Partenaires
— Un peu d'attention, s'il vous plaît ! annonça McGonagall en tapant sur la table du plat de la main.
Le cours qui avait porté sur la transformation de dindes en cochons d'Inde était presque terminé, et tout le monde avait commencé à ranger ses affaires et à bavarder distraitement.
— J'ai une annonce relativement importante à vous faire, continua McGonagall. Le bal de Noël approche. Il s'agit d'une tradition du Tournoi des Trois Sorciers, qui donne l'occasion de mieux connaître nos invités étrangers. Le bal est ouvert à tous les élèves à partir de la quatrième année mais vous avez le droit d'y inviter des élèves plus jeunes, si vous le souhaitez.
Elle ignora les gloussements de Lavande Brown et de Parvati Patil. Harry les regarda en coin et se promit de ne pas refaire l'erreur d'y aller avec Parvati cette année.
— Les tenues de soirée seront obligatoires, poursuivit le professeur McGonagall. Le bal aura lieu dans la Grande Salle, le jour de Noël, il commencera à huit heures du soir et se terminera à minuit. Bien entendu, le bal de Noël a toujours quelque chose d'un peu… échevelé. Cela ne signifie PAS que nous tolérerons de la part des élèves de Poudlard une conduite plus relâchée qu'à l'ordinaire. Je serais extrêmement mécontente si jamais je voyais un ou une élève de Gryffondor se comporter d'une manière qui puisse porter atteinte à la réputation de l'école.
La cloche retentit et l'attention se relâcha alors que les élèves se levaient pour partir.
— Potter, je voudrais vous voir, s'il vous plaît, lança le professeur McGonagall d'une voix forte.
Harry hocha la tête. Il n'avait pas particulièrement besoin de l'information qu'elle voulait lui donner, mais il alla la voir quand même.
— Potter, lui dit-elle une fois que les autres élèves se furent éloignés, les champions et leurs partenaires doivent ouvrir le bal. C'est la tradition.
— Très bien, répondit sobrement Harry.
— Tâchez de ne pas vous y prendre au dernier moment, conclut McGonagall en refermant son cartable. Vous êtes un champion de Poudlard, vous devrez faire ce qu'on attend de vous en tant que représentant de l'école.
Harry hocha de nouveau la tête alors que le professeur sortait de la pièce. Pour lui, la question était résolue aussi vite qu'elle s'était posée.
— Ginny ?
— Oui ?
Elle redescendit les quelques marches de l'escalier des dortoirs des filles qu'elle avait monté. La salle commune était calme, chacun vaquait à ses occupations.
— Tu es au courant, pour le bal de Noël ?
— Oh, oui ! répondit-elle. Tout le monde en parle, maintenant. Mais je ne peux pas y aller sans que quelqu'un de plus grand que moi m'invite, tu sais, comme je suis en troisième année…
— Justement, dit Harry avec son plus gentil sourire. Les champions doivent ouvrir le bal, tu veux y aller avec moi ?
Ginny rougit et ouvrit la bouche.
— Euh… oui ! répondit-elle. Oui, avec plaisir ! Oh, Harry…
Elle se jeta à son cou. Harry rit de satisfaction. Elle lui embrassa la joue, puis se mordit la lèvre.
— Ouvrir le bal ! s'écria-t-elle. Quand ma mère saura ça…
Et elle s'envola dans l'escalier des dortoirs, laissant Harry avec un sourire rêveur sur le visage. Une bonne chose de faite. Une très bonne chose de faite. Dorénavant, il attendait réellement le bal de Noël avec impatience.
Ron fut bougon en apprenant que Harry avait trouvé une partenaire dès le jour de l'annonce du bal, et encore plus en apprenant qu'il s'agissait de sa sœur. Harry se promit de l'aider à trouver une cavalière, comme la fois précédente. Il aurait bien voulu demander son avis à Hermione, et lui annoncer avec qui il y allait, mais elle resta introuvable pendant toute la fin de l'après-midi. Harry se demanda si Krum lui avait déjà proposé d'aller au bal avec lui. Harry n'avait pas l'intention de les séparer (trop d'événements futurs en dépendaient), mais il aurait bien aimé avoir son avis sur la question.
