Harry émergea lentement. Il regarda autour de lui, la bouche pâteuse. Sans ses lunettes, ses yeux flous ne l'aidaient pas à comprendre où il se trouvait. Tout était sombre, mais une lumière rouge et or filtrait, par l'entrebâillement… des rideaux de son baldaquin.
Il fronça les sourcils et se frotta les yeux en bâillant. Il avait des crampes partout, et il avait l'impression d'avoir des bleus aux genoux, aux paumes et aux fesses… Il avait dû s'asseoir un peu trop brusquement…
Il interrompit son geste et retomba lentement contre ses oreillers. Le Bal ! La soirée commençait à lui revenir, le repas, l'ouverture du bal avec Ginny… avec ses souvenirs, montaient en lui à la fois un sentiment de satisfaction et de plaisir, mais aussi un pressentiment désagréable, un mélange de plaisir et de révulsion. Qu'est-ce qui lui était arrivé ?
La vérité lui revint comme un coup de massue. Il repassa dans sa tête ce qui s'était passé dans le parc. D'abord le scarabée sur la statue, puis ensuite, Hermione… et enfin Viktor Krum.
Harry eut un haut-le-corps. Il se souvenait maintenant clairement des mains que Krum avait passé contre son corps, de comment ils s'étaient embrassés, la manière dont Krum l'avait emmené poursuivre ça plus loin… et la manière dont Harry l'avait désiré.
Il resta les yeux dans le vague, prenant conscience de ce qu'il avait fait, mais plus précisément de ce qu'il avait voulu la veille. Rien ne l'avait préparé à ça.
Il finit par se ressaisir et, toujours perdu dans ses pensées, il s'étira lentement et commença à mettre ses vêtements.
Il tentait de se remémorer l'ordre dans lequel les choses s'étaient passées. Il se rappelait de tout jusqu'au moment où il s'asseyait contre la statue et où Hermione repartait. Ensuite, les choses devenaient plus floues. Harry fronça les sourcils. Avec ce dont il avait été témoin venant d'elle… est-ce qu'Hermione avait un lien avec cette histoire d'homosexualité ? Est-ce qu'elle l'avait… converti ? Harry cherchait un mot plus adapté mais n'en trouvait pas. Persuadé ?
Il haussa les épaules et descendit les marches qui descendaient du dortoir.
La réalisation de ce qu'il avait fait avec Krum lui glaçait le sang. Rien que de se représenter ce à quoi ils avaient dû ressembler… il en avait la nausée. Mais ce qui le dégoûtait le plus… c'était qu'il ne pouvait pas en vouloir à Krum. En réalité, il n'était même pas vraiment énervé contre lui. Parce que ce qui lui donnait réellement envie de se terrer dans un trou et de ne jamais en sortir… c'était qu'il l'avait voulu.
Pourtant, se dit-il en boitant de l'escalier vers le trou dans le mur qui sortait de la salle commune, en-dehors de l'horreur qu'il ressentait envers lui-même, il ne se sentait pas particulièrement transformé, ou converti. Il ne ressentait que les symptômes habituels d'un lendemain de soirée, accompagnés d'un peu de douleur physique sans gravité. Avec un peu de chance, ce n'était qu'une folie passagère qui l'avait pris pendant un soir… à cause de ses hormones adolescentes ?
Harry soupira. Il fallait espérer que ça n'était que ça, et pas quelque chose de plus grave. En passant la porte de la Grande Salle, il se demanda si aller voir Madame Pomfresh n'était pas finalement sa meilleure option, à court terme.
Il se figea en arrivant à la table des Gryffondor. Hermione le regardait, l'air anxieux. Harry rougit et eut envie de se recroqueviller sur le sol de honte : Hermione l'avait vu ! Elle savait tout de ce qu'il avait fait avec Krum ! Harry se força à se ressaisir.
Hermione avait devant elle une pile de toasts enveloppés dans une serviette, signe qu'elle l'avait attendu là pour aller manger autre part. Elle se leva et le rejoignit en quelques enjambées.
— On… va manger près du lac ? lui proposa-t-elle.
