Titre : La Pièce Vide
Fandom : Fullmetal Alchemist
Disclaimers :
- l'univers et les personnages ne m'appartiennent pas.
- L'idée initiale (Edward est un homonculus, Hawkeye meurt) m'a été soufflée par Shirenai.
Mon petit blabla : La bataille continue ! Bon, de manière assez évidente, vous n'aurez pas la fin d'ici la fin d'année 2022 mais début janvier (si, si, c'est promis). En tout cas, merci à Musing-and-Music pour sa review. Hé oui, briser des petits coeurs est ma passion, mais courage, c'est presque fini ! En tout cas, bonne lecture à tous, j'espère que vous aimerez ce chapitre :)
Précédemment dans La Pièce Vide : Le tir de mortier a mis en déroute le plan de Breda et Mustang. Colt est grièvement blessée et ne restent plus que Smith et elle pour défendre la maison face à la vague de soldats. Dans la cave, le Fullmetal en est réduit à détruire l'épaule de Roy pour le libérer de l'emprise de Selim, mais pas assez rapidement pour éviter que le Flame Alchemist ne blesse Alphonse...
"Le vent d'hiver souffle, et la nuit est sombre,
Des gémissements sortent des tilleuls,
Les squelettes blancs vont à travers l'ombre,
Courant et sautant sous leurs grands linceuls"
Linceuls
Bruno et Connie la menèrent auprès d'autres civils.
Ils avaient beau vouloir quitter la capitale aussi vite que possible, il ne faisait pas bon de courir les rues cette nuit-là, au milieu de tous les combats qui avaient lieu. L'atmosphère était tendue et le trio ne cessait de sursauter au moindre bruit suspect, les nerfs à fleur de peau. La rumeur, lui apprit Connie, disait que les alchimistes d'état patrouillaient les rues. Et s'ils souhaitaient éviter de croiser des soldats ce soir-là, ils avaient encore moins intérêt à tomber sur un alchimiste.
D'un regard sévère, Bruno fit taire son frère puis leur fit signe d'avancer plus vite. Visiblement l'homme avait une idée précise de l'endroit où ils se dirigeaient. Il leur fit remonter une rue commerçante puis les arrêta devant un bar dont la porte avait été renforcée avec une planche de bois grossière.
"Ici ? murmura Connie d'un ton surpris.
Sans prendre le temps de répondre, son aîné pesa de tout son poids sur le battant puis le fit pivoter presque sans bruit sur ses gonds.
"Vite, ordonna-t-il d'un ton sec."
Audra et Connie se dépêchèrent de rentrer avant que Bruno ne ferme derrière eux.
Connie sortit sa lanterne et la ralluma prudemment. L'intérieur semblait tout aussi abandonné que le reste de la rue. Les chaises avaient été laissées autour des tables, sans avoir été rangées ou regroupées, et une ou deux bouteilles de bières abandonnées suggéraient que les lieux avaient été abandonnés avec précipitation. Sans prêter attention à cela, Bruno zigzagua entre les tables pour se diriger vers l'escalier qui semblait disparaître dans les ténèbres d'une cave. Il fit signe à son cadet de passer devant et s'engouffra à sa suite dans l'obscurité.
"Arrête-toi là, indiqua-t-il à mi-pallier."
Connie leva un sourcil étonné mais ne protesta pas. Sous son regard étonné et celui d'Audra, Bruno toqua contre le mur, A leur grande surprise, une des briques nues se dégagea pour laisser apercevoir une paire d'yeux suspicieux.
"Je viens de la part de Jean, annonça Bruno à mi-voix."
Des chuchotements et bruits de pas suggérèrent que derrière la paroi, ce Jean était réquisitionné.
"C'est bien lui, confirma une nouvelle paire d'yeux qui passa brièvement sur eux."
Une seconde plus tard, tout un pan du mur de brique pivota sur lui-même pour dévoiler un souterrain caché entre le rez-de-chaussée et la cave et quelques dizaines de paires d'yeux suspicieux se braquèrent sur eux. Par réflexe, Audra baissa la tête, se faisant toute petite derrière les deux frères, et ramena quelques mèches sur son front. Mais l'inconvénient d'être rousse était qu'on passait difficilement inaperçu.
Bruno salua Jean avec raideur et commença à déballer le contenu de son sac à dos, Connie l'imitant avec une seconde de retard. De l'eau, des rations sèches, mais surtout, des armes. Voilà donc ce qu'ils avaient été cherché dans l'épicerie où s'était dissimulée Audra.
"C'était le prix pour votre séjour mais pas pour elle, indiqua sèchement Jean en désignant la jeune femme du menton.
- Nous avons ramené autre chose que les armes, pointa Bruno. Les vivres comptent pour sa part.
- Ce n'est pas ce qui était prévu.
- On allait pas la laisser seule, protesta Connie. Pas avec ce qui se passe en ce moment. L'armée...
- Pas mon problème, coupa Jean. Comment est-ce que je sais qu'elle n'est pas avec eux, justement ?"
Instinctivement, Audra baissa la tête. Mais elle devait avoir l'air trop fatiguée, trop aux aguets pour passer pour une espionne puisque le dénommé Jean se contenta de pousser un long soupir.
"Ce genre de gestes vous tuera.
- Tu es trop méfiant, répondit Connie avec un sourire."
Mais leur hôte leur fit signe de se diriger vers le fond de la salle et Audra poussa un soupir de soulagement intérieur. Tôt ou tard, quelqu'un ne tarderait pas à la reconnaître, surtout avec cette couleur de cheveux. Elle devrait régler ce problème bientôt, si elle espérait fuir la capitale, mais pour le moment, elle n'avait pas d'autre alternative que de suivre ses sauveteurs et garder la tête baissée.