Hermione finit par rentrer en fin de soirée, alors que la salle commune de Gryffondor était presque vide : Harry la vit passer par le trou dans le mur. Il se leva pour la rejoindre.
— Hé, Hermione ! héla-t'il.
Elle se retourna vers lui.
— Harry ? Qu'est-ce que tu fais là tout seul ?
— Je t'attendais. Je voulais te parler. Hmm… d'abord, tu n'es peut-être pas au courant, mais je vais au bal de Noël avec Ginny.
Il vit la surprise éclairer son visage.
— Oh ! Harry, mais c'est fantastique ! s'écria-t-elle en lui prenant les mains. Je suis super contente pour vous !
— Du calme, tempéra Harry avec un sourire. On va simplement au bal ensemble, pas se marier.
Pas encore, pensa-t-il en se rappelant le beau mariage qu'ils avaient célébré au Terrier, après la guerre.
— Pas encore, répondit Hermione avec un clin d'œil, comme si elle avait lu ses pensées.
Ce hasard fit sourire Harry.
— En-dehors de ça, continua Harry, il y a Ron qui n'a pas de partenaire, et je pense qu'il risque d'avoir un peu de mal à en trouver une. On pourrait lui donner un coup de pouce.
— Ah… répondit Hermione en se mordant la lèvre. Le problème, c'est que je ne peux pas y aller avec lui. J'ai déjà quelqu'un…
— Oui, Krum, je sais, abrégea Harry.
Hermione ouvrit des yeux ronds.
— Quoi ?! Mais comment tu le sais ? chuchota-t'elle en voyant que la salle commune n'était pas entièrement vide.
Harry haussa les épaules.
— Peu importe, je le sais, c'est tout. Mais ne t'inquiète pas, personne d'autre n'est au courant.
Hermione fronça les sourcils et réfléchit.
— Je vais réfléchir à qui trouver pour Ron. On en reparle plus tard ?
Harry hocha la tête.
— Oui, bonne nuit !
Et il la laissa se demander comment il pouvait être au courant, alors qu'ils remontèrent chacun dans leur chambre.
Les jours suivants, Ron et Harry virent Hermione de plus en plus rarement. Elle avait refusé de dire à Ron avec qui elle viendrait au bal, et Harry devait faire celui qui ne savait rien. Ils suivaient ensemble les derniers cours du trimestre, et ils la voyaient régulièrement disparaître à la fin du dernier cours de la journée. Ginny n'était pas avec elle, puisqu'Harry la voyait souvent en compagnie de Fred et George dans la salle commune. Harry en conclut qu'Hermione devait sûrement rester avec Krum, quoiqu'il lui semblait qu'elle s'absentait plus que dans ses souvenirs. Enfin, si Krum arrivait à la détourner de Ginny…
Les splendides décorations de Noël furent installées le jour de la fin des cours : stalactites de glace sur l'escalier de marbre, branches de houx à baies lumineuses, hiboux dorés mécaniques, armures lustrées, Poudlard s'était surpassé. Ce soir-là, Hermione les rejoignit à la salle commune. Elle semblait épuisée, et accueillait les vacances avec plaisir. Elle s'enfonça dans un fauteuil et regarda Ron, Harry et Ginny construire un château de cartes explosives, en discutant des décorations et des festivités de Noël. Son visage affichait une expression entre l'épuisement et la satisfaction.
— C'est facile à dire, quand gu as déjà quelqu'un avec qui aller au bal, bougonna Ron au milieu de sa conversation avec Ginny. Forcément, tu es contente qu'il aie lieu.
