La Marque
Ils furent pris dans le flot de la foule qui sortait du stade pour revenir sur le terrain de camping. Sur le chemin du retour, l'air de la nuit leur apportait l'écho de chansons hurlées à tue-tête et des farfadets filaient au-dessus d'eux, en poussant des cris et en agitant leurs lanternes. Lorsqu'ils arrivèrent enfin devant leurs tentes, personne n'avait la moindre envie de dormir et, compte tenu du vacarme qui régnait autour d'eux, Mr Weasley fut d'accord pour qu'ils boivent une dernière tasse de chocolat avant d'aller se coucher. Bientôt, ils se plongèrent dans une discussion allègre et passionnée sur les meilleurs moments du match. Mr Weasley n'était pas d'accord avec Charlie sur « l'usage excessif des coudes » sanctionné par l'arbitre.
Harry regarda Ginny, qui s'allongea et posa sa tête sur les genoux d'Hermione avant d'être submergée par la fatigue.
Il faisait tellement sombre, malgré la lueur passive du feu et les explosions de couleur et les lampions accrochés partout, que Harry avait du mal à distinguer les gens qui l'entouraient. Il confondit Bill et Charlie, tous les deux en pleine conversation avec Mr Weasley. Harry se tourna vers Hermione. Elle semblait elle aussi ne plus pouvoir tenir debout : ses bras étaient posés sur la cuisse et sur la poitrine de Ginny et, de par leurs tremblements presque convulsifs, soutenaient à grand-peine le poids du buste d'Hermione.
Harry se décala légèrement pour parler à Hermione. Sa présence suffit apparemment à la réveiller, car sa main droite se décolla de la poitrine de Ginny pour venir se frotter les yeux.
— Elle est fatiguée ? demanda Harry.
— Oui, elle dort, chuchota Hermione.
— Elle serait mieux dans la tente, non ?
Ginny se réveilla à ce moment-là, elle ouvrit les yeux, se redressa, et prit la main d'Hermione dans la sienne. Elle bailla et s'étira.
Mr Weasley l'aperçut et coupa court aux conversations tardives en envoyant tout le monde se coucher. Charlie ou Ron semblaient sur le point de protester, mais chacun se découvrit une envie de dormir. Hermione poussa Ginny dans leur tente, et Harry et les Weasley dans la leur.
Harry, qui était couché dans le lit au-dessus de celui de Ron, contemplait la toile de la tente, suivant des yeux la lueur que projetait parfois la lanterne d'un farfadet volant aux alentours. Il se demandait si il pouvait se permettre de dormir. L'attaque, si elle avait lieu, ne se produirait que plusieurs heures plus tard. Il valait peut-être mieux qu'il dorme maintenant, quitte à ne pas se réveiller le premier, plutôt que de lutter contre le sommeil d'être victime de la fatigue quand il aurait besoin de toutes ses capacités. Il se tourna vers le mur et s'endormit presque instantanément.
— Debout ! Ron ! Harry ! Vite ! Debout ! C'est urgent !
Harry roula sur le côté et tomba droit sur ses jambes, sur le sol de la tente, la baguette sortie. Il entendit les hurlements, les explosions et les pas précipités auxquels il s'était attendu.
Il enfila un blouson, et se précipita hors de la tente. Immédiatement opérationnel, il scanna la situation autour d'eux. À la lueur des quelques feux qui continuaient de brûler, il voyait des gens courir vers le bois, fuyant le groupe de sorciers cagoulés qui évoluait parmi le champ de tentes dans leur direction, faisant exploser d'un coup de baguette celles qui encombraient leur chemin. D'autres sorciers se rapprochaient de la troupe, parfois pour tenter de l'arrêter, mais surtout pour la rejoindre et grossir ses rangs. Plusieurs tentes prirent feu, causant encore plus de cris. Harry réalisa que ses efforts n'avaient pas porté leurs fruits : l'attaque n'avait pas pu être empêchée… Il se ravisa : la famille de Moldus qui était censée léviter au-dessus du groupe n'y était pas, on pouvait donc supposer que le ministère avait au moins réussi à les mettre à l'abri.
Ron, Hermione et Ginny les rejoignirent en courant, enfilant hâtivement quelques vêtements. Mr Weasley se trouvait juste derrière elles. Au même moment, Bill, Charlie et Percy émergèrent de la tente des garçons, entièrement habillés, les manches relevées, brandissant leur baguette magique.
