AVANT DE LIRE LE FOLLOWING :
sachez que les propos homophobes tenus par un des protagonistes de ce chapitre n'engagent que lui, et non l'auteur. Ces propos viennent de l'idéologie du personnage et non de la mienne. D'ailleurs, le personnage va (peut-être ?) changer d'avis dans les chapitres à venir.
Cet avertissement vaut aussi pour toutes les opinions discriminatoires exprimées par la suite.


Repos, avant le départ

Ils n'avaient dormi que quelques heures lorsque Mr Weasley les réveilla. Il eut recours à la magie pour démonter et plier les tentes et ils se hâtèrent de quitter le camping.

En approchant de l'endroit où se trouvait le Portoloin, ils entendirent des voix affolées et virent une foule de sorcières et de sorciers rassemblés autour de Basil, le responsable des transports : tous exigeaient de partir le plus vite possible. Mr Weasley eut une rapide conversation avec Basil ; ils rejoignirent ensuite la file d'attente et un vieux pneu usé les ramena sur la colline de Têtafouine avant le lever du soleil. Dans la lumière de l'aube, ils traversèrent le village de Loutry Ste Chaspoule en direction du Terrier. Ils étaient trop épuisés pour parler et ne pensaient plus qu'à s'asseoir devant un bon petit déjeuner. Lorsqu'ils franchirent la porte d'entrée, ils entendirent un grand cri.

— Oh, merci, merci, au nom du ciel, merci !

Mrs Weasley, qui les avait attendus dans le hall d'entrée, se précipita vers eux, encore chaussée de ses pantoufles, le teint pâle, les traits tirés, la main crispée sur un exemplaire froissé de La Gazette du sorcier.

— Arthur ! J'étais si inquiète ! Si inquiète !

Elle sauta au cou de Mr Weasley et La Gazette du sorcier tomba par terre. Jetant un coup d'œil au journal, Harry vit un gros titre : SCÈNES DE TERREUR LORS DE LA COUPE DU MONDE DE QUIDDITCH, au-dessus d'une photo en noir et blanc qui montrait la Marque des Ténèbres scintillant au-dessus de la cime des arbres. Il fronça les sourcils : le journal était étrangement similaire à celui de ses souvenirs.

— Vous n'avez rien eu ? murmura Mrs Weasley en relâchant son mari puis en les regardant l'un après l'autre, les yeux rougis. Oh, mes enfants…

À la grande surprise de tout le monde, elle saisit Fred et George par le cou et les étreignit avec tant de force que leurs têtes se cognèrent l'une contre l'autre.

— Aïe ! Maman, tu nous étrangles…

— Je vous ai grondés quand vous êtes partis ! dit Mrs Weasley en se mettant à sangloter. Je n'ai pas cessé d'y penser ! Si Vous-Savez-Qui vous avait fait du mal alors que la dernière chose que je vous ai dite, c'est que vous n'aviez pas eu assez de BUSE… Oh, Fred… George…

— Allons, Molly, tu vois bien que nous sommes en parfaite santé, dit Mr Weasley d'un ton apaisant.

Il l'arracha aux jumeaux et l'emmena vers la maison.

— Bill, dit-il à voix basse, ramasse le journal, je voudrais voir ce qu'il raconte…

Lorsqu'ils se furent tous serrés dans la minuscule cuisine et qu'Hermione eut préparé à Mrs Weasley une tasse de thé très fort dans lequel Mr Weasley insista pour verser un doigt d'Ogden's Old Firewhisky, Bill tendit le journal à son père. Mr Weasley parcourut la première page tandis que Percy lisait par-dessus son épaule.

— Ah, tiens ? Les coupables n'ont pas été retrouvés… Une sécurité négligente mais réactive… Un massacre évité… Qui a écrit ça ? Ah, pour une fois ce n'est pas Rita Skeeter, et ça se voit !

— Celle-là, elle a une dent contre le ministère de la Magie ! dit Percy avec fureur. La semaine dernière, elle a écrit que nous perdions notre temps à pinailler sur l'épaisseur des fonds de chaudron au lieu de faire la chasse aux vampires ! Comme s'il n'était pas spécifiquement indiqué dans l'article douze du Règlement concernant le traitement des créatures partiellement humaines…

— Fais-nous plaisir, Perce, dit Bill en bâillant, tais-toi un peu.

Mr Weasley poussa un profond soupir.

— Molly, il faut que j'aille au bureau. Nous risquons d'avoir beaucoup de travail pour arranger tout ça.

— Je viens avec toi, père, dit Percy d'un air important. Mr Croupton aura besoin de tout le monde. Comme ça, je pourrai lui remettre mon rapport sur les chaudrons en main propre.

