Titre : La Pièce Vide
Fandom : Fullmetal Alchemist
Disclaimers :
- l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas.
- L'idée initiale (Edward est un homonculus, Hawkeye meurt) m'a été soufflée par Shirenai.
Mon petit blabla : Alors oui, j'avais dit début janvier, mais la vie m'a rattrapée et je ne vous poste la première partie du dernier chapitre que maintenant. Je suis incorrigible ^^; Et oui, vous n'avez pas mal lu, c'est bien la première partie du dernier chapitre que j'ai dû découper en deux pour éviter de vous poster un pavé de 10k mots. Franchement, je trouve que j'ai mis un temps incroyable à écrire et poster ces 46 chapitres (la publication a commencé pendant le premier confinement !) mais en même temps, je trouve que cette fanfiction pèse un bon poids, quand même. En tout cas, merci à Musing-and-Music pour ses reviews pleines de tristesse qui m'ont accompagnées depuis le début. J'espère que cette fin vous plaira :)
Précédemment dans La Pièce Vide : Dans les décombres, Smith retrouve Colt, mal en point. Ils décident de continuer le combat. Breda les rejoint et met au point le dernier plan qui leur permettra de partir et emporter avec eux les derniers soldats ennemis. Dans la cave, Mustang rejoint Alphonse qui le soigne et les deux poursuivent Selim. Mais celui-ci parvint à leur fausser compagnie et remonter dans la maison. Il prend alors Mary en otage...
"Mais psit ! Tout à coup on quitte la ronde,
On se pousse, on fuit, le coq a chanté
Oh ! La belle nuit pour le pauvre monde !
Et vivent la mort et l'égalité !"
Quitter la ronde
Mary pensait avoir connu la terreur. La peur insidieuse qui s'immisçait dans son esprit, étreignait sa gorge et faisait trembler ses membres. La sombre angoisse de devoir constamment regarder par dessus son épaule, de guetter sans savoir ce quoi redouter et sentir dans sa chair que quelque chose n'allait sans savoir quoi. Elle se souvenait de cette période avant qu'elle ne découvre la vraie nature de Selim et ce n'était rien en comparaison de ce qui se passait désormais.
Le bruit des combats lorsqu'elle se trouvait à l'abri dans sa chambre n'était rien en comparaison de ce qu'elle entendait depuis le séjour. Un mur, de fines planches de bois clouées aux fenêtres la protégeait des explosions et des tirs assourdissant. Les ondes de choc se répercutaient jusque dans ses os et la faisaient trembler de l'intérieur au point de ne plus pouvoir marcher. Elle devrait retrouver son fils, le mettre à l'abri, mais elle était incapable de faire un pas, cramponnée à sa lampe à huile. Et finalement, elle n'eut pas besoin.
"Maman ?"
La voix de son fils, ou presque. Eraillée, rauque comme elle n'aurait jamais pu l'être, mais Mary aurait reconnu cette voix, cette innocence n'importe où.
"Selim ?"
Elle se retourna et leva sa lampe pour le trouver. Et elle manqua de lâcher sa lampe.
La petite silhouette qui se tenait devant être était celle de son fils mais il ne pouvait pas s'agir de lui. Selim avait été blessé, brûlé au troisième degré et bien au-delà de tout espoir de guérison. Le sang tâchait ses vêtements brûlés et noircis qui collaient à ses membres. Des flaques sombres se formaient à ses pieds et l'odeur, par dessus tout, était écœurante.
"Selim ? répéta-t-elle d'une voix tremblante"
Elle était à la fois terrifiée et dévastée. Son fils. Son tout petit fils. Il n'y avait pas besoin d'être médecin pour voir que ses blessures ne pouvaient pas être soignées. Et pourtant, Selim tenait toujours debout, là où n'importe quel adulte serait effondré en hurlant de douleur. La lampe suffisait à peine à éclairer sa silhouette et Mary dut tendre son bras tremblant pour étendre le cercle de lumière. Et elle se sentit suffoquer lorsque la lumière éclaira son visage.
