Un fil invisible

Sous les arbres géants miroitait un étang tranquille, aux eaux bleues transparentes. Deux hommes s'y baignaient avec plaisir, insoucieux des yeux et oreilles indiscrètes. Mais après tout, il n'y avait plus personne à cette heure dans les parages.

Erwin Smith, chef d'escouade du bataillon d'exploration, nageait sur le dos, les yeux fixés sur la voûte forestière, quand son subordonné, Mike Zacharias, eut la bonne idée de le renverser sur le flanc. Emporté par la force de son ami, Erwin ne lutta pas contre elle et se retourna dans l'eau, attendant son heure pour une contre-attaque. Le visage sous la surface, il guetta le moment propice et saisit la jambe de Mike qui tomba à la renverse à son tour dans une grande gerbe d'eau pure.

Ils n'avaient pas souvent l'occasion de prendre du bon temps, aussi les deux amis ne boudaient pas leur plaisir. Ce qui n'était pas le cas du dernier élément de leur trio, qui était resté sur la rive, à les couver des yeux avec une certaine envie mêlée d'appréhension. Livaï, assis sur la berge avec ses bras autour des genoux, ouvrait ses petits yeux gris aussi grand qu'il le pouvait afin de ne pas perdre une seconde de ce qu'il voyait. Mais il n'était absolument pas décidé à les rejoindre.

Mike et Erwin avaient demandé plusieurs fois, presque supplié, qu'il se joigne à eux, mais Livaï avait invariablement refusé. Il s'était éloigné à un moment, mais avait fini par revenir pour observer ses deux camarades.

- "Pourquoi il vient pas, le nain ?" s'interrogea Mike en faisant de la brasse.

- "Il n'ose pas le dire mais il ne doit pas savoir nager."

- "Ah oui, ça doit être ça. S'il venait, on lui apprendrait."

- "Il a peut-être honte..."

Erwin savait instinctivement quand Livaï ne se sentait pas à l'aise et les ondes émotionnelles qui émanaient de son ami parvenaient jusqu'ici. Il flotta dans sa direction, agita le bras et lui demanda encore une fois de les rejoindre. Livaï se leva et épousseta son pantalon.

- "Allez, viens avec nous, ce n'est pas si difficile, tu sais !"

- "J'ai pas envie de me noyer !" répliqua Livaï en croisant les bras.

- "Alors c'est bien ça ! Nager, ça s'apprend", répliqua Mike.

- "J'ai pas envie !"

- "Cela fait partie des aptitudes de base des soldats !" protesta Erwin.

- "Fallait t'en inquiéter avant de me kidnapper !"

Mike se mit à rire à cette évocation, mais Erwin ne voulut pas lâcher l'affaire. Il nagea jusqu'à la rive et s'arrêta près des pieds de Livaï. Le petit brun s'écarta, trop conscient de ce que son chef serait capable de faire pour le forcer à obtempérer.

- "T'approche pas ! Je te vois venir, hein !"

- "Je ne vais pas te mettre à l'eau sans ton consentement..."

- "Ce serait pas la première fois que tu ferais à ton idée."

- "Pas aujourd'hui."

- "Le gros Mike te suffit pas pour barboter ?"

- "J'aimerais que tu viennes barboter aussi. Cela détend, c'est très agréable."

- "Peuh... Je suis sûr qu'elle est dégueulasse, cette flotte..."

- "C'est une des sources les plus pures du Royaume..."

- "Plus maintenant que vous êtes dedans."

- "Tu tiens absolument à faire ton grincheux toute la journée ?"

Livaï haussa les épaules. Erwin le fixait avec un air enfantin, les deux mains agrippées au rebord.

- "Si tu ne veux pas te baigner, pourquoi restes-tu là ?" demanda Erwin.

- "Pour vous surveiller."

- "Si je me noie, tu ne pourras pas me sauver."

- "Tu te noieras pas, tu sais nager."

- "Tu ne veux vraiment pas apprendre ?"

- "Ben..."

