message de sang laissé à côté de lui. "Mary t'attend dans la planque Sud"."

Alors finalement, sa sœur avait réussi à avertir l'homonculus, au prix de la vie du soldat. Mustang s'efforça de rester impassible.

Il ne savait pas ce qui s'était passé. Remington aurait pu se lancer à la poursuite de la pègre ainsi que des rebelles et le payer de sa vie. Amanda aurait pu prendre l'initiative de punir les traîtres. Impossible de savoir. Sa mort était regrettable mais Roy n'avait pas le luxe de s'apitoyer sur cette vie gaspillée pour le moment et s'efforçait d'ignorer l'inquiétude qui dansait au fond de son esprit. Amanda était donc réellement entre les mains de l'armée et son exécution était prévue dans moins de douze heures.

"Je suis réellement curieux de savoir qui est cette femme, Mustang. Vous deviez lui faire confiance pour lui confier cette information cruciale. Lui demander de tuer Remington et attirer mon attention. Ou peut-être pas, étant donné qu'il s'agit d'une mission suicide. Mais avec vous le doute est toujours permis, n'est-ce pas ? Vous avez toujours eu quelque chose pour les blondes. Des coups de cœurs tragiques.

- Enfoiré, murmura Roy à nouveau."

Il avait beau essayer, avoir terriblement envie de se jeter sur l'homonculus, de déchaîner les flammes les plus chaudes qu'il pouvait transmuter, son corps restait désespérément inerte.

Amanda était entre les mains de l'armée mais à la façon dont Selim en parlait, celui-ci semblait ignorer quel était le lien qui les unissait. Il n'avait donc probablement pas eu l'opportunité de lui parler et la soumettre à son contrôle. Mustang se raccrocha à cette idée. Sa sœur avait encore des chances de s'en sortir. Si elle révélait son rôle au sein de la pègre, elle pourrait gagner du temps et ses hommes pouvaient encore la secourir. Tant que l'homonculus ignorait son identité, elle n'était pas une cible de sa vengeance.

Roy devait temporiser. Le faire parler et temporiser. Les frères Elric avaient peut-être été blessés dans l'explosion, mais sûrement de façon superficielle. Edward était un homonculus et avait donc pu se régénérer et Alphonse était un expert en anatomie humaine. Mustang devait gagner du temps pour leur permettre de se soigner et trouver un angle d'attaque pour s'en prendre à Selim.

"Alors c'est tout ce que tu cherches à faire ? demanda-t-il. Nous tuer, Alphonse et moi. Et puis raser la moitié de Centrale, peut-être même la moitié du pays pour te venger ? Et après quoi ? Tu n'auras plus rien. Aucun futur, aucune famille.

- Après j'aurai le champ libre pour agir comme je le souhaiterai.

- Et faire quoi ? Tu n'as aucun projet hormis la vengeance. Et Mary Bradley ne souhaite sans doute plus jamais t'adresser la parole. A supposer qu'elle se souvienne encore de qui tu es."

Pour la première fois, le visage de l'homonculus s'assombrit. Alors donc l'attachement qu'il ressentait envers la veuve Bradley n'était donc pas feint ?

"Ne parle pas d'elle.

- Pourquoi ? Tu sais que ce n'est pas du bluff. Nous avons retrouvé Ploetz et Marcoh, nous avons convaincu ta mère de nous suivre et la pauvre perdait déjà à moitié la tête. Elle ne se souvient pas de grand-chose mais elle a parfaitement conscience que tu l'as manipulée, trahie, pour finalement l'abandonner au milieu d'une ville fantôme.

- Tais-toi, ordonna Selim d'un ton sec."

Et d'un coup, sa mâchoire se referma, comme si une main de plomb s'était posée sur sa bouche.

"N'oublie pas que si tu parles, c'est parce que je le veux bien, Flame Alchemist. Et ne crois pas que je n'ai pas compris ce que tu cherchais à faire. Les deux frères Elric sont toujours en vie. Edward a été suffisamment puni, mais j'entends bien m'occuper d'Alphonse et tu vas m'y aider."

Sa voix changea brusquement et résonna sur les murs de la pièce.

"Mets-toi à leur recherche. Dès que tu apercevras Alphonse, tu vas l'attaquer et le brûler. Mais pas suffisamment pour le tuer. Uniquement pour le blesser grièvement. Vas-y."


La masse de soldats ne cessait d'affluer vers eux.

Colt faisait tout son possible et maintenait vaillamment son poste, mais sa coéquipière était sérieusement blessée. Elle ne pouvait plus réellement s'asseoir seule. Smith avait dû l'adosser contre un bout de charpente qui s'était détaché de la maison et lorsqu'il la rejoignit, la jeune femme haletait sérieusement.

"Breda ? demanda-t-elle avec une once d'espoir qui sembla plonger un couteau dans son corps.

- Non, répondit-il simplement."

