La Coupe du Monde
Emportant leurs achats, Mr Weasley en tête, ils se précipitèrent vers le bois, le long du chemin éclairé par les lanternes. Ils entendaient autour d'eux des cris, des rires, des bribes de chansons, qui s'élevaient de la foule. L'atmosphère enfiévrée était très contagieuse. Harry sentait la superposition entre ses souvenirs et ses sensations se faire progressivement, une sensation plus que rassurante. Ils marchèrent pendant vingt minutes à travers bois, parlant, plaisantant à tue-tête, jusqu'à ce qu'ils émergent enfin d'entre les arbres pour se retrouver dans l'ombre d'un stade gigantesque. Mr Weasley les mena jusqu'à l'entrée la plus proche, devant laquelle se pressait déjà une foule bruyante de sorcières et de sorciers.
— Des places de choix ! s'exclama la sorcière du ministère qui contrôla leurs billets. Tribune officielle, tout en haut ! Montez les escaliers, quand il n'y aura plus de marches, vous serez arrivés.
À l'intérieur du stade, ils grimpèrent les marches au milieu des autres spectateurs qui se répartissaient lentement sur les gradins, à droite et à gauche. Mr Weasley et son groupe continuèrent de monter sur le tapis pourpre jusqu'au sommet de l'escalier où ils se retrouvèrent dans la petite loge qui dominait tout le stade. Harry se faufila entre la vingtaine de chaises pourpre et or jusqu'au premier rang en compagnie des Weasley, et se pencha pour regarder le stade.
Cent mille sorcières et sorciers étaient en train de prendre place sur les sièges qui s'élevaient en gradins tout autour du terrain ovale. Une mystérieuse lumière d'or semblait émaner du stade lui-même et la surface du terrain, vue d'en haut, paraissait aussi lisse que le velours. À chaque extrémité se dressaient les buts, trois cercles d'or situés à une hauteur de quinze mètres. Face à la tribune officielle s'étalait le grand tableau publicitaire dont Harry se souvenait.
Il se détourna pour regarder ceux qui les entouraient - il se rappelait que les Malefoy n'allaient pas tarder à arriver - quand son regard se posa sur l'elfe de maison assis à l'avant-dernier rang. Winky !
Il se rappela soudain de sa présence : elle était là officiellement pour garder une place pour Barty Croupton Senior, en fait pour accompagner et surveiller Barty Croupton Junior, caché à côté d'elle sous cape d'invisibilité. Le même Barty Croupton qui, comme il venait de s'en souvenir, allait l'utiliser pour faire apparaître la Marque des Ténèbres plus tard dans la nuit.
Il vérifia que personne ne faisait attention à lui, puis se retourna vers l'intérieur du stade en sortant discrètement sa baguette.
— Accio baguette ! murmura-t-il.
Une baguette de sorcier surgit de la poche de l'homme qu'il avait visé. Elle décrivit un grand arc de cercle et atterrit dans sa main. Il rangea sa vraie baguette dans une poche intérieure et plaça celle qu'il venait de récupérer bien en évidence, dans sa poche latérale. Harry se retourna à nouveau et vit Ron fixer Winky.
— Alors, c'est ça, un elfe de maison ? murmura Ron. Bizarre comme créature…
Pendant ce temps, Hermione parcourait avec avidité son programme à la couverture de velours agrémentée d'un pompon.
— « Les mascottes des deux équipes présenteront un spectacle avant le match », lut-elle à haute voix.
— Ça vaut la peine d'être vu, dit Mr Weasley. Les équipes nationales amènent des créatures typiques de leurs pays d'origine pour faire un peu de spectacle.