Erwin comprit qu'il avait gagné du terrain. Il se tourna vers Mike, qui profitait de la petite cascade qui sautillait sur les rochers en surplomb.

- "Je vois, il t'intimide ?"

- "Il se fout de moi quand j'arrive pas à faire quelque chose."

- "Et s'il s'en va, tu essaieras ?"

- "Mmh... tcchh !"

Erwin s'éloigna de son subordonné et revint vers Mike.

- "Livaï est disposé à s'y coller si tu t'en vas. N'essaie pas de comprendre, tu sais comment il est..."

- "Oh, t'inquiète pas, j'ai très bien compris...", siffla Mike.

Ce faisant, il jeta à Erwin un regard lourd de sens doublé d'un sourire narquois. Erwin se sentit un peu confus, mais ne perdit pas contenance.

- "Si je peux lui apprendre, autant tenter le coup. Il n'acceptera peut-être plus jamais..."

- "C'est bon, je m'en vais. Le nain a amené son caleçon ?"

- "Je crois que oui, même s'il m'a affirmé avant de venir qu'il ne s'en servirait pas..."

- "Tu parles, il attendait juste que tu te montres persuasif..."

Erwin sentit réellement le sang lui monter au visage cette fois. Mike se dirigea vers la berge, et extraya son grand corps musclé de l'eau. Il attrapa sa serviette et s'épongea le visage ; pendant qu'il se tamponnait les membres, il toisa son camarade encore habillé :

- "Je m'en vais, tu vois ? Tu vas pouvoir te retrouver seul aux bons soins d'Erwin, j'espère que le cours sera... stimulant..."

Livaï fit une boule avec la serviette de son supérieur et la lança sur le grand blond. Mike l'évita sans peine, et ramassa ses affaires avant de disparaître dans les profondeurs du bois.

Ils étaient seuls à présent. Livaï se rendait bien compte qu'il allait devoir y aller. Il se pencha sur l'onde, scruta les profondeurs, à l'affût du moindre indice de saleté décelable ; mais il dut se rendre à l'évidence : ce lac était tout à fait propre et il ne pourrait plus se raccrocher à ce prétexte.

Erwin faisait la planche en battant doucement des pieds et Livaï eut alors furieusement envie de le rejoindre. Mais une peur instinctive l'étreignit de nouveau. Il n'était pas réellement effrayé par l'eau, c'était la profondeur qu'il craignait. Il avait déjà eu des cauchemars où il se noyait dans une vaste étendue d'eau - il devait remercier les livres d'Erwin sur l'océan pour ça - et l'idée de se retrouver piégé au-dessus d'un abysse sans fond, avec pour seule alternative la noyade, le terrifiait.

"Mais ce n'est pas l'océan", se raisonna-t-il. "Et Erwin est avec moi, il ne me laissera pas me noyer..."

Il hésita encore un moment, mais quand Erwin lui fit de nouveau signe de loin, il décida de prendre son courage à deux mains et d'y aller. Il partit se cacher derrière un arbre pour enlever son uniforme et enfiler ce que les gens appelaient d'ordinaire un "caleçon de bain". Erwin le lui avait fait acheter lors de leur dernière sortie en ville et il avait ri en silence, car il n'envisageait pas de porter quelque chose d'aussi disgracieux. Mais une fois dedans, il dut admettre que le tissu était agréable et aéré. Il apprécia la fraicheur sur son torse nu et prit une grande inspiration avant de bouger.

Il resta sur le bord, puis s'assit afin de tremper ses pieds dans l'eau. Aussitôt, de minuscules poissons se pressèrent autour de ses orteils afin de les picorer, et il les retira précipitamment, un peu indécis sur le fait que ces créatures puissent les lui manger. Il lança à Erwin un regard d'impuissance, et se sentit affreusement bête.

Son chef vint vers lui à grandes brasses et dispersa les poissons. Erwin réalisa alors que la rive était assez surélevée par rapport au niveau de l'eau et qu'il était impossible d'y pénétrer progressivement. La pente était aussi assez abrupte et plongeait presque à pic. Anticipant la difficulté de son subordonné, il tendit les bras pour inviter Livaï à le rejoindre.

