Le jugement attendu

Harry referma précautionneusement la porte derrière lui. Il tenait sa baguette fermement dans sa main. Il était invisible, mais tout de même.

En avançant dans l'allée centrale, il souleva le rideau du premier lit. En regardant Parvati Patil endormie, il se rappela qu'il devait la choisir comme partenaire lors du bal de Noël. Il aimait bien cette jolie brune, et sa jumelle Padma. Elles avaient de jolies formes pour leur âge.

Il regarda dans le lit suivant : c'était Lavande Brown. Il se souvenait de sa liaison avec Ron pendant leur sixième année. Il referma le rideau. Le suivant devait être celui d'Hermione. Il écarta le rideau et se figea. Dans le lit d'Hermione, ne dormaient pas une, mais deux personnes.

Ginny et Hermione étaient profondément endormies, enlacées l'une contre l'autre. Hermione était allongée sur le dos et Ginny s'était pelotonnée contre elle, passant les bras autour de son cou et, à ce qu'il croyait distinguer sous les draps, sa cuisse posée sur celles d'Hermione. Ses jolis cheveux roux recouvraient sa poitrine, qui se soulevait et s'abaissait régulièrement au rythme de sa respiration. Harry serra le poing.

Que devait-il faire ? Il songea à arracher le drap et à réveiller ceux qui les entouraient, pour qu'elles soient huées et qu'elles comprennent enfin à quel point ce qu'elles faisaient était mal.

Oui, mais… Il ne pouvait pas. Pas sans devoir expliquer ce qu'il faisait dans le dortoir des filles en pleine nuit, en ayant réussi inexplicablement à déjouer les pièges qui se trouvaient sur son chemin.

Il desserra le poing et laissa retomber le rideau.

En parcourant le chemin inverse jusqu'à son lit, Harry n'arrivait plus à réfléchir. Il était obnubilé par ce qu'il venait de voir. Ginny lui préférait réellement Hermione ? Mais c'était impossible ! Comment ? Comment avait-elle pu tomber si bas ?

Il rangea ses affaires et se glissa dans son lit, en prenant bien soin de reprendre la même position singulière que quand Ron l'avait vu s'endormir.

Le lendemain, quand Harry se réveilla pour suivre Ron, sa mauvaise humeur s'était calmée. La nuit lui avait porté conseil. Hermione les rejoignit dans la salle commune. Alors qu'ils passaient par le trou de la grosse dame pour se rendre à la Grande Salle, Harry aperçut Ginny qui descendait l'escalier des filles. Elle avait sûrement attendu que Hermione quitte la salle commune avant d'oser descendre, de peur qu'on les voie ensemble. Harry soupira et suivit Ron.

Lorsqu'ils débouchèrent dans le hall, d'entrée, ils virent une vingtaine d'élèves examiner de plus près la Coupe de Feu, posée sur le tabouret du Choixpeau Magique, au centre du cercle magique tracé par Dumbledore.

— Est-ce que quelqu'un a déjà mis son nom dedans ? demanda Ron avec curiosité à une fille de troisième année.

— Tous les élèves de Durmstrang, répondit celle-ci. Mais je n'ai encore vu personne de Poudlard s'en approcher.

Après un moment d'inattention, Harry rattrapa par la manche Ron qui commençait à rentrer dans la grande salle. Il lui montra d'un geste Fred, George et Lee Jordan, qui descendaient l'escalier en courant, l'air surexcité.

— Regarde, ils vont essayer de déposer leurs noms !

Ron s'approcha en levant un sourcil. Harry sourit et ricana. Ron tourna la tête vers lui.

— J'ai hâte de voir la réaction de la coupe quand elle va voir qu'ils n'ont pas l'âge requis, dit Harry. Ils ont beau être très doués, contre la magie de Dumbledore, ils n'ont aucune chance.

Ron haussa les épaules.

— On verra bien.

Fred se tourna vers eux.

— On vient de prendre un peu de potion de vieillissement, leur dit-il d'un air triomphant. Une goutte chacun, on n'a besoin que de quelques mois de plus.

— Si l'un de nous gagne, on partagera les mille Gallions en trois, dit Lee avec un large sourire.

— Tu vois, ça va passer, glissa Ron à Harry tandis que Fred et George sortaient de leurs poches les parchemins portant leurs noms.

Harry haussa les épaules à son tour, montrant qu'il n'était pas convaincu. Ron reporta son attention sur Fred et George. Harry sourit intérieurement. Il avait réussi à convaincre Ron qu'il n'avait pas vraiment envie de participer au tournoi. Avec un peu de chance et d'habileté supplémentaire, il arriverait à empêcher leur séparation pendant le premier trimestre.

