Sortilèges Impardonnables

Les deux jours suivants se passèrent sans incidents notoires, à ceci près que, Harry le constata, Ginny semblait traîner de plus en plus longtemps et de plus en plus souvent avec Hermione, lui causant de plus en plus de souci.

Dans un autre registre, il remarqua que "Maugrey" provoquait de plus en plus d'impatience et d'admiration de la part des Gryffondor de quatrième année. Harry laissait courir sans interférer, même si voir un tel assassin être aussi adulé l'irritait au plus haut point. Le jeudi, ils attendaient le cours avec tant d'impatience qu'ils arrivèrent en avance, juste après le déjeuner, et se mirent en rang devant la salle de classe avant même que la cloche eût retenti.

Ron et Hermione, suivis à contrecœur de Harry, se précipitèrent sur les trois tables qui faisaient face au bureau professoral. Ron et Hermione s'empressèrent de sortir leurs exemplaires de Forces obscures : comment s'en protéger et attendirent dans un silence inhabituel, sous l'œil blasé de Harry. Bientôt, ils entendirent le claquement de sa jambe de bois sur le sol, qui résonna en écho dans le couloir, et l'imposteur entra dans la classe, la physionomie aussi étrange et effrayante qu'à l'ordinaire.

— Les livres, vous pouvez les ranger, grogna-t-il, en allant s'installer à son bureau. Vous n'en aurez pas besoin.

Il sortit un registre, secoua sa longue crinière de cheveux gris pour dégager son visage tordu et couturé, puis commença à faire l'appel, son œil normal suivant la liste des noms tandis que l'œil magique tournait dans son orbite, se fixant sur chaque élève qui répondait « présent ».

— Bien, dit-il, lorsqu'il eut terminé. J'ai reçu une lettre du professeur Lupin au sujet de cette classe. Il semble que vous ayez acquis de bonnes bases en ce qui concerne la protection contre les créatures maléfiques. Vous avez vu notamment les Épouvantards, les Pitiponks, les Strangulots, les loups-garous et quelques autres, c'est bien cela ?

Il y eut un murmure d'approbation.

— Mais vous êtes en retard – très en retard – en matière de défense contre les mauvais sorts. Donc, je suis là pour vous remettre au niveau en vous enseignant les sortilèges dont se servent les sorciers entre eux. J'ai un an pour vous montrer comment vous y prendre avec les maléfices qui…

— Quoi, vous ne serez plus là l'année prochaine ? l'interrompit Ron.

L'œil magique de Maugrey pivota pour se poser sur Ron. Celui-ci parut d'abord un peu mal à l'aise mais, au bout d'un moment, le Mangemort eut un sourire. Son visage barré de cicatrices parut plus tordu que jamais mais Harry supposa qu'il devait être rassurant de le voir manifester un signe de bienveillance, même s'il ne s'agissait que d'un simple sourire. Ron sembla profondément soulagé.

— Tu es le fils d'Arthur Weasley, c'est ça ? Ton père m'a tiré d'un très mauvais pas, il y a quelques jours… Oui, je ne vais rester qu'un an, ensuite je retournerai à la quiétude de ma retraite.

Il éclata d'un rire rocailleux puis joignit ses mains noueuses.

— Alors, allons-y. Les mauvais sorts. Ils peuvent prendre les formes les plus diverses et leur puissance varie considérablement, selon les cas. Si l'on s'en tient aux recommandations du ministère de la Magie, j'ai pour mission de vous apprendre quelques sortilèges de défense, rien de plus. Je ne suis pas censé vous montrer comment les maléfices interdits se manifestent tant que vous n'aurez pas atteint la sixième année. En attendant, on vous estime trop jeunes pour les connaître en détail. Mais le professeur Dumbledore se fait une plus haute idée de votre caractère et pense que vous êtes capables d'en apprendre davantage. J'ajoute que, plus vite vous saurez ce qui vous attend, mieux ça vaudra. Comment pourriez-vous vous défendre contre quelque chose que vous n'auriez jamais vu ? Si un sorcier s'apprête à vous jeter un sort interdit, il ne va pas vous avertir de ses intentions. Il ne fera pas ça gentiment et poliment. Il faut que vous soyez préparés à réagir. Vous devrez être attentifs, toujours sur vos gardes. Miss Brown, vous n'avez pas besoin de regarder ça pendant que je parle.

Lavande sursauta. Harry sourit discrètement.

— Alors… Quelqu'un peut-il me dire quels sont les maléfices que les lois de la sorcellerie répriment avec le plus de sévérité ?

Plusieurs mains se levèrent timidement, y compris celles de Ron et d'Hermione. Croupton montra Ron du doigt, bien que son œil magique fût toujours fixé sur Lavande.

— Heu…, dit Ron, d'une voix mal assurée, mon père m'a parlé d'un maléfice… Ça s'appelle le sortilège de l'Imperium, ou quelque chose comme ça…

— Ah, oui, dit le faux Maugrey d'un air appréciateur, c'est sûr que ton père le connaît, celui-là. À une certaine époque, il a donné beaucoup de fil à retordre aux gens du ministère, l'Imperium.