"Maman, tu ne me reconnais pas ?"
Ce ne pouvait pas être son fils, c'était impossible. La chose qui se trouvait devant elle n'était pas humaine. A la lueur de sa flamme, Mary pouvait voir les tissus se reconstituer sur le visage de son fils et recouvrir lentement les os de son visage qui se ressoudaient, comme si elle observait un être humain être créé au ralenti. Sauf que cet être humain la fixait d'un regard sans paupière et lui parlait avec ses dents nues.
Elle allait être malade.
"Maman ?"
Et malgré tout, cette voix était indéniablement celle de son fils. Elle l'aurait reconnue entre milles.
"Je suis là", souffla-t-elle, malgré la nausée.
Puis elle sentit sa gorge se serrer.
"Selim ?"
Des petites mains minuscules s'étaient enroulée autour de sa gorge, des petites mains qui n'étaient constituées que d'ombre et qui pesaient pourtant sur sa poitrine comme si un adulte avait refermé ses mains autour de son cou. Mary suffoquait sans comprendre.
"Ne bougez pas où je la tue"
Mais cette phrase ne lui était pas adressée.
La pauvre femme était terrifiée et il y avait de quoi.
Le visage de Selim n'avait pas terminé de se reconstituer. Sa chair, à vif, laissait entrevoir muscles et tendons sur tout son visage, son cou, le haut de son torse et même ses bras. L'homonculus n'arrivait sans doute qu'à parler que par pure obstination et l'image de cette figure humaine à la voix éraillée était horrifiante.
"Vous n'auriez jamais dû sortir de cette chambre, mère."
Mary se tenait pétrifiée dans le séjour et, par miracle, n'avait pas lâché la lampe à huile qu'elle tenait à bout de bras. L'ombre crée par cette flamme vacillante avait suffit à Selim pour reformer de nouveaux bras d'ombre dont l'un se promenait nonchalamment sur la jugulaire de sa mère.
"Laisse-la partir, Selim, ordonna Mustang. Elle n'a pas à être prise au milieu de tout cela."
Sa voix était calme, bien plus qu'il ne l'était réellement. Mais si elle était malheureuse, l'apparition de la veuve pouvait jouer en sa faveur. Contribuer à lui faire gagner du temps jusqu'à ce que les frères Elric ne le rejoigne.
"Ah non ? s'amusa Selim. Pourtant vous avez choisi de la mêler à cette affaire.
- J'avais besoin de te faire venir à nous.
- Et le meurtre de Ploetz aurait largement suffi. Vous n'aviez pas besoin de la garder ici."
C'était vrai : Mustang avait été si concentré sur leur combat, sur son inquiétude pour ses hommes, qu'il en avait oublié Mary Bradley. Il n'aurait jamais dû la laisser au milieu de ce champ de bataille. Il avait fait preuve d'une négligence coupable en la laissant rester dans cette planque alors qu'il aurait dû l'éloigner. Mais Roy n'avait pas voulu y songer alors et les mesures pour renforcer la chambre dans une tentative pour la protéger étaient risibles. Cette femme avait besoin d'être protégée d'elle-même, de son espoir vain de retrouver son fils. Et cette occurrence ne faisait que lui donner raison : Mary était sortie de sa chambre de sa propre volonté.
"Président Mustang qui tente de faire croire que..."
Mais deux détonations successives interrompirent Selim et firent trembler sol.
La maison sembla vibrer comme dans un tremblement de terre et Mustang leva les yeux en entendant les tuiles restantes s'entrechoquer. La charpente avait déjà été mise à mal. Elle n'avait pas besoin de beaucoup plus pour s'effondrer sur eux mais dans la nuit noire, l'alchimiste ne distinguait pas grand chose.
Néanmoins, il s'inquiétait inutilement. Les murs grincèrent un instant, mais ne cédèrent pas. Alphonse avait fait du bon travail.
Mustang ramena son attention sur Selim qui lui adressa un sourire sinistre, les muscles de sa joue encore visibles.