Harry acquiesça et ouvrit le chemin. Ils quittèrent le château, Harry marchait devant, le regard sombre et fixé sur le sol, la mâchoire serrée. Que voulait Hermione ? Que savait-elle ? Harry trouva un coin d'herbe bordant le lac, suffisamment isolé à la fois des chemins où des élèves pourraient passer, et du bâteau de Durmstrang.
Alors qu'il hésitait sur la manière dont il devrait questionner Hermione, elle rompit le silence et commença à lui révéler ce qu'elle avait fait. Comment Viktor lui avait demandé de l'aide, comment elle avait accepté de l'aider. Comment elle avait mis de l'euphorisant dans les plats de Viktor et de Harry, mais aussi dans ceux de Ginny et d'Hermione elle-même. Harry haussa un sourcil, mais la laissa continuer.
Elle continua sur comment elle l'avait retrouvé dans le parc, comment elle avait couché avec lui pour le mettre dans de bonnes dispositions, puis comment elle l'avait surveillé et s'était assuré que tout se passerait bien entre Viktor et lui. Comment il avait paru être volontaire pour qu'ils continuent plus loin tous les deux. La gorge serrée, Harry reconnut qu'il s'en souvenait.
— Je suis désolée de ne pas te l'avoir dit, conclut Hermione. Mais tu n'aurais jamais accepté d'essayer, et puis tout s'est bien passé, au final, non ? J'ai fait tout ce que j'ai pu pour qu'il n'y ait pas de problème, et pour que tu en profites tout autant que lui.
Harry acquiesça silencieusement. Il essayait de faire le point. D'un côté, Hermione n'avait vraiment pas l'air de se rendre compte de ce qu'une telle déviance présente dans sa mémoire pouvait lui infliger. D'un autre côté, ses précautions étaient réelles : elle ne lui avait pas réservé le même traitement qu'à Fleur Delacour.
— C'est ce que je me dis, acheva-t-il en lui faisant part de ses sentiments. Tu n'as pas utilisé de filtre d'amour, de la manière dont on a manipulé Fleur. Et encore heureux, puisqu'on n'a pas poussé Fleur à faire l'amour avec Ron. Enfin, j'espère… il faudra lui demander comment leur soirée s'est terminée…
Hermione rougit. Elle se racla la gorge.
— Oui… évidemment, je n'allais pas te traiter comme ça. Par contre, je ne comprend pas ce que tu racontes, entre Viktor et toi. Cette histoire de déviance ?
Harry la regarda fixement.
— Les relations entre garçons ne sont pas une déviance, tu sais ? continua-t-elle. C'est parfaitement normal, les relations homosexuelles.
Harry eut un haut-le-cœur.
— Comment ça, normal ? rétorqua-t-il. Bien sûr que non, c'est anormal ! C'est malsain !
— Pas du tout ! répondit Hermione, plus étonnée qu'autre chose. Il n'y a rien de malsain là-dedans, tu te trompes complètement. Je ne sais pas d'où t'est venue cette idée saugrenue !
Harry laissa échapper un hoquet de dédain.
— Bien sûr, saugrenue… Mais qu'est-ce que tu en sais ? Tu n'es qu'une…
Harry se retint à temps avant de dire "une gamine", devant Hermione qui croyait qu'il avait le même âge qu'elle.
Mais Hermione se figea, les sourcils froncés.
— Une quoi ? rétorqua-t-elle d'une voix aiguë. Une quoi, Harry ? Attends, tu étais au courant que j'allais au bal avec Viktor, qu'est-ce que tu sais d'autre exactement sur ma vie ?
Hermione le fixa d'un air mi-scandalisé, mi-effrayé. Harry comprit soudain la manière dont elle avait interprété sa phrase inachevée.
— Alors, ce n'est pas à ça que je pensais, expliqua-t-il plus calmement, je pensais plutôt à ton âge. Mais oui, puisque le sujet est là, on peut parler de ta relation avec Ginny, de la manière dont tu la manipules, et de ce vers quoi vous vous guidez… !
Hermione le regarda fixement. Elle prit plusieurs inspirations pour se calmer, puis détourna le regard vers le lac.
— De toute façon, répondit-elle, quoi que soit ce dont tu m'accuses, tu en es aussi. Je ne t'ai rien donné de particulier qui pousse à avoir une relation homosexuelle, hier soir, et pourtant regarde ce que tu as fait. C'est toi qui l'a voulu, on ne t'a pas forcé.