Fred s'avança jusqu'à la ligne, et, après une brève hésitation, fit un grand pas à l'intérieur du cercle. George le rejoignit en poussant un cri de triomphe et ils se firent tous les deux catapulter en arrière. Pendant que tout le monde éclatait de rire et que Ron se retournait vers Harry d'un air admiratif, il haussa les épaules d'un air peu surpris.

Harry emmena Ron et Hermione vers le petit déjeuner au moment où Dumbledore arrivait. Hermione avait un sourire amusé mais Ron semblait inquiet.

— Qu'est-ce qui va leur arriver ? demanda-t'il à Harry.

— Oh, la barbe va disparaître, lui répondit-il en faisant semblant de ne pas comprendre de quoi il parlait. Le sortilège de protection ne peut être que temporaire.

— Non, je voulais parler de ce que Dumbledore va faire. Il va les punir, tu penses ?

— Ah, ça c'est sûr, répondit Harry avec une grimace. Et si quelqu'un de trop jeune se retrouve face aux épreuves, tu imagines ? Non, à mon avis, Dumbledore ne peut pas se permettre de risquer ça.

Ron fronça les sourcils.

Harry les mena à la table du petit déjeuner, où Dean Thomas était déjà assis, en train de discuter avec Seamus de qui pourrait se porter candidat au titre de Champion de Poudlard.

— D'après ce qu'on dit, Warrington s'est levé de bonne heure pour aller mettre son nom dans la Coupe, dit Dean à Harry. Tu sais, ce grand type de Serpentard qui a l'air d'un gros veau.

Harry ne voyait pas du tout de qui il parlait, mais hocha la tête d'un air intéressé.

— Tous les Poufsouffle parlent de Diggory, ajouta Seamus avec mépris. Je ne pensais pas qu'il était prêt à risquer sa jolie petite tête pour quelque chose d'aussi dangereux.

Le cœur de Harry se serra. Seamus ne savait pas à quel point Harry et le reste du monde des sorciers et Cédric lui-même avait regretté qu'il l'ait risquée, sa tête.

Il se retourna, entendant des acclamations venant du hall d'entrée. Il vit Angelina Johnson arriver à la table, un peu embarrassée. Il haussa les sourcils, surpris de la retrouver aussi jeune. Là d'où il venait, elle était adulte et avait eu une fille avec George Weasley. Elle vint s'asseoir à côté d'eux.

— Voilà, c'est fait ! annonça-t-elle. Je viens de mettre mon nom dans la Coupe !

— Sans rire ? dit Ron, impressionné.

— Bonne chance ! dit Harry par sympathie.

— Je suis content qu'un Gryffondor soit candidat, ajouta Ron en se servant. J'espère vraiment que tu seras choisie, Angelina.

— Merci, Ron, répondit Angelina avec un sourire.

— Oui, il vaut mieux que ce soit toi plutôt que ce bellâtre de Diggory, dit Seamus, causant un froncement de sourcils involontaire de Harry qui se força à détourner la tête.

— Qu'est-ce qu'on va faire, aujourd'hui ? demanda Ron à Harry et à Hermione lorsqu'ils quittèrent la Grande Salle après avoir terminé leur petit déjeuner.

Avant d'avoir trouvé une idée de réponse, Harry fut distrait par l'arrivée de la délégation de Beauxbâtons dans le hall, Fleur Delacour en tête. Les élèves de Poudlard s'écartèrent pour les laisser passer. Madame Maxime apparut à leur suite et fit mettre les élèves en rang. Harry regarda autour de lui : tous les élèves qu'il voyait avaient le regard braqué sur les élèves qui mettaient, un par un, leur nom dans la Coupe.

— À ton avis, qu'est-ce qui va arriver à ceux qui ne seront pas choisis ? murmura Ron à Harry pendant que Fleur laissait tomber son morceau de parchemin dans la Coupe de Feu. Tu crois qu'ils vont retourner dans leur école ou rester pour assister au tournoi ?

— Je ne sais pas, répondit Harry. Ils vont rester, j'imagine… Madame Maxime fait partie du jury, non ? …Bon, on y va ?

— Où ça ? lui demanda Hermione en se retournant vers lui.