Le soldat avait fait le tour de la maison, sans trouver aucun signe de leur chef d'équipe, se contentant de rassembler autant d'armes et de munitions qu'il avait pu. Il déposa son butin à côté d'elle et se mit en position également.

Ses blessures, et probablement ses larmes maintenant, rendaient ses tirs moins précis. Là où la soldate n'aurait eu besoin que d'une balle pour abattre leurs assaillants, il lui en fallait maintenant deux ou trois, mais quelle importance ? Ils étaient à découverts, deux contre tout un bataillon qui ne ressentait ni la fatigue ni la douleur et progressait inévitablement vers eux. Peu importe leur stock de munitions, jamais ils ne parviendraient à tenir face à cette masse. Colt et lui mourraient probablement sous peu et tout ce qu'ils pouvaient faire pour le moment était de retarder au maximum le point où les soldats parviendraient à les submerger, en espérant que cela suffise à Mustang et aux frères Elric.

Smith colla son œil contre sa propre lunette de tir et s'efforça de se concentrer. Il devait tuer le maximum de soldats avant d'être lui-même tué, parce que sans cela, il n'aurait pas la moindre chance de survivre si Selim gagnait.

Soudain, Colt posa une main tremblante sur son épaule.

"Smith ?

- Quoi ?

- Qui était positionné au Nord ? Broche ou Ross ? demanda la soldate d'une voix tremblante.

- Aucune idée." Dans l'effervescence de la bataille, Smith n'avait pas fait attention au changement de plan. "Pourquoi ?"

Il suivit le regard de sa coéquipière et sentit sa gorge s'assécher : un incendie s'était déclaré à l'orée du bois, là où ils avaient mis en place un poste de garde.

"Ils viennent de le faire exploser, murmura Colt. Ils les ont trouvés."

Et presque au même moment, le deuxième avant-poste s'illumina dans une gerbe de feu.

Dans l'obscurité et la distance, difficile de dire avec précision où s'était déclaré l'incendie, mais la coïncidence était trop grande : les soldats avaient finalement repris suffisamment le contrôle d'eux-mêmes pour comprendre qu'ils étaient attaqués par des tireurs sur les flancs. Et ils avaient pris des mesures en conséquence.

"Nous avons un front à tenir, rappela Smith d'une voix dure."

Et ils ne pouvaient que prier pour que Ross et Broche aient réussi à échapper aux marionnettes de Selim.


Avec horreur, Mustang sentit son corps pivoter sur lui-même et se mettre à la recherche des frères Elric.

La pièce n'était pas grande et en le forçant à niveler le sol, Selim avait fait disparaître une partie des débris causés par l'explosion. Néanmoins, une épaisse fumée opaque avait envahi l'air - quelque part, quelque chose brûlait - et la lumière crue des deux projecteurs restants éclairaient les particules en suspension, ce qui n'arrangeait rien à la visibilité. Les frères avaient de quoi se dissimuler et ils avaient de la ressource. Mustang leur faisait confiance sur ce point. Seulement, ils ne pourraient pas jouer à cache-cache bien longtemps. Roy inspectait la partie nord du souterrain et Selim était parti en direction inverse. A un moment ou un autre, l'un des deux finirait bien par découvrir les frères Elric.

Alors qu'il contournait un morceau de charpente écrasé au sol, l'alchimiste distingua du coin de l'œil une ombre passer brièvement. L'instant d'après, il fut projeté à terre.

"Pensez à Riza Hawkeye. Pensez à la place de l'horloge."

Le Fullmetal pesait de tout son poids sur le lui, le maintenant sur le dos. Il utilisait la tactique convenue, lui rappelait le pire jour de sa vie, mais le corps de Mustang réagit avant lui et claqua des doigts. Presque instantanément, l'homonculus disparut.

Roy se releva et poursuivit sa quête.

Son cœur était calme, sa respiration régulière mais dans sa tête, les pensées fusaient dans le chaos le plus total. Le Fullmetal n'avait sans doute pas été blessé. Grâce à sa vitesse fulgurante, il avait eu le temps de se dégager avant même que l'alchimiste ne produise des flammes. Et dans tous les cas, sa nature d'homonculus lui garantissait des capacités de régénération. Il n'était probablement pas gravement blessé. Mais plus que l'état du Fullmetal, ce qui inquiétait Mustang, c'était son absence de réaction alors que le nom de Riza avait été évoqué.

Il se souvenait. Il ressentait toujours la même blessure et la même peine lorsqu'il pensait à la jeune femme, mais cette douleur aussi poignante soit-elle ne changeait rien au contrôle que Selim maintenant sur son esprit. Une partie de son cerveau continuait de lui répéter que tout allait bien et son corps continuait d'agir par lui-même. Et si la souffrance qu'il ressentait à l'évocation de Riza ne suffisait pas à le libérer de cette emprise, alors rien ne le pourrait.

