Le vingt-cinq décembre

Le matin de Noël, Harry se réveilla brusquement, sans savoir précisément ce qui l'avait tiré du sommeil. Il regarda autour de lui, et sursauta à nouveau en voyant deux grands yeux verts qui le fixaient de très près dans l'obscurité.

— Dobby ! s'écria Harry.

Dobby fit un bond en arrière, en plaquant ses doigts sur sa bouche en signe de contrition.

— Dobby est désolé, monsieur ! couina-t-il. Dobby voulait seulement souhaiter un joyeux noël à Harry Potter et lui apporter son cadeau, monsieur ! Harry Potter a dit que Dobby pouvait venir le voir un jour, monsieur !

Harry se redressa et mit ses lunettes en rassurant Dobby. En ouvrant les rideaux qui entouraient son lit, il vit Ron, Dean, Seamus et Neville qui avaient été réveillés presque en même temps que lui patauger dans ce qui leur restait de sommeil.

— Quelqu'un t'a attaqué, Harry ? demanda Seamus d'une voix approximative.

— Non, c'est Dobby, répondit Harry. Vous pouvez dormir.

— Non… les cadeaux ! dit Seamus en pointant les paquets empilés au pied de leurs lits.

Après avoir procédé à des échanges de chaussettes avec Ron pour les donner à Dobby, et reçu celles que Dobby lui avait tricotées, il ouvrit les cadeaux qui entouraient son lit. Sirius lui avait envoyé son couteau qui pouvait ouvrir toutes les serrures. Harry avait cassé le premier, presque à sa première utilisation, contre la pièce de l'Amour pendant l'infiltration du Département des Mystères qui avait causé la mort de son parrain. Il se promit de mieux prendre soin de ce couteau-ci.

Ron lui avait offert un grand sac de Bombabouses, Hagrid une grande boîte remplie des bonbons préférés de Harry, et Mrs Weasley lui avait envoyé un de ses fameux pulls de Noël, à l'effigie du Magyar à pointes.

De son côté, Harry avait choisi d'offrir à Ron une vraie robe de soirée, la plus stylée qu'il avait pu trouver en taille adolescent. Ron sauta de joie en le remerciant, ce qui fit chaud au cœur de Harry. Il espérait sincèrement que Ron passerait un bon bal de Noël.

Harry, Ron et Hermione passèrent la matinée à discuter dans la salle commune des cadeaux des uns et des autres, puis le déjeuner leur présenta une centaine de dindes de noël suivies de pudding, sous les décorations doublées que portaient les murs de la salle.

Après un tour du lac à pied où ils admirèrent la neige qui couvrait le paysage, ils commencèrent une bataille de boules de neige organisée par Fred et George, mais le stress de Ron allait croissant à mesure que le moment où il danserait avec Fleur approchait. Ils rentrèrent tous les trois dans le chaud du château, pour tenter de décompresser à l'abri du froid. La salle commune était bien plus accueillante et réconfortante pour les plus stressés des Gryffondor. Hermione les quitta à cinq heures pour aller se préparer, et Harry et Ron l'imitèrent peu après en remontant dans leur dortoir.

Le résultat était plus que concluant. Les robes de Ron et de Harry, que ce dernier avait commandé de manière assortie, se répondaient presque à l'identique. Ron était enchanté, mais Harry savait qu'il n'était pas le clou de cette harmonie. En effet, quand ils redescendirent dans la salle commune, la robe que Harry avait anonymement offert à Ginny resplendissait, s'accordant avec la sienne. Les deux robes, de Harry et de Ginny, se complétaient dans leur coupe et dans leurs couleurs, rendant un résultat réellement remarquable.

Ginny resta bouche bée devant le résultat. En effet, elle avait reçu cette robe le matin même dans un cadeau anonyme - à dessein - et ce n'était qu'en voyant Harry porter la sienne qu'elle avait finalement compris d'où elle venait. Elle dut visiblement se retenir de lui sauter au cou, et semblait plus rayonnante et amoureuse que jamais. Harry lui adressa son plus beau sourire et prit sa main dans la sienne, pendant que Ron, tout juste remis de sa surprise, se dépêchait d'aller retrouver Fleur devant le carrosse de Beauxbâtons.

