L'Examen des Baguettes
Lorsque Harry se réveilla, le dimanche matin, il prit un certain temps pour savourer sa satisfaction. Après quelques minutes passées à rêvasser sur son lit, il se décida enfin à se lever pour aller manger. Il descendit les marches menant à la salle commune, où il y trouva les quelques Gryffondor qui étaient déjà remontés de la Grande Salle, qui l'accueillirent avec des vivats, et, à son grand soulagement, Ron et Hermione qui se levèrent pour le rejoindre.
— On t'a apporté ça, dit Ron en lui tendant une pile de toasts enveloppés dans une serviette. Tu veux aller faire un tour dans le parc ?
— Bonne idée, répondit Harry avec un sourire de remerciement. Ils parcoururent le long chemin descendant au parc, et sortirent sans même jeter un coup d'œil dans la Grande Salle. Harry reprit les évènements de la veille au soir, tandis qu'ils se dirigeaient d'un pas vif vers le lac, dans cette fraîche matinée, en mangeant leurs toasts.
— Je savais bien que tu n'avais pas déposé ton nom toi-même, dit Hermione, lorsqu'il eut fini de parler, et Ron hocha la tête en signe d'approbation.
— Moi, je pense que Maugrey a de grandes chances d'avoir raison, déclara Ron. Tu dois te protéger, Harry.
Hermione hocha la tête.
Harry réfléchit. La situation différait encore une fois de ce qu'il se rappelait. Il ne savait pas quoi leur dire.
— Tu penses qu'il faut parler à Dumbledore ? demanda Ron.
— Non, répondit Hermione d'une voix assurée. Celui qu'il faut prévenir, c'est Sirius.
Harry fut pris de court. Il n'avait pas prévu ça. Une rencontre avec Sirius, plus longue que leur entrevue de l'année précédente sur l'hippogriffe, risquait de provoquer des changements imprévisibles…
— Heu… non, laisse tomber, balbutia Harry. Il est revenu ici dès que je lui ai dit que j'allais un peu mal. Si je lui dis ce qui se passe, il va sûrement se précipiter ici et…
— Harry, Sirius a besoin de savoir des choses comme ça, le coupa Ron.
— De toute façon, ajouta Hermione, ce n'est pas comme si l'information allait rester secrète. Il l'apprendra sûrement par la Gazette du Sorcier ou par un autre moyen, et c'est quand même mieux si c'est toi qui lui dis.
De toute façon, pensa Harry, il était stupide de voir Sirius revenu à la vie comme ça et de ne pas en profiter pour lui parler avant sa mort.
— D'accord, je vais lui écrire, grogna Harry en se relevant.
Ils se dirigèrent vers le château.
— Qu'est-ce que je vais prendre comme hibou ? demanda Harry tandis qu'ils montaient les marches. Dans sa dernière lettre, il m'a demandé de ne plus utiliser Hedwige.
— Je te prêterai le mien, répondit Ron.
Ils se rendirent ensemble à la volière. Hermione prêta à Harry un morceau de parchemin et une plume et resta à parler avec Ron pendant que Harry s'isolait pour écrire sa lettre.
Cher Sirius,
Comme tu le sais peut-être, le Tournoi des Trois Sorciers a lieu cette année à Poudlard. Samedi soir, j'ai été désigné comme le deuxième champion de Poudlard sans avoir postulé, avec Cédric Diggory, de Poufsouffle.
Harry ne prit pas de risque et garda un style très sobre, de peur que Sirius ne voie la différence avec l'autre Harry. Il réfléchit un moment puis inscrivit quand même en bas de la lettre :
J'espère que tu te portes bien et que tu es en sécurité. Harry.
Il se releva et se rapprocha de Hermione.
— Terminé, dit-il.
Ron lui tendit Coquecigrue. Quand il se fut envolé, Harry aperçut Hedwige en train de dormir, perchée sur un madrier. Il renonça à la caresser et sortit de la volière avec ses amis.
Harry retrouva désagréablement le Poudlard d'une des époques qu'il avait sans doute le plus détesté de sa scolarité. Tous les élèves de l'école étaient convaincus qu'il avait réellement déposé son nom dans la Coupe sans se faire prendre, et les autres maisons rejetaient évidemment sur lui leur rancœur. La rivalité entre Gryffondor et Poufsouffle, d'ordinaire quasi rarissime, s'était réveillée et se manifestait dans les couloirs, mais aussi dans les cours de botanique, où deux des élèves d'ordinaire amicaux envers Harry, Ernie MacMillan et Justin Finch-Fletchley, refusaient de lui adresser la parole. Le professeur Chourave, directrice de Poufsouffle, se montrait distante avec Harry, mais il salua son professionnalisme en remarquant qu'au moins, elle ne se montrait pas ouvertement hostile comme pouvait le faire Rogue ordinairement. Heureusement, Ron et Hermione étaient là pour l'épauler.