— On va aider les gens du ministère, cria Mr Weasley dans le tumulte, en relevant ses manches à son tour. Vous, allez vous réfugier dans le bois et restez ensemble. Je viendrai vous chercher quand tout sera terminé.
Bill, Charlie et Percy couraient déjà à la rencontre des marcheurs. Mr Weasley se précipita à leur suite. Harry hésita à les suivre… mais sans lui, les autres risquaient d'interférer avec Croupton Junior, et de se faire blesser, ou pire. Il décida de rester avec eux. De plus en plus de sorciers du ministère arrivaient de tous côtés tandis que la foule des sorciers se rapprochait, grossissant elle aussi.
— Viens, dit Harry en prenant la main de Ginny qu'il entraîna en direction du bois.
Ron, Hermione, Fred et George les suivirent. Arrivés à la lisière des arbres, ils se retournèrent pour voir ce qui se passait. La foule des sorciers était plus nombreuse que jamais. Les représentants du ministère se frayaient un chemin parmi la cohue, essayant de s'approcher des sorciers cagoulés, mais leurs efforts restaient vains. Les lanternes colorées qui avaient éclairé le chemin du stade étaient à présent éteintes. Des silhouettes sombres trébuchaient parmi les arbres ; des enfants pleuraient ; des cris angoissés, des voix paniquées retentissaient autour d'eux dans l'air froid de la nuit. Harry se sentait poussé en tous sens par des gens dont il n'arrivait pas à voir le visage. Il sentait la main de Ginny s'agripper à lui. Puis il entendit Ron lancer un cri de douleur.
— Qu'est-ce qui se passe ? demanda Hermione d'une voix inquiète en s'arrêtant si brusquement que Harry la heurta de plein fouet. Ron, où es-tu ? Oh, c'est idiot… Lumos !
Elle fit jaillir de sa baguette un rayon lumineux et éclaira le chemin. Ron était étendu de tout son long par terre.
— J'ai trébuché sur une racine, dit-il avec colère en se relevant.
— Avec des pieds de cette taille, c'est difficile de faire autrement, dit une voix traînante derrière eux.
Harry, Ron, Hermione et Ginny se retournèrent et virent Drago Malefoy, seul, appuyé contre un arbre, l'air parfaitement détendu. Les bras croisés, il avait dû regarder ce qui se passait sur le camping à l'abri des arbres.
Avant que Ron ait eu le temps de répondre, Harry sortit sa baguette et la pointa sur Drago.
— Accio baguette ! s'écria-t-il.
La baguette de Drago s'envola et atterrit dans la main tendue de Harry. Tenant toujours sa baguette en sa direction, Harry fit semblant de s'intéresser à la baguette qu'il venait d'acquérir.
— Rends-la moi, Potter ! s'écria Malefoy d'un ton mal assuré.
Harry sourit et la lança en l'air. À l'aide de sa baguette, il parvint à la diriger dans une touffe de gui, à presque un mètre au-dessus de la tête de Malefoy. Ron ricana et ils s'éloignèrent devant Drago, trop fier pour sautiller sous sa baguette en leur présence. Harry entraina les trois autres plus loin dans les bois.
— Mais où sont-passés les autres ? demanda Hermione.
Fred et George étaient introuvables. Une foule nombreuse avait cependant envahi le chemin, tout le monde lançant des regards inquiets vers le camping, toujours plongé dans le tumulte.
Un peu plus loin, des vociférations s'élevaient d'un groupe de jeunes. Lorsqu'ils virent Harry, Ron, Hermione et Ginny, une fille aux épais cheveux bouclés se tourna vers eux.
— Enfin, c'est incroyable ! s'exclama-t-elle. Qu'est-ce que c'est que cette organisation ? Où est Madame Maxime ? Nous l'avons perdue ! Faites quelque chose, voyons !
— Pardon ? dit Ron.
— Il ne comprend rien, celui-là, dit la fille aux cheveux bouclés en tournant le dos à Ron.
— Beauxbâtons, murmura Hermione.
— Ron, tu vois Fred et George ? demanda Ginny.