La masse des élèves arrivés en avance remplissait le hall d'entrée. Harry et Ginny restèrent à une dizaine de marches du bas de l'escalier, surplombant la foule. Ils se détaillèrent du regard, main dans la main. Ginny avait entrelacé ses longs cheveux roux de fils d'or, et réhaussé ses traits de maquillage délicat - qu'elle avait sûrement emprunté à quelqu'un d'une année supérieure. En retour, elle semblait enchantée par la vision de celui qu'elle tenait du bout des doigts, et un léger sourire ne quittait plus son visage.

Harry retourna son attention sur la foule quand la délégation de Beauxbâtons apparut à la porte. Fleur, dans sa robe de satin argenté, menait Ron comme un pantin ensorcelé. Il essayait visiblement de ne pas écarquiller les yeux en permanence et de croire à la réalité de ce qui lui arrivait. Harry fut satisfait de voir qu'il marchait droit, semblait maîtriser sa tension, et qu'il était visiblement ravi. Leur entrée suscita quelques étonnements et quelques regards de travers en direction de Ron, mais l'attention fut vite détournée par la délégation de Durmstrang qui entra à son tour.

À sa tête, le couple formé par Krum et Hermione suscita autant de surprise et d'étonnement. Certains regards se dirigèrent vers Harry, qui sourit d'autant plus. Contrairement à beaucoup de ceux qui l'entouraient, et comme Viktor Krum, probablement, Harry avait complètement l'habitude de participer à ce genre d'événement en attirant tous les regards. Il ne construisait pas sa vie autour de ça, mais il avait appris à esquiver et à dompter la tension qui pouvait normalement en résulter.

La voix du professeur McGonagall s'éleva alors dans le hall.

— Les champions, par ici, s'il vous plaît.

Harry et Ginny, tous sourires, main dans la main, descendirent les dernières marche au milieu des élèves qui s'écartèrent pour les laisser passer.

Ron fut très surpris en voyant Hermione au bras de Krum, mais cette émotion n'était finalement que peu face à l'excitation et à la tension qu'il affrontait au bras de Fleur. Hermione était resplendissante. Sa chevelure était lisses, soyeux et élégamment relevés sur la nuque. Sa robe vaporeuse bleu pervenche était aussi délicate et stylée que dans les souvenirs de Harry. Elle arborait également une sorte de collier formé de boules argentées constellées de paillettes, dont Harry ne se souvenait pas.

C'est à ce moment-là que Cédric Diggory et Cho Chang émergèrent de la foule. Ils semblaient légèrement dépités d'être le couple le moins rayonnant des quatre. Harry les salua d'un mouvement de tête. Ils n'avaient pas une chance face à la compétition, mais Harry était beau joueur.

Les quatre champions et leurs cavaliers laissèrent entrer les élèves dans la Grande Salle en passant devant eux. Le trio reçut des coups d'œil exaspérés de la part des Serpentard, notamment de Malefoy et de Pansy Parkinson. L'idée qu'ils allaient voler le bal se répandait petit à petit. Quand tout le monde fut rentré, ils entrèrent par couple, précédés par McGonagall et se dirigèrent vers la table ronde du fond de la salle, sous des applaudissements nourris mais accompagnés des chuchotements des élèves qui reconnaissaient les cavaliers. Harry surveillait les réactions de Ginny, prenant garde à ce que les regards de la foule ne la submergent pas.