— Oh, mais je ne suis pas forcément contente de tout, rétorqua Ginny. Il y a des règles qui sont mauvaises, par exemple je suis très contente d'y aller avec Harry, mais la règle qui m'oblige à y aller avec un garçon ou à ne pas y aller du tout, elle est sexiste. Je devrais pouvoir y aller avec qui je veux.
Hermione grogna et signifia son approbation. Harry fronça les sourcils et ouvrit la bouche, mais il se ravisa et fit mine de ne pas avoir d'avis sur la question. Il aurait bien aimé pouvoir la contredire et mieux l'éloigner de sa liaison avec Hermione, mais il était forcé d'admettre que sur ce point, elle avait raison.
— Oui, c'est sûr que ça serait plus simple, admit Ron. Mais en attendant, je ne sais toujours pas avec qui y aller.
Ils continuèrent à discuter plus tard dans la soirée. Quand Ron se leva pour aller se coucher, Harry se prépara à le suivre, mais Hermione le signala du pied, l'air de rien. Il comprit le signal et resta assis. Il fit part à Ron de son intention de rester près de la cheminée encore un peu, et le laissa remonter dans sa chambre. Ginny partit à sa suite, déposant un baiser sur la joue de Harry en repartant. Une fois qu'elle eut disparu dans l'escalier à colimaçon, Hermione se leva, et s'assit à côté de Harry.
— Alors, commença Hermione. Maintenant qu'ils sont partis : j'ai réfléchi à cette question de Ron, et j'ai une solution à te proposer.
Elle regarda Harry dans les yeux. Harry ne savait pas vraiment à quoi s'attendre.
— Et si on le casait… avec Fleur Delacour ? demanda Hermione.
Harry pouffa de rire. Il se rappela que la première fois, Ron avait réellement demandé à Fleur d'aller au bal avec lui, envoûté par son charme de Vélane.
— Vraiment ? demanda Harry. Fleur Delacour, rien que ça ?
— Avec un philtre d'amour, ça se fait, répondit Hermione avec un sourire.
Harry cessa de sourire en comprenant qu'elle était sérieuse.
— J'ai déjà préparé la base de la potion, continua Hermione. Il suffit de lui en faire boire. Ça peut se faire assez simplement, avec ta cape d'invisibilité par exemple.
Harry prit un long moment pour y réfléchir.
— D'accord, répondit-il finalement. Sur le principe, d'accord. Mais il faut qu'on soit sûr de ne pas se rater. Il ne faut pas qu'on lui attire des ennuis.
Hermione acquiesça. Elle croisa les bras et se tassa sur le dossier de sa chaise.
— Oui, il faudra faire très attention. Et il faut qu'on se prépare.
Harry sourit. Ces complots d'étudiants lui avaient manqué.
Deux jours plus tard, le premier dimanche matin des vacances, Harry regarda le soleil se lever depuis les fenêtres de la salle commune. La carte du Maraudeur était dépliée sur la table, et sa cape d'invisibilité était pliée et préparée. Hermione descendit s'installer à côté de lui.
— Alors ? demanda-t-elle en bâillant.
— On est bons, répondit Harry avec un sourire optimiste. Maugrey est dans ses quartiers, Fleur vient de quitter le Carrosse avec ses amis. C'est le moment.
Hermione acquiesça et sortit une fiole de liquide rose et doré, qu'elle posa sur la table.
— Il est prêt, dit Hermione. Je l'ai encodé pour Ron ce matin.
Harry empocha la fiole, prit bien garde de mettre la carte du Maraudeur dans sa poche et de ne pas la laisser aux regards d'Hermione, et se dirigea vers l'escalier du dortoir des garçons pour aller réveiller Ron. Quand il en redescendit, il hocha la tête en direction d'Hermione.
— C'est bon, Ron nous rejoint. On y va.
Ils sortirent de la salle commune. Harry s'enveloppa de la cape d'invisibilité en profitant de leur passage par un couloir désert. Une fois arrivés à la Grande Salle, Hermione lui ouvrit la porte en entrant.