- "Niaie pas peur, vas-y, je te rattrape !"

- "J'ai pas peur !"

Livaï se pencha au-dessus de la surface pour atteindre les épaules d'Erwin et se laissa glisser dans l'eau avec précaution. Erwin le pressa contre lui et commença à s'éloigner du bord avec son précieux fardeau. Livaï se mit à geindre, en le mettant en garde, et s'accrocha à lui encore plus fermement.

- "Ne t'inquiète pas, je ne vais pas te lâcher. Tu as confiance en moi, non ?"

Livaï, les mains serrées autour de sa nuque, hocha la tête avec énergie, comme pour masquer sa peur. Il se cramponnait littéralement à lui et Erwin se sentit d'un coup investi d'une mission très importante, impliquant la vie de son ami. Il ne voulait pas que cela tourne au drame.

- "C'est... profond ?" demanda Livaï en regardant vers le bas.

- "Assez, je ne touche pas le fond moi-même."

Livaï le serra plus fort encore.

- "Mais comment tu arrives à me porter aussi facilement ?!"

- "Je nage. Dans l'eau, tu es bien plus léger, tu t'en es rendu compte ?"

Maintenant qu'Erwin le mentionnait, cette sensation de flottement si particulière le saisit soudainement. Comme s'il ne pesait plus rien. C'était... effrayant et exaltant en même temps ; très semblable au vol. Erwin les mena au milieu du plan d'eau et proposa à Livaï de le lâcher.

- "Non, non ! Pas encore, attends !"

- "Si tu veux apprendre à nager, il va falloir que tu me lâches..."

- "J'y arriverai pas, je vais couler !"

- "C'est très simple, il te suffit de battre des bras et tu resteras à la surface. Je suis juste à côté de toi..."

Il détacha les bras de Livaï de son cou, doucement et patiemment, laissant son ami s'habituer progressivement à se soutenir par lui-même dans l'élément liquide. Et aussitôt, comme mû par un réflexe, Livaï commença à battre des bras un peu maladroitement, en éclaboussant tout autour, dans le but évident de venir de nouveau s'accrocher à lui. Erwin le reprit dans ses bras et le coeur de Livaï contre sa poitrine battait fort.

Il ne comprenait que très partiellement la peur de son subordonné, car lui-même avait appris à nager tôt et avait toujours adoré l'eau ; qu'un adulte comme Livaï puisse éprouver cette terreur panique le surprenait beaucoup, mais il s'efforça de n'en rien laisser paraître. Il laissa donc Livaï reprendre ses esprits un moment en nageant pour eux deux.

Puis il eut une idée.

- "Sers-toi de tes jambes. Fais comme si tu courais", proposa-t-il.

Toujours accroché à Erwin, Livaï battit des jambes comme il le lui conseillait et il testa alors la résistance de l'eau contre ses membres. Ses gestes étaient ralentis et à chaque mouvement, il sentait son corps remonter un peu à la surface. Petit à petit, le principe de la nage se fit plus clair pour lui. "Si je bouge dans l'eau, je ne peux pas couler." Cette compréhension le rassura un peu.

- "Tu veux réessayer tout seul ?" demanda Erwin. "Bats des bras aussi, et tu pourras avancer comme moi, regarde."

Erwin se détacha de son ami - qui lâcha un hoquet de surprise - et s'éloigna de quelques mètres en arrière. Livaï bougea frénétiquement les membres dans tous les sens, et fit du surplace pendant quelques secondes. Mais en coordonnant ses mouvements comme le faisait son supérieur, il parvint à se diriger vaille que vaille vers lui. Il avait conscience de ne pas être aussi élégant et à l'aise que lui dans cet élément, mais son principal souci était de garder la tête hors de l'eau.

Quand il se trouva à moins d'un mètre de lui, Erwin tendit les bras et Livaï les attrapa avant de s'y blottir en urgence. Il le garda contre lui un moment, tournant lentement sur lui-même comme pour le bercer et lui faire comprendre la joie qu'on éprouvait au contact de l'eau. Petit à petit, Livaï se détendit contre lui, laissant ses jambes flotter librement dans le courant.

