La salle de bain du cinquième étage
Sous sa cape d'invisibilité, Harry descendait l'escalier qui séparait la salle commune de Gryffondor de la salle de bain des préfets. Quelques jours avaient passé. Il avait pris l'œuf d'or sur lui, au cas où : si il se faisait prendre dans les couloirs, travailler pour la gloire de l'école serait mieux perçu que d'organiser des rendez-vous en tête à tête. Et il pourrait lui servir de prétexte pour écarter un témoin gênant.
Il gardait les yeux fixés sur la Carte du Maraudeur. Il avait bien choisi son jour, celui où il s'était baigné la première fois : il savait, cette nuit-là, où seraient Rogue, Rusard et l'imposteur, les trois personnages susceptibles de le surprendre. Même si ils devaient parcourir les couloirs, autant les avoir présents et sous les yeux, qu'imprévisibles.
Ses pas le menèrent enfin devant la statue de Boris le Hagard. Il atteignit la bonne porte, murmura le mot de passe et se glissa à l'intérieur.
Une fois les lumières allumées, Harry posa sa cape et l'œuf sur un banc en pierre qui bordait les murs de la pièce. Il resta debout et s'éclaircit la gorge.
— Mimi, appela-t-il d'une voix forte et claire. Sors de ta cachette, je sais que tu es là !
Sa voix résonna dans la pièce, mais seul le silence lui répondit. Harry fronça les sourcils.
— MIMI ? appela-t-il à nouveau. Tu peux sortir !
Comme rien ne se passait à nouveau, Harry sortit sa baguette et la promena dans toutes les directions, en tentant de détecter sa présence… mais rien ne se manifesta. Pour en avoir le cœur net, il prit la Carte du Maraudeur. Mais c'était bien ça : il était seul dans cette zone-ci du château, et en cherchant un peu… Mimi Geignarde était bien dans ses toilettes à elle, au deuxième étage.
Harry était surpris. Il ne mit pas sa mémoire en doute : il faisait confiance aux sortilèges d'Hypermnésie qui ne lui avaient jamais fait défaut, et il se souvenait très distinctement de l'entrevue qu'il avait eu avec Mimi Geignarde la fois précédente, où elle l'avait aidé à percer le secret de l'oeuf d'or.
Il commença à ouvrir les robinets qui entouraient la baignoire… il aurait presque pu dire la piscine, et qui déversaient leurs bulles et mousses parfumées pour la remplir. Il fit ça machinalement, tout en réfléchissant à ce que l'absence de Mimi impliquait.
Il avait jusque-là vu peu de divergences inattendues entre ses souvenirs et les événements qui l'avaient entouré. Il y en avait eu beaucoup qui découlaient directement de ses actes, comme la carrière de Rita Skeeter, ou qui tournaient autour du comportement d'Hermione. Est-ce qu'Hermione avait eu une interaction avec Mimi Geignarde qui avait annulé sa venue dans cette salle de bain ce soir-là précisément ? Ou est-ce que c'était la conséquence de quelque chose d'autre… le fait que Cédric ne lui ait raconté comment résoudre l'énigme de l'œuf d'or que bien plus tard que prévu ? Que Verpey ait remboursé Fred et George ? Que les Weasley n'aient pas fait exploser le salon des Dursley en venant le chercher ?
Harry secoua la tête. Ces hypothèses devenaient de plus en plus fantaisistes. Il se releva et commença à refermer les robinets alors que la baignoire finissait de se remplir. Il jeta un coup d'œil à la Carte : Hermione était en train de descendre vers lui. Il suivit son déplacement du regard, en vérifiant que personne n'allait dans sa direction - mais non, cette partie du château était bel et bien déserte - et au moment où elle passa devant là où il se trouvait, il ouvrit la porte.
Hermione sursauta en le voyant. Elle regarda rapidement autour d'elle et s'engouffra dans la salle. Harry referma la porte derrière elle.
— Tu m'as fait peur ! accusa-t-elle en retirant sa cape et l'écharpe qui masquaient son visage.
— Je t'ai vue arriver sur la Carte, expliqua Harry en la reposant avec ses affaires. Désolé, j'aurais pu te prévenir mais je voulais faire le moins de bruit possible.
Hermione acquiesça et lui adressa un sourire rassurant. Ils s'assirent l'un à côté de l'autre sur le rebord de la baignoire, les pieds dans l'eau. Hermione n'avait pas son comportement habituel de quand ils se retrouvaient tous les deux, très entreprenante et aguicheuse ; à la place, elle se tenait sagement à côté de lui, en gardant ses vêtements. Elle respectait le fait qu'il était là pour lui parler, et elle voulait l'écouter. Harry était content de la voir adopter un comportement respectueux et responsable.
Hermione posa la main sur son épaule.
— Alors, comment tu te sens ? demanda-t-elle.
Harry rassembla ses pensées.