Autour d'eux, la loge se remplit peu à peu au cours de la demi-heure qui suivit. Mr Weasley ne cessait de serrer la main de gens qui occupaient à l'évidence de hautes fonctions dans le monde de la sorcellerie. À l'arrivée de Cornélius Fudge, le ministre de la Magie, Percy s'inclina si bas que ses lunettes tombèrent et se cassèrent. Horriblement gêné, il les répara d'un coup de baguette magique et resta ensuite assis sur sa chaise, jetant des regards jaloux à Harry que Cornélius Fudge avait salué comme un vieil ami. Harry fit mine de rien et lui serra la main, en gardant en mémoire la réputation et le mépris qu'il allait susciter dans les années à venir. Fudge le présenta aux sorciers assis à ses côtés.
— Harry Potter, vous savez…, dit-il d'une voix forte au ministre bulgare. Harry Potter, voyons, insista Fudge, je suis sûr que vous savez qui c'est… Le garçon qui a survécu à Vous-Savez-Qui… Vous savez forcément qui c'est…
En voyant la cicatrice de Harry, le ministre bulgare se mit à parler très fort d'un ton surexcité en la montrant du doigt.
— Je savais que ça finirait comme ça, dit Fudge à Harry d'un ton las. Je ne suis pas très doué pour les langues étrangères, j'ai besoin de Barty Croupton dans ces cas-là. Ah, je vois que son elfe de maison lui a gardé une chaise… C'est une bonne chose, ces zigotos de Bulgares ont essayé de quémander toutes les meilleures places… Ah, voici Lucius !
Ron et Hermione tournèrent vivement la tête. Se glissant le long du deuxième rang en direction de trois chaises vides, derrière Mr Weasley, ils virent arriver la petite famille : Lucius Malefoy, son fils Drago et sa femme Narcissa Black.
Harry et Drago Malefoy étaient ennemis depuis leur tout premier voyage à Poudlard, jusqu'au moment où Drago avait essayé de le tuer et où Harry lui avait sauvé la vie à deux reprises, instaurant de fait un statu quo. Malheureusement, cette trêve gênée avait été annulé par le retour de Harry dans sa propre enfance.
— Ah, Fudge, dit Mr Malefoy en tendant la main au ministre de la Magie. Comment allez-vous ? Je crois que vous ne connaissez pas mon épouse, Narcissa ? Ni notre fils, Drago ?
— Mes hommages, madame, dit Fudge avec un sourire, en s'inclinant devant Mrs Malefoy. Permettez-moi de vous présenter Mr Oblansk… Obalonsk… Mr… enfin bref, le ministre bulgare de la Magie. De toute façon, il est incapable de comprendre un traître mot de ce que je dis, alors peu importe. Et, voyons, qui y a-t-il encore ? Vous connaissez Arthur Weasley, j'imagine ?
Il y eut un moment de tension. Mr Weasley et Mr Malefoy échangèrent un regard. Les yeux gris et froids de Mr Malefoy se posèrent sur Mr Weasley puis balayèrent le premier rang.
— Seigneur ! dit-il à voix basse. Qu'avez-vous donc vendu pour obtenir des places dans la tribune officielle ? Votre maison n'aurait certainement pas suffi à payer le prix des billets ?
Fudge, qui n'écoutait pas, reprit la parole :
— Lucius vient d'apporter une contribution très généreuse à l'hôpital Ste Mangouste pour les maladies et blessures magiques, Arthur. Il est mon invité.
— Ah, bien… très bien…, dit Mr Weasley avec un sourire forcé.
Les yeux de Mr Malefoy étaient revenus sur Hermione qui soutint son regard. Mr Malefoy n'osa cependant rien dire en présence du ministre de la Magie. Il adressa un signe de tête dédaigneux à Mr Weasley et suivit la rangée de chaises jusqu'aux places qui lui étaient réservées. Drago lança à Harry, Ron et Hermione un regard méprisant, puis s'assit entre son père et sa mère.
— Crétins visqueux, marmonna Ron.
Contrairement à ses camarades, Harry était plus gêné qu'énervé. Ron, Hermione et lui se tournèrent à nouveau vers le terrain. Un instant plus tard, Ludo Verpey entra en trombe dans la loge.
— Tout le monde est prêt ? demanda-t-il, son visage rond luisant comme un gros fromage de Hollande. Monsieur le ministre, on peut y aller ?