Le refuge était une pièce étroite - probablement une zone de stockage de fûts plutôt qu'une vraie salle destinée à accueillir des êtres humains - et la hauteur du plafond les obligea à s'avancer courbés jusqu'à trouver un recoin libre. Bruno et Connie s'y laissèrent tomber avec un soulagement évident. Jean les avait suivis, à la grande contrariété de la jeune femme.
"On reste ici pour la nuit ? demanda Audra à voix basse et l'aîné acquiesça avant de se tourner vers Jean.
- Des nouvelles ?
- Pas vraiment. La confirmation de ce qu'on pensait, déclara le contrebandier d'un ton sombre : les alchimistes d'état ont été déployés et les rebelles se sont fait écraser.
- Ils n'avaient pas la moindre chance, murmura Connie.
- Non, mais que pouvaient-ils faire ? Continuer à se soumettre ?"
Mais personne n'avait plus la force de débattre à cette heure de la nuit. Audra ramena ses jambes contre elle et posa son front sur ses genoux, tant pour se dissimuler que parce qu'elle était épuisée.
"Alors ils ont été battus ?
- Sans l'ombre d'un doute. Et maintenant, nous en payons les conséquences, résuma Bruno d'un ton amer. Les alchimistes d'état ont commencé à patrouiller les rues pour trouver des survivants. Et les tuer.
- ça se calmera au matin, répondit Connie. ça se calme toujours à un moment. Ils ne peuvent pas continuer comme cela indéfiniment."
Mais Bruno poussa un grognement et Audra ne put s'empêcher de lui jeter un coup d'œil. Sous son air renfrogné, l'homme était tout aussi effrayé qu'elle.
"Ils continueront jusqu'à nous tuer tous : quelqu'un a tué le généralissime.
- Quoi ? s'exclama Connie. Quand est-ce que tu as...
- Mustang ? ou Remington ? coupa Jean.
- Remington. Ils ont retrouvé son cadavre en pleine rue. Une petite blonde a fait le coup.
- ça n'a aucun sens, décréta leur hôte.
- Je suis resté caché longtemps dans le hangar, expliqua Bruno. Des patrouilles sont venues plusieurs fois sans me voir, mais j'ai pu entendre ce message radio.
- Quand ?
- Milieu d'après-midi, je dirais."
L'ensemble des regards s'étaient tournés vers eux à présent et Audra se tassa d'autant plus sur elle-même.
"Une petite blonde a tué le généralissime ?
- C'est ce que j'ai compris. Civile, d'après le message radio.
- ça n'a aucun sens, pointa Connie. Comment une civile aurait pu...
- Je n'en sais rien, coupa Bruno avec agacement. Je l'ai entendu, c'est tout. Et d'après le message radio, cette personne a tout de suite été capturée par une patrouille."
Il fallut quelques instants à Audra avant de comprendre et plus encore avant de savoir ce qu'elle ressentait.
Amanda avait été prise par l'armée.
Quelque part, la journaliste se sentit étrangement satisfaite. Nul ne pouvait tuer et s'en échapper indemne. Peu importe ce qu'avait fait Remington, la justice ne pouvait pas qu'être apportée par un tribunal. Mais ce genre de réflexion sonnait étrangement, à présent qu'elle était entassée dans une cave avec d'autres civils hagards.
Ceux-ci accueillirent la nouvelle avec un silence contemplatif : comment un officier si gradé, même affecté à un poste de bureau, avait-il pu être exécuté en pleine journée, en pleine rue alors que Mustang avait disparu depuis un mois sans jamais être aperçu ?
A nouveau des larmes brouillaient sa vue et Audra les essuya discrètement. Elle avait l'impression d'avoir été précipitée dans une mer tumultueuse sans repère ni aide. Elle devait rejoindre le Nord, sans avoir aucune idée de la façon de procéder et à cet instant, elle aurait tout donné pour pouvoir crier sa colère sur Mustang et Hawkeye. Sur les deux personnes qui l'avaient entraînée dans cette affaire. Seulement Hawkeye avait été tuée elle aussi. Et dans d'horribles conditions.
"Si elle est entre les mains de l'armée, commenta doucement Connie, ils ne tarderont pas à l'exécuter.
- Et à en faire un exemple, acquiesça Jean. Ils ne la laisseront pas s'en tirer.
- Elle devait savoir ce qu'elle risquait, commenta Bruno sans grande empathie. Je ne...
- Chut, interrompit soudain une voix autoritaire"
Audra releva discrètement la tête : leur portier agitait une main en l'air pour leur faire signe de baisser la lumière des lampes et personne ne se risqua à demander pourquoi. L'oreille collée contre la paroi, l'homme semblait particulièrement inquiet. Visiblement, quelqu'un ou quelque chose s'approchait et ce n'était pas la première fois.
Connie, le visage blême, avait attrapé le bras de son frère et Audra se recroquevilla sur elle-même, les bras serrés autour de son corps.
Ce n'était pas la première fois qu'une patrouille passait dans le bar et les soldats n'avaient pas découvert cette cachette. Il suffisait de rester calme et tout irait bien, se répéta la jeune femme.
Mais la fatigue, la faim, le sentiment d'être une bête aux abois avaient eu raison de ses nerfs bien avant cela. Son corps entier tremblait de façon incontrôlée et malgré tous ses efforts pour ne pas se dissoudre dans sa terreur, Audra pouvait à peine réprimer les sanglots hystériques qui remontaient dans sa poitrine. Connie posa sa main sur son épaule et la jeune femme se fit d'autant plus petite, la tête appuyée contre ses genoux. Et c'est sans doute ce qui lui sauva la vie lorsqu'une énorme explosion fit trembler ses membres.