Grâce à toi, enflure, pensa Harry en serrant les poings sous la table. Le Mangemort se leva avec lenteur, ouvrit le tiroir de son bureau et en sortit un bocal en verre. À l'intérieur, trois grosses araignées s'agitaient en tous sens pour essayer de sortir. Harry sentit Ron se tasser légèrement sur sa chaise, à côté de lui – Ron détestait les araignées.

Il plongea une main dans le bocal et posa une des araignées au creux de sa main.

Harry regarda d'un œil endormi les pirouettes de l'araignée. Il se demandait comment il allait supporter le reste de l'année… qui promettait d'être stressante à souhait.

— VIGILANCE CONSTANTE !

Harry fut le seul à ne pas sursauter. Il leva lentement le regard vers le visage qui lui faisait face.

— Quelqu'un peut-il me citer un autre sortilège interdit ?

Harry soupira, se ramassa sur sa chaise dans une position plus confortable, et entreprit de dormir les yeux ouvert pendant le reste de la durée du cours.

Quand la cloche retentit, il se leva sans hâte, ramassa ses affaires et se dirigea vers la sortie. Dès qu'il eut quitté la classe, tous les élèves se mirent à parler en même temps.

— Tu as vu cette araignée se tordre de douleur ?

— Et quand il a tué l'autre ? Comme ça, sans la toucher !

Harry imagina les mêmes personnes, s'extasiant devant les exploits de Voldemort, quelques quinze ans auparavant. Pas étonnant qu'il se soit attiré autant de disciples, se dit-il d'un air sombre. Hermione semblait avoir le même air troublé.

— Regardez, dit sèchement Hermione en montrant un couloir latéral. Regardez Neville.

Seul au milieu du couloir, Neville regardait fixement le mur qui lui faisait face avec la même expression horrifiée que lorsque Maugrey leur avait montré les effets du sortilège Doloris.

— Neville ? dit Hermione avec douceur. Il se tourna vers eux.

— Ah, c'est vous, dit-il, la voix beaucoup plus aiguë que d'habitude. Intéressant comme cours, non ? Je me demande ce qu'il y a au dîner, ce soir, je… je meurs de faim, pas vous ?

— Neville, ça va ? s'inquiéta Hermione.

Harry détourna les yeux. Il connaissait la source du trouble de Neville, et le voir être la cible de la curiosité des autres élèves l'attristait.

— Oh, oui, oui, tout va bien, répondit-il précipitamment de cette même voix étrangement aiguë. Très intéressant, ce dîner… je veux dire, ce cours… Qu'est-ce qu'on mange ? Ron jeta à Harry un regard surpris.

— Neville, qu'est-ce que… ?

Un claquement sec et régulier retentit dans leur dos et ils virent arriver le faux Maugrey qui s'avançait vers eux de sa démarche claudicante. Harry plissa les yeux tout en tentant de ne pas avoir l'air trop sur la défensive. Un exercice difficile. Croupton ouvrit la bouche et parla d'une voix douce.

— Ne t'inquiète pas, fils, dit-il à Neville. Si tu veux, tu peux passer dans mon bureau, d'accord ? Allez, viens, on prendra une tasse de thé…

Neville parut encore plus apeuré à la perspective de boire une tasse de thé avec Maugrey. Harry serra les poings dans les poches de sa robe. Voir un Mangemort réconforter Neville sur le sort de ses parents était une ironie du sort des plus cruelles.

L'imposteur tourna vers Harry son œil magique.

— Ça va, Potter ?

— Ouais, répondit Harry, ne pouvant réprimer un rictus de dégoût.

L'œil bleu tressaillit légèrement en observant Harry. Il parut indécis pendant une petite seconde, puis se retourna vers Neville.

— Allez, viens, Londubat. J'ai quelques livres qui pourraient t'intéresser.

Neville lança à ses amis un regard implorant, mais comme aucun des trois n'ouvrait la bouche, il se résolut à suivre Croupton qui l'entraînait déjà, une main noueuse posée sur son épaule.

— De quoi parlait-il ? dit Ron en les regardant disparaître tous deux à l'angle du couloir.

— Je ne sais pas, répondit Hermione, l'air songeur.

— En tout cas, ça, c'était un cours, non ? dit Ron à Harry, tandis qu'ils se dirigeaient vers la Grande Salle. Fred et George avaient raison. Il sait de quoi il parle, Maugrey. Quand il a lancé l'Avada Kedavra, vous avez vu un peu comment cette araignée est morte ? Liquidée en un ins…

Mais Ron s'interrompit soudain en voyant l'expression de Harry et ne prononça plus un mot jusqu'à ce qu'ils soient arrivés dans la Grande Salle.