Le cours de soin aux créatures magiques, cette fois-là, en plus d'être ennuyeux, fut l'occasion pour Harry de croiser les Serpentard pour la première fois depuis son annonce en tant que champion. Comme on pouvait s'y attendre, Malefoy attendait Harry avec son sourire narquois habituel. Harry ne fit pas attention à son baratin prétentieux et se plongea dans ses pensées, essayant de s'éloigner d'une réalité peuplée de Scroutts à pétard.
Hagrid l'appela à l'écart, le libérant de ses obligations animalières.
— Alors… Tu vas participer au tournoi, lui dit-il d'un ton très sérieux. Tu es champion de l'école.
Harry ne répondit pas. Hagrid le regardait d'un air soucieux de ses petits yeux noirs.
— Tu ne sais pas qui a mis ton nom dans la Coupe ? demanda-t-il.
— Non, répondit Harry en s'efforçant de ne pas penser à l'imposteur. Et j'aimerais bien le savoir.
Ils regardèrent la pelouse devant eux, où se dispersaient les élèves chargés de promener les Scroutts. Ces derniers s'étaient dernièrement dotés de la carapace grise, épaisse comme une armure, dont Harry se souvenait.
— Ah, là, là, soupira brusquement Hagrid en regardant Harry d'un air inquiet. Champion de l'école… Décidément, il t'en arrive, des choses…
Harry resta silencieux. Toute l'histoire de ma vie, soupira-t-il dans son for intérieur.
Les jours passaient à Poudlard, sans se distinguer les uns des autres. Le comportement des élèves des autres maisons ne variait pas, mais avec le soutien sans faille de Ron et d'Hermione, et la connaissance de ce qui se passerait après, Harry arrivait à supporter l'oppression pourtant incessante des Serpentard et de ceux qui les suivaient.
Harry faisait très attention aux conversations qu'il percevait parmi ses opposants. Il n'avait pas oublié la moitié de ce que les supporters de Cédric lui avaient fait subir comme affronts, la fois précédente. Il attendait des nouvelles d'un élément bien précis.
Un jour, enfin, au détour d'une conversation entre des élèves de première année de Serpentard, il entendit enfin quelqu'un prononcer les mots qu'il avait tant attendu : les badges. Ces fameux badges qui soutenaient Cédric et qui cherchaient à le traîner dans la boue. En passant devant le panneau d'informations de la Grande Salle, ce jour-là, et en vérifiant son emploi du temps par rapport à ses vagues souvenirs de l'époque, il fit concorder les dates : on était bien la veille de l'examen des baguettes.
Cette nuit-là, au milieu de la nuit, Harry se leva. Il s'habilla, s'enveloppa dans sa Cape d'Invisibilité, et se saisit de son équipement à escapades nocturnes. Il descendit promptement l'escalier en colimaçon et traversa le portrait de la Grosse Dame. Il traversa le château vide et silencieux et arriva enfin devant l'entrée de la salle commune des Serpentard. Après avoir balbutié l'ordre en Fourchelang, il se glissa dans la salle sombre et silencieuse.
— Lumos ! murmura-t-il.
Il inspecta silencieusement la salle. Il lui fallut plusieurs minutes pour repérer ce qu'il cherchait : le carton contenant les badges était caché sous les affaires de cours oubliées d'un Serpentard tête-en-l'air. Il dégagea le carton, l'ouvrit et le posa sur une table, bien dégagé. Il pointa sa baguette sur les badges, avant de s'immobiliser. Quel charme allait-il bien pouvoir associer aux porteurs ?
Il se creusa la tête pendant quelques instants avant de repenser à cette fille, en cinquième année, l'amie de Cho Chang qui les avait dénoncés. Un sourire vengeur se dessina sur son visage. Il n'allait pas rendre le sort aussi durable que la version d'Hermione, mais au moins aussi spectaculaire. Il murmura des incantations, faisant miroiter les badges sous le reflet verdâtre de la lune. Ce qui était une expérience pour Hermione était maintenant facile pour lui. Il avait été à bonne école : Hermione, enfin l'autre Hermione, l'avait aidé des années durant au ministère.
