Réveil, indice et Portoloin
Quand Mrs Weasley vint le réveiller en lui secouant l'épaule, Harry eut l'impression qu'il venait tout juste de se coucher.
— C'est l'heure d'y aller, Harry, mon chéri, murmura-t-elle avant d'aller réveiller Ron.
Harry chercha ses lunettes à tâtons, les mit sur son nez et se redressa dans son lit. Dehors, il faisait encore nuit.
Ils s'habillèrent en silence, trop endormis pour parler. Le brouillard volait bas dans la tête de tous ceux qui prenaient leur petit déjeuner dans la salle à manger, l'air ensommeillé.
Des pas retentirent dans le couloir et Hermione et Ginny entrèrent dans la cuisine, l'une derrière l'autre. L'espace d'un instant, Harry crut qu'Hermione avait la main posée sur les fesses de Ginny. Il était encore fatigué. Toutes deux avaient le teint pâle et paraissaient encore aussi endormies que les autres. Ginny vint s'asseoir à la table en se frottant les yeux.
— Pourquoi se lever si tôt ? se plaignit-elle.
— Il va falloir faire un bout de chemin à pied, répondit Mr Weasley.
Un silence fatigué tomba sur la cuisine, seulement interrompu par les bruits alimentaires des convives.
— George ! s'écria brusquement Mrs Weasley en faisant sursauter tout le monde.
— Quoi ? dit George d'un ton innocent qui ne trompa personne.
— Qu'est-ce que tu as dans ta poche ?
— Rien !
— Ne me mens pas ! Mrs Weasley pointa sa baguette magique.
— Accio ! dit-elle.
Aussitôt, de petits objets aux couleurs brillantes s'envolèrent de la poche de George qui essaya de les rattraper mais rata son coup. Le contenu de sa poche atterrit directement dans la main tendue de Mrs Weasley. Harry se maudit de l'avoir oublié.
— Nous t'avions dit de les détruire ! s'exclama Mrs Weasley avec fureur, tenant au creux de sa paume une poignée de Pralines Longue Langue. Nous t'avions dit de te débarrasser de tout ça ! Videz vos poches, tous les deux, allez, dépêchez-vous !
La scène fut un peu pénible. Mrs Weasley eut recours plusieurs fois au sortilège d'Attraction pour récupérer toutes les Pralines Longue Langue, qui surgirent de toutes sortes d'endroits inattendus dont compris la doublure de la veste de George et les revers du jean de Fred.
— On a passé six mois à les mettre au point ! s'exclama Fred à l'adresse de sa mère qui jetait impitoyablement les pralines à la poubelle.
— Vous n'aviez rien d'autre à faire pendant ces six mois ! répliqua-t-elle d'une voix perçante. Pas étonnant que vous n'ayez pas obtenu davantage de BUSE !
L'atmosphère était morose quand ils se mirent en chemin. Mrs Weasley avait toujours l'air furieux lorsqu'elle embrassa Mr Weasley sur la joue, mais pas autant que les jumeaux qui mirent leur sac à l'épaule et s'en allèrent sans lui dire un mot.
— Amusez-vous bien, lança Mrs Weasley, et ne faites pas de bêtises, ajouta-t-elle dans le dos des jumeaux qui s'éloignèrent sans se retourner.
Le petit groupe se mit en route et traversa le jardin encore plongé dans l'obscurité. Il faisait frais et la lune était toujours visible. Seule une lueur verdâtre le long de l'horizon qui s'étendait à leur droite indiquait l'imminence de l'aube. Ils suivirent le chemin sombre et humide qui menait au village. Seul le bruit de leurs pas rompait le silence. Harry prit le temps d'apprécier le trajet calme à travers la nature matinale. Cette paix lui faisait oublier un moment les épreuves qui l'attendaient. Lorsqu'ils traversèrent le village endormi, le ciel commença lentement à s'éclaircir, passant d'un noir d'encre à un bleu foncé. L'air glacé finissait de réveiller Harry. Mr Weasley ne cessait de consulter sa montre.
Ils avancèrent en silence, économisant leur souffle pour escalader la colline de Têtafouine. De temps à autre, un bruit sourd dans les fourrés dénonçait un animal qu'ils avaient dérangé. À chaque respiration, Harry sentait comme un élancement dans sa poitrine d'adolescent et il maudit ses jambes qui commençaient à s'engourdir lorsque, enfin, ils atteignirent un terrain plat.
— Pffouuu ! soupira Mr Weasley, le souffle haletant.
Il retira ses lunettes et les essuya sur son chandail.
— Nous avons fait vite, dit-il, il nous reste dix minutes…
Hermione fut la dernière à atteindre le sommet de la colline, une main sur son point de côté.
— Il ne nous reste plus qu'à trouver le Portoloin, dit Mr Weasley qui remit ses lunettes et scruta le sol autour de lui. Il ne devrait pas être très gros… Venez…
Ils se séparèrent pour chercher chacun de son côté mais, au bout de deux minutes, un grand cri retentit dans le silence :
— Par ici, Arthur ! Par ici, mon vieux, on l'a trouvé !