À la table d'honneur où ils se dirigeaient les attendaient les cinq juges. Dumbledore leur sourit joyeusement, mais Karkaroff prit un air pincé en voyant Hermione au bras de Krum. Ludo Verpey les applaudit chaleureusement, et Madame Maxime se contenta de quelques applaudissement polis et détachés. Elle aussi parut décontenancée en voyant qui était au bras de son champion, mais par politesse, elle fit tout son possible pour ne pas le montrer. Percy Weasley les contemplait avec contentement, l'air cependant plus arrogant que jamais. Harry fit son possible pour ne pas croiser son regard, et se dirigea de manière à ce que Viktor Krum, qui ne lui accorderait aucune attention, se trouve à côté de lui.

Harry s'assit entre Hermione et Ginny, et Ron, toujours légèrement absent, entre Fleur et sa sœur. Harry se dit qu'ils faisaient une belle équipe, tous les quatre.

Montrant l'exemple, il prit le menu posé sur son assiette, puis demanda à haute voix :

— Entrecôte pommes duchesse !

Il souhaita bon appétit à la tablée et embrassa la main de Ginny, dont les joues s'accordèrent un instant avec la couleur de ses cheveux. Il regarda autour de lui. Alors que Hermione discutait avec Krum, Ron était très occupé par le contenu de son assiette, sur laquelle il se détournait pour ne pas avoir à affronter l'attention de sa cavalière. En attendant, Fleur semblait parfaitement se contenter de Madame Maxime, avec qui elle discutait, l'air toujours aussi hautain.

Avant que les champions ou leurs cavaliers aient terminé leur plat de résistance, Hermione s'éclaircit la gorge en défaisant son collier. Celui-ci n'était pas constitué de grosses perles, comme Harry l'avait initialement cru, mais était en réalité une mince chaîne d'or sur laquelle étaient accrochées huit boules de noël, aux attaches dorées ou argentées, qui scintillaient sous les lumières des bougies. Il remarqua que la moitié d'entre elles étaient plus claires que les autres.

— J'ai voulu partager mon collier, annonça-t-elle, aux huit champions et cavaliers que nous sommes, et vous donner ces boules de Noël à tous. C'est un moment de fraternité malgré les différentes écoles d'où nous venons, et c'est une tradition moldue que je trouve très touchante.

Dumbledore applaudit son initiative, rejoint poliment par les autres convives. Hermione rougit et distribua avec attention les boules de noël, en déposant les blanches dans les assiettes des champions et les argentées dans celles des cavaliers.

— Voilà, maintenant c'est le partage qui compte, ajouta-t-elle pour détendre l'atmosphère. Vous pouvez les laisser dans vos assiettes, elles n'ont aucune utilité particulière.

Dumbledore rit chaleureusement et lança un toast pour célébrer les bons sentiments qu'elle partageait. Les autres champions, un peu décontenancés par son idée, levèrent leur verre et passèrent vite à autre chose. Harry remarqua que des paillettes de la boule de Noël s'étaient détachées de la boule pour se déposer dans son assiette. Hermione avait dû les faire elle-même. Harry s'amusa un moment avec l'attache dorée qui terminait la boule avant de s'adresser à nouveau à son assiette pour le dessert.

Hermione était vraiment en forme, ce soir-là. Elle trinqua avec Fleur, et finit son verre avec hâte quand Dumbledore signala la fin du repas et le début du bal.

D'un geste de la main, Dumbledore envoya les tables s'aligner le long des murs pour dégager le centre de la salle. Une estrade apparut, portant les instruments des musiciens.

Harry se leva, comme les autres champions, et prit la main de Ginny. Il l'avait rarement vue aussi heureuse. Il entrelaça ses doigts dans les siens, posa son autre main sur sa taille, et guida lentement Ginny sur la calme mélodie qui ouvrait le bal. Il était tout à fait en capacité de briller et d'éclipser les efforts de danse d'élèves de quatorze à dix-sept ans, mais ce qu'il voulait, c'était de passer un bon moment avec Ginny. Tout le reste du monde s'effaça de son esprit. Il posa la tête contre la sienne pendant qu'ils tournoyaient au milieu de la Grande Salle.