Il avait fini. Il abaissa sa baguette et stoppa ses murmures. La vraie Hermione lui manquait. Il lui fallait des nouvelles de son monde, des gens qu'il aimait. Qu'étaient devenus ses enfants ?
Il s'assit sur une chaise qui traînait là. Qu'était-il advenu de son monde ? Les cataclysmes dont Hermione lui avait parlé l'année précédente, avaient-il détruit tout ce et tous ceux qu'il aimait ? Il enfouit son visage dans ses mains, en proie au désespoir. Si Hermione et son monde allaient devoir fuir dans celui-ci, il était de son devoir de préparer ce monde à s'occuper de peut-être plusieurs millions de réfugiés. Il avait jusqu'à ses dix-sept ans pour y réfléchir, mais il avait intérêt à trouver une bonne idée.
Harry se redressa et essuya ses yeux humides. Il reprit contenance en regardant autour de lui. Il prit le carton des badges et le remit soigneusement à sa place. Il ne pouvait évidemment pas tester l'efficacité du maléfice sur le moment, mais il avait pleinement confiance en leur bon fonctionnement.
Il sortit de la salle commune et prit silencieusement le chemin de la tour de Gryffondor. Pendant que ses jambes le portaient d'elles-mêmes là où il voulait aller, il ressassait dans sa tête ses craintes et ses inquiétudes. Il devait en avoir le cœur net. Il devait reprendre contact avec Hermione de son mode d'origine. Il fut gêné de penser à réutiliser la même méthode qu'avant. Il n'aimait pas l'idée de devoir profiter de l'innocence et du corps d'une amie pour parvenir à ses fins. Pourtant, il n'avait pas le choix, il le fallait. Il haussa les épaules et se résigna. Avec sa nouvelle personnalité, il supposa que ce ne serait qu'une question de temps avant qu'elle ne lui saute dessus pour lui faire l'amour. Il n'y aurait plus qu'à espérer que la vraie Hermione serait là pour lui parler, et le tour était joué.
Il se résolut donc à attendre, attendre encore.
Le lendemain matin, après le cours de sortilèges où Harry tenta de ne pas trop briller sur les sortilèges d'Attraction, les Gryffondor embrayaient sur un cours de potions en commun avec Serpentard, un cours auquel Harry ne s'attendait pas à assister en entier. Quand bien même il aurait à passer quelques minutes dans un cachot avec Rogue et les Serpentard, l'idée d'échapper au reste du cours rendait le tout supportable à ses yeux. Et l'idée de voir les Serpentard ridiculisés au début du cours lui donnait des ailes.
Lorsque Harry, Ron et Hermione arrivèrent devant la salle de classe, après le déjeuner, des Serpentard étaient déjà arrivés, dont le groupe de Malefoy, Crabbe et Goyle, l'air plus renfrognés que d'usuelle. Contrairement à son habitude, Malefoy ne les aborda pas d'une moquerie en les voyant arriver, et ne se détourna que d'avantage. Mais Ron et Hermione avaient déjà pu apercevoir les boutons rouges et dorés qui constellaient les visages de Crabbe et Goyle. Le visage de Malefoy en était curieusement dépourvu, Crabbe et Goyle avaient dû mettre les leurs avant son arrivée. Ce n'était que partie remise.
Les badges étaient notablement absents des uniformes, et plusieurs autres élèves semblaient avoir eux aussi le visage atteint, voire masqué pour certains. D'autres élèves n'étaient même pas venus, sans doute trop honteux pour se montrer devant tout le château. Le sourire vengeur de Harry s'élargit.
Malefoy, qui avait déjà vu son stratagème échouer, fronça les sourcils et lui jeta un regard haineux. Harry se dit qu'à son expression, Malefoy était à deux doigts de laisser exploser sa colère contre les Gryffondor. C'est le moment que choisit Ron pour éclater d'un rire ouvertement moqueur.
Les autres Gryffondor, arrivés juste derrière eux, surpris, remarquèrent à leur tour les faciès peu communs arborés par les Serpentard, et rejoignirent Ron dans son hilarité.
Humiliés, Crabbe et Goyle se retournèrent derrière Malefoy. Tous trois leurs faisaient face, les poings serrés.
— Alors, Malefoy, lança Dean Thomas, La jalousie, ça donne des boutons ? On est très fâchés de ne pas avoir de champion ?
L'hilarité des Gryffondor redoubla. Le visage déformé par la fureur autant que par les boutons, Goyle riposta.