L'espace d'un instant, le monde disparut dans un fracas et un tremblement immense. Un son suraigu sonnait à ses oreilles et Audra prit brusquement conscience qu'elle était tombée à la renverse, mais elle était incapable de se relever. L'épais nuage de poussière semblait peser sur elle comme une chape de plomb, mais alors que les particules commençaient à retomber, elle distingua clairement deux silhouettes qui s'avançaient au milieu des débris.
"Il semblerait que nous ayons débusqué quelques rats."
La douleur était telle que le reste du monde avait cessé d'exister. Mustang parvenait à peine à respirer, yeux fermés et mâchoires contractées pour ne pas laisser échapper de cri de douleur. La pire situation en pleine bataille.
Une paire de mains le souleva et le déplaça malgré lui et il ne put retenir un gémissement de douleur.
"Ressaisissez-vous, lui ordonna une voix froide."
Celle du Fullmetal.
"Plus facile à dire qu'à faire, grommela Mustang, malgré tout."
La douleur ne faisait qu'empirer. L'alchimiste avait l'impression que des lames chauffées à blanc avaient été plantées dans son épaule, transperçant tout son bras. Malgré tout, il se força à se redresser puis écarquilla les yeux : la douleur avait permis de chasser Selim de son esprit. Il était redevenu maître de son corps.
"C'était le but, admit l'homonculus sans le moindre regret. Je vais aller distraire Selim. Vous devez retrouver Alphonse."
Alphonse qu'il avait pris pour cible. L'odeur ne trompait pas : le jeune homme avait été touché par les flammes et il semblait à Roy qu'il avait entendu des cris. Les siens ? celui de l'adolescent ? impossible de se prononcer. Il ne pouvait qu'espérer que les brûlures n'étaient pas trop graves. Mais dans tous les cas, tous deux seraient trop mal en point pour essayer de combattre Selim.
"Alphonse peut vous soigner. Il a étudié l'alchimie médicale."
Mais Mustang secoua la tête et grimaça lorsque la douleur dans son épaule irradia jusque dans son cou.
"Nous soigner tous les deux l'épuisera. Il sera incapable de se battre après cela.
- C'est toujours mieux que de vous avoir tous les deux hors-service, pointa l'homonculus.
- Je peux me battre même avec cette épaule."
Le Fullmetal lui envoya une pichenette sur le bras et Mustang retint un cri de douleur. Edward lui lança un regard lourd de sens.
"Retrouvez Alphonse. Je vais m'occuper de Selim avant que celui-ci ne lui mette la main dessus."
Et sans lui laisser la possibilité de répondre, l'homonculus disparut.
Mustang soupira. Il n'aimait pas la façon dont ils avaient perdu le contrôle de la situation, mais le Fullmetal avait raison : il n'était pas en état de se battre. A minima, ils devaient trouver un moyen de remettre sur pied l'un ou l'autre et l'alchimie médicale d'Alphonse restait encore la meilleure solution, au risque de vider ce dernier de ses forces.
Aussi rapidement qu'il le put, l'alchimiste de flamme se redressa, les mâchoires serrées. Il avait l'impression que son épaule avait explosé dans son bras mais si le Fullmetal avait cherché à lui faire suffisamment mal pour mettre fin à l'emprise de Selim, ce n'était pas impossible. En tout cas, Roy évitait soigneusement de regarder son bras ou même tout mouvement qui aurait pu solliciter les muscles autour.
Dans la précipitation, l'alchimiste de flamme avait atterri dans un coin de la pièce. Quelques débris, des morceaux de charpente se dressaient au milieu de la pièce mais derrière eux, Mustang pouvait apercevoir les deux silhouettes des homonculus s'affronter. Ou plutôt, il pouvait apercevoir Selim encaisser coup après coup, sans que ses tentacules ne parviennent à atteindre Edward. Une bonne chose, jugea Roy. En revanche, aucune trace du cadet des frères Elric.
Tant bien que mal, l'alchimiste de flamme se mit en route.
"Alphonse ?"
Tant qu'Edward s'occupait de Selim, il pouvait se déplacer, sans crainte d'attirer l'attention de l'homonculus. Celui-ci n'avait même pas l'occasion de parler.
"Alphonse ?
- Ici, lui répondit une voix faible."
Mustang contourna un pan de mur pour découvrir l'adolescent, lourdement appuyé dessus, un bras brûlé à vif.
"Désolé, murmura le soldat. J'étais...
- Sous le contrôle de Selim, je sais. Où est mon frère ?
- Il détourne l'attention de Selim. Tu es blessé ? demanda Mustang en désignant le sang qui gouttait de la veste du jeune homme."
De près, les brûlures d'Alphonse n'étaient pas graves. Impressionnantes oui, mais superficielles et bien moins dangereuses que celles que Mustang avait l'habitude d'infliger à ses ennemis. En revanche, la respiration erratique et la flaque de sang qui se formait à ses pieds suggéraient que le jeune homme avait été touché ailleurs.
"Selim, indiqua-t-il le souffle court. Pendant qu'Edward s'occupait de vous, Selim s'en est pris à moi. Entaille au flanc.
- Montre-moi ça ?"
La blessure n'était pas belle et Mustang grimaça lorsqu'Alphonse écarta sa veste.
"Tu dois soigner ça en priorité. Tu t'en sens capable ?"
