Les Délégations

Les jours suivants passèrent sans encombre pour Harry, mis à part peut-être le cours de Défense contre les Forces du Mal où l'imposteur leur jeta le sortilège de l'Imperium et où Harry dut faire tout son possible pour ne pas le fracasser contre le mur ni trop lui révéler de l'étendue de ses propre pouvoirs.

Le reste des élèves de quatrième année avaient été frappés par l'augmentation sensible de la quantité de travail qu'on leur imposait. Le professeur McGonagall leur en expliqua la raison après que toute la classe, sauf Harry, eut accueilli d'un grognement particulièrement sonore l'annonce des devoirs de métamorphose qu'elle avait décidé de leur donner.

— Vous entrez désormais dans une phase très importante de votre apprentissage de la magie ! leur dit-elle, le regard dangereusement étincelant derrière ses lunettes rectangulaires. Vos Brevets Universels de Sorcellerie Élémentaire approchent…

— On n'a pas de BUSE à passer avant la cinquième année ! s'indigna Dean Thomas.

— C'est possible, Thomas, mais croyez-moi, vous avez grand besoin de vous y préparer ! Miss Granger et Mr Potter sont les seuls élèves de cette classe qui aient réussi à transformer un hérisson en une pelote d'épingles acceptable. Je vous rappellerai, Thomas, que votre pelote à vous se recroqueville de terreur dès qu'on l'approche avec une épingle !

Harry suivait avec humour, sans toutefois trop le manifester, les déconvenues du reste de sa classe face à leurs devoirs.

Lorsqu'ils arrivèrent dans le hall d'entrée, après un cours de Soins aux Créatures Magiques particulièrement éprouvant, il y avait un tel monde qu'ils eurent du mal à avancer. Les élèves étaient agglutinés autour d'une grande pancarte installée au pied de l'escalier de marbre. Ron, qui était le plus grand des trois, se dressa sur la pointe des pieds pour essayer de lire par-dessus les têtes ce qui était écrit sur la pancarte :

TOURNOI DES TROIS SORCIERS

Les délégations de Beauxbâtons et de Durmstrang arriveront le vendredi 30 octobre à 18 heures. En conséquence, les cours prendront fin une demi-heure plus tôt que d'habitude. Les élèves rapporteront leurs affaires dans les dortoirs et se rassembleront devant le château pour accueillir nos invités avant le banquet de bienvenue.

— Plus qu'une semaine ! dit Ernie MacMillan, un élève de Poufsouffle, le regard brillant. Je me demande si Cédric est au courant ? Je ferais bien d'aller le lui dire…

Et il partit en courant.

— Cédric ? dit Ron d'un air étonné.

— Diggory, soupira Harry. Il est… heu, il va être candidat au tournoi.

— Cet idiot, champion de Poudlard ? s'indigna Ron tandis qu'ils se frayaient un chemin parmi la foule en direction de l'escalier.

Harry attendit la réponse d'Hermione qui ne venait pas, puis rétorqua :

— On ne sait jamais, les juges pourraient être d'un avis différent du tien.

L'apparition de la pancarte dans le hall d'entrée eut un effet spectaculaire. Au cours de la semaine qui suivit, il semblait n'y avoir plus qu'un seul sujet de conversation, quel que fût l'endroit où Harry se trouvait : le Tournoi des Trois Sorciers. Les rumeurs circulaient parmi les élèves à la vitesse d'une épidémie : qui allait se porter candidat au titre de champion de Poudlard, quelles seraient les épreuves imposées aux concurrents, à quoi ressemblaient les élèves de Beauxbâtons et de Durmstrang, étaient-ils très différents d'eux ?

Harry fut également très satisfait du nettoyage exceptionnel que subissait le château. Plusieurs portraits un peu crasseux avaient subi un récurage que ne semblaient guère apprécier leurs sujets. Réfugiés dans un coin de leur cadre, ils marmonnaient des protestations d'un air sombre et faisaient la grimace en effleurant du bout des doigts leurs joues rose vif. Les armures avaient soudain retrouvé tout leur éclat et remuaient sans grincer. Harry était content de retrouver un Poudlard fringant.

Lorsqu'il descendit accompagné de Ron et d'Hermione prendre son petit déjeuner au matin du 30 octobre, Harry découvrit les décorations qui ornaient la Grande Salle. Les immenses banderoles de soie accrochées aux murs, chacune représentant l'une des maisons de Poudlard, et surtout, derrière la table des professeurs, la plus grande des banderoles portant les armoiries de Poudlard : lion, aigle, blaireau et serpent entourant un grand P.

Harry, Ron et Hermione, rejoints par Ginny (au plus grand plaisir d'Hermione, ce qui se fit sous le regard courroucé de Harry) allèrent s'asseoir à la table des Gryffondor. Harry observa Ron parler du Tournoi avec Fred et George, pendant que Ginny et Hermione étaient plongées dans une grande conversation chuchotée. Harry essaya sans en avoir l'air de saisir quelques mots au passage, sans succès. Dans l'impunité de son for intérieur, il haussa les épaules.

Il repensa à l'arrivée prochaine des élèves de Beauxbâtons et de Durmstrang. Il allait revoir Fleur Delacour, sauf qu'elle ne le connaîtrait pas… Et Viktor Krum, qu'il n'avait pas revu depuis de nombreuses années…

Il se demanda si Hermione allait à nouveau avoir une relation avec lui. Peut-être que le fait de le rencontrer allait suffire pour lui faire reprendre ses esprits…

Ce jour-là, il régnait à Poudlard une agréable atmosphère d'attente. Personne ne prêta grande attention à ce qui se passait pendant les cours : seule l'arrivée, le soir même, des délégations de Beauxbâtons et de Durmstrang occupait les esprits. Même le cours de potions parut plus supportable qu'à l'ordinaire, surtout parce qu'il devait être abrégé d'une demi-heure. Lorsque la cloche sonna, Harry, Ron et Hermione se précipitèrent dans la tour de Gryffondor, déposèrent sacs et livres dans leurs dortoirs, jetèrent leurs capes sur leurs épaules et redescendirent l'escalier quatre à quatre jusqu'au hall d'entrée.