— Nous, fanfaronna-t-il, on a peut-être pas de champion, mais au moins, on n'a pas de Sang-de-Bourbe parmi nous !
Les rictus changèrent de camp. Ron sortit sa baguette avant même que la moitié des Gryffondor aient compris ce qui se passait. Aussitôt, Malefoy sortit la sienne, un sourire moqueur au visage.
— Vas-y, Weasley, nargua-t-il tranquillement. Tu veux sauver l'honneur de ta pauvre famille ? Une nuit à l'infirmerie ne changera pas la réputation de toute une lignée de traîtres à leur…
Il s'interrompit en voyant Harry sortir sa baguette. Harry ne voulait pas qu'on ait l'impression qu'il l'avait pris en traître. En prenant son temps, un sourire aux lèvres, il relança le sortilège qu'il avait invoqué la nuit même, seulement à peine modifié. Avant qu'il ait pu réagir, Malefoy se prit le sortilège en plein visage, sur lequel il plaqua ses mains en hurlant. Il tomba à terre, Harry le pointant toujours de sa baguette. Sa face, ses mains, tout son corps se couvrait des mêmes boutons. Les Gryffondor ricanaient en le voyant se contorsionner de manière si ridicule, après avoir cru échapper au sortilège des badges.
— Qu'est-ce que c'est que tout ce bruit ? dit alors une voix doucereuse et menaçante.
Rogue venait d'arriver. Harry releva sa baguette et la rangea dans sa poche.
— Rien, monsieur, répondit Harry sans se départir de son calme, Malefoy a simplement eu peur.
En effet, dès que Harry avait relevé sa baguette, les boutons avaient disparu. Il regarda ses bras avec stupéfaction, sous les ricanements redoublés des Gryffondor.
Rogue avait l'air déjà passablement irrité, sans doute à cause de l'épidémie de boutons chez Serpentard, et le fait de ne rien pouvoir reprocher à Harry n'avait sûrement rien arrangé. Il les fit donc entrer et s'asseoir sans attendre plus longtemps.
— Les antidotes ! grogna Rogue de son bureau. Vous devriez tous avoir établi vos recettes, à présent. Je veux que vous les prépariez avec le plus grand soin. Ensuite, nous choisirons quelqu'un pour en essayer une…
Le regard de Rogue croisa celui de Harry qui lui renvoya un sourire moqueur, qui s'élargit lorsque des coups furent frappés à la porte.
Colin Crivey s'avança dans la classe. Harry se leva, et mit tranquillement son sac sur son dos pendant que Rogue essayait en vain de négocier avec Colin.
— Très bien ! Potter, disparaissez de ma vue !
Harry claqua des talons et s'en fut par la porte ouverte. Il répondit avec bienveillance mais sans grande attention aux questions enthousiastes de Colin en nettoyant sa baguette. Quand ils furent arrivés à destination, Harry ne prit même pas la peine de frapper, sachant déjà ce qui se trouvait de l'autre côté, et entra.
La salle de classe vidée de ses meubles était telle que Harry s'en souvenait. Étaient présents Ludo Verpey, qui parlait à Rita Skeeter, le photographe, Viktor, Cédric et Fleur. Lorsque Verpey vit Harry entrer, il se précipita sur lui.
— Le voilà ! s'exclama-t-il. Le champion numéro quatre ! Entre, Harry, entre… Ne t'inquiète pas, c'est simplement la cérémonie de l'Examen des Baguettes. Les autres membres du jury seront là dans un instant… Nous devons vérifier que vos baguettes sont en parfait état de fonctionnement. L'expert est là-haut, avec Dumbledore. Ensuite, on fera une petite photo. Je te présente Rita Skeeter, ajouta-t-il en faisant un geste vers la sorcière vêtue d'une robe rosé foncé. Elle va écrire un petit article sur le tournoi dans La Gazette du sorcier…
— Peut-être pas si petit que ça, Ludo, dit Rita Skeeter, les yeux fixés sur Harry.
Harry regarda la coiffure immonde et le sac en crocodile hideux, en essayant de surmonter son dégoût face à cette femme.
— Est-ce que je pourrais demander quelques petites choses à Harry avant de commencer ? dit-elle à Ludo Verpey, sans cesser de regarder fixement Harry. C'est le plus jeune champion… ça ajouterait un peu de couleur…
— Mais bien sûr ! s'écria Verpey. Si Harry n'y voit pas d'objections ?