— Ils n'ont pas pu aller si loin, rétorqua Ron. Il sortit sa baguette magique et l'alluma comme celle d'Hermione, scrutant le chemin. Harry et Ginny firent de même.
Un bruissement les fit sursauter. Ils virent Winky, l'elfe de maison, sortir des broussailles à côté d'eux. Elle avait une étrange façon de marcher, chacun de ses mouvements retenus en arrière par les sortilèges d'obédience auxquels elle était soumise.
— Il y a des mauvais sorciers, ici ! couina-t-elle, affolée.
Elle se pencha en avant et continua d'avancer à pas pesants. Elle disparut alors parmi les arbres, de l'autre côté du chemin, poussant de petits cris d'une voix haletante, tandis qu'elle essayait de combattre la force qui la retenait. Harry était satisfait en se souvenant de l'exacte même scène dans ses souvenirs - à l'exception de la présence de Ginny, qui n'était pas un mal.
— Qu'est-ce qu'elle a ? dit Ron en la suivant des yeux d'un regard intrigué. Pourquoi n'arrive-t-elle pas à courir normalement ?
— Elle n'a sans doute pas demandé la permission d'aller se cacher, dit Harry.
— Tu sais, les elfes de maison n'ont pas la vie facile ! s'exclama Hermione avec indignation. En fait, c'est de l'esclavage, rien d'autre ! Ce Mr Croupton l'a obligée à monter tout en haut du stade alors qu'elle avait le vertige et il l'a ensorcelée au point qu'elle n'arrive même plus à courir quand les tentes sont piétinées ! Pourquoi est-ce que personne ne fait rien contre ça ?
— Bah, les elfes sont heureux de leur sort, non ? dit Ron. Tu as entendu Winky avant le match… « Les elfes de maison n'ont pas à s'amuser »… C'est ça qui lui plaît, obéir…
— C'est à cause de gens comme toi, Ron, que des systèmes injustes et révoltants continuent d'exister, s'emporta Hermione, simplement parce qu'ils sont trop paresseux…
Ginny posa sa main sur le bras d'Hermione, la calmant instantanément. Une nouvelle explosion retentit à la lisière du bois.
— Si on continuait d'avancer ? suggéra Ron.
Ils suivirent le chemin obscur qui s'enfonçait dans le bois. Ils passèrent devant un groupe de gobelins qui se disputaient à grands cris un sac d'or gagné sans aucun doute en pariant sur le match. L'agitation qui régnait sur le camping les laissait visiblement indifférents. Plus loin sur le chemin, Harry, Ron, Hermione et Ginny traversèrent soudain une tache de lumière argentée. En regardant à travers les arbres, ils virent trois magnifiques Vélanes, debout dans une clairière, entourées d'une horde de jeunes sorciers qui parlaient tous très fort.
— Je gagne à peu près cent sacs de Gallions par an, criait l'un d'eux. Je travaille comme tueur de dragons auprès de la Commission d'examen des créatures dangereuses.
— Non, ce n'est pas vrai ! s'exclama son ami, tu laves la vaisselle au Chaudron Baveur… Moi, je suis chasseur de vampires, j'en ai tué environ quatre-vingt-dix jusqu'à maintenant…
Un troisième sorcier, le visage couvert de boutons nettement visibles, même dans la faible lueur argentée que répandaient les Vélanes, intervint à son tour :
— Moi, je vais bientôt devenir le plus jeune ministre de la Magie qu'on ait jamais connu, vous allez voir.
Harry étouffa un éclat de rire en reconnaissant Stan Rocade, le contrôleur du Magicobus.
Il se tourna vers Hermione pour le lui dire, mais le visage de celle-ci était étrangement absent et, un instant plus tard, elle se précipita vers le groupe.
— Est-ce que je vous ai dit que j'ai inventé un enchantement qui permet de courir aussi vite qu'on veut ?
Ginny pouffa de rire. Harry et elle saisirent fermement Hermione, chacun par un bras, et l'éloignèrent de force. Lorsque les voix des Vélanes et de leurs admirateurs se furent dissipées dans la nuit, Harry, Hermione et Ginny avaient atteint le plein cœur du bois. Ils regardèrent autour d'eux.
— Où est Ron ? demanda Ginny d'une voix inquiète.
Harry et Hermione réalisèrent qu'il ne les suivait plus. Harry fronça les sourcils. Ça n'était pas prévu.