— Quand vous voudrez, Ludo, dit Fudge, très à son aise.
Verpey sortit aussitôt sa baguette magique, la pointa sur sa gorge et s'exclama :
— Sonorus !
Il parla alors par-dessus le tumulte qui emplissait à présent le stade plein à craquer et sa voix tonitruante résonna sur tous les gradins :
— Mesdames et messieurs, permettez-moi de vous souhaiter la bienvenue ! Bienvenue à cette finale de la quatre cent deuxième Coupe du Monde de Quidditch !
Les spectateurs se mirent à hurler et à applaudir. L'immense tableau qui faisait face à la tribune affichait à présent BULGARIE : ZÉRO, IRLANDE : ZÉRO.
— Et maintenant, sans plus tarder, permettez-moi de vous présenter… Les mascottes de l'équipe bulgare !
La partie droite des gradins, entièrement colorée de rouge, explosa en acclamations.
— Je me demande ce qu'ils ont amené, dit Mr Weasley qui se pencha en avant. Aaah !
Il enleva brusquement ses lunettes et les essuya sur sa robe de sorcier.
— Des Vélanes !
Harry sourit. Il n'avait pas eu l'occasion d'en voir très souvent. La dernière occasion remontait à une expérience réussie sur les cheveux de Vélanes datant de près de huit ans, visant à immuniser quelqu'un au charme des Vélanes - une expérience réussie.
Une centaine d'entre elles apparut sur le terrain. Le sourire de Harry s'élargit alors que les Vélanes se mettaient à danser. Il reporta son attention sur Ron qui se levait, comme hypnotisé, se dirigeant lentement vers la balustrade avec l'air de quelqu'un qui s'apprête à sauter d'un plongeoir. Harry savait que Ron n'aurait pas le temps de sauter, mais il le surveilla quand même du regard. Il se figea en regardant du côté d'Hermione. Elle aussi s'était levée, et agitait faiblement les bras, comme si un zombie tentait attirer l'attention des Vélanes. Il la fixa, les yeux ronds, incapable de comprendre ce qu'il regardait.
La musique cessa. Harry cligna des yeux. Ginny attrapa Hermione par le bras et la fit rasseoir avant que quelqu'un d'autre ne la remarque. Harry ramena Ron à son siège, tentant de ne pas montrer à Ginny qu'il avait vu le comportement étrange d'Hermione.
Il se demanda ce qu'il venait de voir. Il se rappelait parfaitement bien - grâce à l'aide infaillible du Charme - qu'Hermione était censée rester inaffectée et le ramener, lui et Ron, vers leurs places. Est-ce que son immunité acquise, qui l'avait fait rester dans son siège, avait entraîné la conséquence imprévue de faire lever Hermione ?
— Et maintenant, rugit la voix amplifiée de Ludo Verpey qui l'interrompit dans ses réflexions, veuillez s'il vous plaît lever vos baguettes… pour accueillir les mascottes de l'équipe nationale d'Irlande !
Un instant plus tard, la grande comète vert et or des farfadets irlandais fit un tour complet du terrain, puis se sépara en deux comètes plus petites, chacune se précipitant vers les buts. Un arc-en-ciel se déploya brusquement d'un bout à l'autre du stade, reliant entre elles les deux comètes lumineuses. Harry profita du spectacle, toujours très impressionné. Puis l'arc-en-ciel s'effaça et les deux comètes se réunirent et se fondirent à nouveau en une seule, formant à présent un grand trèfle scintillant qui s'éleva dans le ciel et vola au-dessus des tribunes, laissant tomber la pluie de fausses pièces d'or.
— Magnifique ! s'écria Ron lorsque le trèfle vola au-dessus d'eux, tandis qu'une averse de pièces d'or rebondissaient sur leurs chaises et sur leurs têtes.
— Des farfadets ! s'exclama Mr Weasley, au milieu des applaudissements déchaînés des spectateurs dont beaucoup s'affairaient autour de leurs sièges pour ramasser les pièces d'or tombées à leurs pieds.
