Retour vers le Terrier
Harry tendit les mains devant lui juste à temps pour éviter de s'écraser face contre terre dans la cheminée de la cuisine des Weasley.
— C'est dommage qu'on aie ramassé tous les bonbons dit Fred en tendant une main à Harry pour l'aider à se relever.
— Ah bon ? répondit Harry.
— Ouais, c'est des Pralines Longue Langue. C'est George et moi qui les avons inventées. On a cherché quelqu'un tout l'été pour les essayer…
Harry se força à rire. Il regarda autour de lui et vit George et Ron assis à la table de bois en compagnie de Bill et Charlie, que Harry devait feindre de n'avoir jamais vus.
— Comment ça va, Harry ? dit Charlie avec un grand sourire.
Bill se leva en souriant et serra à son tour la main de Harry.
Avant qu'ils aient eu le temps de se dire quoi que ce soit, Mr Weasley transplana au milieu de la pièce, la cheminée portable à la main. Un pli séparait ses sourcils.
— Qu'est-ce que c'est que ça, Fred ! s'écria-t-il. Qu'est-ce que tu as essayé de donner à ce pauvre petit Moldu ?
— Je ne lui ai rien donné du tout, répondit Fred avec un sourire malicieux. J'ai simplement laissé tomber quelque chose…
— Tu l'as laissé tomber exprès ! rugit Mr Weasley. Tu savais qu'il allait manger ça, tu savais qu'il était au régime… Si Harry ne t'avait pas aidé à ramasser… Tu crois que je n'ai pas compris ce que c'était ?
Harry était un peu gêné que cette situation risque de le mettre en froid avec Fred et George.
— Ce n'est pas drôle ! continua Mr Weasley. Ce genre de comportement compromet gravement les relations entre Moldus et sorciers ! Je passe la moitié de mon temps à essayer de lutter contre les mauvais traitements infligés aux Moldus et mes propres fils… Attendez un peu que j'en parle à votre mère…
— Me parler de quoi ? dit une voix derrière eux.
Mrs Weasley venait d'entrer dans la cuisine. C'était une petite femme dodue au visage aimable, même si, pour l'instant, elle fronçait les sourcils d'un air soupçonneux.
— Oh, bonjour, Harry, mon chéri, dit-elle avec un grand sourire dès qu'elle le vit.
Puis elle tourna à nouveau les yeux vers son mari.
— Alors, de quoi voulais-tu me parler, Arthur ? insista-t-elle.
Mr Weasley hésita. Il y eut un silence pendant lequel Mr Weasley regarda son épouse d'un air embarrassé. Deux jeunes filles apparurent alors à la porte de la cuisine, derrière Mrs Weasley. L'une, c'était Hermione. L'autre, plus petite, avait des cheveux roux. C'était Ginny, la jeune sœur de Ron. Toutes deux adressèrent un sourire à Harry et Ginny devint écarlate – elle était toujours sous le charme de Harry depuis son premier séjour au Terrier. Il lui répondit par un sourire chaleureux, heureux qu'il était de revoir sa femme – même si elle ne le savait pas encore. Hermione lui tira la langue d'un air moqueur. Harry ne saisit pas ce qu'elle voulait lui dire.
— De quoi voulais-tu me parler, Arthur ? répéta Mrs Weasley d'un ton qui ne présageait rien de bon.
— Ce n'est rien, Molly, marmonna Mr Weasley. Fred et George ont simplement… Mais je me suis déjà expliqué avec eux…
— Qu'est-ce qu'ils ont fait, cette fois-ci ? demanda Mrs Weasley. Si ça concerne les Farces pour sorciers facétieux…
— Nous devrions montrer à Harry où il va dormir, Ron, dit Hermione qui était restée sur le seuil de la porte.
— Il sait déjà où il va dormir, répondit Ron. Dans ma chambre, c'est là qu'il a dormi la dernière…
— On ferait peut-être bien d'y aller tous ensemble, proposa judicieusement Hermione.
— D'accord, dit Ron, comprenant où elle voulait en venir. Allons-y.
— On va y aller aussi, dit George.
— Tu restes où tu es ! ordonna Mrs Weasley avec colère.
Harry et Ron sortirent discrètement de la cuisine puis, en compagnie de Ginny et d'Hermione, ils suivirent l'étroit couloir et montèrent l'escalier branlant qui s'élevait en zigzag dans les étages. Le ton commença à monter dans la cuisine. Apparemment, Mr Weasley avait parlé des pralines à Mrs Weasley.