— Il doit être resté avec les Vélanes et leurs admirateurs, soupira-t-il.
— Au moins, il n'est pas seul perdu en plein milieu des bois, dit Ginny d'un air blasé.
Harry regarda autour d'eux.
— Le mieux, c'est d'attendre ici, dit-il. Si quelqu'un vient, on l'entendra à des kilomètres.
Il avait à peine fini sa phrase que Ludo Verpey surgit de derrière un arbre, juste en face d'eux.
Même à la faible lueur des deux baguettes magiques, Harry remarqua que Verpey avait considérablement changé. Il semblait avoir perdu sa joyeuse humeur et son teint rosé. Il marchait à présent d'un pas lourd, le visage livide et tendu.
— Qui est là ? demanda-t-il en clignant des yeux pour essayer de les reconnaître. Qu'est-ce que vous faites ici tous seuls ?
Ils échangèrent un regard surpris.
— C'est la panique, là-bas, dit Ginny. Verpey la regarda fixement.
— Quoi ?
— Sur le camping… Il y a des sorciers masqués qui mettent le feu à des tentes…
Verpey lança un juron sonore.
— Les imbéciles ! dit-il, l'air affolé.
Il y eut un simple « pop » et il disparut en transplanant, sans ajouter un mot.
— On ne peut pas dire qu'il soit très efficace, Verpey, dit Ginny en fronçant les sourcils.
Harry se souvenait que la clairière où ils croisaient Verpey était celle-là même où Barty Croupton Junior allait faire apparaître la Marque des Ténèbres. Il entraîna les filles un peu plus profondément dans la forêt. Hermione les emmena à l'écart du chemin, dans une autre petite clairière, et s'assit dans l'herbe, au pied d'un arbre. Elle fit apparaître une petite lanterne qui produisait une petite lumière dorée. Harry et Ginny s'assirent à côté d'elle, de part et d'autre de la lueur. Hermione posa la main sur leurs genoux. Ginny poussa un profond soupir et s'appuya en arrière sur les coudes. Elle paraissait perdue dans ses pensées. Son mouvement releva sa jupe de quelques centimètres. Harry y jeta un coup d'œil nostalgique. La dernière fois qu'il avait réellement vu sa femme remontait à deux mois et demi. Il songea amèrement qu'il ne la reverrait pas avant bien plus de temps… si il la revoyait un jour. Son cœur se serra en pensant qu'il pouvait très bien lui arriver malheur, entre les météorites lunaires, les tremblements de terre et les raz-de-marée qui secouaient le monde où elle était restée.
Hermione rapprocha sa bouche de son oreille, l'œil amusé.
— Pourquoi tu regardes la culotte de Ginny ? chuchota-t-elle en descendant sa main à l'intérieur de la cuisse de Harry.
Il rougit. Elle le remarqua, rit silencieusement et lui embrassa la joue. Comme il ne réagissait pas, elle lui déposa un autre baiser dans le cou.
— Arrête, elle va nous voir, murmura Harry.
Hermione éclata d'un rire léger et se rassit entre Harry et Ginny. Elle les regarda alternativement et demanda à Harry :
— Harry ? Tu la trouves comment, Ginny ?
Ginny se redressa en rougissant.
— Euh… fit Harry, ne sachant pas quoi répondre.
Hermione rit à nouveau, avant de glisser une main sur la cuisse de Ginny et de remonter doucement sa jupe. Ginny rougit encore plus et la repoussa. Hermione tomba sur le dos, trop lentement pour que ça ne soit pas délibéré. Ses pieds étaient posés par terre et ses cuisses en l'air, relevant sa propre jupe au regard de Harry. Elle tira vers elle le bras de Ginny, qui tomba sur elle. Ginny tourna la tête et Harry et elle échangèrent un regard consterné. Ginny se releva et se réfugia à côté de Harry. Hermione se redressa, l'air boudeur.
Soudain, Ginny tourna la tête et regarda en l'air, au-dessus de la cime des arbres, où une forme lumineuse gigantesque, verdâtre et fantomatique venait d'apparaître. La Marque des Ténèbres. Un instant plus tard, une explosion de cris retentit dans le bois alentour. Harry sourit : il avait réussi à éloigner Ginny et Hermione de Croupton Junior.
Cette dernière était terrorisée.