Ils restèrent enlacés pendant plusieurs morceaux, à profiter du contact qu'ils avaient l'un avec l'autre. Lorsqu'ils firent une pause assise pour se reposer et se rafraîchir un peu, Harry balaya la salle du regard, pour voir un peu où en étaient les choses. Ron et Fleur dansaient encore. Tant mieux pour eux. Harry aperçut Hermione sortir dans le parc avec Viktor Krum, sans doute pour prendre l'air. Fred et Angelina tournoyaient assez vite pour qu'on s'écarte de leur chemin pour éviter une collision. Malefoy et Pansy Parkinson étaient dans le fond de la salle, mais semblaient dépités de ne pas avoir reçu autant d'attention que Harry, Ron ou Hermione ce soir-là. Harry s'aperçut avec satisfaction que tout le monde semblait avoir arrêté de s'intéresser à eux, et que le bal avait pris une tournure plus décontractée. Beaucoup de couples étaient toujours sur la piste de danse, mais nombreux étaient les ceux qui s'étaient installés aux tables ou contre les murs pour discuter en buvant des bièraubeurres. Il remarqua Ron qui s'était séparé de Fleur et qui venait vers lui.

— Comment ça va ? lui demanda Harry.

Ron était radieux. Et essoufflé.

— C'est la meilleure soirée de ma vie, répondit-il en s'asseyant et en débouchant une bouteille de Bièraubeurre. Il fait chaud, non ?

— Forcément, quand on danse…

Ron sourit.

— Franchement, je suis étonné que ça se soit passé aussi bien. Elle m'a guidé sans problème. Elle ne doit pas être débutante, elle, ça c'est sûr.

Harry acquiesça.

— Hermione n'est pas là ? demanda Ron en parcourant la salle du regard.

— Non, elle est partie se rafraîchir dehors, répondit Harry. Je l'ai vue aller vers le parc…

— Oups ! l'interrompit Ron alors que le groupe entamait un nouveau morceau. On dirait qu'on vient me rappeler…

Fleur se dirigeait en effet vers eux à grandes enjambées, la main tendue vers Ron. Elle saisit la sienne, et le redirigea fermement vers la piste de danse. Ron semblait parfaitement consentant et l'accompagna dans de nouvelles arabesques. Harry termina sa bière. Il était content que Ron passe une bonne soirée.

Il se releva et se dirigea vers le groupe de troisième années dans lequel Ginny était partie discuter. En le voyant approcher, elle sourit et les laissa pour venir le rejoindre. Elle prit sa main dans la sienne.

— On y retourne ? demanda-t-elle.

Harry lui sourit en retour et l'accompagna une nouvelle fois, au rythme des notes des Bizarr' Sisters.

Quelques temps plus tard, alors qu'ils continuaient de tournoyer, une main vint lui taper l'épaule pour les interrompre. C'était Hermione.

— Désolée ! dit-elle, un peu essoufflée. Je ne vais pas vous déranger longtemps. Ginny, je peux te parler une minute, s'il te plaît ?

Ginny hocha la tête et la suivit un peu plus loin. Harry regarda autour de lui. Plusieurs autres élèves semblaient avoir rejoint le parc ou étaient partis se coucher, la salle était sensiblement moins bondée qu'en début de soirée. Ron et Fleur étaient toujours main dans la main dans leur coin de la salle, mais Fleur semblait préoccupée, et regardait dans la direction de Hermione et Ginny.

Hermione, justement, venait de finir de discuter et repartit vers les portes menant au-dehors. Harry vit Fleur se séparer de Ron pour la suivre.

Harry se demanda pourquoi… et il se rappela qu'il avait autre chose à faire dans le parc, ce soir-là. Il regarda sa montre. Il était probablement le moment d'y aller, si il ne voulait pas courir le risque d'être en retard.

— Ça va, Harry ?

Il se retourna. Ginny le regardait.

— Tu veux t'arrêter ? demanda-t-elle gentiment.

Harry s'éclaircit la gorge.