"Vos précieux subordonnés. Combien sont encore en vie, à votre avis ? Cinq, six hommes contre l'ensemble ou presque des forces armées de la capitale.
- Ne cherche pas à détourner la conversation, Selim."
Il devait avoir confiance en Breda. Mustang devait croire que ses hommes et lui pouvaient s'en sortir sans lui, peu importe le nombre de soldats en face. Parce que Selim n'attendait qu'un moment de faiblesse de sa part pour agir. Ses yeux luisaient d'un regard mauvais et son sourire se faisait d'autant plus sombre au fur et à mesure qu'il parlait.
"Laisse ta mère partir. Si tu n'as jamais ressenti que...
- Oh n'essayez pas de jouer cette carte-là avec moi, vous êtes ridicule, le coupa Selim. Vous n'avez aucune considération pour elle. Ma mère n'est qu'un pion sur votre échiquier. Un pion qui a gravement failli en vous taisant mon évolution.
- Cela ne signifie pas pour autant que je souhaite sa mort.
- Ah bon, même après celle de Hawkeye ?"
Mustang serra le poing et inspira lentement. Ce n'était que de la provocation.
"Votre cœur est décidemment plus froid que ce que je ne pensais, alchimiste de flamme.
- Peut-être, mais au moins, je ne fais pas semblant de me soucier d'elle pour essayer ensuite de la tuer et de reporter toute la responsabilité sur quelqu'un d'autre, rétorqua Mustang froidement."
L'ancienne première dame pâlit.
"Est-ce que c'est vrai ?"
Sa voix tremblait tout autant que son bras mais Mary avait le courage de regarder son fils dans les yeux, Mustang devait lui reconnaître cela, au moins.
"Tout ce que tu as fait... Comment as-tu pu ? Tu avais promis.
- J'ai fait ça uniquement pour te protéger, maman."
Selim avait fini de régénérer son corps. Son visage était à présent recouvert d'une peau lisse et sans défaut, pas tout à fait celui d'un enfant de 5 ans, mais à ce moment précis, il ne ressemblait à rien d'autre qu'un petit garçon pris sur le fait, tentant vainement de justifier ses actions face à sa mère.
"Il y avait d'autres façons de me protéger. Tu as effacé toute ma mémoire, mes souvenirs, au point que je ne savais plus qui j'étais, Selim. Et tu avais promis de ne jamais utiliser tes pouvoirs contre moi. Est-ce que tu t'en souviens ?
- J'ai fait ça pour te protéger de Mustang. Pour t'éviter d'être mêlée à tout ça."
Il y avait dans ce corps, deux personnalités : celui de l'enfant qui avait vécu ces deux dernières années avec Mary Bradley et l'homonculus qui avait soif de vengeance. Et leur conflit était visible. Le petit garçon tentait réellement de justifier ses actions. Il se souvenait de la promesse, se sentait coupable de l'avoir trahie, d'avoir menti à sa mère, mais l'homonculus lui n'était pas loin. Dans l'éclat inflexible de ses yeux, Mustang lisait qu'il n'en pensait pas moins.
Mary secoua la tête.
"Il y avait d'autres façons. D'autres façons de tenir ta promesse.
- Et vous m'auriez trahie."
Sa voix s'était soudainement durcie et le glissement vers le vouvoiement n'avait pas échappé à Mustang. Le monstre affleurait la surface. Mais la veuve ne laissa transparaître aucun signe indiquant qu'elle avait perçu ce changement dans l'attitude de son fils. Elle se contenta de secouer la tête.
"Je ne t'aurais jamais trahi, Selim. Jamais. Même lorsque j'avais des doutes, même avant de savoir, je n'ai rien dit. Et je n'aurais jamais rien dit."
C'était sans doute vrai et cela rendait la situation encore plus effroyable. Confrontée au même choix, la veuve Bradley aurait sans doute choisi de protéger son fils au détriment de tout le reste. De tous ces morts.