Harry ne répondit pas. Il fixait le sol, conscient de la part de responsabilité qu'il portait.
— Non, Harry, continua-t-elle, l'homosexualité masculine comme féminine n'est pas malsaine, ce n'est pas une déviance, c'est quelque chose de parfaitement normal. Ce n'est simplement pas très courant, alors j'imagine que tu dois penser ça parce que quelqu'un de mal avisé te l'a dit, et parce qu'aucun… exemple dans ton entourage n'est venu te détromper.
Harry l'entendit tourner la tête vers lui. Il fut incapable de lever le regard du sol.
— Mais et moi, Harry ? plaida-t-elle, la voix tremblante. Et Ginny ? Tu ne nous fais pas assez confiance ? On n'est pas des bons exemples ? Tu le vois, que rien de mauvais ne nous est arrivé depuis le début de l'année, non ? On est heureuses ! Quelle raison peut te faire croire que l'homosexualité est quand même mauvaise, quand tu es face à nous ?
Elle avait touché un point sensible. Harry remit soudainement en question ce qu'il avait cru - il lui semblait - toute sa vie. Ce qu'elle disait était vrai : pourquoi pensait-il ça ? Pour quelle raison ? En se rappelant ce qu'il avait ressenti la veille au soir, force était de constater que ça s'était bien passé. Il avait ressenti, à peu de choses près, la même chose que lors de ses expériences précédentes. Les sensations avaient été différentes, mais les émotions étaient les mêmes. Il se demanda pourquoi il ressentait cette honte et ce dégoût envers ce type de relations. Il avait toujours considéré ça comme quelque chose d'anormal, d'immoral, voire comme une maladie. Mais au fond, pourquoi ?
Harry se retourna vers Hermione, et vit une larme couler sur sa joue. Elle lui adressait un regard à la fois meurtri et accusateur. Il ne savait pas quoi dire. Il voulait à la fois s'excuser, la rassurer et se rassurer lui-même. Il fit alors ce qu'il n'aurait jamais cru faire : il la prit dans ses bras et éclata en sanglots.
Ils se séparèrent assez vite, de peur qu'on les aperçoive de loin, mais c'était comme si ils s'étaient tout dit. Ils s'essuyèrent les yeux, sourirent et reprirent leur place assis l'un à côté de l'autre, regardant au loin, perdus dans leurs pensées.
Harry accusait le coup. Il tenta de ne pas penser à Krum, et décida de se replonger dans ces questions plus tard, à froid. Il s'éclaircit la gorge.
— Du coup… demanda-t-il. Ginny est au courant que tu… fais l'amour avec d'autres gens qu'elle ?
Hermione hocha la tête.
— Oui, elle est au courant. On en parle ensemble, d'ailleurs, si tu veux tout savoir.
Le cœur de Harry manqua un battement.
— Attends… tu lui as parlé d'hier soir ? balbutia Harry.
— Non, non ! s'écria Hermione. Enfin, je ne lui ai rien dit sur Viktor et toi. Personne n'est au courant. Je lui ai raconté ce que moi j'ai fait hier soir, mais c'est tout.
Harry poussa un long soupir de soulagement. Il n'était pas encore sûr de savoir quoi faire de Krum, mais si la moitié de l'école avait été au courant…
— Tiens, voilà Ron, dit Hermione en pointant l'entrée du château.
Ron venait de sortir. Harry le reconnaissait de loin à ses cheveux roux. Il se dirigeait dans leur direction, en contournant le lac.
— Comment on va faire, pour Fleur et lui ? demanda Harry en se retournant vers Hermione. Il en est où, son philtre d'amour ?
Hermione se mordit les lèvres.
— Harry, il faut que je te dise autre chose. Hier soir, j'ai aussi fait l'amour avec Fleur… et Ginny aussi.
Harry la regarda avec des yeux ronds. Hermione attendait sa réaction, l'air incertain.
— Tu l'as… balbutia Harry. Tu lui as fait l'amour avec Ginny ?
— Non, séparément. On y est allé l'une après l'autre. J'ai détourné le philtre sur moi, puis sur Ginny.
Harry était un peu désappointé. Ça faisait un peu trop de monde qui couchait avec sa femme à son goût… Enfin, cette Ginny-là était indépendante, elle faisait bien ce qu'elle voulait.