— Euh oui… je pense que je vais aller prendre l'air dans le parc. Je te retrouve ici ? Je ne serai pas très long, je pense.

Ginny acquiesça. Harry l'embrassa sur la joue, et elle gloussa de rire en rougissant. Il sourit, puis tourna les talons et se dirigea vers la sortie. La grande porte à double battants était restée ouverte, et les fées lumineuses qui voletaient dans le jardin de roses qu'était devenu le parc scintillèrent autour de lui alors qu'il descendait les marches menant au parc. Il se dépêchait, ignorant combien de temps il lui restait exactement.

En effet, il avait décidé de rectifier cette fois où Rita Skeeter, transformée en scarabée, avait écouté et espionné Hagrid alors qu'il se confiait à Madame Maxime, et que Ron et Harry l'avaient entendu bien malgré eux. Il avança d'un pas rapide entre les buissons, statues et massifs de fleurs qui bordaient le chemin, en direction de la fontaine qu'il cherchait. Soudain, après quelques dizaines de mètres, il entendit les voix de Rogue et de Karkaroff.

— Depuis quelques mois, on la voit de plus en plus nettement, disait Karkaroff d'une voix précipitée. Je commence à être très inquiet, je dois l'avouer…

— Alors, prend la… commença Rogue. Qu'est-ce que vous faites là, vous ?

Il venait d'apercevoir Harry. Karkaroff sursauta, et tripota nerveusement sa barbe.

— Je me promène, répondit Harry d'un ton froid. Ce n'est pas interdit, que je sache…

— Eh bien continuez à vous promener, lança Rogue en le croisant d'un pas vif.

Harry ne lui prêta aucune attention. Il continua son chemin jusqu'à la grande fontaine ornée de la statue de renne dont il se souvenait. Il aperçut les silhouettes de Hagrid et de Madame Maxime, sur leur banc, un peu plus loin. Il était arrivé.

Il s'accroupit derrière le bord de la fontaine. D'après ce que se disaient Hagrid et Madame Maxime, il était en avance par rapport à la dernière fois. Il releva son regard vers la croupe du renne, s'attendant à y trouver le scarabée… mais il n'y était pas. Harry battit des paupières, regarda sous un autre angle, mais il dut se rendre à l'évidence. Soit le scarabée s'était posé ailleurs, soit il ne viendrait pas cette fois-là (mais Harry ne voyait pas pourquoi), soit, comme il le soupçonnait, il n'était pas encore arrivé. Harry sortit sa baguette et le bocal qu'il avait mis dans sa poche, et s'installa un peu plus dans l'ombre pour attendre.

Un mouvement au coin de son champ de vision lui fit tourner la tête. Il regarda le chemin d'où il venait, seul à mener à la fontaine, mais n'aperçut personne. Il scruta l'obscurité, mais n'aperçut rien de notable. Il haussa les épaules. C'était probablement un oiseau dans une branche de rosier.

Il regarda à nouveau la statue et patienta quelques minutes. Il sentait le vent frais - voire franchement froid - de décembre lui apporter l'odeur des roses des massifs alentour. Soudain, il eut un sourire carnassier : le scarabée venait de se poser sur la croupe de la statue, à l'endroit exact où il se souvenait de l'avoir vu. Il dévissa le bocal, s'approcha, baguette tendue, et sans laisser le temps au scarabée de réagir, il lui jeta un sortilège qui le fit tomber de la statue. Il le ramassa, le jeta dans le bocal, et le revissa prestement. Toujours caché par la statue, il le porta à hauteur d'yeux. C'était bien lui, il le reconnaissait : les marques autour de ses yeux qui ressemblaient à ses lunettes d'écailles, les antennes entortillées comme les boucles de ses cheveux…

Harry était satisfait. Il avait réussi à protéger Hagrid de cette horrible et gorgone malfaisante, et avec un peu de chance elle ne ferait plus souffrir grand monde. Il leva sa baguette pour verrouiller le bocal.