— Ron ! cria Harry pour couvrir le bruit ambiant. C'est de l'or de farfadets, ça disparait au bout de quelques minutes.
Harry jeta un coup d'œil vers Fred, George et Verpey pour s'assurer qu'ils avaient bien entendu. Visiblement, peu probable.
Le trèfle géant se dispersa, les farfadets se laissèrent tomber en douceur sur le terrain, de l'autre côté des Vélanes, et s'assirent en tailleur pour assister au match.
— Et maintenant, mesdames et messieurs, nous avons le plaisir d'accueillir… l'équipe nationale de Quidditch de Bulgarie ! Voici… Dimitrov !
Sous les applaudissements déchaînés des supporters bulgares, une silhouette vêtue de rouge, à califourchon sur un balai, surgit d'une des portes qui donnaient sur le terrain en volant si vite qu'on avait du mal à la suivre des yeux.
— Ivanova !
Le deuxième joueur en robe rouge fila dans les airs.
— Zograf ! Levski ! Vulchanov ! Volkov ! Eeeeeeeeeet voici… Krum !
— C'est lui ! C'est lui ! hurla Ron.
— Et maintenant, accueillons… l'équipe nationale de Quidditch d'Irlande ! s'époumona Verpey. Voici… Connolly ! Ryan ! Troy ! Mullet ! Morane ! Quigley ! Eeeeeeeeeet… Lynch !
Sept traînées vertes jaillirent sur le terrain. Harry était toujours aussi amusé de voir le déchaînement d'enthousiasme des fans de Quidditch.
— Et voici, arrivant tout droit d'Égypte, notre arbitre, l'estimé président-sorcier général de l'Association internationale de Quidditch, Hassan Mostafa !
Harry reconnut la silhouette familière du petit sorcier efflanqué et moustachu, qui ouvrit la caisse d'un coup de pied, libérant les quatre balles. Soufflant d'un coup sec dans son sifflet, Mostafa s'éleva dans les airs, derrière les balles.
— C'eeeeeeeest PARTI ! hurla Verpey. Le Souafle à Mullet qui passe à Troy ! Morane ! Dimitrov ! Mullet à nouveau ! Troy ! Levski ! Morane !
Harry regarda les figures qu'il avait déjà vu, Troy feinter en passant la balle à Morane, Morane lâcher la balle rattrapée par Levski, qui repassa la balle à Troy qui marqua.
— TROY MARQUE ! rugit Verpey et tout le stade trembla sous les applaudissements et les acclamations. Dix-zéro en faveur de l'Irlande !
Troy eut le temps de faire un tour d'honneur, pendant que les farfadets qui regardaient le match depuis les lignes de touche s'étaient à nouveau envolés pour reconstituer le grand trèfle scintillant. De l'autre côté du terrain, les Vélanes les regardaient d'un air boudeur.
Moins de dix minutes plus tard, l'Irlande avait marqué deux autres buts, faisant monter le score à trente-zéro et déclenchant un tonnerre de vivats et d'applaudissements chez les supporters vêtus de vert.
Le match devint encore plus rapide et plus brutal. Volkov et Vulchanov, les batteurs bulgares, frappaient les Cognards avec férocité en les envoyant sur les poursuiveurs irlandais et parvenaient à perturber leurs plus belles trajectoires. À deux reprises, les Irlandais furent contraints de rompre leur formation et Ivanova finit par franchir leur défense, feinter le gardien, Ryan, et marquer le premier but bulgare.
— Bouchez-vous les oreilles ! cria Mr Weasley tandis que les Vélanes se mettaient à danser pour célébrer l'exploit.
Hermione se cacha également les yeux. Quand Harry regarda à nouveau le terrain, les Vélanes avaient cessé de danser et le Souafle était à nouveau entre les mains des joueurs bulgares.
— Dimitrov ! Levski ! Dimitrov ! Ivanova – Oh, là, là ! rugit Verpey.