La chambre du dernier étage où Ron dormait avait énormément changé depuis la dernière fois qu'il y avait mis les pieds. En fait, c'est le contraire, chuchota une voix judicieuse dans sa tête. À l'époque d'où il venait, les affiches représentant les joueurs de l'équipe préférée de Ron, les Canons de Chudley, côtoyaient les photos de Ron et d'Hermione, parfois en compagnie de Harry, d'autres fois en famille avec Rose et Hugo, et parfois James, Albus et Lily. Il y avait même un agrandissement d'une photo de groupe prise devant un lac d'Écosse, celui où ils avaient quitté le dragon de Gringotts, et où ils s'étaient retrouvés dix ans plus tard avec tous leurs enfants.
Cette fois, il voyait Coquecigrue le minuscule hibou gris dans sa cage, à l'endroit où, dix ans plus tard, il avait été remplacé par un hibou argenté articulé, une merveille mise au point par Harry et Hermione, quand ils avaient finalement réussi dans leurs tentatives de copier un esprit minimaliste dans un organisme synthétique. Une merveille d'ingénierie qui s'était vendue comme des petits pains et qui avait contribué à redorer le blason du Nouveau Ministère de la Magie en son temps…
— Harry ? Tu rêves ?
Il sortit de sa torpeur nostalgique. Il vit que Ron et Hermione le regardaient d'un air amusé, et Ginny de son air amoureux. Quand il la regarda, elle rougit et détourna les yeux.
Ron alla faire taire son hibou, et Harry s'aperçut qu'Hermione les regardait, Ginny et lui, d'un air amusé. Elle reprit rapidement son sérieux en lui jetant un regard malicieux quand Harry croisa son regard.
— Où est Pattenrond ? lui demanda-t-il.
— Dans me jardin, j'imagine, répondit-elle. Il aime bien poursuivre les gnomes, il n'en avait jamais vu avant. Tu as passé de bonnes vacances, Harry ? Tu as reçu les colis de nourriture ?
— Oui, merci beaucoup. Ces gâteaux m'ont sauvé la vie.
— Et est-ce que tu as eu des nouvelles de… commença Ron, mais un regard d'Hermione le fit taire.
Harry savait qu'il s'apprêtait à lui demander des nouvelles de Sirius. Ron et Hermione avaient joué un rôle si important en aidant son parrain à échapper aux griffes du ministère de la Magie qu'ils s'inquiétaient de son sort presque autant que Harry lui-même. Mais il n'aurait pas été très judicieux de parler de lui devant Ginny. Car, à part eux et le professeur Dumbledore, personne ne savait, ou croyait savoir, comment Sirius avait réussi à s'enfuir et personne ne croyait à son innocence. À en juger par le regard intrigué qu'elle lança à Ron et à Harry, Ginny avait compris qu'on lui cachait quelque chose.
— Je crois qu'ils ont cessé de se disputer, dit Hermione pour essayer de dissiper ce moment de gêne. Si nous allions aider ta mère à préparer le dîner ?
— Ouais, d'accord, dit Ron.
Ils redescendirent tous les quatre et retrouvèrent Mrs Weasley, seule dans la cuisine, l'air de très mauvaise humeur.
— On va dîner dans le jardin, dit-elle en les voyant entrer. Il n'y a pas assez de place pour onze personnes, ici. Ron, Ginny, pourriez-vous emporter les assiettes dehors ? Vous vous occuperez des couverts, tous les deux, ajouta-t-elle à l'adresse de Harry et Hermione.
Il hocha la tête et se mit à l'ouvrage sans broncher, en écoutant d'une oreille distraite Molly se plaindre de Fred et George. Elle avait tort, ils était peut-être les deux membres de la fratrie qui avaient eu le plus de succès. Sur un plan commercial, au moins.
— OH NON, ÇA SUFFIT !
Harry sursauta. La baguette que Molly venait de reprendre avait émis un couinement sonore et s'était transformée en une énorme souris en caoutchouc.
— Encore une de leurs fausses baguettes ! s'écria-t-elle. Combien de fois leur ai-je répété de ne pas les laisser traîner n'importe où ?
Elle reprit sa véritable baguette et se tourna vers sa casserole en train de fumer.
— Viens, dit Hermione à Harry, en prenant une poignée de couverts dans le tiroir.
Ils laissèrent Mrs Weasley et sortirent de la maison par la porte de derrière.
Ils avaient à peine fait quelques pas et contourné l'angle de la maison qu'Hermione laissa tomber les couverts sur une table de jardin à sa portée, plaqua Harry contre le mur de la maison et l'embrassa passionnément. Harry battit des cils, essayant de maîtriser la situation. Il ne s'attendait pas à ce qu'Hermione soit à nouveau si entreprenante, et s'inquiéta de ce qui se passerait si les Weasley les surprenaient. Partagé entre l'attirance qu'il ressentait pour elle et son amour, impossible pour le moment, envers Ginny. Il décida de ne pas en tenir compte et lui rendit son baiser, en pressant d'une main sur son sein et en passant l'autre sous sa jupe. Elle répondit par un frisson d'envie et en glissant sa main dans son jean, où elle saisit son sexe.