C'est à ce moment-là qu'il aperçut Hermione, qui avançait vers lui d'un pas rapide sur le chemin menant à la fontaine. Il rangea avec hâte le bocal dans sa poche : il ne pourrait pas lui expliquer. Harry pensa à Hagrid, à quelques mètres derrière lui. Il fit des grands signes à Hermione pour qu'elle n'approche pas plus loin. En vérifiant par-dessus son épaule que Hagrid et Madame Maxime ne le voyaient pas, il se pencha et rejoignit Hermione silencieusement.

— Viens plutôt par ici, chuchota-t-il en l'entraînant dans la direction opposée. Il y a… plein de monde, près de cette fontaine.

Elle le suivit, sans cesser de le regarder d'un air amusé. Une fois à bonne distance de la fontaine, Harry se retourna vers elle.

— Alors ? demanda-t-il. Tu me cherchais ?

Hermione acquiesça, sans cesser de le regarder dans les yeux.

— Oui, je te cherchais, répondit-elle lentement, en posant ses mains sur son torse et sur son cou. Ça fait un peu de temps qu'on ne s'est pas vus, tous les deux, non ?

Ce qu'elle sous-entendait était évident, mais maintenant que ses devoirs étaient accomplis, Harry était tenté par une occasion de réellement revoir quelqu'un qu'il n'avait pas vu depuis longtemps : son Hermione.

Hermione n'attendit pas sa réponse et l'embrassa. Elle passa les bras derrière sa nuque, et glissa la langue dans sa bouche. Harry eut un élan de culpabilité en pensant à Ginny, mais se laissa faire. Hermione rompit le contact puis l'emmena par le bras le long d'une statue, pour rejoindre l'herbe derrière les massifs de rose où personne ne les verrait. Hermione le plaqua contre l'arrière de la statue et l'embrassa dans le cou en déboutonnant ses vêtements. Harry se laissa faire, puis la repoussa dans l'herbe sur le dos, défaisant son pantalon pendant qu'elle gloussait d'envie. Il releva sa robe et remarqua qu'elle ne portait pas de culotte. Il se glissa entre ses cuisses, qu'elle écarta en poussant un long gémissement alors qu'il la pénétrait.

Hermione croisa les jambes derrière les fesses de Harry, elle ouvrit sa chemise et griffa son torse, pour l'attirer plus près d'elle. Il sentait la chaleur de ses mains, qui contrastait avec l'air froid de la nuit. Il continua ses mouvements, passant ses mains dans les cheveux d'Hermione et dans l'herbe fraîche. Il ne savait pas vraiment pourquoi, mais les émotions et les sensations que lui procuraient le sexe avec Hermione semblaient multipliées, ce soir-là. Il redoublait d'énergie. Hermione se cabrait dans l'herbe, se retenait visiblement de crier de plaisir, et attirait Harry toujours plus près contre elle. C'était la deuxième fois qu'ils faisaient l'amour dans l'herbe. Harry sentait monter l'excitation. Au moment où ils jouirent tous les deux, Hermione prit sa joue et l'attira contre elle, en l'embrassant passionnément. Il ferma les yeux, et se laissa aller contre elle.

Harry sentait ses muscles se décontracter progressivement. Il relâcha Hermione et roula sur le dos à côté d'elle. Il regarda les étoiles tout en remettant son pantalon. À côté de lui, Hermione se releva et épousseta sa belle robe, maintenant en bien mauvais état après son traitement dans l'herbe.

Harry tenta de se relever, mais il tituba et faillit perdre l'équilibre. Hermione le rattrapa par le bras. Harry était un peu hébété, il sentait le poids de la fatigue de la soirée retomber sur lui et il avait bien du mal à se tenir droit. Hermione l'aida à marcher. Ils rejoignirent le chemin et Hermione le dirigea tant bien que mal vers la statue. Elle l'aida à s'asseoir en s'adossant au socle.