"Tu n'as pas besoin de tout cela, poursuivit-elle en désignant les tentacules d'ombres toujours enroulées autour de son corps. Je suis prête à te suivre, si tu me le demandes. Mais tu dois cesser tout cela. Tous ces morts, tous ces combats...
- Rien ne pourra jamais être terminé tant que Mustang est en vie, coupa Selim. Il ne cessera jamais de me poursuivre.
- Nous pourrions partir loin d'ici. Promettre de disparaître et ne plus jamais revenir."
Le doute était visible sur le visage de l'homonculus. Mary Bradley croyait-elle réellement à ce qu'elle venait de dire ? Ou s'agissait-il d'un piège ? Mustang n'aurait pas su le dire et de ce qu'il avait vu, la veuve aurait très bien pu y croire naïvement. Mais jamais il ne laisserait Selim partir d'ici. Pas lorsque celui-ci avait prouvé qu'il était prêt à plonger le pays dans une guerre civile pour accéder à sa vengeance et pas après avoir tué autant de monde.
L'enfant garda les yeux rivés sur sa mère pendant encore quelques instants. Comme si Mustang ne se trouvait plus là. Comme s'ils n'étaient pas au milieu d'un affrontement. Ou comme si le petit garçon en lui cherchait à convaincre l'homonculus d'accepter, de prendre la main tendue de Mary Bradley et de partir. Mais une seconde plus tard, son regard s'assombrit.
"Si vous croyez réellement à cela, alors vous êtes encore plus stupide que je ne le pensais."
Les ombres se resserrèrent autour de Mary mais avant que Mustang ne puisse réagir, une silhouette passa devant lui et l'alchimiste entendit la lampe se briser au sol. La lumière s'éteignit.
Le Fullmetal avait cassé la lampe pour sauver Mary de l'emprise de Selim et Mustang ne voyait plus rien. Les planches clouées aux fenêtres protégeait les habitants d'éventuelles balles perdues mais ne laissaient aucune lumière filtrer.
"Mary Bradley est en sécurité dans sa chambre chuchota Alphonse à côté de lui. Et mon frère tient Selim occupé."
Mustang devinait la présence de l'alchimiste à ses côtés plus qu'il ne le voyait mais visiblement, ce dernier s'en tirait mieux que lui.
"Nous ne pouvons pas nous battre dans le noir"
Même si ses yeux commençaient à s'habituer, le risque de blesser l'un l'autre par inadvertance était beaucoup trop grand.
"Mais on ne peut pas allumer la lumière. Ce serait lui donner des armes.
- Je peux l'immoler de sorte à ce qu'il n'ait pas d'ombre.
- A l'intérieur ?"
A l'intérieur, sur un parquet en bois. Ce n'était pas l'idéal, mais quelle autre alternative avaient-ils ? Et puis, il était the Flame Alchemist. Mustang savait qu'il pourrait contrôler les flammes. Il n'avait pas le choix. Il acquiesça.
"Il va quand même falloir dégager quelques fenêtres, pour que je puisse viser, insista-t-il."
Alphonse soupira.
"Le clair de lune devrai nous fournir suffisamment de visibilité, tout en gardant les ombres de Selim devraient être noyées dans la masse.
- Très bien. Une à chaque extrémité ?
- Je prends celle de droite, acquiesça l'adolescent."
Et ils n'avaient plus qu'à espérer ne pas prendre de coups perdus.
Mustang longea les murs, trébuchant sur les quelques chaises qui restaient avant de parvenir à la fenêtre. Dans son dos, il entendait le bruit des combats entre les deux homonculus. Même s'il avait pour lui sa vitesse, le Fullmetal ne durerait pas très longtemps avant que Selim ne parvienne à utiliser sa voix. Rapidement, Mustang retira les planches qui obstruaient la fenêtre et son cœur s'arrêta dans sa poitrine.
Breda avait mis son plan à exécution et déclenché les explosifs enterrés dans les champs. Ceux-ci n'offraient plus qu'un spectacle désolé, un paysage presque lunaire tant il avait été détruit. La terre avait été retournée à plusieurs endroits, quelques camions gisaient sur le côté, en proie aux flammes et des vestiges du grenier gisaient à terre.