Et il sortit en trombe de la cuisine. Mrs Weasley avait l'air désemparé.

— Arthur, tu es censé être en vacances ! Tu n'as rien à voir avec cette histoire, ils peuvent sûrement s'en occuper sans toi.

— Je dois y aller, Molly, dit Mr Weasley. Le ministère a besoin de tout le monde. Le temps de me changer et j'y vais…

Au cours de la semaine qui suivit, ni Mr Weasley, ni Percy ne furent très présents à la maison. Tous deux partaient chaque matin avant que le reste de la famille se lève et rentraient chaque soir bien après l'heure du dîner.

La veille de leur retour à Poudlard, toute la famille - et les invités - s'étaient installés dans le salon, en attendant le retour d'Arthur. Mrs Weasley jeta un coup d'œil à l'horloge de grand-mère qui se trouvait dans un coin du salon. Huit des aiguilles étaient pointées sur « à la maison », mais celle de Mr Weasley, qui était la plus longue, indiquait toujours « au travail ».

— La dernière fois que votre père était obligé d'aller au bureau le week-end, c'était au temps de Vous-Savez-Qui, soupira Mrs Weasley. Ils le font beaucoup trop travailler. Son dîner sera immangeable s'il ne revient pas très vite.

La pluie martelait les fenêtres du salon. Hermione était plongée dans Le Livre des sorts et enchantements, niveau 4, dont Mrs Weasley avait acheté plusieurs exemplaires pour Harry, Ron et elle sur le Chemin de Traverse. Charlie était en train de raccommoder une cagoule à l'épreuve du feu. Harry n'astiquait pas son Éclair de feu à l'aide du nécessaire à balai qu'Hermione lui avait offert pour son treizième anniversaire. Il avait eu l'envie de le faire, mais il savait qu'il ne s'en servirait pas cette année-là. Fred et George, assis dans un coin, à l'autre bout de la pièce, parlaient en chuchotant, une plume à la main, la tête penchée sur un morceau de parchemin.

— Qu'est-ce que vous fabriquez, tous les deux ? dit sèchement Mrs Weasley, en fixant les jumeaux.

— On fait nos devoirs, répondit Fred d'un air vague.

— Ne sois pas ridicule. Vous êtes encore en vacances, répliqua Mrs Weasley.

— On avait pris un peu de retard, dit George.

— Vous ne seriez pas en train de refaire des bons de commande, par hasard ? demanda Mrs Weasley d'un ton inquisiteur. Vous n'auriez quand même pas l'intention de recommencer cette histoire de Farces pour sorciers facétieux ?

— Écoute, maman, répondit Fred en levant vers elle un regard attristé. Si demain, le Poudlard Express déraille et qu'on est tués tous les deux, George et moi, imagine dans quel état tu seras en pensant que, la dernière fois que tu nous as adressé la parole, c'était pour nous accuser injustement ?

Tout le monde éclata de rire, même Mrs Weasley.

— Ah, votre père arrive ! dit-elle soudain en regardant à nouveau l'horloge.

L'aiguille de Mr Weasley avait soudain bondi de « au travail » à « en déplacement » ; une seconde plus tard, elle rejoignit les huit autres, pointées sur « à la maison », et ils l'entendirent leur dire bonjour depuis la cuisine.

— J'arrive, Arthur ! s'écria Mrs Weasley en se précipitant hors de la pièce.

Quelques instants plus tard, Mr Weasley entra dans le salon confortable et chaleureux, portant son dîner sur un plateau. Il avait l'air complètement épuisé.

— Cette fois-ci, ça chauffe vraiment, dit-il à son épouse tandis qu'il s'asseyait dans un fauteuil auprès de la cheminée pour grignoter sans enthousiasme le chou-fleur un peu racorni que contenait son assiette. Rita Skeeter s'est faite bousculer pendant que tout le monde se réfugiait vers la forêt, et elle a passé la semaine à fureter un peu partout pour trouver quelqu'un sur qui se venger. Et maintenant, elle a découvert la disparition de cette pauvre Bertha. Ce sera en première page demain dans La Gazette. Pourtant, je n'ai cessé de répéter à Verpey qu'il aurait dû envoyer quelqu'un à sa recherche.

— Ça fait des semaines que Mr Croupton dit la même chose, s'empressa de rappeler Percy.

— Croupton a beaucoup de chance que Rita ne sache rien de ce qui s'est passé avec Winky, répliqua Mr Weasley d'un ton irrité. Elle aurait de quoi faire une semaine de gros titres avec l'histoire de son elfe de maison trouvée en possession de la baguette magique qui a fait apparaître la Marque des Ténèbres.