— Normalement, Fleur ne se souvient de rien, reprit rapidement Hermione. J'ai troublé sa mémoire, et l'alcool et l'euphorisant ont aidé. Si tout a bien fonctionné, elle doit se souvenir d'avoir volontairement couché avec Ron dans les massifs de fleurs… même si en réalité c'était nous.
— D'accord… mais Ron ne se souvient de rien, lui ? Puisqu'il ne s'est rien passé…
— Non, c'est vrai, répondit Hermione, mais j'ai aussi levé le charme. Elle n'est plus attirée du tout par lui, ce matin. Donc avec un peu de chance, elle aura honte d'avoir couché avec lui, surtout dans un lieu public, et elle ne racontera rien à personne.
Harry hocha la tête. Ils se levèrent comme Ron arrivait. Harry sourit en réalisant qu'en ayant couché avec Ginny, été la partenaire de bal de Ron et marié Bill, Fleur Delacour avait décidément exploré bien des aspects de la fratrie Weasley.
— Où vous étiez passés ? leur demanda Ron d'un air un peu grognon.
— On s'était mis là pour prendre l'air, être un peu plus au calme que dans la Grande Salle, répondit Hermione.
— Oui, Seamus m'a dit que vous étiez là. Mais hier soir, je veux dire ? À un moment, Fleur m'a dit de l'attendre, donc je l'ai attendue, et vous étiez déjà partis. Je ne vous ai pas revus de la soirée… et Fleur non plus, d'ailleurs.
Hermione rougit un peu et Harry jeta sur Ron un regard compatissant.
— J'avais un peu trop bu, moi, hier soir, dit Harry sans trop s'éloigner de la vérité. Quand je suis rentré me coucher, je n'étais pas en état de prévenir qui que ce soit.
— Pareil, renchérit Hermione. J'étais K.O.
— Ne te tracasse pas pour Fleur, improvisa Harry. C'est comme ça qu'elle est, j'imagine, comme elle doit plaire à plein de gens, ça… m'aurait étonné qu'elle s'attache.
— Oui, renchérit Hermione. Je pense que tu devrais te concentrer sur le positif : tu es sorti avec elle pour le Bal, et on l'a ouvert tous ensemble ! Ce n'est pas quelque chose dont tout le monde peut se vanter…
Ron esquissa un sourire.
— C'est vrai… reconnu-t-il.
— Passe à autre chose, laisse-la derrière toi, conseilla Harry en passant le bras derrière ses épaules. Une fille comme ça, il vaut mieux garder un bon souvenir du moment que vous avez passé ensemble.
Ron haussa les épaules.
— Ouais, de toute façon je n'arriverai plus jamais à sortir avec quelqu'un comme ça…
— Mais non…
Pendant qu'ils essayaient de le réconforter en revenant vers le château, une pensée traversa subitement la tête de Harry. Il s'éloigna d'eux pour s'éloigner vers la lisière de la Forêt Interdite, en assurant à Ron et Hermione qu'il les retrouverait à la Salle Commune.
Harry s'était soudain souvenu de Rita Skeeter, et du scarabée qu'il avait capturé près de la statue. Il n'avait pas retrouvé le bocal dans ses vêtements, alors qu'il se souvenait distinctement l'avoir mis dans sa poche. Il avait pu tomber à peu près n'importe où, mais l'endroit où il avait… passé beaucoup de temps, restait l'endroit où il avait le plus de chances de le retrouver.
En se situant par rapport à la position du château, du lac et de la forêt interdite, il parvint à situer l'emplacement de la statue et de l'étendue d'herbe qu'il cherchait. Il sortit sa baguette et murmura des incantations en scrutant du regard les touffes d'herbe qui l'entouraient. Il avait placé des protections magiques sur le bocal, ce qui l'empêchait de recourir à un simple accio ou aux sortilèges simples.
Sans succès, il se dirigea vers l'emplacement de la clairière et de la fontaine où il avait capturé le scarabée, puis entreprit de faire le chemin du retour vers la porte du château, dans l'espoir de retracer peu ou prou l'itinéraire qu'Hermione et lui avaient dû suivre à la fin de la soirée.