Peu importe la douleur dans son épaule, l'entaille relevait de l'urgence vitale. Alphonse hocha la tête.
"Est-ce qu'après cela, tu pourrais soigner mon épaule ? sans totalement t'épuiser ? J'ai l'impression que ton frère a fait exploser mon épaule. Je ne peux pas me battre dans ces conditions.
- Si je soigne votre épaule, je ne serai pas le seul fatigué, prévint le jeune homme. Le processus épuisera votre corps également.
- Mais nous n'avons pas le choix, grommela Mustang. Nous ne pouvons pas laisser Edward seul face à Selim. Pas jusqu'au bout, en tout cas."
Ils avaient encore l'espoir que Selim tente de s'emparer de la pierre du Fullmetal mais si cela se produisait, Edward risquait ensuite de se retrouver totalement vulnérable face à l'homonculus.
"On essaie d'abord ces deux blessures ? demanda Mustang, avant d'ajouter avec une grimace désolée : je ne pense pas que ta blessure au bras soit critique. Inconfortable mais pas...
- Je peux me battre avec, confirma Alphonse."
Les flammes avaient consumé la manche de la veste et emporté avec elles la couche superficielle de la peau, sur une partie de l'avant-bras uniquement. L'adolescent s'en tirait à bon compte.
"Par contre, à partir du moment où je commencerai la transmutation, Selim saura où nous trouver, prévint-il.
- Ton frère le tient suffisamment occupé.
- Et cela risque de faire mal.
- Difficile de faire plus qu'actuellement."
La souffrance le faisait trembler sur ses jambes et Mustang pouvait sentir des gouttes de sueur froide dégouliner le long de son dos. Il ne faisait bonne figure que pour Alphonse et parce que leur combat n'était pas terminé, mais le soldat aurait tout donné pour pouvoir se laisser tomber à terre et laisser cours à sa douleur. En poussant de grands cris, de préférence. Néanmoins, il s'approcha du jeune homme.
"De quoi as-tu besoin ?
- Rien de particulier.
- Alors ne traînons pas"
Alphonse hocha la tête, toujours avachi contre le mur, puis leva deux mains tremblantes qu'il joignit puis apposa sur son ventre. La lumière caractéristique de l'alchimie jaillit instantanément. Et à en juger par la grimace qui apparut sur le visage de l'adolescent, l'opération n'était pas agréable. Mais rapidement, le sang arrêta de goutter de sa veste.
"Votre épaule, maintenant, articula-t-il le souffle court. Je vous conseille de vous asseoir."
Mustang s'exécuta et se prépara mentalement à ce qui allait venir.
Alphonse n'avait pas menti. Dès l'instant où il posa ses mains sur son épaule, Roy eu l'impression qu'un millier d'aiguilles chauffées à blanc transperçaient sa peau et cheminait à travers les tissus pour déplacer un à un chaque fragment d'os. Par pure fierté, il ne pouvait pas se résoudre à laisser échapper le moindre son, mais le soldat n'avait jamais rien ressenti de tel. Ce n'était pas la brûlure du feu, ni la morsure du froid, et pourtant il avait l'impression que tout son bras était en flammes. La transmutation le laissa haletant, tant à cause de la souffrance que de l'épuisement de son corps.
"Je comprends mieux pourquoi tu t'es évanoui après, la première fois, grommela Mustang.
- Bougez un peu votre bras ? demanda Alphonse."
Roy obéît avec précaution mais le jeune homme était doué. De la douleur, il ne restait rien d'autre que le souvenir et l'articulation avait retrouvé l'ensemble de la mobilité. Mais il avait l'impression d'avoir été piétiné par un cheval. Avec une grimace, l'alchimiste de flamme se releva.
"Comment te sens-tu ?
- ça va"
Un mensonge. Ou une belle minimisation de son état. Le visage d'Alphonse était blême et la même pellicule de sueur froide recouvrait son front. Mais ils n'avaient pas le choix.
"Prêt ? demanda Mustang."
Le jeune homme hocha la tête. Ils devaient vaincre Selim une bonne fois pour toute.
Colt ne tiendrait plus longtemps à ce rythme, c'était évident.
Du coin de l'œil, Smith pouvait voir sa coéquipière dodeliner de la tête, vaciller sur elle-même et lutter pour rester consciente derrière son fusil. Mais tôt ou tard, elle finirait sans doute par s'écrouler. A cause d'un choc à la tête lorsqu'elle avait été projetée hors de la maison ou parce que son garrot ne tenait plus. Peu importe. Ce n'était qu'un détail du tableau. Un autre détail qui s'ajoutait à la liste des raisons pour lesquelles ils ne s'en sortiraient pas vivants. Parce qu'à ses côtés, la maigre réserve de munitions que Smith avait pu rassembler après l'explosion diminuait elle aussi dangereusement et parce qu'en face d'eux, la marée humaine semblait inarrêtable. Le nombre de leurs assaillants s'épuisait petit à petit. Ça, il pouvait le constater en relevant la tête. Mais il n'y avait pas besoin de compter pour se rendre compte que Colt et lui n'arriveraient jamais à bout d'eux. Pas avant d'épuiser leurs munitions. Et s'ils en venaient à un combat par armes blanches, il valait mieux pour elle que sa coéquipière soit déjà inconsciente.
Smith rechargea un ses munitions et se repositionna derrière sa lunette, éliminant un à un chacun des soldats qui se présentait à sa portée.