Roy avait tenté d'ignorer les deux explosions. Il avait senti le sol vibrer sous ses pieds et avait immédiatement su ce dont il s'agissait. Mais maintenant qu'il avait le résultat sous les yeux, il ne pouvait s'empêcher de chercher des yeux le paysage. D'essayer de retrouver les silhouettes de Breda ou des hommes de son équipe. De déceler n'importe quel signe qui lui diraient que ses subordonnés étaient encore en vie.
Mais rien. Rien d'autre que des débris et de la fumée. Deux ou trois marionnettes hagardes qui se déplaçaient sans réellement avoir de but. Et nulle part, aucune trace de Breda, Smith ou Colt. Roy avait l'impression que le sol s'était dérobé sous ses pieds.
"Mustang ! l'appela Alphonse."
La gorge serrée, le soldat se détourna de la fenêtre. Il penserait à tout cela plus tard. Il s'occuperait de cette peur immense et de cet espoir fou plus tard. Pour l'instant, il y avait toujours Selim Bradley. Et celui-ci était aux prises avec le Fullmetal. Sans prendre la peine de l'avertir, Mustang claqua des doigts.
Une gerbe de flammes vint entourer la silhouette de l'enfant. Tant que celui-ci brûlait, il ne pouvait pas projeter d'ombre.
"Et maintenant ? demanda le Fullmetal.
- Maintenant nous attendons, répondit Mustang en ajustant la quantité d'oxygène. Ouvre une des fenêtres. Il me faut de l'air."
Roy n'avait pas besoin de claquer constamment des doigts. Le frottement du tissu lui permettait uniquement de générer l'étincelle à la base de ses flammes. Le reste du temps, ce geste tenait de l'habitude et du réflexe. Mais pour contrôler la combustion à longue durée, il avait uniquement besoin d'un afflux d'air constant et de rester concentré.
"Est-ce que vous allez tenir ? demanda Alphonse en les rejoignant
- Nous n'avons pas le choix."
C'était leur seule option désormais : continuer de faire brûler l'homonculus jusqu'à ce que sa pierre s'épuise. Laisser la combustion baisser en intensité et s'interrompre pour qu'Alphonse n'attaque pouvait fournir l'occasion à Selim de contre-attaquer et Mustang ne préférait pas. Néanmoins, faire reposer leur plan uniquement sur ses flammes n'était pas non plus idéal : la température commençait à monter au sein de la pièce. Et plus le brasier était intense, plus d'autres éléments risquaient de prendre feu.
"J'ai besoin que tu surveilles le reste de la pièce pour moi, Alphonse. Dans l'obscurité, les braises qui pourraient s'échapper devraient être visibles. Mais aucune ne doit prendre."
L'adolescent acquiesça. Déjà, le parquet avait considérablement noirci autour de Selim. Alphonse joignit les mains puis s'agenouilla et alors que l'homonculus continuait de brûler, il modifia la composition du plancher pour remplacer le bois par le béton des soubassements. Et après cela, il n'y avait plus rien que l'alchimiste ne puisse faire.
Ces heures furent probablement les plus longues de sa vie. Mustang était concentré sur ces flammes, les yeux rivés sur le brasier pour ne pas laisser la moindre de chance à l'homonculus, et l'image était tout simplement horrifiante. Regarder en boucle un corps d'enfant se consumer encore et encore, sans jamais tomber en cendres. Roy avait vu et fait des choses terribles à Ishbal mais ce combat était de loin le plus répugnant qu'il ait eu l'occasion de mener. Et devoir continuer sans même savoir combien de temps il lui restait à tenir constituait en elle-même une épreuve. Déjà, la sueur ruisselait dans son dos.
"Comment saurons-nous quand arrêter ? demanda Alphonse à voix basse"
L'odeur était suffocante et l'adolescent avait visiblement du mal à la supporter.