Les responsables des différentes maisons firent mettre leurs élèves en rangs.

— Weasley, redressez votre chapeau, dit sèchement à Ron le professeur McGonagall. Miss Patil, ôtez de vos cheveux cet accessoire ridicule.

Parvati fit la moue et enleva le papillon qui ornait sa natte.

— Suivez-moi, s'il vous plaît, dit le professeur McGonagall. Les première année, passez devant… Ne poussez pas…

Ils descendirent les marches qui menaient au-dehors et s'alignèrent devant le château en rangées successives. La soirée était fraîche et lumineuse. Le jour tombait lentement et une lune si pâle qu'elle en semblait transparente brillait déjà au-dessus de la Forêt interdite. Harry, détendu, était presque plus amusé de voir la curiosité des autres élèves qu'il n'était impatient de revoir les délégations arriver.

— Il est presque six heures, dit Ron en jetant un coup d'œil à sa montre, puis à l'allée qui menait au portail. Comment tu crois qu'ils vont venir ? En train ?

Harry attendit encore une fois la réponse d'Hermione, mais il se retourna et la vit en train de chuchoter quelque chose à l'oreille de Ginny.

— Heu, sûrement pas, répondit-il sur le tard. Ils doivent sans doute essayer de nous impressionner le plus possible.

— Alors, comment ? Sur des balais ? Avec un Portoloin, peut-être ? dit Ron.

Harry haussa les épaules. Il commençait à être à court de réponses plausibles… et il n'arrivait pas à entendre ce que Hermione et Ginny se disaient.

Les élèves attendirent, regardant le ciel et le paysage s'assombrir peu à peu.

— Ah ! Si je ne m'abuse, la délégation de Beauxbâtons arrive ! lança Dumbledore.

Harry reporta vivement son regard vers la Forêt interdite. L'immense carrosse approchait rapidement et majestueusement, les sabots de ses chevaux géants rasant la cime des arbres. Il dépassa les limites de la forêt et descendit du sol à une vitesse terrifiante. Les sabots des chevaux se posèrent sur le sol dans un fracas qui fit grimacer Harry. Dans le moment de silence qui suivit, il admira la robe dorée des chevaux ailés, agitant leurs têtes démesurées en roulant des yeux flamboyants. Il détourna les yeux et regarda d'un œil torve Madame Maxime descendre du marchepied. Le premier souvenir qu'il avait la concernant, était son hypocrisie et son rejet de Hagrid, le soir de noël.

Harry vit et entendit les autres élèves applaudir mais ne les imita pas. Il n'écouta pas non plus le dialogue fade et diplomate de Dumbledore et Madame Maxime. Il ne regarda pas les élèves de Beauxbâtons descendre du carrosse, et il ne chercha pas les cheveux chatoyants de Fleur parmi eux.

Il ne regarda rien de tout ça car son regard était fixé sur la main d'Hermione posée sur la fesse de Ginny. Elle profitait de l'inattention générale pour abuser du jeune âge de Ginny et asseoir son emprise contre nature sur elle. La main d'Hermione descendit le long de la cuisse de Ginny et passa sous sa jupe. Harry serra les poings. Il aimait Hermione, mais il aimait surtout Ginny. C'était sa femme ! Elle n'avait pas à subir de telles…choses !

Il se força à se calmer et à détourner les yeux de ce spectacle contre nature. C'était immonde, certes, et il devait le faire cesser au plus vite sous peine de voir Ginny subir des dommages peut-être irréversibles, mais si Ron s'en apercevait, les choses ne feraient qu'empirer.

Harry se retourna vers Ron et entreprit de détourner son attention vers les décorations admirables du carrosse français. Il meubla patiemment les minutes qui précédaient l'arrivée des élèves de Durmstrang, tout en jetant des coups d'œil réguliers à Hermione et Ginny. Maintenant que l'attention des élèves était retombée, elles avaient cessé tout geste suspect et se tenaient simplement debout, côte à côte, les joues roses et un sourire béat aux lèvres. Il vit cependant que leurs doigts se frôlaient discrètement. Le sang battait ses tempes.

Le gigantesque et soudain bruit de succion venant du lac détourna son attention. Il regarda la proue effilée du vaisseau antique de Durmstrang déchirer la surface du lac et se stabiliser en position horizontale tandis que le bastingage s'alignait avec le rivage.

La passerelle s'abaissa, et la file serrée des élèves de Durmstrang, Karkaroff en tête, se dirigea vers le groupe des élèves de Poudlard. Pendant qu'il échangeait les badineries d'usage avec Dumbledore, Harry chercha Viktor Krum dans la foule des élèves massés derrière lui. Il le trouva au troisième rang, engoncé dans son manteau mais laissant apparaître son visage. Harry se demanda si il était possible que Krum se rappelle l'avoir vu à la Coupe du Monde. Il le connaissait sûrement de nom, de toute façon.

Karkaroff poussa Krum dans le dos pour le mettre en valeur et Harry leva les yeux au ciel quand tous les élèves de Poudlard se mirent à chuchoter à l'oreille de leur voisin…