Il pouvait encore fuir, sauver sa vie et personne ne pourrait le lui reprocher. Aucun engagement officiel ne le liait plus à l'armée. Breda et Mustang avaient été très clairs sur le fait qu'ils ne pouvaient pas lui donner l'ordre de se battre pour eux. Panaya, Breguet et sans doute son chef d'équipe étaient morts, Colt sur le point de les rejoindre. Smith pouvait encore poser son fusil, s'en aller. Il n'était pas gravement blessé, il serait tout à fait capable de semer ses éventuels poursuivants, à supposer qu'ils aient même l'idée de le poursuivre. Il pouvait poser son fusil et se fondre dans la nuit. Et au matin, il n'y aurait plus de survivants pour le lui reprocher.
Mais malgré tout, Smith ne pouvait pas. Il serait le dernier rempart entre l'armée de Selim et les alchimistes dans cette maison. La dernière personne à faire barrage pour leur donner ne serait-ce que l'espoir de sauver le pays de cet homonculus. L'idée était ridicule mais après tous ceux qui s'étaient sacrifiés pour ce combat, comment pouvait-il ne serait-ce que songer à fuir ? Et avant de mourir, il avait encore une dernière tâche, une dernière responsabilité. S'il devait périr sur le champ de bataille, alors il s'assurait que sa coéquipière parte sans souffrir. Il ne la laisserait pas aux mains de ces soldats. Il ferait en sorte que le coup soit fatal et instantané. Qu'elle ne sache même pas ce qui lui arrive.
Machinalement, il passa la main sur son couteau, vérifia qu'il était toujours solidement attaché à sa ceinture puis se remit à tirer.
Colt et lui mourraient ensemble. Il y avait pire, comme façon de partir.
Le rythme de tir de sa coéquipière ralentissait de plus en plus lorsqu'un léger bruit dans son dos fit sursauter Smith. Mais il ne se retourna pas assez vite. Une main se posa sur son épaule.
"Vous êtes restés ?
- Breda ?"
Son chef d'équipe se tenait accroupi à ses côtés, essoufflé et le visage noirci de sueur.
"J'ai mis du temps à vous rejoindre, grimaça-t-il. Colt ?"
La jeune femme fit un faible signe de la main, mais ses blessures parlaient d'elles-mêmes. A la lueur du clair de lune, Smith vit l'expression sur son visage trahir Breda un bref instant avant que le masque impassible ne se remette en place. Et ce simple fait rassura Smith. Breda était toujours leur chef d'équipe. Toujours fiable, même dans les pires situations.
"Je ne t'ai pas trouvé dans les débris, demanda-t-il. Où est-ce que tu...
- Broche et Ross, coupa le roux. L'explosion m'a projeté un peu plus loin et j'imagine que j'ai perdu conscience. Quand je suis revenu à moi, j'ai vu que les soldats se dirigeaient vers Broche. Je suis allé lui porter secours mais... je suis arrivé trop tard. Et presque en même temps, Ross..."
Il n'avait pas besoin de terminer sa phrase. Colt et Smith avaient vu les deux avant-postes être submergés.
"Il m'a fallu un peu de temps pour revenir jusqu'à vous, termina maladroitement Breda."
Smith hocha la tête.
"Nous ne tiendrons plus longtemps. Les blessures de Colt sont trop importantes et nos réserves de munitions sont proches de la fin.
- Je sais.
- Nous pouvons les retarder un maximum, mais nous ne pourrons pas faire barrage."
Breda acquiesça sans un mot. Et Smith attendit, accroché à cet espoir fou et irrationnel que son chef d'équipe ne trouve une solution. Après tout, il avait toujours réussi à améliorer la situation, à les guider à travers les évènements. Seulement cette fois, le soldat roux semblait tout aussi défait et démuni qu'eux.
"Est-ce que vous avez remarqué un changement dans leur comportement ?"
Tandis qu'ils discutaient, Smith et Colt s'étaient arrêtés de tirer et la ligne ennemie se rapprochait, le martèlement de leurs pieds devenant plus oppressants que jamais. Cependant Breda n'avait pas donné l'ordre de se concentrer à nouveau sur la masse qui avançait.
"Un changement ?
- Ils se sont mis à attaquer Broche et Ross alors qu'ils ne leur avaient jusque-là prêté aucune attention.
- Quelques-uns se sont mis à m'attaquer, après le tir de mortier, reconnut Smith. Ils ont l'air... plus réveillés. Ils se comportent davantage comme des soldats en plein combat et moins comme des poupées sans réflexion.
- Tu penses que l'emprise de Selim s'affaiblit peu à peu ? demanda Colt d'une voix essoufflée.
- S'affaiblir, je ne sais pas, mais son emprise s'est définitivement relâchée. Sans ça, jamais ils ne s'en seraient pris à Broche et Ross.
- Et donc quoi ? tu penses qu'il est possible de les faire revenir à eux ? demanda Smith.
- Peut-être.
- Il n'y a qu'une façon de vérifier."
Smith se retourna vers son fusil et arma son tir, sauf que cette fois, il ne visa pas le torse, mais la cuisse. La balle atteignit sa cible avec précision et ils virent le soldat ennemi s'écrouler. Avec appréhension, ils attendirent la suite : soit la douleur pouvait être suffisante pour permettre à ce soldat de revenir à lui. Soit, il se relèverait et continuerait de se traîner inlassablement vers eux.
Une seconde s'écoula. Puis deux et trois. Smith, Colt et Breda avaient les yeux rivés sur la silhouette sombre. Ils ne pouvaient qu'espérer qu'il existe une façon d'arrêter cet assaut. Toutefois, ils virent le soldat se relever et boîter dans leur direction comme une marionnette macabre.