- "C'est bien, Livaï, je suis fier de toi."

- "Mmh...," répondit son subordonné, le visage pressé contre son cou.

- "On recommence ?"

Erwin le lâcha de nouveau, nagea en arrière et presque aussitôt, Livaï le suivit en pataugeant. Ses mouvements n'étaient réellement pas gracieux et il se dit alors qu'il l'était bien davantage dans les airs.

Tandis qu'il songeait, il vit Livaï sursauter dans l'eau et se tourner dans tous les sens, paniqué.

- "Y a un truc qui m'a touché ! C'était tout gluant !"

- "Calme-toi, c'est sans doute un poisson ! Il ne va pas te manger !"

- "Et qu'est-ce que t'en sais ?!" s'écria Livaï en se précipitant sur lui.

- "Il n'y a pas ce genre de poissons par ici, ce n'est pas l'océan !"

- "Toi et ton foutu océan !"

Livaï parvint à rejoindre son supérieur encore une fois et se noua purement et simplement autour de lui afin qu'il ne puisse plus s'en débarrasser. Erwin soupira en tapotant le dos de son subordonné :

- "Tu t'en tires bien. Tu nages encore comme un petit chien, mais c'est pas mal, haha !"

- "Arrête de te moquer ! Je veux sortir ! Y a des tas de trucs pas nets là-dessous !"

- "Le fond du lac est très beau au contraire. Le contempler est un privilège."

- "J'y tiens pas. Je veux pas plonger, hors de question."

- "Il te suffit de retenir ta respiration, c'est facile. Tu sais le faire, non ?"

- "Oui, mais ça m'intéresse pas de voir ces trucs gluants et dégueulasses !"

- "Moi, je vais y aller. J'ai envie de voir ça."

- "Arrête, me laisse pas comme ça !"

- "Tu n'as qu'à me suivre. Tu n'as pas besoin de nager, juste de me tenir la main."

- "Attends, attends, je suis pas prêt !"

Erwin lui laissa le temps de contrôler sa respiration.

- "Si tu gardes les yeux ouverts, tu pourras peut-être voir quelque chose. C'est un monde secret... que nous ne sommes pas destinés à voir. Si tu sens que tu n'en peux plus, serre ma main et nous remontrons. Tu es prêt ?"

Livaï hocha la tête en serrant les lèvres. Il avait peur de se noyer, mais sa main bien serrée dans celle d'Erwin lui donnait du courage. Erwin compta trois secondes pendant lesquelles ils remplirent leurs poumons d'oxygène, puis ils s'immergèrent sous la surface ensemble.

Livaï ne vit rien dans un premier temps, à part un brouillard bleu et vert. Il sentit des formes le toucher dans ce flou intimidant mais il se retint d'ouvrir la bouche. Le contact de la main d'Erwin était son seul repère et il s'y fia totalement. Il cligna des yeux autant que possible et sa vision s'éclaircit un peu. Il ne voyait pas aussi bien qu'à l'air libre mais ce fut suffisant pour distinguer ce qui l'entourait.

Il apercevait des silhouettes fines et souples qui nageaient tout autour d'eux, des dos parés d'or et d'oranges flamboyants ; les corps écailleux les frôlaient sans peur et Erwin s'amusa même à les caresser au passage. Les poissons se dandinaient avec sérénité, passant à travers leurs cheveux et entre leurs jambes. Ce contact ne le dégoûtait plus car il voyait ce qui en était la cause. En plissant les yeux un peu plus, il discerna à peine le fond du lac, où d'autres myriades de créatures, aux couleurs encore plus incroyables, se prélassaient entre les rochers et les algues.

Mais il sentit son souffle manquer, et ses yeux picotaient. Il serra la main d'Erwin, qui lui répondit par le même geste, et ils battirent des jambes pour remonter à la surface ensemble. Ils jaillirent à l'air libre, soufflant, haletant, mais plutôt satisfaits de l'aventure.