Pendant qu'elle allait s'installer à la table des Gryffondor, il se dirigea vers la table des Serdaigle où étaient installés les élèves de Beauxbâtons. Il chérit leur chance que Fleur prenne son petit-déjeuner tôt le matin, ce qui lui permettait de se déplacer à travers la salle sans risquer de se faire bousculer par des élèves chahuteurs. Mais ça n'allait pas durer, il devait se dépêcher.
Sous sa cape, il dévissa le bouchon du flacon. En prenant garde de se mettre du côté où elle n'agitait pas son toast en direction de ses amis, il tendit le bras, retenant sa respiration, au-dessus de son verre de jus d'orange. De son autre main, il visa le verre d'un élève de Serdaigle de cinquième année, situé à trois places de distance, qui tentait visiblement d'impressionner les Beauxbâtons. Soudain, alors qu'il expliquait quelque chose d'assurément passionnant, le verre de cet élève lui glissa des mains et se renversa sur la table, provoquant les glapissements de la moitié des élèves à proximité et attirant les regards de Fleur et de ceux qui l'entouraient.
Sans attendre, Harry profita de l'ouverture et versa le plus possible du philtre d'amour dans le verre de Fleur sans le faire déborder. Il retira son bras juste à temps pour que Fleur saisisse le verre, et porte un toast moqueur à l'élève de Serdaigle, devenu rouge comme une pivoine, qui s'efforçait d'éponger comme il pouvait ce qu'il avait renversé. Harry vit avec satisfaction que Fleur buvait d'un trait le jus d'orange modifié.
Son œuvre accomplie, il se dirigea vers l'entrée de la Grande Salle. Mais une fois arrivé devant la porte, celle-ci restait désespérément fermée. Il patienta sur le côté, attendant que quelqu'un finisse par rentrer, et il commençait à se demander si il devait aller taper sur l'épaule d'Hermione pour qu'elle le sorte de cette situation, quand la porte finit par s'ouvrir. Elle laissa passer Ron, suivi d'une poignée d'élèves de première année, et de… l'imposteur.
L'œil bleu électrique se fixa sur lui, et un sourire en coin apparut sur la bouche constellée de cicatrices. L'imposteur lui tint la porte ouverte, faisant mine de reprendre son souffle. Quand Harry passa devant lui, il murmura :
— Très belle, cette cape, Potter…
— Merci ! souffla Harry à contre-cœur.
Il maudit la nécessité d'avoir remercié un Mangemort, pendant qu'il retirait sa cape à l'abri des regards dans la salle déserte où il avait parlé à Cédric de la première tâche.
Bien visible, cette fois, il retourna à l'intérieur de la Grande Salle s'installer en face de Ron, en plaçant bien la table de Serdaigle dans son champ de vision. Sans en avoir l'air, il jetait régulièrement des coups d'œil en direction de Fleur, pour surveiller si elle réagissait bien à la potion.
— Alors, Ron, demanda Hermione d'un ton dégagé, tu as trouvé des idées de cavalière ?
— Non, bougonna Ron, l'air morose. Toujours au point mort.
— Et toi, Hermione ? demanda Harry. Tu ne veux toujours pas nous dire avec qui tu y vas ?
— Non, répondit Hermione fermement. Et si je voulais vous le dire, vous le sauriez. Je ne veux pas le dire, c'est tout.
— Tu sais, répliqua Harry d'un ton un peu plus sec, c'est un peu blessant que tu ne nous fasse pas confiance comme ça. Moi, je t'ai dit avec qui j'y allais dès le départ.
Hermione reposa son toast sur la table.
— Oui, répondit-elle sur le même ton. Mais ça ne veut pas dire que je sois obligée de faire pareil, si ?
— Heu, attendez… tenta Ron qui sentait la situation tourner au vinaigre.
— Non, le coupa Harry en répondant à Hermione, rien ne t'y oblige. Tout comme rien ne t'oblige à t'asseoir et à manger avec nous. Pourquoi tu ne vas pas le voir, ton cavalier ?