Toutefois, le Fullmetal n'avait pas abandonné. A nouveau, il se jeta sur lui. Cette fois, Mustang parvint à rester debout, les deux mains immobilisées par l'homonculus.

"Faites un effort, Mustang. Marcoh y est parvenu. Pensez à Hawkeye et retrouvez-vos esprits."

Mais c'était comme essayer de retenir du sable, des bulles de savons qui ne cessaient d'éclater entre ses mains. Mustang savait. Il savait qu'il devait lutter mais il n'y arrivait pas. Car tout allait bien et rien n'était important. Et la vision de Riza, attachée sur ce bûcher, le souvenir de ses hurlements n'y changeaient rien. Il n'arrivait pas à reprendre le contrôle.

"Faites un effort, souffla Edward. Elle n'aurait pas voulu cela"

Non, Hawkeye n'aurait certainement pas voulu cela pour lui. Elle aurait essayé de le libérer par tous les moyens, même si cette libération passait par la mort. Sans hésiter, elle aurait collé le canon de son arme contre son crâne pour l'empêcher de commettre ce qu'il s'apprêtait à faire. Mais elle aurait également voulu qu'il vive. Qu'il trouve un moyen de survivre, peu importe le reste.

"Vous allez devoir apprendre à continuer sans moi"

Et d'un coup, comme s'il avait à nouveau été propulsé hors de l'eau, Mustang se sentit haleter.

"C'est ça, l'encouragea le Fullmetal d'un ton sombre. Combattez-le."

Il y avait quelque chose d'incongru à ce que cet homonculus sans la moindre once d'empathie envers qui que ce soit ne l'encourage mais cela fonctionnait. Ses yeux dorés, graves et sérieux, étaient fermement plantés dans les siens et quelque chose dans la voix grave du Fullmetal parvenait à retenir son attention.

Roy se sentit ouvrir et fermer la bouche plusieurs fois, incapable de parler. Il redevenait conscient de la pression sur ses poignets, de ses jambes tendues qui ne savaient plus si elles devaient lutter contre Edward ou au contraire arrêter, et l'odeur de la fumée - un gros incendie quelque part dans la maison. Puis, aussi brusquement qu'elle avait disparu, cette main qui le bâillonnait revint et lui plongea la tête sous l'eau. A nouveau, l'alchimiste se noyait dans cette sensation de détente et de bien-être, incapable de se battre. Et de toute manière, à quoi bon ? Riza était partie. Et rien n'avait plus d'importance désormais.

Avec un soubresaut, son corps se dégagea de la poigne de l'homonculus. De justesse, celui-ci disparut de son champ de vision au moment où Mustang conjura ses flammes. Celles-ci vinrent lécher le mur opposé mais ne firent aucune victime. Il était temps de se remettre en route.

Selim était sans doute de l'autre côté de la pièce, à la recherche d'Alphonse. L'absence de bruit signifiait sûrement qu'il ne l'avait pas trouvé, sans quoi l'alchimiste se serait battu. Et le Fullmetal profitait de cet éloignement pour tenter de le ramener à lui, sans attirer l'attention. Il avait presque réussi et Roy sentait qu'ils n'étaient pas loin de réussir. Il fallait juste qu'il combatte cette voix intérieure qui lui répétait que plus rien n'avait d'importance. Que tout allait bien.

Soudain, un léger son attira son attention. Mustang fit volte-face à temps pour voir Alphonse au milieu de la pièce. De l'autre côté de la pièce, il distinguait également Selim et le sourire satisfait qui étira son visage.

"Nous t'avons attrapé, Alphonse."

L'adolescent était pris en tenaille entre eux. Il plongea sur le côté au moment où les flammes de Mustang et les ombres de Selim convergèrent vers lui, mais Roy n'eut pas l'occasion de voir si Alphonse avait pu esquiver. Au même instant, une masse le renversa de plein fouet. Cela n'avait plus rien à voir avec la force que le Fullmetal lui avait opposée. Cette fois, l'alchimiste de flamme fut violemment projeté sur le côté. Il atterrit durement sur son épaule déjà blessée et la douleur fit disparaître le monde au tour de lui.

Respirer. Il fallait qu'il respire.

Roy se força à inspirer à pleins poumons pour ne pas laisser la douleur le submerger et une odeur qu'il aurait reconnue n'importe où emplit sa poitrine. Une odeur de chair brûlée.

Il avait touché Alphonse.

à suivre...


Hé oui, que de morts... le poème est celui qui a inspiré la Danse Macabre de Saint-Saëns alors vous comprendrez que je l'ai trouvé particulièrement adapté.

Je ne sais pas trop si j'ai réussi à retranscrire l'ambiance que j'avais en tête pour Smith : la fin du monde, l'armée de zombie et le désespoir total... N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé :) et joyeux Noël, bien sûr !