— Non, non merci, je ne crois pas, répondit Harry d'un ton doucereux.
Rita se retourna vers lui, l'air surpris et apeuré.
— Comment ça, Harry ? demanda Verpey d'un air étonné.
— Je ne tiens pas à me faire interviewer par cette… personne, monsieur Verpey, répondit Harry à voix basse. Je connais ce qu'elle écrit de réputation, et il est hors de question qu'elle écrive quoi que ce soit sur moi. Ou peut-être préférez-vous qu'on demande aux autres champions ? ajouta-t-il en haussant la voix.
— Non, non, soupira Verpey en posant une main sur son épaule et en écartant Skeeter de l'autre. Pas d'interview personnelle, tant pis.
Rita Skeeter, visiblement furieuse, s'abstint de tout commentaire. Elle fit volte-face et alla s'installer au fond de la salle. Harry la vit poser un morceau de parchemin sur une table laissée là, et y poser sa Plume à Papote bleu ciel flambant neuve, qui eut tôt fait de couvrir la surface du parchemin.
Pendant ce temps, la porte s'était ouverte à nouveau, laissant entrer Dumbledore, Karkaroff, Mr Ollivander, Madame Maxime et Bartemius Croupton Senior.
— Je vous présente Mr Ollivander, dit Dumbledore en s'adressant aux champions.
Il s'était assis à la table avec les autres juges.
— Mr Ollivander va vérifier vos baguettes magiques pour s'assurer qu'elles sont en bon état de fonctionnement avant le tournoi.
Harry était ému. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas vu le vieux Ollivander. De là où il venait, il était mort depuis longtemps, après lui avoir rendu de grands et précieux services lors de son combat final contre Voldemort.
Il s'avança dans l'espace au milieu de la pièce.
— Mademoiselle Delacour, pourriez-vous venir la première, s'il vous plaît ? demanda Mr Ollivander en s'avançant dans l'espace libre aménagé au milieu de la pièce.
Fleur s'avança et lui donna sa baguette. Harry ne perdait pas une miette du spectacle. Tout ce qui touchait aux baguettes l'avait toujours intéressé, héritier qu'il était de la Baguette de Sureau.
— Mmmmmm…, murmura Ollivander.
Il fit tourner la baguette magique entre ses longs doigts. La baguette projeta des étincelles rose et or.
— Oui, dit-il à voix basse, en l'examinant soigneusement. Vingt-trois centimètres trois quarts… très rigide… Bois de rose… Avec, à l'intérieur… oh, mais oui…
— Un cheveu de Vélane, dit Fleur. Il appartenait à ma grand-mère.
— Oui, dit Mr Ollivander, oui, je n'ai jamais utilisé moi-même de cheveux de Vélane, bien entendu. Je trouve qu'ils donnent aux baguettes un très mauvais caractère… Mais chacun ses préférences et si celle-ci vous convient…
Du bout des doigts, Mr Ollivander caressa la baguette sur toute sa longueur, vérifiant qu'elle ne comportait ni bosses, ni éraflures. Puis il murmura :
— Orchideus ! et un bouquet de fleurs jaillit à son extrémité. Très bien, très bien, elle fonctionne parfaitement, dit Mr Ollivander qui prit le bouquet et le donna à Fleur en même temps que sa baguette. Mr Diggory, à vous, s'il vous plaît… Ah, celle-ci, c'est l'une des miennes, n'est-ce pas ? Oui, je m'en souviens très bien. Elle contient un seul crin d'une licorne mâle particulièrement magnifique… Un animal qui mesurait plus de quatre mètres de longueur. Il a failli m'éventrer avec sa corne lorsque je lui ai arraché un crin de sa queue. Voyons cette baguette… Trente centimètres et demi… en frêne… d'une très agréable souplesse. Elle est en excellent état… Vous l'entretenez régulièrement ?
— Je l'ai cirée la nuit dernière, dit Cédric avec un sourire.
Mr Ollivander fit sortir de la baguette de Cédric des anneaux de fumée argentée, déclara qu'elle était en excellent état et demanda :
— Mr Krum, s'il vous plaît.
Viktor Krum se leva et s'avança vers Mr Ollivander de sa démarche gauche, les épaules voûtées, les pieds en canard. Il tendit sa baguette et resta là, l'air maussade, les mains dans les poches de sa robe de sorcier.