Hermione ouvrit la bouche, l'air outré. Elle parut sur le point de dire quelque chose, mais ne trouva visiblement rien à lui répondre. Harry jeta un coup d'oeil rapide à la table des Serdaigle : Fleur regardait en leur direction, mais à moins que son imagination ne lui joue des tours, elle regardait plus précisément dans la direction de Ron. Il réprima un sourire et se leva.
— Puisque tu as décidé de ne pas nous faire confiance, déclara-t-il sèchement, je n'ai aucune envie de rester là avec toi.
Il tourna résolument les talons et se dirigea vers la sortie. Il entendit Hermione se lever à son tour, furieuse, et avancer à grandes enjambées vers lui pour le rattraper.
— Non mais tu n'as pas l'impression d'en rajouter, là ?
Il se retourna, la main sur la porte d'entrée. Comme personne ne pouvait la voir, Hermione lui sourit.
— Ça va ? chuchota-t-elle. Ils nous suivent ?
Harry vit par-dessus l'épaule d'Hermione que Ron s'était levé et se dirigeait vers eux, l'air inquiet, et que Fleur était tournée vers lui, sur le point de le rejoindre.
— Oui, murmura Harry. On y va.
Sans prononcer un mot de plus, l'air toujours aussi féroce, il sortit de la pièce, Hermione sur ses talons. Ils se dirigèrent dans un couloir désert qui longeait la Grande Salle, et qui menait à une aile où personne n'allait à cette heure de la journée, en reprenant leur dispute.
Ron les rejoignit au milieu du couloir, tentant de placer deux mots au milieu de l'affrontement verbal tenace auquel se livraient Harry et Hermione.
— C'est ça que tu me dis ? demanda Harry, les sourcils froncés. Tout ce qu'on a vécu, la pierre philosophale, la Chambre des Secrets, tout ça ça ne vaut rien ?
— Et alors ? rétorqua Hermione, crachant de rage. Ça veut dire que je dois tout te dire sur ma vie ? Tu veux un rapport détaillé ?
— Mais bien sûr que non ! s'exclama Harry. Ne me dis pas que…
Il s'interrompit. Ron n'était plus à leur côté. Ils tournèrent la tête. Au bout du couloir se tenait Fleur, ses cheveux dorés flamboyant derrière elle (malgré l'absence de vent), marchant comme au ralenti, et radieuse malgré l'obscurité qui régnait dans le couloir. Ron se dirigeait vers elle d'un pas vacillant, comme hypnotisé. Elle avait activé son charme de Vélane, et Ron s'y était laissé prendre. Harry et Hermione se regardèrent, incrédules de voir leur plan marcher si bien.
Ils les regardèrent se rejoindre et échanger quelques mots. Ils se rapprochèrent prudemment, prêts à intervenir si quelque chose se passait mal.
— Il faudra qu'on les sépare, sinon Ron va finir par faire une crise cardiaque, chuchota Hermione.
Harry acquiesça. Quand ils virent Fleur se pencher pour embrasser la joue de Ron, il se dépêcha de le saisir par les épaules pour l'éloigner de Fleur. Ron avait l'air absent, sous le choc, et il regarda Fleur tourner les talons et s'éloigner. Hermione abaissa sa baguette, qu'elle avait pointé dans le dos de Fleur, et répondit par un clin d'œil au regard interrogateur de Harry.
— J'ai limité la puissance du charme, expliqua Hermione une fois qu'ils eurent débriefé Ron dans la salle commune, et qu'il fut reparti se coucher après tant d'émotions. On lui a trouvé un rencard, mais on ne veut pas qu'elle tombe amoureuse de lui, quand même, ça serait… trop, non ?
— Oui, approuva Harry. Il y a des limites à la manipulation. Mais… tu peux faire ça ? Le charme que tu lui as imposé par une potion, tu peux le contrôler avec ta baguette ?