"Nous devons lui laisser l'opportunité de prendre la pierre de mon frère ou non. Avant qu'il ne soit trop faible pour le faire."
Interrompre la combustion alors que l'homonculus disposait toujours de ses forces constituait un risque non négligeable. Seulement, ils n'avaient pas le choix.
"Sa gorge devrait être suffisamment brûlée pour l'empêcher de parler. Voyons à quelle vitesse il se régénère."
Les flammes mirent quelques secondes à mourir. Et à travers, Roy pouvait voir les tissus commencer à se reconstituer, tandis qu'un frisson de dégoût remontait le long de son dos. Le corps de l'homonculus se réparait beaucoup moins vite qu'au début de la soirée, et c'était une bonne chose. Mais il était difficile de savoir ce que cela signifiait par rapport à la pierre. Depuis le début de la soirée, ils avaient dû le tuer une bonne centaine de fois.
"Tu ne peux pas gagner, déclara Mustang lorsqu'il eut à peu près l'assurance que l'homonculus pouvait les entendre à nouveau. Tu as essayé de venir de nous submerger et nos défenses ont tenu. Tu as essayé de te battre contre nous et tu n'as pas réussi à me garder sous ton contrôle. Tu dois savoir que tu n'as aucune chance de gagner, face à Alphonse, Edward et moi.
- Et que me proposes-tu, Mustang ? répondit l'homonculus d'une voix de crécelle. Ne me fais pas croire que tu me laisserais repartir. Je ne suis pas ni stupide ni naïf.
- Effectivement. Mais tu pourrais mourir de façon honorable. Admettre ta défaite et nous rendre ta pierre. Comme Envy l'a fait.
- Envy n'était qu'un lâche.
- Envy a préféré mourir avec le peu de dignité qu'il lui restait plutôt que de nous forcer à le mettre à terre comme un chien."
Son visage était à nouveau presque redevenu humain et dans l'obscurité, Mustang aurait pu s'y laisser méprendre.
"Reprends la pierre du Fullmetal, cède nous les deux et nous te tuerons rapidement. Tu n'auras pas à souffrir. Et ta mère n'aura pas à respirer l'odeur de tes cendres ni même voir tes restes carbonisés."
La proposition lui semblait correcte. Du donnant-donnant et même si c'était naïf, une partie de Roy espérait que l'homonculus accepterait l'offre, au moins pour Mary Bradley.
"Tu n'as aucune chance de gagner contre nous trois, insista Alphonse. Mais tu peux mettre fin à tes souffrances."
Dans la pénombre, il restait difficile d'interpréter les expressions de l'homonculus et quelques secondes passèrent, les deux alchimistes sur leur gardes, avant que finalement, Selim n'éclate d'un rire éraillé et sinistre.
"Dis-moi, Mustang, qu'est-ce que cela t'a fait de voir Hawkeye brûler vive ?"
C'était de la provocation et Mustang aurait dû s'y attendre. Mais son corps réagit avant qu'il ne puisse s'en empêcher. D'un claquement de doigt, il fit jaillir une flamme qui incinéra la langue de l'homonculus. Il eut à peine le temps de cligner des yeux qu'une ombre se dressait entre Selim et lui.
"Il l'a fait exprès. Vous devez le savoir, non ? demanda le Fullmetal à voix basse."
Une larme de sang glissait sur sa joue, juste sous une coupure qui se refermait déjà, et Mustang comprit instantanément : les flammes qu'il venait de créer avaient été suffisantes pour que Selim ne conjure des ombres et ne tente de l'attaquer. Si le Fullmetal ne s'était pas interposé, Roy aurait sans doute été défiguré sans même avoir eu le temps de réagir.
Alphonse lui jeta ce que Mustang interpréta comme un regard de reproches avant de se tourner vers Selim.
"Tu ne peux pas nous vaincre. Tu dois bien t'en rendre compte ? Même si tu utilises nos faiblesses, nous sommes trois contre un. Et tu es complètement neutralisé dans cette obscurité, ce qui n'est pas notre cas. Tu peux essayer de prendre contrôle de nos esprits, de nous attaquer. Cela ne fonctionnera pas.