Deux hautes silhouettes se découpaient contre le ciel étoilé, de l'autre côté du sommet.
— Amos ! s'exclama Mr Weasley.
Avec un grand sourire, il s'avança vers l'homme qui venait de crier. Les autres lui emboîtèrent le pas.
Mr Weasley serra la main d'un sorcier au teint rubicond, avec une barbe brune en broussaille. Dans son autre main, il tenait une vieille botte moisie.
— Je vous présente Amos Diggory, dit Mr Weasley. Il travaille au Département de contrôle et de régulation des créatures magiques. Je crois que vous connaissez son fils, Cédric ?
Harry se figea. Cédric… Tout, mais pas lui… Il contempla le garçon athlétique de dix-sept ans qui avait hanté ses cauchemars, exactement vingt-quatre ans auparavant.
Amos Diggory tourna un regard bienveillant vers les trois fils Weasley, Harry, Hermione et Ginny.
— Ils sont tous à toi, Arthur ? demanda-t-il.
— Oh non, seulement les rouquins, répondit Mr Weasley en montrant ses enfants. Voici Hermione, une amie de Ron – et Harry, un autre ami.
— Par la barbe de Merlin ! s'exclama Amos Diggory, les yeux écarquillés. Harry ? Harry Potter ?
— Oui, soupira Harry.
Harry avait l'habitude qu'on l'observe avec curiosité, l'habitude aussi de voir les regards se tourner vers la cicatrice qu'il avait au front. En vingt-sept ans dans le monde des sorciers, à partir de son entrée à Poudlard, il avait eu le temps de s'y habituer.
— Ced m'a parlé de toi, bien sûr, reprit Amos Diggory. Il nous a raconté qu'il avait joué contre toi, l'année dernière… Je lui ai dit : « Ced, ça, c'est quelque chose que tu pourras raconter à tes petits-enfants… que tu as battu Harry Potter ! »
Harry sourit, amusé par cette information tellement triviale, avec le recul, qu'il l'avait oubliée ; mais Cédric sembla un peu gêné.
— Harry est tombé de son balai, papa, marmonna-t-il. Je te l'ai déjà dit, c'était un accident…
— Oui, mais toi, tu n'es pas tombé ! s'exclama Amos d'un ton jovial en donnant une tape dans le dos de son fils. Toujours modeste, notre Ced, toujours très gentleman… mais c'est le meilleur qui a gagné, je suis sûr que Harry dirait la même chose, n'est-ce pas ? L'un tombe de son balai, l'autre y reste bien accroché, pas besoin d'être un génie pour savoir quel est celui qui sait le mieux voler !
Harry rit de bon cœur, car il savait que ce genre de vantardise maladroite n'était rien à côté de ce que la famille Diggory avait subie. Si il pouvait faire quoi que ce soit pour rendre meilleure la vie de Cédric, c'était la moindre des choses.
— Il doit être presque l'heure, dit précipitamment Mr Weasley en regardant une nouvelle fois sa montre. Est-ce que tu sais si nous devons attendre quelqu'un d'autre, Amos ?
— Non, les Lovegood sont déjà là-bas depuis une semaine et les Faucett n'ont pas pu avoir de billets, répondit Mr Diggory. Il n'y a plus que nous, dans ce secteur, n'est-ce pas ?
— À ma connaissance, oui, dit Mr Weasley. Le départ est prévu dans une minute, nous ferions bien d'y aller…
Il se tourna vers Harry et Hermione.
— Vous n'aurez qu'à toucher le Portoloin, c'est tout. Avec un doigt, ça suffira…
Gênés par leurs énormes sacs à dos, tous les neuf se regroupèrent tant bien que mal autour de la vieille botte que tenait toujours Amos Diggory.
Ils s'étaient mis en cercle, coude à coude, frissonnant dans la brise fraîche qui soufflait sur la colline. Personne ne disait rien. Harry pensa au tableau qu'ils formaient… neuf personnes, dont deux adultes, tenant une vieille botte racornie et attendant en silence dans la demi-obscurité de l'aube…
— Trois…, murmura Mr Weasley, un œil toujours fixé sur sa montre. Deux… Un…
Ce fut immédiat : Harry sentit la sensation familière du Portoloin. Ses pieds avaient quitté le sol et il sentait la présence de Ron et Hermione à ses côtés.
Ses pieds retombèrent solidement sur le sol. Hermione trébucha contre lui et le projeta par terre. Le Portoloin heurta le sol avec un bruit mat, tout près de sa tête.
Harry leva les yeux. Mr Weasley, Mr Diggory et Cédric étaient toujours debout, échevelés, les vêtements froissés par le vent. Tous les autres étaient également là.
— Arrivée du cinq heures sept en provenance de la colline de Têtafouine, dit une voix.