Soudain, sa baguette frémit : il avait trouvé quelque chose. Il s'approcha, s'accroupit et soupira de dépit. Le bocal gisait ouvert sur le sol, le couvercle à quelques centimètres de là. Il avait dû tomber de sa poche… au moment le plus improbable !
Ensuite, le scarabée avait dû forcer l'ouverture, en essayant pendant toute la nuit. Ou alors Harry ne l'avait pas correctement refermé - il se rappelait ne pas avoir eu le temps de sceller magiquement le couvercle. Ou alors un élève passant par là avait ouvert le bocal pour libérer le scarabée prisonnier ? Après tout, tout était possible. Harry fourra le bocal et son couvercle dans sa poche et repartit en direction du château.
En montant les marches qui menaient à la salle commune de Gryffondor, Harry repensa à ce qu'Hermione lui avait dit. Elle avait fait l'amour avec Fleur pendant la nuit, et avec lui, et la liaison avec son monde n'avait pas été établie pour autant. L'échec de ses tentatives devenait un peu préoccupant, mais c'était peut-être pour le mieux étant donné l'activité sexuelle d'Hermione - si Hermione de son monde se retrouvait face à Ginny, ou à Fleur… les conséquences seraient impossible à maîtriser.
Le mois de janvier commença doucement, apportant le retour des cours, et une épaisse couche de neige qui recouvrit le parc. Harry faisait de son mieux pour ne pas croiser Krum, que ce soit dans les couloirs, dans le parc ou dans la Grande Salle, en se réfugiant dans ses habitudes scolaires. Il se donnait du temps pour ruminer, essayant de se vider la tête, ce qui marchait plutôt bien. Il eut une mauvaise surprise en apercevant, un soir, Hermione qui discutait avec Krum dans le parc. Mais il prit son mal en patience et pensa à autre chose.
Les vitres des serres étaient recouvertes d'une buée si dense qu'il fut impossible de voir au travers pendant la classe de botanique. Les quatrième année de Gryffondor finissaient leur cours au moment où les sixième année de Poufsouffle, emmitouflés dans leurs capes, attendaient à l'entrée. Harry rangea ses affaires et rabattit le col de son manteau en avançant à travers la couche de neige.
— Hé ! Harry !
Harry se retourna. C'était Cédric Diggory, qui s'avançait vers lui. Il fronça les sourcils et s'écarta des autres élèves.
— Oui ? demanda-t-il quand ils furent hors de portée d'écoute.
— J'ai une dette envers toi pour m'avoir parlé du dragon, expliqua Cédric. Alors, je voulais te dire, au sujet de l'œuf d'or… Est-ce que le tien se met à hurler quand tu l'ouvres ?
— Oui, dit Harry qui commençait à comprendre ce qui était en train de se passer.
— Il faut que tu prenne un bain, d'accord ?
— Quoi ?
— Prend un bain… heu… avec l'œuf et… réfléchis, balbutia Cédric. L'eau chaude t'aidera… Fais-moi confiance.
Harry fit de son mieux pour avoir l'air perplexe.
— Mr. Diggory, vous venez ?
Cédric et Harry se retournèrent vers le professeur Chourave qui les regardait, sur le point de refermer la porte de la serre.
— Oui, professeur, une seconde ! assura Cédric avant de se retourner vers Harry. Bon, un dernier conseil, Harry. Va dans la salle de bain des préfets. C'est au cinquième étage, la quatrième porte à droite après la statue de Boris le Hagard. Le mot de passe, c'est "Fraîcheur des Pins".
Puis il se précipita vers la serre où le professeur Chourave commençait à s'impatienter.
Harry sourit en avançant vers le cours de soins aux créatures magiques de Hagrid. Il lui avait fallu paraître perplexe sur le moment, mais il devrait absolument remercier Cédric dès la prochaine occasion. La branchiflore attendait dans sa valise, patiemment préservée.
Harry garda soigneusement l'information de la salle de bain des préfets dans un coin de sa tête. Il avait bien envie d'aller y faire un tour un jour ou l'autre.
Quand la nouvelle fut placardée, vers le milieu du mois de janvier, qu'une sortie à Pré-au-Lard était prévue, Harry se pressa d'y entraîner Ron et Hermione. Il avait bien envie de sortir un peu du château, étant donné qu'il n'en était pas réellement parti depuis septembre. C'était la période la plus longue, de loin, qu'il passait à Poudlard depuis ses années d'études, et passer noël chez les Weasley ne lui aurait pas déplu.