- C'est bien pratique, d'avoir un frère homonculus, n'est-ce pas ? rétorqua Selim. Si j'avais repris sa pierre, il n'aurait pas pu te protéger, Mustang.
- Tu peux essayer, oui, répondit l'alchimiste d'un ton pragmatique. Absorber sa pierre et voir si tu as davantage de chances de nous vaincre."
Ils en étaient réduits à cela pour essayer de vaincre Selim et Mustang avait conscience du ridicule de leur tentative. Selim lui adressa un sourire amusé, avant de secouer la tête.
"Ce serait vous donner satisfaction."
Mustang sentit Alphonse se tendre à ses côtés.
"Tu préfères n'avoir aucune chance et continuer à mourir encore et encore ?
- Ma mort ne sera qu'un point de ma vengeance, rétorqua Selim. Avant cela, il y aura eu Panaya, Elysia et Grace, Hawkeye, Winry, et tous les autres."
Chaque nom était un coup de couteau en pleine poitrine mais cette fois, Mustang parvint à se contenir.
"Vous avez vu ce qui se passe dehors, Mustang. Vous savez, poursuivit-il d'une voix doucereuse. Tous ces hommes qui se battaient à l'extérieur pour vous sont morts. Ils sont partis en emportant avec eux des soldats innocents qui n'étaient pas au courant de ce pour quoi ils donnaient leur vie. Vous avez entendu le silence à l'extérieur. Vous savez que s'ils avaient survécu, vos hommes vous auraient rejoint. Je perds peut-être cette bataille mais j'aurai gagné. J'aurai détruit votre monde et je l'aurai vidé de tout ce qui faisait sens pour vous. Et je choisis de mourir en sachant qu'un dernier homonculus peuple cette terre. En sachant que jamais vous ne trouverez consolation."
Pendant un instant, Alphonse et lui restèrent silencieux, trop occupés à ne pas réfléchir à ce que l'homonculus venait de leur dire. Oui, la réaction de Selim était prévisible. Oui, il ferait tout pour emporter cette maigre victoire dans la tombe avec lui. Ils s'en doutaient, ils s'y étaient préparés, mais il leur fallut un instant pour assimiler cette réponse.
"Alors meurs, déclara simplement Mustang, avant de claquer les doigts."
Les flammes reprirent de plus belle et cette fois, les deux alchimistes savaient qu'elles ne s'arrêteraient pas avant de voir le corps de l'homonculus en cendres. La bataille était terminée, Selim avait admis sa défaite, mais surtout, il refusait de coopérer et rendre les armes.
C'était comme assister à un feu de joie, l'aspect réjouissant en moins. L'expression d'Alphonse était sombre, encore endurcies par les ombres que projetaient les flammes. Et pendant longtemps, aucun d'eux ne parla. La fin était proche et Mustang pouvait le voir : la combustion, la danse macabre des membres dans les flammes se rapprochaient davantage de la façon dont un vrai corps réagissait dans la fournaise. La fin était proche. Roy s'interrompit néanmoins.
"Dernière chance ? proposa-t-il à l'homonculus, tombé à genoux."
Celui-ci releva un visage sinistre et hoqueta plus qu'il ne rit.
"J'espère que vous ne connaîtrez plus jamais le repos."
Mustang claqua des doigts pour la dernière fois.
A suivre...
Bien sûr que Selim allait partir sans bouger le petit doigt pour Edward. Sa seule motivation était la vengeance et je ne pense pas qu'il aurait pu avoir aucune autre motivation ou aucun autre objectif (sinon, je l'aurais intégré dans le plot lol). Mais n'hésitez pas à me dire si vous auriez entrevu un autre but pour Selim, après que ses souvenirs soient revenus
Sinon, je me demande pourquoi j'écris une histoire aussi horrible (et oui, même moi je ne sais pas ^^;)...