— Je ne sais pas, dehors ! On n'est presque pas sortis, cette année, et puis il neigera bientôt, donc autant profiter du parc…

Ron et Hermione hochèrent la tête et ils se faufilèrent derrière les élèves de Beauxbâtons pour déboucher dans le parc. Ils se dirigèrent nonchalamment vers la rive du lac. Ron et Hermione étaient plongés dans une discussion à propos des épreuves et des candidats, que Harry ponctuait d'interventions régulières appuyant son envie de ne pas y participer.

Pendant ce temps-là, les portes du château se rouvrirent pour laisser passer les élèves de Beauxbâtons. Ron et Hermione regardèrent Fleur de loin, marchant à côté de Madame Maxime, qui dépassait de la foule des élèves.

— Et toi, Hermione, tu penses que c'est une Vélane ? demanda Ron.

Elle secoua la tête, surprise.

— Heu, je ne sais pas… Oui, sûrement… Elle est très jolie, ça ne doit pas venir de nulle part…

Harry serra les dents et détourna la tête pour ne pas la laisser voir ses émotions. Avec une telle engeance à côté d'elle en permanence, il n'était pas étonnant que Ginny se fasse pervertir ! Il se demanda jusqu'où Hermione était allée dans la corruption de Ginny. Elles dormaient dans le même lit… Harry espérait qu'elles ne faisaient qu'imiter les vrais couples en dormant ensemble, une parodie de relations sexuelles pour une parodie de couple…

Harry essaya de masquer sa mauvaise humeur soudaine et le trio s'installa sur la rive du lac, à l'endroit presque exact où James Potter et les Maraudeurs s'étaient installés, un certain nombre d'années auparavant. Ils s'y délassèrent une bonne partie de l'après-midi, jusqu'à ce qu'une légère pluie se mette à tomber, les forçant à se replier dans la salle commune de Gryffondor. Ils s'installèrent confortablement dans les fauteuils auprès du feu en écoutant le faible crépitement des gouttes contre les carreaux. Ron et Hermione étaient plongés dans leur conversation sur les champions et Harry, qui commençait à en avoir assez de jouer son rôle d'ignorant, s'éloigna un peu d'eux et s'amusa à lancer des petits sortilèges dans le feu pour changer la couleur des flammes.

Il faisait tout son possible pour ne pas avoir l'air fatigué auprès de Ron, malgré sa nuit écourtée. Il battit des paupières à plusieurs reprises et manqua presque de faire tomber sa baguette dans le feu. Ce qu'il me faudrait, c'est une bonne Bièraubeurre, pensa-t-il en se levant de son fauteuil.

— Qu'est-ce qu'il y a, Harry ? demanda Ron.

— C'est de ne rien faire pendant toute une journée, ça me fatigue, répondit Harry.

Il regarda par la fenêtre. Il était environ six heures moins le quart, la nuit était déjà tombée. Il aperçut les élèves de Durmstrang descendre de leur vaisseau pour se rendre au château. Il se retourna vers Ron et Hermione.

— Venez, il est l'heure d'aller manger, leur dit-il. Les Durmstrang viennent de sortir.

La Grande Salle, éclairée par des chandelles, était quasiment pleine quand ils y pénétrèrent. La Coupe de Feu était sur la table des professeurs, devant la chaise vide de Dumbledore. Le cœur de Harry bondit dans sa poitrine en revoyant la salle telle que dans ses douloureux souvenirs de la cérémonie. Il reprit son masque enjoué et se dit que si tout se passait bien, il n'aurait pas à subir les accusations de Ron à la fin de la soirée. Il prit soin d'éloigner Ron de Fred et George, rasés de près, et qui auraient pu détruire l'image de sévérité que Ron avait de Dumbledore envers les tricheurs aux candidatures. Ils s'assirent en bout de table.

Le festin de Halloween parut plus long que d'habitude. Sûrement à cause de la tension que ressentait Harry à l'approche de la révélation des noms des champions, Harry montra moins d'intérêt que la veille pour les plats raffinés disposés devant lui. Il finit par regarder ailleurs, et ferma les yeux afin de se calmer et de se préparer à ce qui allait se passer.

Il y aurait un grand silence dans la salle, et tout le monde allait le regarder. Afin de maintenir le cours des évènements futurs dans la mesure du prévisible, il allait devoir se composer les exactes mêmes réactions que la première fois. Il allait recevoir une surprise qui le surprendrait au-delà de toute attente, son visage serait donc figé, avec une expression apeurée et perdue. Il attendrait que Dumbledore l'appelle une seconde fois avant de se rendre dans la petite salle du fond. Il y arriverait et ne trouverait rien à dire aux autres Champions. Harry sourit. Il était prêt.