Le samedi, les trois amis quittèrent le château et traversèrent le parc humide et froid en direction du grand portail qui délimitait le domaine de Poudlard. Lorsqu'ils passèrent devant le vaisseau de Durmstrang amarré au bord du lac, Harry eut un pincement au coeur en voyant Viktor Krum apparaître sur le pont, vêtu d'un simple maillot de bain. Il se plaça discrètement derrière Hermione, mais Viktor ne tourna pas le regard dans leur direction avant de plonger dans l'eau glacée.
Harry laissa Ron et Hermione commenter ce qu'ils venaient de voir, pendant qu'il avançait à côté d'eux. Alors que Ron marchait en arrière en fixant Krum en train de nager, Hermione se rapprocha de lui.
— Tu sais, chuchota-t-elle, j'ai conseillé à Viktor de ne pas venir te parler, et de te laisser tranquille. Pour ne pas te mettre mal à l'aise, et te laisser y réfléchir comme tu veux.
— Merci bien, répondit Harry très sincèrement. Je pense que c'était la bonne chose à faire.
Hermione jeta un coup d'oeil à Ron, qui n'allait pas tarder à les rejoindre.
— Si tu veux, on peut en parler, tous les deux, lui proposa-t-elle. Trouve-moi une occasion où on peut être à l'écart de Ron, et on peut discuter de tout ça…
Harry acquiesça alors que Ron arrivait à côté d'eux, essoufflé.
— C'est quand même dingue, qu'il arrive à nager dans une eau si froide, non ?
Alors qu'ils avançaient dans la grand-rue du village, en arrivant en vue des Trois Balais, Harry fit appel à ses souvenirs magiques et se rappela de ce qui l'attendait à l'intérieur : une entrevue ennuyeuse avec Ludo Verpey, suivie d'une altercation avec Rita Skeeter suivie de son photographe. Sauf que…
Sauf que Rita Skeeter n'était pas celle dont il se souvenait. Maintenant, elle avait passé un très mauvais Noël, où elle n'avait pu glaner aucune information sur Hagrid, ce qui suivait plusieurs articles croustillants (pour elle) que Harry avait effacé de cette réalité. Que devenait-elle ?
Harry décida de rester dans les environs, et de chercher à l'apercevoir si par hasard elle passait quand même dans les environs. Ils s'installèrent donc à une table des Trois Balais, dans un coin à l'opposé de celui où Ludo Verpey discutait avec trois gobelins. Harry s'assit à la place près de la fenêtre, pour être le moins visible possible.
Pendant que Ron et Hermione discutaient, il le surveillait de loin et gardait un œil sur les entrées et sorties, en sirotant sa Bièraubeurre. Verpey finit par sortir quelque chose de sa poche pour le déposer sur la table, visiblement à contrecœur. Les gobelins attendaient manifestement plus que ça, mais ils l'empochèrent et le laissèrent quitter précipitamment le bar par la porte d'entrée.
Les gobelins n'en avaient visiblement pas fini avec lui. Ils semblaient se disputer entre eux sur l'attitude à suivre.
— Hé, oh, ça va Harry ? Tu dors ?
Harry tourna la tête et vit Ron le regarder d'un air narquois.
— Tu cherches quelqu'un ? demanda Hermione.
— Non… répondit Harry évasivement.
Il réfléchit un moment.
— Enfin, si, je cherche quelqu'un. Rita Skeeter.
— Qui ça ? demanda Hermione.
— C'est une journaliste, non ? dit Ron. J'entends souvent Percy et mon père pester contre les articles qu'elle fait contre le ministère. Enfin, ça fait longtemps que je ne les ai pas entendu en parler…
— Oui, mais ça fait aussi depuis l'été dernier que tu ne les as pas vus, répondit Harry d'un ton narquois.
— C'est vrai, répondit Ron. Pourquoi tu t'intéresses à elle ?
— Elle était là il y a quelques semaines pour interviewer les champions et prendre des photos, répondit évasivement Harry. Et…
Avant qu'il puisse inventer une raison, ils furent interrompus par Fred et George qui venaient d'entrer. Ils étaient visiblement de bonne humeur, et avaient commandé assez de Bièraubeurre pour toute la tablée.