Harry se concentra. Voilà un moment dont il se rappelait, et qu'il ne voulait pas manquer : la Feinte de Wronski. Krum et Lynch fonçaient en piqué au milieu des poursuiveurs. Harry avait beau avoir perdu un peu de l'intérêt qu'il avait eu à l'époque pour le Quidditch, la manœuvre relevait toujours pour lui de l'exploit.
— Ils vont s'écraser ! hurla Hermione, à côté de Harry.
Harry sourit en regardant Lynch s'écraser pendant que Krum redressait son balai et remontait en chandelle. Une immense plainte s'éleva des gradins occupés par les Irlandais.
— Quel idiot ! gémit Mr Weasley. C'était une feinte de Krum.
— Temps mort ! cria la voix de Verpey. Des Médicomages se précipitent sur le terrain pour examiner Aidan Lynch !
— Ça va aller, il s'est simplement un peu planté, dit Charlie à Ginny qui était penchée par-dessus la balustrade de la loge, l'air terrifié. C'est ce que voulait Krum, bien sûr…
Harry regarda Krum, l'air maussade comme toujours. Il lui donnait toujours l'impression, quand il le regardait, que Krum volait sans balai : il se déplaçait si facilement dans les airs qu'il semblait n'avoir besoin d'aucun support, comme s'il n'était pas soumis à l'attraction terrestre. Il décrivait des cercles loin au-dessus de Lynch que les Médicomages étaient en train de ranimer à l'aide de potions. Il profitait du temps passé à ranimer Lynch pour essayer de repérer le Vif d'or sans aucune interférence des autres joueurs.
Lynch se releva enfin sous les acclamations des supporters vêtus de vert, enfourcha son Éclair de feu et s'élança à nouveau dans les airs. Son retour sembla donner un regain d'ardeur à l'Irlande. Lorsque Mostafa siffla la reprise du match, les poursuiveurs passèrent à l'action avec une habileté remarquable.
Au bout d'un nouveau quart d'heure de fureur et de prouesses, l'Irlande avait pris le large en marquant dix nouveaux buts. Son équipe menait à présent par cent trente points à dix. C'était le moment où le jeu commençait à tourner mal.
Lorsque Mullet s'élança à nouveau vers les buts en serrant le Souafle sous son bras, le gardien bulgare, Zograf, se porta à sa rencontre. L'action fut si rapide que Harry ne vit pas très bien ce qui s'était passé, mais le hurlement de rage qui retentit chez les supporters irlandais et le long coup de sifflet de Mostafa lui indiquèrent qu'il y avait eu faute.
— Et Mostafa donne un avertissement au gardien bulgare pour brutalité – usage excessif des coudes ! annonça Verpey aux spectateurs qui hurlaient de toutes parts. Et… Oui, un penalty en faveur de l'Irlande !
Les farfadets qui s'étaient élancés dans les airs avec colère, tel un essaim de frelons scintillants, lorsque Mullet avait été victime du gardien bulgare, se regroupaient à présent pour former les lettres « HA ! HA ! HA ! ». De l'autre côté du terrain, les Vélanes se levèrent d'un bond, firent onduler leur chevelure en remuant la tête d'un air furieux et se remirent à danser.
Harry se rappelait ce qui allait arriver et esquissa un sourire. Il tira Hermione par le bras.
— Regarde l'arbitre ! dit-il en pouffant de rire.
Hermione baissa les yeux vers le terrain et vit un étrange spectacle : Hassan Mostafa avait atterri devant les Vélanes et faisait rouler ses muscles en lissant sa moustache d'un air surexcité.
— On ne peut pas tolérer ça ! s'exclama Ludo Verpey, tout en ayant l'air de s'amuser beaucoup. Que quelqu'un aille donner une gifle à l'arbitre !
Un Médicomage traversa le terrain en se bouchant les oreilles et donna un grand coup de pied dans les tibias de Mostafa. Celui-ci sembla revenir à lui. Harry vit qu'il avait l'air très gêné. Il cria quelque chose aux Vélanes qui avaient cessé de danser, prêtes à se rebeller.