Après le dîner, Harry, Ron et Hermione prirent la direction de la tour de Gryffondor. Ron ramena la conversation sur le sujet des Sortilèges Impardonnables.

— Tu crois que Maugrey nous a appris les trois sortilèges en prévision du Tournoi des Trois Sorciers, ou que ça n'a rien à voir ?

— Non, ce n'est pas possible, les élèves de notre classe sont tous trop jeunes pour participer, répondit Hermione.

— Ou alors, répliqua Ron, il les enseigne aux classes supérieures, mais pour ne pas attirer les soupçons, il nous les apprend aussi. Fariboles, ajouta-t-il à l'adresse de la grosse dame.

Hermione haussa les épaules. Le portrait pivota, dégageant l'ouverture et ils pénétrèrent dans la salle commune, bondée et bruyante. Hermione s'engouffra dans l'escalier menant vers dortoirs des filles.

— Alors, on va chercher nos affaires pour le devoir de divination ? dit Ron.

— Il faut bien, grogna Harry.

Le professeur Trelawney leur avait donné une longue série de prédictions à écrire pour le cours suivant. Ils montèrent dans le dortoir pour prendre leurs livres et leurs cartes du ciel et y trouvèrent Neville, seul, qui lisait, assis sur son lit. Il paraissait beaucoup moins nerveux qu'à la fin du cours de Maugrey, mais pas encore dans son état normal. Harry et Ron remarquèrent qu'il avait les yeux rouges.

— Ça va, Neville ? lui demanda Harry.

— Oui, oui, répondit Neville, ça va très bien. Je lis un livre que le professeur Maugrey m'a prêté…

Il leur montra le volume : Propriétés des plantes aquatiques magiques du bassin méditerranéen. La deuxième tâche se rappela au souvenir de Harry.

— Apparemment, le professeur Chourave a dit au professeur Maugrey que j'étais vraiment bon en botanique, expliqua Neville avec une nuance de fierté. Alors, il a pensé que ce livre pourrait m'intéresser.

Harry sourit. Si tout se passait comme prévu, Neville allait être en mesure de remplacer le professeur Chourave, à peine une dizaine d'années plus tard.

Harry et Ron se saisirent de leur manuel de divination et l'emportèrent dans la salle commune où ils s'installèrent à une table libre pour essayer d'établir leur horoscope du mois suivant. Une heure plus tard, ils en avaient presque terminé grâce à l'imagination de Harry, qui n'était en fait due qu'à ses souvenirs de la guerre, et Ron reposa sa tête sur le dossier du fauteuil à peine quelques dizaines de minutes de travail plus tard.

— Ça y est, j'ai fini ! s'exclama-t-il d'un air triomphant en posant sa plume.

— Ça devait être éprouvant, dit Hermione d'un ton amusé en s'asseyant sur le fauteuil à côté de Ron.

Harry remarqua qu'elle avait l'air très détendue. Elle ferma les yeux et reposa la tête en arrière contre le rembourrage en cuir du fauteuil.

— Ça va ? demanda Ron avec un regard en coin. Tu n'étais pas remontée dans ton dortoir pour te reposer ?

Hermione haussa les épaules et sourit.

— J'ai trouvé mieux à faire, répondit-elle d'un air énigmatique.

Ron fronça les sourcils et ouvrit la bouche, mais Harry l'interrompit.

— Hedwige !

Il se précipita vers la fenêtre. Il entendit le hululement de sa chouette en même temps que l'air du dehors lui gifla le visage. Il referma la fenêtre et alla se rasseoir, sa chouette perchée sur l'avant-bras.

Harry s'assit et détacha le parchemin de la patte d'Hedwige. Il lut à haute voix la lettre dont il se souvenait vaguement, où Sirius annonçait son retour en Angleterre, et à demi-mots celui de Voldemort dans le monde des vivants, devant les regards curieux de Ron et d'Hermione, qui s'était finalement redressée.

Il reposa la lettre et fixa un point droit devant lui, les sourcils froncés. Il savait qu'il était censé se sentir préoccupé du retour de Sirius, mais en même temps il savait que Sirius ne se ferait pas prendre. Il se demanda si il devait aborder le sujet devant les autres, mais Hermione était devenue si insouciante et épanouie qu'elle aurait difficilement l'idée de s'en préoccuper, et il n'était pas du genre de Ron de s'inquiéter d'autre chose que des problèmes déjà présents.

Harry sourit en se disant que leur trio était devenu bien incompétent, maintenant qu'ils ne se souciaient plus de rien. Il faillit se lever pour aller se servir un verre de ce qu'il appelait son "bourbon nostalgique" mais se rappela à temps qu'il ne se trouvait plus chez lui. Les vieilles habitudes avaient la vie dure. Il eut un sourire triste en se rappelant la dernière soirée qu'il avait passée avec Ron et Hermione avant l'accident. Harry se redressa sur sa chaise et son sourire s'élargit alors que Ron lui proposait une partie de cartes. Il allait passer une bonne soirée avec ses amis.