Ils avaient gaspillé une balle et n'étaient pas plus avancés.
"De toute façon, la Faction, même hors du contrôle de Selim, aurait pu s'en prendre à nous, marmonna Breda d'un ton sombre. J'ai un autre plan mais il ne va pas vous plaire"
Smith laissa échapper un petit rire.
"Etant donné le point où nous en sommes, je pense que nous serons contents, peu importe le plan que tu aies à nous proposer.
- Ce plan ne prévoit pas notre survie, précisa le chef d'équipe."
C'était là où le bât blessait.
"Mais ce n'est pas comme si nous avions actuellement des chances de survie, fit remarquer Smith. Pour nous en sortir, il faudrait partir maintenant. Et passer de longues heures à semer nos poursuivants."
Pour ensuite se retrouver dans un pays au bord de la guerre civile, probablement contrôlé par un homonculus. Aucune des deux alternatives n'était satisfaisante, selon le soldat. Mourir pour son pays. Ou fuir et vivre dans le déshonneur.
"Est-ce qu'au moins, ça nous donnerait une chance de renverser le cours de la situation ? demanda Colt."
Sa voix se faisait de plus en plus faible, et son regard de plus en plus vitreux. Peu importe le plan de Breda, Smith espérait que ce dernier avait pris en compte l'état de sa coéquipière.
"ça pourrait.
- Crache le morceau, boss, s'impatienta Smith. Nous allons mourir ici de toute façon.
- Il nous reste deux bombes enterrées dans le sol, soupira Breda. L'idée serait de courir, rassembler un maximum de ses soldats en servant nous-même d'appâts et puis déclencher manuellement ces bombes."
Colt accueillit l'idée silencieusement mais Smith jura.
"Emporter le plus grand nombre avec nous dans l'explosion ? Putain Breda, ce plan ne nous laisse absolument aucune chance. Et il faudrait avant qu'on joue les appâts ?"
Le soldat roux hocha sombrement la tête. Mais Smith ne trouvait rien à redire. Ce n'était pas pire que les perspectives s'ils ne faisaient rien. Et avec l'explosion, ils auraient la chance de mourir sur le coup, ce qui n'était pas garanti s'ils finissaient au corps-à-corps avec cette armée de pantins.
"Ce plan vous concerne Smith et toi, fit remarquer Colt.
- Tu ne peux pas te déplacer vers une de ses bombes. Mais tu peux t'occuper des derniers survivants avant de...
- Mourir, compléta la soldate.
- Non, intervint Smith.
- Non ?"
Les regards n'étaient pas accusateurs mais simplement épuisés.
"Breda, on ne peut pas… On ne peut pas laisser Colt seule face à…".
Smith lisait dans ses yeux que le roux comprenait, sans qu'il n'ait besoin de finir. Mais un éclat de rire amer les surprit tous les deux.
"Ne t'en fais pas pour moi, Smith. Ce n'est pas comme si j'allais rester consciente encore très longtemps."
La soldate semblait s'être liquéfiée, incapable de rester droite contre son appui. Son regard était de plus en plus vitreux, mais ses pensées, encore lucides, et Smith sentit son coeur se serrer dans sa poitrine.
"Je ne le sentirai même pas venir. Ne t'inquiète pas."
Colt était décidée et il n'avait rien à dire. Smith jura.
"Si Mustang avait tué cet enfoiré dès le début.
- Si seulement, acquiesça Breda."
Ils échangèrent un regard sombre avant que le soldat ne soupire et ne se redresse.
"Si on veut avoir une marge de manœuvre pour les rassembler et les attirer vers la bombe, on ne peut pas traîner."
Breda hocha gravement la tête.
"Est-ce que tu vois toujours là où sont enterrés les explosifs ?
- Toujours."
Alors il n'y avait plus qu'à faire. Faire sans réfléchir et sans se poser de question sans quoi son courage se dissoudrait instantanément.
Smith jeta un dernier regard à ses deux coéquipiers. Ils avaient vécu de belles choses, de bons moments, entassés dans des planques beaucoup trop petites pour eux. Ils s'étaient protégés les uns les autres autant qu'ils le pouvaient. Et maintenant, c'était fini.
"Au moins, on part avec éclat, murmura-t-il."
Et Colt lui adressa un sourire amer.
Pour son pays. Avec ses coéquipiers. En continuant à se battre. Il y avait pire façon de mourir.
Selim était impuissant face à la vitesse du Fullmetal.
Il ne pouvait que subir ses assauts, sans parvenir à réagir, le suivre des yeux, tenter de se protéger de ses bras ou à l'aide des tentacules d'ombre qui s'agitaient à ses pieds. Son adversaire était si rapide que Mustang ne distinguait vaguement qu'une forme fugitive qui dansait autour de la silhouette de l'enfant tandis que celui-ci était balloté par les coups. Mais si le Fullmetal avait pour lui cette vitesse inhumaine, il avait perdu sa force de frappe : sans alchimie, il ne lui restait que la force de ses poings et de ses pieds. Insuffisant, pour infliger des dégâts significatifs à Selim.
"Nii-san ! s'écrit Alphonse lorsque Mustang claqua des doigts."
Mais c'était inutile. Le Fullmetal avait disparu avant même que les flammes n'engloutissent la minuscule figure de Selim.
Il y avait quelque chose de cauchemardesque à voir cette silhouette s'agiter sans bruit, dans les flammes, de le voir brûler mais sans s'écrouler. Une vision d'horreur, à plonger ses yeux dans ses orbites manquantes pourtant orientées dans sa direction. Mustang resta un instant saisi par le spectacle macabre, puis un bras d'ombre surgit d'une ouverture dans le mur de flamme. L'alchimiste se jeta sur le côté et se réceptionna avec un grognement. Alphonse avait pu le soigner, mais son corps était épuisé, ses membres lourds et lents à réagir. Roy avait à peine pu se mettre hors de portée.