— Salut vous trois ! lança Fred en posant les chopes sur la table alors que Harry, Ron et Hermione leur faisaient de la place. Comment se passe votre hiver ?
— Harry, ça avance, l'oeuf d'or ? renchérit George.
— Oui, sans problème, ne te fais pas de soucis pour ça, répondit Harry.
— Et vous, qu'est-ce qui vous rend si en forme ? demanda Ron ?
— On ne peut pas en parler, répondit George. Top secret.
— Mais on peut partager ! dit Fred en distribuant les chopes.
— Un succès financier, donc, déduisit Harry en pensant à l'or qu'ils avaient récupéré de Verpey lors de la Coupe du Monde.
George ne répondit pas, mais il sourit et leur leva son verre. Pendant qu'il buvait, Fred continua.
— On a quelque chose en préparation, et ça a l'air de bien se lancer. Et vous ? Qu'est-ce que vous faites en ce moment ?
— Rien de particulier, les cours quoi, répondit Ron en haussant les épaules et en descendant sa Bièraubeurre à son tour.
— En fait, dit Hermione, avant votre arrivée, Harry se posait des questions sur Rita Skeeter…
Fred partit d'un grand éclat de rire, à la surprise du reste de la tablée, y compris de son jumeau. Devant leurs regards étonnés, il s'expliqua.
— Elle a été virée ! Juste après le nouvel an, il y a même pas quelques semaines.
— Ah bon ? demanda Hermione. Pourquoi ? Et pourquoi c'est étonnant ?
— Personne ne sait pourquoi, répondit Fred. C'est ça qui est étonnant. Elle était payée grassement avec un statut de permanent à la Gazette, qu'ils maintenaient depuis des années. Sauf que depuis quelques mois, vers la Toussaint à peu près, il y a apparemment eu des conflits entre elle et la hiérarchie, qui sont restés complètement secrets pour ne pas risquer qu'on doute de la Gazette et de la façon dont elle est gérée.
— Comment tu sais tout ça ? demanda George.
— C'est notre contact, tu sais, celui qui…
Il fit quelques gestes pour faire comprendre quelque chose à George sans le révéler au trio.
— Ah, oui ! répondit George, étonné. Il sait ça, lui…
— Ouais, continua Fred, alors que quasiment personne n'est au courant, même au ministère.
— C'est normal, répondit Harry. Le ministère ne surveille pas la presse.
Fred haussa les épaules.
— En tout cas, ils ont fini par la dégager. Alors qu'avant, elle leur rapportait un beau pactole et elle en récoltait autant. La fin d'un partenariat comme ça, ça pourrait faire la une des autres journaux ! Mais non, ils ont réussi à garder tout ça secret. Enfin, presque, conclut-il avec un clin d'œil.
— D'accord… réfléchit Hermione. Donc ils se sont assis sur une grosse source d'articles, ce qui représente pour eux une source financière non négligeable… et on ne sait pas pourquoi ?
Fred acquiesça.
— Mais ce qui compte, c'est qu'elle soit partie ! Je ne le dirais pas devant Percy, mais elle a ruiné la carrière et la réputation de tellement de monde, au ministère et ailleurs, elle mérite amplement la situation dans laquelle elle est.
Ils continuèrent leurs Bièraubeurres. Harry était satisfait des réponses à ses interrogations, et il était content qu'elles aient détourné l'attention de pourquoi il les avait posées au départ.
Sur le chemin du retour vers le château, alors que Ron était en pleine conversation avec ses frères, Harry avançait dans la neige qui craquait sous ses pas. Il réfléchissait à l'œuf d'or, à ce que lui avait dit Cédric, à ce qui lui restait à (ré-)accomplir. À la salle de bain des préfets. À la proposition d'Hermione.
Il se rapprocha d'elle, sans attirer l'attention des trois Weasley.
— Je veux bien qu'on aille se voir quelque part pour discuter, souffla-t-il. Une nuit, je te préviendrai, et on se retrouvera quelque part dans le château.
Hermione lui sourit, acquiesça, et pris sa main dans les siennes. Elle était là pour lui. Ça lui faisait chaud au cœur.