Erwin apprit la brasse à Livaï et bientôt, il la maîtrisa sans trop de problème. Mais même ainsi, il ne perdait jamais l'occasion de venir s'accrocher à son supérieur, comme si un fil invisible le ramenait toujours à lui. Il serrait son cou entre ses bras et la main d'Erwin venait caresser sa tête avec douceur. Leurs deux corps enlacés filaient sur l'onde avec légèreté et le temps sembla s'arrêter sur le lac. Les rayons du soleil changèrent de direction, les ombres s'allongèrent de plus en plus, et les deux hommes restaient pourtant dans l'eau, ravis d'être ensemble et ne voulant pas faire cesser l'instant.

Quand Erwin exprima le souhait de sortir du lac, ce fut Livaï qui renâcla à suivre le mouvement. Son chef s'essuya avec sa serviette et il dut bien se résoudre à sortir lui aussi. Le retour soudain de la sensation de son poids l'écrasa brusquement et il vacilla un moment sur la rive. Il s'affala sur sa serviette mais ne voulut pas se sécher. Il préféra laisser l'eau s'évaporer à la brise du soir d'été.

Il s'allongea sur le ventre et laissa sa main vaguer dans l'eau du lac. Elle était tout à fait claire, limpide, il discernait le moindre caillou et la moindre brindille. Son bras apparaissait bizarrement déformé sous la surface, comme s'il était cassé, mais Livaï n'avait plus peur de l'eau ; c'était un milieu fascinant et si agréable...

Erwin se plaça à côté de lui, la tête sur ses bras, et Livaï lui envoya des gouttelettes sur le visage. Son supérieur lui immobilisa la main en la gardant près de sa bouche.

- "Alors ? Verdict ?"

- "C'était... intéressant", minimisa Livaï volontairement.

- "Allons, je sais que tu t'es amusé."

Des taches de soleil parsemaient le corps sec d'Erwin, des mèches de cheveux humides blond foncé collaient à son front, et il paraissait très content de lui. Livaï ressentit alors le besoin de lui expliquer les choses :

- "Je fais des cauchemars où je me noie...", souffla-t-il en fixant l'eau. "Ce sont les pires. J'ai l'impression de me faire aspirer..."

- "Ne me dis pas que ce sont mes..."

- "Si, je crois."

- "Désolé, si j'avais su..."

- "C''est pas de ta faute, tu as bien fait de me montrer tes livres. J'ai juste trop d'imagination, c'est tout."

- "Tu imagines ce qui se trouve dans l'océan, sous la surface ? Ca doit être vraiment..."

- "Aaah, arrête, tu me fous la trouille !"

Erwin porta la main de son subordonné à ses lèvres et l'embrassa. Livaï sentit une chaleur anormale monter le long de son bras et plongea leur deux mains dans l'eau en réaction. Le bras d'Erwin paraissait tout aussi déformé que le sien... Leurs doigts s'entrelacèrent sous la surface, et pendant trois secondes, Livaï eut la curieuse impression que quelque chose s'était enroulé autour d'eux ; comme une espèce d'algue filasse rougeâtre. Il se pencha en avant mais après un nouveau coup d'oeil, il constata qu'il n'y avait rien du tout. Sans doute un effet d'optique ou un reflet bizarre.

Et pourtant, le sentiment que quelque chose liait leurs mains ensemble, comme un fil invisible, ténu mais puissant, continuait de persister. C'était une sensation physique tout à fait réelle. Ce n'était pas la première fois qu'il la ressentait, elle était toujours là, avec eux, autour d'eux, presque en permanence. Mais il n'avait jamais eu l'occasion de la voir à l'oeil nu. Voir une sensation, c'était si étrange...

Il avait depuis longtemps renoncé à s'expliquer ce sentiment, et comme il ne pouvait pas être sûr qu'Erwin l'avait perçu aussi, il se contenta de le savourer encore un moment, jusqu'à ce que le soir les chasse de cet endroit merveilleux.