"Alphonse ? cria-t-il.
- ça va !"
La voix du jeune homme était faible, trop faible, mais ils n'avaient pas le choix.
"Vise sa bouche !"
Les flammes commençaient déjà à s'éteindre, faute de combustible, et le corps de Selim se regénérait déjà. Un éclair de lumière jaillit lorsqu'un pic de béton vint empaler l'homonculus. Mais presque immédiatement, les tentacules d'ombre brisèrent le pylône. A nouveau, les flammes de Mustang embrasèrent la salle.
"Est-ce que vous allez tenir la cadence ? demanda la voix froide du Fullmetal."
Celui-ci apparut à ses côtés, traînant derrière lui son frère cadet.
Mustang essuya la sueur qui commençait à couler sur son front.
"Nous n'avons pas le choix. Il a cassé les deux autres projecteurs. Avec ses ombres...
- Je peux casser les deux restant, proposa Edward."
Mais Alphonse secoua la tête.
"Ce serait pire. Cela nous priverait de toute visibilité et à chaque fois que les flammes de Mustang réapparaîtraient, il n'en serait que plus fort.
- Le mieux est de continuer comme cela, acquiesça Roy, claquant des doigts à nouveau. Mais tu vas devoir intervenir, Fullmetal."
L'homonculus resta silencieux.
Sur un geste de Mustang, ils se dispersèrent dans la salle.
Nul besoin de concentrer toutes les cibles au même endroit. Leur stratégie était toujours valable : attaquer à tour de rôle et tout faire pour empêcher l'homonculus de parler. Mais cette fois, le rythme était bien plus intense car les bras d'ombre de Selim lui permettaient de se défendre et riposter. La moindre ouverture dans le mur de flammes et ils redevenaient des cibles.
Au-dessus de leur tête, l'incendie continuait, mais la structure presque encore intacte de la salle les protégeait et Mustang s'efforça de ne pas penser au terrible impact - un tir de mortier à n'en pas douter - à la fumée qui envahissait l'air - la charpente était en feu - et aux hommes qui se battaient pour lui. Breda, Colt, Smith, Ross et Broche devaient survivre. Il ne pouvait pas en être autrement. L'alchimiste tentait également de repousser au fond de son esprit tout ce que l'homonculus lui avait dit. Remington mort, sa sœur entre les mains de l'armée attendant son exécution. Roy ne pouvait pas se laisser déconcentrer par tout cela, toutes ces vies impliquées dans le combat par Selim. Ne serait-ce que parce que celui-ci ne leur laissait aucun répit.
Un nouveau bras d'ombre jaillit des flammes, dans sa direction, mais cette fois, les flammes de Mustang le rencontrèrent à mi-parcours et le désagrégèrent dans les airs. L'alchimiste se laissa haleter un instant. Cette dernière attaque manquait singulièrement de conviction. Trop faible et trop poussive pour représenter un réel danger. Selim devait avoir compris qu'il ne pouvait pas gagner. Alors que faisait-il ? Comptait-il jouer sur l'endurance ? Attendre qu'Alphonse et Mustang se fatiguent avant lui ? Mais ils étaient trois contre lui et à chaque fois que la réaction de l'un des deux alchimistes tardait à venir, le Fullmetal intervenait, portait à coup à la mâchoire pour la disloquer et empêcher Selim de parler. Celui-ci n'avait pas la moindre chance et pourtant, l'inquiétude commençait à gagner Roy : l'homonculus tramait quelque chose.
Mustang claqua des doigts.
Que se passait-il ? Ils avaient l'avantage. Un coup d'œil vers Alphonse lui indiqua que même si l'adolescent était épuisé, il pouvait encore tenir. La détermination brillait toujours dans ses yeux. Tous les deux continueraient de se battre jusqu'au bout parce qu'ils n'avaient pas d'autre choix. Alors pourquoi l'instinct de Mustang lui disait-il que quelque chose échappait à son contrôle ?
A nouveau, des flammes.
L'alchimiste plissa les yeux puis commença à parcourir la salle du regard. La configuration des lieux n'avait pas changé. Même en nivelant le sol, la pièce restait large et relativement dégagée. Quelques morceaux du plafond avaient cédé sous l'impact du tir de mortier et s'étaient effondrés, accompagnés de pans entiers de la charpente mais rien dans le périmètre où Alphonse et Mustang avaient acculé l'homonculus. Alors pourquoi ?
Claquement de doigts.
Mustang s'essuya à nouveau le front. Que se passait-il ?
Ses yeux tombèrent sur la traînée de suie au sol. Les différentes combustions de l'homonculus avaient laissé des marques noires au sol, un mélange de suie et de cendres humaines. Rien de bien nouveau. Mais le tracé était parlant : Selim reculait sciemment vers l'un des murs. Mustang releva la tête. Non, pas l'un des murs. L'un des derniers spots. Et il comprit.
"Alphonse, il va tenter de ..."
Mais un tentacule d'ombre le coupa en pleine phrase. Profitant d'une ouverture dans les flammes, ils jaillirent en direction du projecteur le plus éloigné pour le briser. N'en restait plus qu'un. Un duquel Selim s'était consciencieusement rapproché. Un qui, dans son dos, projetait une ombre immense.