— Tu as l'air fatigué, lui dit-elle avec un sourire. Repose-toi un moment ici…

Harry hocha la tête. Il avait du mal à fixer ses pensées sur un sujet en particulier. Hermione continua à lui parler un moment, il hocha la tête sans chercher à la comprendre. Elle déposa un dernier baiser sur ses lèvres et le quitta avec un sourire.

Harry sourit. Il toucha du bout des doigts ses lèvres sur lesquelles s'étaient posées celles d'Hermione. Ce n'était pas une si mauvaise chose, de pouvoir aller avec elle, finalement.

Il sentit le poids de la fatigue sur son esprit s'apaiser, dans l'air frais de la nuit. Il respira à pleins poumons, en fermant les yeux. Il adossa sa tête contre le socle en pierre derrière son dos. Il sentait la pression redescendre, mais il se demanda si il aurait la motivation nécessaire pour se lever et rentrer dans son dortoir. Peut-être qu'une ou deux Bièraubeurres avaient été de trop. Il haussa presque les épaules : il était bien, là. Il se reposait.

Les pensées d'Harry revinrent d'elles-mêmes vers Hermione, vers le moment qu'ils avaient passé ensemble, vers son corps, vers ses fesses. Il referma les yeux. Pourquoi lui faisait-elle tant d'effet maintenant, alors qu'il avait vécu une grande partie de sa vie d'adulte à ses côtés sans qu'il ne se soit rien passé ? Il aborda le problème d'une autre manière : comment avait-il pu passer à côté d'elle pendant aussi longtemps ? Il sourit.

À sa grande surprise, il sentit son érection revenir progressivement. Le fait d'avoir dansé avec Ginny lui avait décidément tourné la tête pour toute la soirée. Elle se superposa à Hermione dans son esprit. Il visualisait des choses qu'il n'avouerait à sa femme pour rien au monde. Il aurait voulu que Hermione revienne le voir.

Il entendit des pas crisser contre les graviers du chemin, en se rapprochant de lui. Il ouvrit les yeux et le regretta très vite : les lumières oscillantes des fées lumineuses lui donnèrent presque la nausée. Il dodelina la tête et papillonna des yeux, tentant de regagner un semblant de stabilité. Les figures qui s'agitaient dans son esprit et son excitation latente ne l'aidaient pas à se concentrer.

La figure qui s'avançait vers lui s'arrêta et s'accroupit à côté de lui. Harry l'entendit lui parler. Il reconnut l'accent et la diction de Viktor Krum, mais il n'arrivait pas à se concentrer sur ses paroles. Il tentait toujours de garder les yeux ouverts. Il entendait la voix de basse de Viktor le bercer. Même si sa situation n'était pas le cadre typique où Harry avait l'habitude de le rencontrer, le ton de Viktor était inexplicablement rassurant.

Harry se sentit confus. Étaient-ce les mains de Viktor qu'il sentait contre son torse ? Harry se demanda si il essayait de l'aider à se remettre debout. Pour une raison inconnue, il sentit son érection redoubler, et s'arquer contre son pantalon. Il déglutit et prit une grande respiration. Qu'est-ce qui lui arrivait ?

Harry sentit les mains de Viktor s'éloigner de son torse. La pression de son pantalon se relâcha. Il se demandait si il allait s'en aller et se surprit à espérer que non. Puis il sentit les mains chaudes de Viktor sur son sexe, et les caresses qu'il lui faisait lui coupèrent la respiration. Harry gardait les yeux fermés, se concentrant sur le contact entre leurs peaux. C'était exactement ce qu'il désirait. Il se mordit les lèvres, et posa la main sur le bras de Viktor. Viktor se pencha à nouveau vers lui et l'embrassa dans le cou, en gardant son sexe entre ses mains. Harry gémit d'excitation.

Viktor lui passa un bras sous l'épaule et l'aida à se redresser. Harry grogna de mécontentement en sentant ses caresses s'arrêter. Il voulait continuer. Viktor lui fit contourner la statue, lui montrant l'espace à l'abri des regards où il était avec Hermione quelques temps auparavant. Cette fois, il entendit ce que Viktor lui disait.