— Un peu perturbé, pour tout te dire, expliqua Harry. Ça m'a touché, ce que tu m'as dit l'autre fois, le lendemain de Noël, et ça m'a marqué. En fait, j'ai… j'avais toujours regardé l'homosexualité comme quelque chose de mal, de malsain, tout ça, et je me suis rendu compte… tu m'as fait me rendre compte, d'un coup, que je n'avais aucune vraie raison de penser ça. J'avais adopté cette idée comme une vérité, sans jamais me demander sur quoi elle reposait.
Harry sentait sa respiration s'accélérer et son coeur battre plus fort. Il déglutit.
— En plus, maintenant, je ne comprends pas pourquoi il y a si peu de monde qui… fait ça. Ça n'est pas une idée si bizarre que ça, en fait. Je ne sais pas comment j'ai pu vivre toute une vie… enfin, jusqu'ici je veux dire, sans connaître personne qui soit comme ça. Enfin, à part toi.
Harry regarda Hermione. Elle n'avait pas eu l'air de relever la référence à sa vie d'avant qu'il avait laissé échapper. Elle le serra contre elle.
— C'est pas très grave, Harry. Je ne sais pas non plus pourquoi les gens sont comme ils sont, mais ça ne va pas changer ta vie. Concentre-toi sur ce que tu es, toi, sur ce que tu veux être par rapport aux autres, c'est ça qui est important.
Harry acquiesça. Il était sidéré de voir une adolescente de quinze ans lui donner des conseils si pertinents, et remettre si facilement en question ses certitudes d'adultes. Il continua, et elle retira le bras de ses épaules.
— Je ne vais pas aller plus loin avec Krum. C'est trop de soucis à aborder, sur qui je suis, sur ce que j'ai envie de faire… Et puis, sans parler du danger que ça représente alors qu'on est deux figures publiques, deux champions du tournoi ! Non, je n'ai pas prévu de revenir lui parler. Mais merci encore de lui avoir demandé de ne pas venir me voir.
Hermione lui sourit.
— On en a parlé tous les deux. Ça ne lui pose pas de problème : il est très content de ce qui s'est passé, d'avoir eu son moment avec toi. Il serait… partant pour te revoir, évidemment, et pour continuer d'une manière ou d'une autre, mais il n'a pas de regrets si il doit se contenter de ce que vous avez fait ensemble. Il dit que c'est un grand honneur, et qu'il peut en rester là.
Harry eut un sourire flatté, et légèrement gêné.
— Non, il ne se passera sûrement rien. Inutile de me compliquer la vie avec ça, alors que je dois déjà gérer ma relation avec toi… et puis, avec Ginny aussi. On était ensemble au bal, et je ne sais pas si je veux continuer.
Harry mentait. Il savait très bien qu'il voulait construire une relation avec Ginny, mais il ne voulait pas pousser Hermione à la confrontation.
— Je ne sais pas vraiment ce que je veux faire avec elle, continua Harry. Je ne sais pas exactement ce que je ressens… et la relation que vous avez ne simplifie pas les choses.
Hermione sourit.
— Ne t'inquiète pas, si moi je me permet de coucher avec n'importe qui sans elle, je ne vais pas l'empêcher d'aller avec toi. Et je ne vais pas non plus lui parler de ce que tu me dis sur elle, de ce que tu penses d'elle, de ce que tu ressens sur elle… Tout comme je ne te raconterai pas ce qu'elle pense de toi de son côté.
Elle lui fit un clin d'œil qui amusa Harry.
— Enfin, je comprend que ça puisse compliquer les choses, mais ça ne change rien à tes chances, ou à la relation que tu peux avoir avec elle. Par exemple, dans le meilleur des cas, si vous vous mettez ensemble et qu'on doit arrêter de se voir entre nous, eh bien c'est pas grave, tant mieux pour vous, je me trouverai d'autres partenaires. Et en attendant, si vous couchez ensemble, ça ne me pose aucun problème.
Harry hocha la tête. Il était un peu soulagé. Il s'était demandé comment aborder leur relation, maintenant qu'il ne la considérait plus en soi comme mauvaise, mais qu'elle s'opposait quand même à ce que lui puisse finisse avec Ginny. La réponse d'Hermione simplifiait les choses. Un silence calme s'installa alors qu'il se perdait dans ses pensées.
Il tourna la tête vers Hermione qui faisait un mouvement pour se lever.
— Tu n'as plus d'autres choses à me dire ? demanda-t-elle.
— Non, je crois que j'ai fait le tour. Merci, hein !
— Mais pas de soucis, Harry, répondit-elle en déposant un baiser sur sa joue. On se retrouve ici quand tu veux, si tu as besoin de parler !
Elle se releva et commença à se déshabiller.
— Comment tu as trouvé cette pièce, d'ailleurs ? demanda Hermione.
— C'est mon secret ! répondit Harry avec un clin d'œil en se relevant à son tour. C'est la salle de bain des préfets, en exclusivité pour toi et moi…
Hermione pouffa de rire, impressionnée. Elle laissa tomber sa culotte sur le sol, et sauta dans l'eau.
— Ouah, elle est super bonne ! s'écria-t-elle. Et profonde, en plus !