Puis, tout aussi soudainement, elle se décolla de lui. Elle lui adressa un grand sourire et un clin d'œil, attrapa les couverts et s'en alla dans la direction de la cour d'un pas aérien.
Abasourdi, il dut courir pour la rattraper.
Aux alentours de sept heures, les deux tables ployaient sous les quantités de plats succulents qu'avait préparés Mrs Weasley, et les neuf Weasley, ainsi qu'Harry et Hermione, s'installèrent pour dîner sous un ciel bleu dépourvu du moindre nuage. Pour quelqu'un qui s'était nourri tout l'été de gâteaux de moins en moins frais, c'était le paradis. Au début, Harry écouta la conversation plus qu'il n'y participa, trop occupé à se resservir de pâté en croûte, de pommes de terre et de salade. Il tendait cependant l'oreille, essayant de capter le plus d'informations possible en attendant de pouvoir récupérer sa super-mémoire.
À l'autre bout de la table, Percy exposait en détail à son père le contenu de son rapport sur l'épaisseur des fonds de chaudron.
— J'ai dit à Mr Croupton qu'il serait prêt mardi prochain, expliquait Percy d'un ton suffisant. Il ne l'attendait pas si tôt, mais j'aime faire les choses le mieux possible. Je pense qu'il me sera reconnaissant d'avoir terminé dans des délais aussi brefs. Nous avons énormément de travail, dans notre service, à cause de la préparation de la Coupe du Monde. Malheureusement nous n'avons pas tout le soutien que nous aurions pu espérer de la part du Département des jeux et sports magiques. Ludo Verpey…
— J'aime bien Ludo, dit Mr Weasley d'une voix douce. C'est lui qui nous a obtenu les billets pour la coupe. Je lui ai rendu un petit service : son frère Otto a eu quelques ennuis, une histoire de tondeuse à gazon dotée de pouvoirs surnaturels, je me suis arrangé pour qu'il n'y ait pas de suites.
— Oh, Verpey est sympathique, bien sûr, dit Percy d'un ton dédaigneux, mais de là à devenir directeur d'un département… Quand je le compare à Mr Croupton ! Je n'imagine pas Mr Croupton constatant la disparition d'un membre de notre service sans se soucier de savoir ce qu'il est devenu. Est-ce que tu te rends compte que Bertha Jorkins est absente depuis un mois, maintenant ? Elle est allée en vacances en Albanie et elle n'est jamais revenue.
Le coeur de Harry se serra. Bertha Jorkins, l'une des premières victimes du retour de Voldemort. Il n'avait eu l'occasion d'apercevoir que son fantôme, et à une seule occasion : au cimetière de Little Hangleton, lors de la résurrection de Voldemort.
La mention du nom de Croupton l'avait aussi fait tressaillir. Un homme autoritaire et qui n'avait pas fait que du bien autour de lui, mais qui allait lui aussi mourir pour les besoins de Voldemort. Quant à son fils…
D'un coup de baguette magique, Mr Weasley fit apparaître des chandelles pour éclairer le jardin assombri par le crépuscule. Puis le dessert fut servi (glace à la fraise maison) et, lorsqu'ils eurent fini de dîner, des papillons de nuit se mirent à voleter au-dessus de la table tandis que l'air tiède se parfumait d'une odeur d'herbe et de chèvrefeuille. Harry avait le ventre bien plein et regarder les gnomes être chassés par Pattenrond dans les massifs de roses lui remonta le moral.
Ron jeta un coup d'œil le long de la table pour s'assurer que le reste de la famille était occupé à parler de choses et d'autres, puis il se tourna vers Harry et lui dit à voix très basse :
— Alors… Tu as eu des nouvelles de Sirius, ces temps-ci ?
Hermione se pencha pour écouter attentivement.
— Oui, murmura Harry. Deux lettres pendant l'été. Il a l'air d'aller bien.
— Vous avez vu l'heure qu'il est ? dit soudain Mrs Weasley en regardant sa montre. Vous devriez tous être au lit, il faudra se lever à l'aube pour aller à la Coupe du Monde. Harry, si tu me donnes ta liste, je pourrai acheter ton matériel scolaire demain, sur le Chemin de Traverse. Je vais chercher les affaires de tout le monde. Vous n'aurez peut-être pas le temps d'y aller vous-mêmes, après la Coupe. La dernière fois, le match a duré cinq jours.