— À moins que je ne me trompe, il semble que Mostafa s'efforce de renvoyer dans leur coin les mascottes de l'équipe bulgare, commenta la voix de Verpey. Et maintenant, voici quelque chose qu'on n'avait encore jamais vu… Oh, oh, la situation pourrait bien se gâter…
Ce fut le cas : les batteurs bulgares, Volkov et Vulchanov, atterrirent de chaque côté de Mostafa et commencèrent à se déchaîner contre lui, gesticulant en direction des farfadets qui avaient à présent formé dans le ciel les mots « HI HI HI ». Mais Mostafa ne se laissa pas impressionner par les protestations bulgares. Il pointa le doigt en l'air en leur ordonnant visiblement de reprendre leur vol et, devant leur refus, lança deux brefs coups de sifflet.
— Deux pénaltys en faveur de l'Irlande ! s'écria Verpey, déclenchant des hurlements furieux parmi les supporters bulgares. Volkov et Vulchanov feraient bien de remonter sur leurs balais… Oui… Ça y est, c'est ce qu'ils font… Et c'est Troy qui prend le Souafle…
Le jeu atteignait maintenant un niveau de férocité rarement égalé. Harry n'avait pas besoin de sa mémoire photographique pour savoir que ça allait mal tourner. La tension monta croissante, avec des penalty de part et d'autre, jusqu'au moment où Quigley, le batteur irlandais, brandit sa batte et frappa de toutes ses forces un Cognard en direction de Krum qui ne se baissa pas assez vite et le reçut en pleine figure.
Un grondement assourdissant monta de la foule. Le nez de Krum semblait cassé, il avait du sang partout, mais Hassan Mostafa ne donna aucun coup de sifflet. Il avait d'autres soucis et personne ne pouvait lui reprocher de n'avoir pas réagi : l'une des Vélanes venait en effet de lui jeter une poignée de flammes qui avaient mis le feu à son balai.
Harry ne se rappelait plus si quelqu'un allait s'apercevoir que Krum était blessé.
— Temps mort, voyons ! réclama Ron. Il ne peut pas jouer comme ça…
— Regarde Lynch ! s'écria Harry.
L'attrapeur irlandais descendait en piqué et Harry savait que cette fois-ci, c'était bien le Vif d'or… Une bonne moitié des spectateurs semblaient avoir compris ce qui se passait. Les supporters irlandais se levèrent comme un raz de marée d'un vert étincelant en poussant des cris d'encouragement à l'adresse de leur attrapeur… Mais Krum le suivait de près. Harry se demanda comment il arrivait encore à voir où il allait. Des gouttes de sang jaillissaient dans son sillage mais il avait rattrapé Lynch, à présent, et tous deux, côte à côte, fonçaient à nouveau vers le sol…
— Ils vont s'écraser ! hurla Hermione.
— Non ! rugit Ron.
— Le Vif d'or, où est le Vif d'or ? vociféra Charlie.
— Il l'a eu ! Krum l'a eu ! C'est fini ! s'exclama Harry.
Krum, sa robe rouge luisante du sang qui coulait de son nez, remontait lentement dans les airs, le poing serré, une lueur dorée nimbant sa main. Le grand panneau afficha en lettres lumineuses : BULGARIE : CENT SOIXANTE, IRLANDE : CENT SOIXANTE-DIX. Dans les gradins, la foule semblait ne pas avoir encore réalisé ce qui venait de se passer. Puis, peu à peu, le grondement des supporters irlandais augmenta d'intensité et explosa tout à coup en hurlements d'allégresse.
— L'IRLANDE A GAGNÉ ! s'écria Verpey qui, comme les Irlandais, semblait avoir été pris de court par la soudaine issue du match. KRUM A ATTRAPÉ LE VIF D'OR, MAIS C'EST L'IRLANDE QUI GAGNE ! Seigneur, qui donc pouvait s'attendre à ça ?