— C'est la Marque des Ténèbres, Harry ! gémit Hermione, qui s'était relevée en hâte. Le signe de Tu-Sais-Qui !
— Je sais, mais…
Il entendit de loin la vingtaine de sorciers transplaner.
— …BAISSEZ-VOUS ! s'écria-t-il.
Il plaqua Ginny et Hermione à terre. Des éclairs rouges fusaient d'entre les arbres, rebondissant contre les troncs. Après quelques secondes, les éclairs disparurent. Harry releva prudemment la tête, puis aida les deux autres à se remettre debout.
— Venez, on retourne au camping. Si les sorciers du ministère sont là, c'est qu'il n'y a plus de danger là-bas.
— Les sorciers du ministère ? demanda Ginny en fronçant les sourcils.
— Eh bien, euh… je suppose que ce sont eux qui ont lancé les sortilèges, pour stupéfixier celui qui a fait apparaître la Marque.
Ginny parut trouver son explication convaincante. Elle le suivit dans ce qui semblait être la direction du camping.
Lorsqu'ils eurent atteint la lisière du bois, il leur fut impossible d'aller plus loin. Une foule nombreuse de sorcières et de sorciers visiblement terrifiés s'était rassemblée là. Harry aperçut Rita Skeeter et son regard flamboya de colère. Il décida de se venger.
— Attendez ici. Les gens du ministère vont bientôt repasser par ici. Je reviens.
Il détourna leur attention vers le chemin qu'ils venaient de parcourir, sortit sa baguette, et s'élança vers Rita Skeeter. Il la bouscula violemment, et, dans l'indifférence générale, la traîna derrière un arbre.
— Stupéfix ! murmura-t-il avant qu'elle ne puisse voir son visage ou prononcer un mot.
Il ouvrit son sac et vit, en boule, sa Plume à Papotte, des réserves de parchemin, sa baguette, du maquillage… Il retira la baguette et la jeta sur le sol du sentier, près de sa propriétaire. Il la cassa d'un coup de talon. Il pointa sa propre baguette vers le sac.
— Incendio, murmura-t-il.
Il entrouvrit le sac juste assez pour que le feu prenne sans que la lueur n'attire l'attention, et le laissa sur le sentier. Il tourna les talons et revint vers l'endroit où il avait laissé Ginny et Hermione. Il aperçut Mr Weasley en train de s'adresser à la foule.
— …il semble que le coupable ait transplané. En tout cas, rassurez-vous, personne n'a été blessé. Ah, Harry, te voilà. Et maintenant, excusez-moi, mais j'aimerais bien aller me coucher.
Suivi de Harry, Ginny et Hermione, il se fraya un chemin parmi la foule et retourna sur le terrain de camping. Tout était paisible, à présent. Il n'y avait plus trace des sorciers masqués, mais plusieurs tentes ravagées par les flammes laissaient encore échapper des filets de fumée.
La tête de Charlie apparut sous l'auvent de la tente des garçons.
— Papa, qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-il. Fred, George et Ron sont rentrés, mais les autres…
— Ils sont avec moi, le rassura Mr Weasley en se penchant pour entrer dans la tente.
Harry, Ginny et Hermione le suivirent à l'intérieur. Bill était assis devant la petite table de camping, tenant un drap autour de son bras qui saignait abondamment. La chemise de Charlie était déchirée et Percy saignait du nez. Fred, George et Ron semblaient indemnes, mais secoués.
— Vous l'avez attrapé ? demanda aussitôt Bill. Celui qui a fait apparaître la Marque ?
— Non, répondit Mr Weasley. On a trouvé l'elfe de Mr Croupton avec une baguette à la main, mais on n'en sait pas plus sur l'identité du coupable.
— Quoi ? s'exclamèrent d'une même voix Hermione et Ginny.
— L'elfe de Mr Croupton ? s'écria Percy, comme frappé par la foudre.
Mr Weasley leur expliqua ce qui s'était passé dans le bois. Puisque personne n'avait entendu le véritable sorcier prononcer l'incantation et puisque l'identité du propriétaire de la baguette restait inconnue, rien ne semblait s'opposer à la culpabilité de Winky, contre qui Croupton avait annoncé les plus grands châtiments imaginables. Percy se gonfla d'indignation.
