22 ½
Collarbone modifié
Hermione se tassa sur le bord du lit. Être à deux dans un lit à baldaquin prévu pour une seule personne n'était pas la situation la plus confortable possible. Ginny et elle étaient blotties l'une contre l'autre, profitant de la chaleur que diffusaient leurs corps. L'après-midi n'était pas fini, le dortoir était désert, et Hermione avait placé sur la porte un sortilège anti-intrusion qui les préviendrait si quelqu'un voulait rentrer. Les précautions habituelles, quand elle retrouvait Ginny.
Et cette fois, elle avait une autre surprise.
— J'ai une autre potion… dit Hermione en sortant un flacon de sous son oreiller.
— Encore ? s'étonna Ginny en riant. Attention, si tu continues je ne vais plus me rappeler de ce que j'ai fait avec lui et de ce que j'ai fait avec toi !
— Mais non, siffla Hermione. Une autre potion, j'ai dit. Je ne vais pas me transformer en Harry, cette fois. Enfin…
Ginny haussa les sourcils. Hermione lui fit un clin d'œil.
— Tu verras. C'est quelque chose que je voulais faire depuis longtemps.
Elle considéra le flacon un moment, puis se décida et but une rasade de potion. Ginny la regardait, attendant un effet.
— J'ai limité le champ d'action du Polynectar, expliqua Hermione. Et si tout se passe bien…
Ginny sentit, plus qu'elle ne vit, la transformation. Elle s'appliquait à un endroit précis du corps d'Hermione, en contact avec sa peau. Ginny ouvrit la bouche de stupeur et souleva la couverture.
— Tu t'es… balbutia-t-elle.
— Oui ! Ça fonctionne, se réjouit Hermione en rougissant. Je me suis… partiellement transformé en Harry !
Elle roula pour se mettre à quatre pattes sur Ginny, qui s'esclaffa. Hermione commença à l'embrasser dans le cou, et à passer les mains le long de son corps. Ginny soupira, et saisit les parties d'Hermione, accompagnant leur changement de forme.
Ginny avait fini par s'endormir. Hermione, qui l'enserrait en cuillère, veillait sur elle et écoutait son souffle lent en passant sa main dans ses cheveux. Elle appréciait le contact de sa peau contre celle de son amie. Elle aimait ce qu'elles faisaient toutes les deux.
Quand Ginny émergea à nouveau, elle décida de revenir dans son dortoir pour ne pas éveiller les soupçons plus que nécessaire.
Cependant, alors que plus d'une heure avait passé depuis qu'elle avait pris la potion, quand Ginny rejeta les draps pour se rhabiller, Hermione découvrit que son corps n'était pas retourné à son état normal. Ginny la regarda avec perplexité.
— Ah ! Pourquoi ça fait ça ? C'est censé durer aussi longtemps ?
Hermione fronça les sourcils.
— Non… répondit-elle. Je pensais que ça durerait une heure, comme la potion de base. C'est peut-être… parce que ça ne touche qu'une fraction de mon corps ? Et la durée des effets est prolongée ?
Hermione haussa les épaules.
— Tant pis. Avec un peu de chance, ça disparaîtra demain.
Ginny sourit, et déposa un baiser sur son sein et sur ses lèvres.
— À demain ! chuchota-t-elle en s'éclipsant.
Hermione la regarda partir avec un sourire rêveur.
Mais le lendemain matin, une mauvaise surprise attendait Hermione : non seulement elle n'avait pas retrouvé (tous) ses attributs féminins, mais en plus son nouvel organe était dressé et aussi ferme que… que quand elle avait vu Harry l'utiliser. Hermione pesta en se relevant. Était-il resté comme ça toute la nuit ? Allait-il le rester longtemps ? Comment allait-elle pouvoir le faire passer inaperçu pendant toute une journée de cours ?
Elle eut les plus grandes difficultés du monde à s'habiller. Dans la Grande Salle, elle s'assit à côté de Ginny pour prendre son petit déjeuner. Sa détresse devait être visible, car Ginny se pencha vers elle.
— Ça va ? chuchota-t-elle. Ça donne quoi ?
— Elle est toujours là, pesta Hermione, la voix étranglée par le stress. Elle était encore dure en sortant du lit. J'ai eu un mal de chien à m'habiller, j'ai dû la coincer dans l'élastique de ma culotte, et faire attention à ce que mon haut passe bien par-dessus… Mais si mon chemisier s'ouvre, ou si il y a du vent, ou…
Hermione soupira. Ginny serra sa main dans les siennes, sous la table.
— Ça va aller… courage, l'encouragea Ginny.
Hermione acquiesça en soupirant.
La journée fut difficile. En classe, elle restait serrée contre sa table, en avançant sa chaise le plus possible et en évitant les mouvements brusques. Elle évita de se retrouver debout dans des couloirs remplis d'élèves. Pendant le repas du soir, elle fit l'erreur de s'asseoir à nouveau à côté de Ginny, et faillit avoir une syncope en sentant son membre se redresser quand elle lui effleura la main.