— Pourquoi est-ce qu'il a attrapé le Vif d'or ? cria Ron, tout en sautant sur place et en applaudissant avec les mains au-dessus de la tête. Il a mis fin au match alors que l'Irlande avait cent soixante points d'avance, l'imbécile !
— Il savait qu'ils ne pouvaient plus remonter, lui répondit Harry, en criant lui aussi pour couvrir le vacarme, mais sans cesser d'applaudir bruyamment. Les poursuiveurs irlandais étaient trop forts… Il voulait que le match finisse à son avantage, voilà tout…
— Il a été très courageux, non ? dit Hermione en se penchant en avant pour regarder Krum atterrir tandis qu'une nuée de Médicomages se frayait un chemin vers lui, au milieu des Vélanes et des farfadets qui se livraient bataille. Il n'a pas l'air en bon état…
Il était difficile de voir ce qui se passait sur le terrain, à cause des farfadets fous de joie qui volaient en tous sens au-dessus du terrain, mais il parvint quand même à apercevoir Krum entouré de Médicomages. Il avait l'air plus renfrogné que jamais et refusait qu'ils épongent le sang de sa figure. Ses coéquipiers s'étaient rassemblés autour de lui, hochant la tête, l'air abattu. Un peu plus loin, les joueurs irlandais dansaient joyeusement sous la pluie d'or que déversaient leurs mascottes. Des drapeaux s'agitaient d'un bout à l'autre du stade, l'hymne national irlandais retentissait de toutes parts. Les Vélanes avaient retrouvé leur beauté habituelle, mais paraissaient tristes et accablées.
— Nous nous sommes battus avec grrrrand courrrage, soupira d'un ton mélancolique le ministre bulgare de la Magie derrière Harry.
Il se retourna : c'était le ministre bulgare de la Magie. Il acquiesça, en ignorant les exclamation stupéfaites de Fudge.
— Et pendant que l'équipe d'Irlande accomplit un tour d'honneur, flanquée de ses mascottes, la Coupe du Monde de Quidditch est apportée dans la tribune officielle ! rugit Verpey.
Harry fut soudain ébloui par une lumière blanche éclatante : la loge venait de s'illuminer par magie pour que tout le monde, sur les gradins, puisse voir ce qui s'y passait. Deux sorciers essoufflés apportèrent alors une immense coupe d'or qu'ils tendirent à Cornélius Fudge. Celui-ci paraissait toujours furieux d'avoir dû passer la journée à parler inutilement par signes.
— Et maintenant, applaudissons bien fort les courageux perdants – l'équipe de Bulgarie ! s'écria Verpey.
Montant l'escalier qui menait à la loge, les sept joueurs bulgares firent leur entrée. Des applaudissements s'élevèrent de la foule pour saluer les vaincus.
Profitant du tumulte ambiant, Harry vérifia discrètement sa poche : la baguette qu'il y avait placé avait bien disparu. Il sourit. Tout se passait comme prévu. Empêcher la Marque d'apparaître aurait eu des conséquences trop imprévisibles - peut-être que les Mangemorts ne se disperseraient pas, sans son apparition, causant encore plus de dégâts voire de victimes.
Verpey pointa sa baguette vers sa gorge et murmura :
— Sourdinam. On parlera de ce match pendant des années, dit-il d'une voix enrouée. Quel coup de théâtre, ce… dommage que ça n'ait pas duré plus longtemps… Ah, oui, c'est vrai… je vous dois… combien ?
Fred et George venaient d'enjamber le dossier de leurs chaises et se tenaient à présent devant Ludo Verpey avec un grand sourire et la main tendue.
— Attention, Mr Verpey, n'oubliez pas l'or de farfadets ! lança Harry. Ce sont des fausses pièces, elles disparaîtront toutes seules, ajouta-t'il pour Fred et George qui le regardaient d'un air perplexe.
Ludo Verpey parvint à sourire d'un air presque naturel.