— Je croyais que nous étions tous d'accord pour dire que, même si elle a eu une conduite irresponsable, ce n'est pas son elfe qui a fait surgir la Marque ? lança Percy d'un ton ardent.

— Je crois que vous feriez bien d'aller vérifier vos bagages ! dit Mrs Weasley pour couper court à la discussion. Allez, tout le monde, montez donc dans vos chambres…

Harry monta l'escalier sans attendre Ron, dont les services avaient été réquisitionnés par Mrs Weasley pour l'aider à ranger la cuisine. Le bruit de la pluie était encore plus intense au dernier étage, ponctué par les gémissements du vent, sans parler des hurlements que poussait de temps à autre la goule qui habitait le grenier. Il se retrouva seul dans la chambre. Il s'assit sur le lit et essaya de se préparer à la rentrée, le lendemain.

Il décida d'aller prendre un peu d'air frais et de sortir de cette chambre étouffante. Il ouvrit doucement la fenêtre et sentit, les yeux fermés, le vent frais souffler et les gouttes d'eau frapper son visage. Il ouvrit les yeux et sursauta.

Juste en bas, à peine à cinq mètres en-dessous de lui, Ginny était adossée contre le mur de la maison. Hermione était agenouillée devant elle, avec la tête entre ses jambes. Ginny passait les mains dans les cheveux d'Hermione. Harry se réfugia d'un bond dans la chambre et ferma la fenêtre en faisant le moins de bruit possible. Abasourdi, il s'assit de nouveau sur le lit.

C'était donc ça, ce qu'Hermione voulait ! Elle trouvait son bonheur dans sa relation avec Ginny, à défaut de l'obtenir avec un homme, avec Harry ! Il était tout de même secoué qu'elle aie pu embarquer Ginny dans une telle entreprise. Ginny était quelqu'un de plus censé, tout de même ! Harry ne comprenait pas. Il réalisa que ce qu'il venait de voir, si ça se savait, pouvait coûter très cher aux réputations d'Hermione, de Ginny et de sa famille. Il décida de ne pas en parler à qui que ce soit, surtout à…

Ron entra dans la pièce en coup de vent. Harry sursauta, mais fit comme si de rien n'était.

— Tiens, voilà tous les trucs que ma mère t'a achetés sur le Chemin de Traverse. Elle est allée te chercher de l'or dans ton coffre, aussi… Et puis elle a lavé toutes tes chaussettes…

Il déposa une pile de paquets sur le lit de Harry ainsi qu'un sac d'or et un tas de chaussettes. Harry commença à déballer les paquets, en essayant de rester naturel, de tempérer le choc qui bouillonnait encore à l'intérieur de lui. Il rangea progressivement les affaires dans sa valise, en surveillant du coin de l'œil que Ron ne se dirige pas vers la fenêtre.

— Qu'est-ce que c'est que ce machin-là ? s'exclama Ron.

Il tenait entre ses mains une longue robe de velours violet, ornée d'un jabot de dentelle un peu moisie et de manchettes assorties. Harry le laissa se plaindre à sa mère, qui venait d'entrer.

Plus il y pensait, plus il penchait pour une explication : l'énergie temporelle qu'il avait transmis bien malgré lui à Hermione l'année précédente, loin d'avoir disparue, avait fini par la rendre doucement folle. C'était forcément ça. Et elle utilisait - volontairement ou non - son autorité sur Ginny, parce qu'elle était plus grande, pour la manipuler. Il serra les poings. Comment sauver sa femme contre sa meilleure amie ? Comment sauver sa meilleure amie d'elle-même ? Comment arriver à les guérir sans attirer l'attention sur elles ? Sans ruiner leur réputation, et leur vie ? Sans modifier de manière profonde et imprévisible le cours du temps ?

— Je ne porterai jamais ça, insista Ron, le sortant de ses pensées. Jamais.

— Très bien, répliqua sèchement Mrs Weasley. Dans ce cas, promène-toi tout nu. Harry, tu n'oublieras pas de prendre une photo de lui. J'ai bien besoin de rire un peu de temps en temps.

Et elle sortit de la pièce en claquant la porte. Ils entendirent alors un étrange crachotement derrière eux. Coquecigrue, qui avait mangé un trop gros morceau de Miamhibou, s'était coincé le bec et était en train de s'étrangler.

— Pourquoi est-ce qu'on me donne toujours ce qu'il y a de plus ridicule ? dit Ron avec fureur, en s'avançant à grands pas vers la cage pour aider Coquecigrue à décoincer son bec.

Dans la tête de Harry, le hibou crachotant se superposa avec l'image d'Hermione. L'image parvint à lui arracher un sourire.