— Mr Croupton a parfaitement raison de se débarrasser d'un elfe comme ça ! dit-il. S'enfuir alors qu'il lui avait donné l'ordre de ne pas bouger… Le mettre dans l'embarras devant les membres du ministère… Imaginez le scandale si elle avait dû être interrogée par le Département de contrôle et de régulation…
Croupton avait visiblement réussi à escamoter son Elfe des mains du ministère.
— Est-ce que quelqu'un pourrait enfin nous expliquer ce que signifie cette tête de mort ? s'impatienta Ron. Elle n'a fait de mal à personne… Pourquoi tout ce tremblement ?
— C'est le symbole de Tu-Sais-Qui, Ron, répondit Hermione avant que quiconque ait pu prononcer un mot. J'ai lu ça dans Grandeur et décadence de la magie noire.
— Et ça fait treize ans qu'on ne l'avait pas vue, dit Mr Weasley à voix basse. Rien d'étonnant à ce que tout le monde ait été pris de panique… C'est comme si on avait vu Vous-Savez-Qui revenir.
— Je ne comprends pas, dit Ron en fronçant les sourcils. Après tout… ce n'est qu'une forme dans le ciel…
— Ron, il faut que tu saches que les fidèles de Tu-Sais-Qui faisaient apparaître la Marque des Ténèbres chaque fois qu'ils tuaient quelqu'un, dit Mr Weasley. Tu n'as pas idée de la terreur qu'elle inspirait… Tu es trop jeune. Imagine que tu rentres chez toi et que tu voies la Marque des Ténèbres flotter au-dessus de ta maison en sachant ce que tu vas trouver à l'intérieur…
Mr Weasley fit une grimace.
— C'était la pire terreur de tout le monde… La pire…
Il y eut un moment de silence.
Puis Bill enleva le drap qui lui entourait le bras pour jeter un coup d'œil à sa blessure et dit :
— En tout cas, celui qui l'a fait apparaître ne nous a pas aidé. Dès qu'ils l'ont vue, les Mangemorts ont été terrorisés. Ils ont tous transplané sans qu'on ait eu le temps d'en démasquer un seul.
— Les Mangemorts ? s'étonna Hermione.
— On n'a aucune preuve que c'était eux, Bill, dit Mr Weasley. Mais c'est sûrement vrai, ajouta-t-il d'un ton désenchanté.
— Ça, j'en suis sûr ! dit soudain Ron. On a rencontré Drago Malefoy dans le bois et je suis sûr que son père était un des cinglés en cagoules ! D'ailleurs, on sait bien que les Malefoy étaient du côté de Vous-Savez-Qui !
Un silence plana.
— Mais si c'étaient eux, les Mangemorts, pourquoi ont-ils transplané en voyant la Marque des Ténèbres ? s'étonna Ron. Ils auraient dû être contents de la voir, au contraire.
— Fais un peu fonctionner ta cervelle, Ron, dit Bill. Les Mangemorts ont eu beaucoup de mal à éviter de se retrouver à Azkaban quand Tu-Sais-Qui a perdu le pouvoir. Ils ont raconté toutes sortes de mensonges en prétendant que c'était lui qui les obligeait à tuer et à répandre la souffrance. J'imagine qu'ils auraient encore plus peur que nous de le voir revenir. Ils ont toujours nié leurs liens avec lui lorsqu'il a été privé de ses pouvoirs et qu'ils ont dû retourner à leur vie quotidienne… Donc, ça m'étonnerait qu'il soit très content d'eux, tu comprends ?
— Mais alors… celui qui a fait apparaître la Marque des Ténèbres, dit lentement Hermione, voulait-il manifester sa sympathie aux Mangemorts ou leur faire peur ?
— Nous n'en savons pas plus que toi, Hermione, répondit Mr Weasley. Une chose est sûre, en tout cas : seuls les Mangemorts savaient faire apparaître la Marque des Ténèbres. Je serais très étonné que le coupable n'ait pas été lui-même un Mangemort à un moment de sa vie, même s'il ne l'est plus… Écoute-moi, maintenant, il est très tard et si jamais Molly apprend ce qui s'est passé, elle va se faire un sang d'encre. Nous allons dormir quelques heures et nous essayerons d'attraper un Portoloin demain matin de bonne heure pour rentrer à la maison.