Mustang claqua des doigts mais déjà des dents de scie jaillissaient dans sa direction. Il se jeta sur le côté et grimaça. Les ombres l'avaient atteint à la cuisse et la douleur à nouveau déchirait son esprit. Mais il ne pouvait pas se permettre de rester à terre. L'alchimiste serra les dents et se releva rapidement. Il devait se tenir prêt. Prêt à combattre, prêt à lutter contre la voix qui tenterait de prendre le contrôle de son esprit. Mais celle-ci ne vint pas.
"Alphonse ? appela-t-il"
Rien. Sinon le sang qui imbibait son pantalon et gouttait déjà sur le sol en béton.
Rien sauf le bruit des balles qui résonnaient au loin.
Rien. Et puis le bruit d'une vitre qu'on cassait.
La dernière source de lumière disparut, plongeant la salle dans l'obscurité. Selim se repliait.
"Alphonse, il ne doit pas nous échapper !"
Selim battait en retraite. Peut-être momentanément pour mieux les attaquer par la suite ou peut-être fuyait-il les lieux pour reprendre des forces. Mais il ne devait pas leur échapper. Les conditions pour le battre ne se représenteraient pas à nouveau et ils avaient déjà sacrifié trop de choses. Mustang s'élança et fut rejoint une seconde plus tard par le Fullmetal.
"Alphonse arrive.
- Nous devons le retrouver et l'empêcher de sortir d'ici."
Il ne pouvait pas prendre Breda et son équipe à revers. Si Selim les utilisait comme otages alors c'en était fini.
La pièce ne comportait pas de sortie - scellée par Alphonse immédiatement après que Selim ait été amené dans l'arène - aucune porte ou aucun escalier pour remonter à la surface. Mais l'explosion avait endommagé le plafond et si Selim avait attendu avant de briser le dernier projecteur, c'est qu'il avait utilisé ses ombres pour se hisser à la surface.
"Je suis là, déclara le cadet des frères Elric, le souffle court."
Il ne semblait pas blessé, c'était une bonne chose.
"Fais-nous remonter. Je surveille nos arrières."
Au moment où l'éclair de lumière jaillirait des mains de l'alchimiste, Selim pourrait les localiser instantanément.
Mustang se mit en position et fit signe à l'adolescent qui plaqua ses mains sur le sol et les hissa à leur tour. Mais rien ne vint. Aucune attaque, aucun bruit.
Immédiatement, Roy songea au pire : l'homonculus allait utiliser les soldats à l'extérieur comme otages et il le contraindrait à tuer ses propres hommes pour ne pas le laisser s'enfuir, parce que Mustang n'avait pas le choix.
"Pars dans cette direction, souffla-t-il à Alphonse. Je pars dans l'autre, on se rejoint devant la porte. Fullmetal, tu suis ton frère."
L'adolescent acquiesça et s'éloigna sans un mot. Un long bâton avait fait son apparition entre ses mains et ses yeux brillaient toujours du même éclat de détermination, malgré la fatigue et la douleur.
Le cœur battant, l'alchimiste de flamme se prépara lui-même à la traque. Instinctivement, il pivota et commença à avancer de profil, pour minimiser la cible qu'il pouvait être. Il se tassa légèrement sur lui-même, plia les jambes pour se préparer à bondir au moindre signe. Selim pouvait se trouver n'importe où. Il était petit, menu, capable de rester caché dans les ombres. Les flammes qui grignotaient la charpente apportaient un peu de visibilité, mais pas suffisamment. Chaque recoin de la maison était maintenant l'endroit idéal pour s'y dissimuler et tendre un piège.
Il y avait la cuisine à vérifier. Rien derrière la porte, rien derrière l'îlot. Le soldat poussa doucement le battant pour remonter le long du couloir obscur. Le parquet grinçait tranquillement sous ses pas et le son semblait assourdissant à ses oreilles. Toutefois, Roy ne pouvait pas y faire grand-chose, sinon guetter le craquement qui lui indiquerait qu'il n'était pas le seul dans la pièce. Ils avaient l'avantage. Trois contre un et un grièvement blessé. Les dégâts qu'ils lui avaient infligés ne pouvaient pas guérir en un claquement de doigt.
Mustang remonta aussi vite que possible le couloir, pour déboucher dans le séjour. Au moment où il franchissait le seuil, un gémissement attira son attention. Roy fit volte-face et sentit son cœur s'arrêter.
A cause de son inquiétude pour ses hommes, il avait oublié. Oublié qu'il existait un autre otage dans la maison.
"Ne bougez pas où je la tue, articula Selim d'une voix éraillée."
Pas la voix d'outre-tombe qu'il utilisait pour les manipuler. La voix de quelqu'un dont les cordes vocales fonctionnaient à peine. De quelqu'un qui retenait sa mère d'une main de fer.
Mary laissa échapper un nouveau gémissement terrifié.
"Vous n'auriez jamais dû sortir de cette chambre, mère."
A suivre...
C'est la fin de l'équipe Breda :( J'ai beaucoup aimé les écrire. Ils ont été un bon moyen de faire avancer l'intrigue et d'ajouter une autre dimension à cette histoire (je sais pas si ça c'est senti, mais j'étais en plein visionnage de Homeland quand j'ai commencé à les introduire dans le plot. D'ailleurs Smith est inspiré de Peter Quinn 3). Mais malheureusement, j'ai tendance à "miner" le terrain pour la suite (hehehe). Bon, j'espère que vous allez passer une bonne soirée, malgré cela ^^;
N'hésitez pas à me dire ce que vous avez pensé de ce chapitre et bonne année ! Meilleurs vœux pour 2023 :)