— Mmmmm…, murmura Mr Ollivander. À moins que je ne me trompe, il s'agit d'une création de Gregorovitch ? Un excellent fabricant de baguettes, bien que son style ne soit jamais vraiment ce que je… enfin…
Il leva la baguette et l'examina minutieusement en la retournant lentement devant ses yeux.
— Oui… Bois de charme avec un nerf de cœur de dragon ? lança-t-il à Krum qui approuva d'un signe de tête. Plus épaisse que la moyenne… Très rigide… Vingt-cinq centimètres et demi… Avis !
Avec une détonation semblable à celle d'un pistolet, la baguette en bois de charme projeta une volée de petits oiseaux qui s'envolèrent en pépiant et s'échappèrent par la fenêtre ouverte.
— Bien, dit Mr Ollivander en rendant sa baguette à Krum. Il ne nous reste donc plus que… Mr Potter.
Harry se leva et s'avança vers Mr Ollivander à qui il tendit sa baguette.
— Aaaah, oui, dit Mr Ollivander, ses yeux pâles brillant d'un éclat soudain. Oui, oui, oui, je m'en souviens très bien.
Harry aussi se souvenait, bien que cela remonte à bien plus longtemps de son point de vue. Mr Ollivander passa plus de temps à examiner la baguette de Harry que celle des autres. Finalement, il en fit jaillir une fontaine de vin et la rendit à Harry en déclarant, comme prévu, qu'elle était en parfait état.
— Merci à tous, dit Dumbledore en se levant à la table des juges. Vous pouvez retourner en classe, à présent – ou peut-être vaudrait-il mieux que vous alliez directement dîner puisque les cours sont sur le point de se terminer…
…mais le photographe de la Gazette du Sorcier ne l'entendait pas de cette oreille.
— Les photos, Dumbledore, les photos ! s'écria précipitamment Verpey. Les juges et les champions ensemble. Qu'est-ce que vous en pensez ?
— Oui, oui, faisons quelques photos de groupe, répondit le photographe, ensuite, on fera quelques photos avec juste les quatre champions.
Rita Skeeter se leva du fond de la salle, mais un regard de Harry la fit se rasseoir sans ouvrir la bouche. Finalement, sans son intervention, la séance de photos se passa plus rapidement, et les champions furent libérés avant que Harry ne commence à trouver le temps long.
Rita fut appelée par le photographe pour discuter des différentes manières de montrer les photos. Harry en profita pour s'approcher discrètement de ses affaires. Il subtilisa la Plume du petit sac en crocodile et renversa un flacon d'encre sur le parchemin déjà rédigé, le rendant illisible. En s'assurant que personne ne l'avait remarqué, il s'en fut par la petite porte derrière la salle. Il monta jusqu'en haut de la tour d'astronomie, où personne ne le verrait, et enflamma à nouveau la Plume qu'il avait dérobé.
En attendant qu'elle ait fini de se consumer, il s'accouda aux remparts de la tour et admira le paysage baigné de la lumière dorée du soleil couchant. Le domaine de Poudlard était réellement magnifique. Il avait été ravagé, ainsi qu'une bonne partie du château, lors de la Bataille de Poudlard, et bien que la majorité de la végétation aie repoussé, le domaine sur lequel travaillait Neville était bien différent de celui que Harry admirait maintenant.
Le vent qui lui chatouillait les oreilles emplissait ses narines de l'odeur de l'automne. L'ombre portée du bateau de Durmstrang sur le lac rempli de reflets orangés lui donnait envie de rester là pendant des heures.
Le vent dispersa les cendres de la plume. Il se détacha avec regret du paysage et rentra manger à la Grande Salle.
Quand il retourna dans son dortoir avec Ron, Coquecigrue l'attendait, posé sur son lit avec la réponse de Sirius attachée à la patte. Il se dépêcha de la lire avec Ron.
Harry,
Je ne peux pas te dire tout ce que je voudrais dans une lettre, ce serait trop dangereux au cas où elle serait interceptée. Il faut absolument que nous nous parlions face à face. Peux-tu te trouver seul devant la cheminée de la tour de Gryffondor à une heure du matin, dans la nuit du 21 au 22 novembre ?
Je sais très bien que tu es parfaitement capable de te défendre tout seul, mais je suis convaincu que celui qui a mis ton nom dans la Coupe ne te veut pas du bien. Faire un coup aussi dangereux sous le nez de Dumbledore a dû être une opération prévue et risquée. Sois sur tes gardes. Préviens-moi de quoi que ce soit d'inhabituel. Confirme-moi la date du 22 novembre le plus tôt possible.
Sirius