Hermione hocha la tête, l'air particulièrement fière d'elle-même. Même en connaissant son talent, Harry fut impressionné par ce qu'elle réussissait à faire du haut de ses quatorze ans.
Les derniers jours qui les séparaient de Noël leur permirent de décompresser. Maintenant qu'ils étaient tous les trois casés, ils pouvaient se la couler douce en laissant les autres élèves de Gryffondor et de l'école faire des pieds et des mains pour se trouver un partenaire.
Harry suivit Fred se mettre avec Angelina Johnson pour le bal. Il eut un pincement au cœur en se rappelant qu'après sa mort, elle s'était finalement mariée avec George Weasley. Fred Weasley - junior, le fils de George et Angelina - et sa sœur Roxanne, qu'il n'avait pas vus depuis longtemps, lui manquaient un peu. Il se demanda une fois encore comment se passaient les choses dans son monde d'origine. L'absence de contact avec son Hermione l'inquiétait.
Comme pour concurrencer Fred et George qui commençaient à distribuer en masse leurs crèmes Canari, les elfes de maison se surpassaient aux cuisines, leur proposant plats plantureux et gâteaux de toutes sortes. Seule Fleur Delacour trouvait matière à se plaindre.
— Enfin, c'est insensé, dit-elle un jour avec mauvaise humeur en sortant de la Grande Salle. C'est beaucoup trop lourd, tout ce qu'on mange à Potdelard. Je ne vais plus pouvoir rentrer dans mes robes !
Elle adressa un sourire à Ron en passant près d'eux.
Ron était aux anges. Avoir un rendez-vous au bal avec Fleur avait clairement boosté son moral et sa confiance en soi, et Harry savait que ça ne lui faisait jamais de mal. Ils avaient convaincu Ron de ne révéler à personne avec qui il allait au bal, Harry pour ne pas perturber la manière dont les événements futurs se dérouleraient, et Hermione pour éviter qu'il se ridiculise. L'un comme l'autre savaient que Fleur ne resterait probablement pas avec lui après le bal de Noël, puisque les effets du philtre finiraient par s'estomper et qu'elle finirait par ne plus être attachée à lui.
Ron se contentait de sourire, en passant son temps avec Harry, et avec Hermione quand elle n'était pas avec son cavalier secret. Un soir qu'ils traînaient à la salle commune, regardant Ron faire voler des avions en papier avec sa baguette, Ron se fit une réflexion intéressante.
— Le seul point noir dans tout ça, dit-il d'une voix pas trop forte pour ne pas se faire entendre de ceux qui les entouraient, c'est que je vais devoir ouvrir le bal. Avec toi, Harry.
Harry et Hermione échangèrent un regard complice. Ron ne le savait pas, mais ils ouvriraient tous les trois le bal…
— C'est super stylé, reprit Ron, mais il va falloir danser… Je ne suis pas sûr que ça sera mon fort.
— Tu ne devrais pas trop t'inquiéter pour ça, le rassura Hermione. Elle a sûrement un peu d'expérience en ce domaine, elle te guidera.
Harry approuva.
— Oui, et puis ça ne sera sûrement pas si difficile que ça. On apprendra sur le tas.
Ron lui jeta un regard.
— Toi, tu ne t'inquiètes pas ? demanda-t-il d'un ton narquois. Tu penses vraiment que Ginny saura danser ?
Hermione lui fit une tape sur la tête.
— Ne parle pas comme ça de ta sœur quand elle n'est pas là, le sermonna-t-elle.
Ron sourit sans répondre.
Non, Harry ne s'inquiétait pas. Même si Ginny n'avait pas encore l'expérience des galas du ministère, celle de Harry suffirait. Il avait appris à danser à Albus, Lily et Rose en les faisant monter sur ses chaussures, il arriverait bien à montrer à Ginny comment faire.
Il écrasa discrètement une larme sur le coin de sa joue et détourna la tête. Ses enfants lui manquaient.