Le jour suivant, la situation n'avait pas changé. Pour chasser l'inquiétude que ça lui causait et pour se changer les idées, Hermione se réfugia à la bibliothèque et se plongea dans les livres. Ça lui fit beaucoup de bien : quand elle en émergea, la nuit était presque tombée, et elle se sentait plus détendue qu'elle ne l'avait été les dernières quarante-huit heures. Elle n'avait même pas été dérangée par le fan-club qui avait dû se mettre à glousser dans les rayons quand Viktor Krum s'était installé à la table d'à côté.
Elle secoua la tête et alla ranger les livres qu'elle avait pris sur la table. Mais au moment où elle se dirigeait vers la sortie, une main se posa sur son épaule. Elle se retourna. C'était Viktor Krum. Il lui sourit.
— Bonjourrr. Je peux te parrrler un moment ? demanda-t-il à voix basse.
Hermione acquiesça nerveusement, en se demandant ce qu'il lui voulait. Il l'emmena derrière un rayon d'étagères, à l'abri des regards et des oreilles des derniers élèves restant à cette heure. Elle regarda le visage de Krum. Il avait l'air amical mais préoccupé.
— Ce n'est pas simple à dirrre… commença-t-il, toujours à voix basse. J'ai… j'ai rrremarrrqué ce que tu essayais de cacher aujourd'hui.
Le cœur d'Hermione manqua un battement. Elle écarquilla les yeux. Le monde se resserra autour d'elle. Elle réprima l'instinct qui la poussait à fuir.
— N'aie pas de crrrainte, le rassura Krum. Je ne le dirrrai à perrrsonne. Et perrrsonne ne l'a vu.
— Pourquoi tu me dis ça ? demanda-t-elle en tentant de regagner son calme.
— Parrrce que je veux que tu gardes un secrrret… et que tu m'aide.
Il s'éclaircit la gorge. Hermione attendait la suite, anxieuse.
— Je voulais te voirrr, au début, pour te demander d'aller au bal de Noël avec moi.
Hermione en resta bouche bée. C'était la dernière chose qu'elle se serait attendu à entendre.
— Je… balbutia-t-elle. Alors, je suis très flattée, vraiment ! Mais pourquoi…
Krum leva un doigt en souriant.
— Je n'ai pas terrrminé !
Il se rapprocha d'elle et lui chuchota à l'oreille.
— Je voudrrrais que tu m'aide à apprrrocher ton ami Harrry Potterrr.
Hermione ouvrit des yeux ronds.
— Approcher… balbutia-t-elle. Tu veux dire, dans le sens…
Krum hocha la tête.
— Oui. Chez moi c'est interrrdit les rrrelations entrrre hommes, tu comprrrends. Si tu peux m'aider, pour moi, avec lui, ça serrrait…
— Et… si je ne le fais pas ? demanda Hermione avec anxiété. Ou si je n'y arrive pas ? Tu vas me dénoncer ? Tu diras à tout le monde que j'ai un…
Krum secoua la tête.
— Non, dit-il fermement. Je ne ferrrai pas. Je garde ton secrrret, tant que tu garrrdes mon secrrret.
Hermione hocha la tête, pensive. Une sécurité. C'était honnête. Il n'exigeait rien d'elle, il demandait simplement une faveur, sans contrainte. Une grosse faveur…
— L'idée est intéressante, objecta-t-elle, mais le problème c'est qu'il est…
Elle s'interrompit. Elle allait dire que Harry n'aimait pas les garçons, sauf qu'elle aussi avait cru être hétérosexuelle avant de commencer sa liaison avec Ginny. Peut-être que Harry… ?
— C'est d'accord, conclut-elle. Je vais t'aider. Je veux essayer.
Elle vit le visage de Krum s'éclairer comme si son équipe venait de gagner la Coupe du Monde de Quidditch.
Ils se retrouvèrent quelques jours plus tard sur la rive du lac, à l'orée de la forêt interdite. La transformation partielle d'Hermione avait enfin fini par se résorber, et elle put s'asseoir dans l'herbe en croisant les jambes pour comploter.
— Voilà ce que je propose, entama-t-elle. Comme je vais être à la table des champions, avec Harry et toi, je vais trouver un moyen de lui faire boire une potion. Un aphrodisiaque, un philtre d'amour… peu importe. Ensuite, je l'attire dans un endroit discret, je le chauffe un peu, et je l'oriente vers toi… et ensuite, c'est à toi de prendre le relais.
Ce qu'elle ne disait pas à Krum, c'était qu'en plus de l'aider à arriver à ses fins avec Harry, cette option permettrait à Hermione d'inclure Fleur dans l'équation, ce qui d'une part résolvait le problème que Harry lui avait posé pour trouver une partenaire de bal à Ron, mais pouvait aussi lui permettre de jouer ses propres cartes dans la partie… le potentiel était très grand.
Elle passa l'après-midi à réfléchir avec Krum au meilleur sortilège possible, en alliant les connaissances de Krum concernant la manipulation magique, qu'il avait étudié à Durmstrang, et les compétences d'Hermione pour ce qui touchait aux potions. Elle décida de révéler à Harry la partie du plan qui concernait Ron… pour moins que Harry se doute qu'une autre partie le concernait lui. Hermione sourit. Leur potentiel, à elle et Krum réunis, l'inspirait comme peu d'autres choses avaient réussi à le faire avant. Finalement, il lui plaisait bien, ce Viktor…