— Tu veux qu'on aille par là ? lui demandait-il.

Harry hocha vigoureusement la tête. Il voulait à nouveau ressentir la chaleur d'un corps contre le sien, et s'agripper à lui. Viktor le dirigea à travers les buissons, puis le laissa redescendre doucement vers le sol. Harry retomba à quatre pattes et essaya de s'éclaircir les idées. Dans l'obscurité plus profonde, il arrivait à garder les yeux ouverts. Il regarda la cime des arbres de la Forêt Interdite, illuminés par la lumière laiteuse du clair de lune. Il prit le temps de reprendre sa respiration. Il entendait Viktor s'affairer derrière lui. Harry ne voulait pas tourner la tête sous peur de perdre le peu d'équilibre qui lui restait, mais il avait hâte de sentir à nouveau des mains contre son corps. Harry sourit en sentant les genoux de Viktor s'installer dans l'herbe entre ses jambes, et des mains baisser son pantalon. Une nouvelle fois, il sentit l'air froid de la nuit contre ses fesses.

Harry s'était rarement senti aussi excité. Il sentit son propre sexe durci et collé à son abdomen, et sentit celui de Viktor qui se dirigeait entre ses fesses. Il eut le souffle coupé. Le plaisir qu'il ressentait, couplé à l'excitation qui l'emportait et à ses hormones et sensations d'adolescent, était radicalement différent de tout ce qu'il avait pu ressentir pendant sa vie sexuelle d'adulte. Il empoigna des touffes d'herbe et se mordit la lèvre pour ne pas faire de bruit. Les mouvements de son corps étaient rythmés par ceux de Viktor, une autre situation qui lui était inhabituelle. Il en profitait par tous les pores de sa peau, jouissant de toutes les nouvelles sensations qui traversaient son corps.

Leurs mouvements se prolongèrent encore un peu plus tard dans la nuit, jusqu'à ce qu'il entendît Viktor ahaner bruyamment, ralentir ses coups de bassin, et finalement lâcher ses hanches en laissant retomber Harry contre le sol. Ils haletèrent tous les deux bruyamment, tentant de reprendre leur souffle. La tête de Harry tournait encore plus qu'avant. Il entendit Viktor remettre son pantalon, puis se pencher vers lui et déposer un baiser sur sa nuque. Le silence s'installa.

Harry essaya de se redresser. Il tenta de relever son pantalon, mais il ne parvenait pas à coordonner ses mouvements et faillit rouler sur lui-même. Il referma les yeux. Sa peau lui brûlait encore des sensations nouvelles qui lui retournaient le cerveau. Il ne savait plus où il était.

Il entendit quelqu'un approcher, et sentit des mains qui se posaient sur lui, qui écartaient ses cheveux de son visage et qui époussetaient ses vêtements. Il ouvrit les yeux.

Hermione était penchée sur lui. Elle lui sourit, et l'aida à remettre son pantalon et à se mettre debout en vacillant, et en se reposant sur elle. Harry avait une impression de déjà-vu, en se retrouvant avec elle derrière la même statue. Était-ce à nouveau avec elle qu'il venait de faire l'amour ? Est-ce qu'il s'était endormi, et qu'il avait rêvé ce moment où il était resté adossé au socle de la statue ?

Il laissa Hermione le faire marcher et le diriger sans discuter. Il était trop confus pour comprendre ce qui se passait. Il ne savait pas si il était à l'extérieur ou à l'intérieur du château. Il lui sembla qu'ils montaient des marches pendant un moment interminable.

Puis, sans transition, il se retrouva affalé à plat ventre sur son lit. Il sentit vaguement qu'Hermione lui retirait ses vêtements et le couvrait d'une couette. Il marmonna un remerciement et plongea immédiatement dans le sommeil profond qui lui tendait les bras.