Harry sourit en se déshabillant à son tour. Les problèmes étaient finis, c'était maintenant l'heure de s'amuser. Il la rejoignit et fit quelques brasses dans l'eau parfumée et mousseuse. Ils se tournèrent autour, dans l'eau, avant que Harry ne s'adosse au bord de la piscine et laisse Hermione avancer sur lui.
Elle approcha doucement ses lèvres des siennes, et lui donna un long baiser. Harry se laissa faire sans résister, alors qu'il sentait ses mains descendre le long de sa poitrine et saisir son sexe. Il ferma les yeux alors qu'elle le caressait sous l'eau. Harry ne se souvenait pas d'avoir fait quelque chose comme ça avec Ginny dans sa première vie.
Il saisit les hanches d'Hermione et la ramena vers lui. Pendant qu'elle ondulait progressivement sur lui, en montant et descendant dans l'eau, et alors que les agréables sensations l'envahissaient, Harry pensa à la possibilité qu'Hermione entre enfin à nouveau en liaison avec son monde d'origine. Il passa les mains dans son dos et la serra contre lui. Elle l'embrassa fougueusement, réagissant elle aussi à leur peau qui rentrait en contact sous l'eau. Hermione accéléra progressivement la cadence, prenant Harry contre le bord du bassin, son corps émergeant de l'eau pour mieux y replonger.
Quand ils se relâchèrent enfin l'un de l'autre, Harry écarta les bras et laissa partir Hermione, qui se mit à faire la planche, les yeux fermés. Harry hésita, se demandant si c'était enfin le contact qu'il attendait depuis des mois, mais elle lui jeta un coup d'œil en arborant un sourire satisfait.
— Alors, tu rêves ? lui lança-t-elle.
Il ne répondit pas et fit de son mieux pour masquer sa frustration.
— C'est quelque chose, la salle de bain des préfets, continua-t-elle. Un super coin, que tu nous as trouvé !
Harry acquiesça et fit la brasse pour se rapprocher d'elle. Le manque de contact avec son monde d'origine était une éternelle attente frustrée. Il se racla la gorge.
— Dis-moi, est-ce que tu te rappelles de… la première fois qu'on l'a fait ensemble ? Dans la forêt ?
Hermione acquiesça avec un sourire.
— Oui, bien sûr ! répondit-elle. On n'oublie pas sa première fois !
— Est-ce que tu te souviens que tu avais eu… une absence, à un moment ? Quand on a fini ?
Hermione se redressa un peu et le regarda plus sérieusement.
— Oui, je m'en souviens. Je n'étais pas complètement sûre, parce qu'on en a jamais parlé depuis… Mais oui.
— Ça ne t'est jamais arrivé depuis ? interrogea Harry. D'avoir une absence, comme ça… en étant avec quelqu'un d'autre, ou en faisant autre chose ?
Hermione secoua la tête.
— Non, je ne vois pas. Je ne crois pas. Pas en faisant l'amour, en tout cas. Dans la forêt, c'est le seul moment où je ne me souviens pas de tout. Pourquoi tu me poses la question ?
Harry haussa les épaules.
— Rien, ça m'était revenu en tête récemment, et je me suis un peu inquiété pour toi, mentit Harry.
Hermione rit légèrement et embrassa Harry sur la joue.
— Mais non, il ne faut pas. C'était un soir assez intense, quand même, j'imagine que j'étais assez fatigué et que ça m'est un peu retombé dessus.
Harry changea de sujet, et ils finirent de profiter du bassin avant de ressortir. Ils se séchèrent l'un l'autre avec les serviettes chaudes présentes dans la pièce, pendant que l'eau, la mousse et les bulles tournoyaient en disparaissant dans le siphon. Ils se rhabillèrent, et s'emmitouflèrent dans la cape d'invisibilité pendant que Harry prenait l'oeuf d'or sous son bras et consultait précautionneusement la Carte du Maraudeur - en prenant soin de la laisser hors du champ de vision d'Hermione, pour ne pas risquer qu'elle y aperçoive le nom de Croupton.
C'était l'heure où Rogue se rendait compte que quelqu'un s'était encore une fois introduit dans ses affaires, apparemment : il se déplaçait autour de son bureau, assez fébrilement, alors que l'imposteur s'en allait par l'escalier avec la marche piégée, où Harry se souvenait encore d'être resté prisonnier. Il prit une grande inspiration, et ouvrit la porte.
Ils marchèrent dans le couloir désert. Harry adopta un pas précautionneux : ils ne voulaient surtout pas faire de bruit, et entre la cape et la Carte, ils avaient de quoi éviter les mauvaises rencontres. Ils avancèrent doucement, mais Harry s'arrêta en regardant la Carte : Rusard avait rejoint Rogue, et ils avançaient dans leur direction. Harry pesta contre leur malchance. Il vérifia que l'imposteur ne trainait pas dans les environs, mais en profitant de l'absence du chahut qu'il avait pu provoquer en tombant dans la marche piégée et en laissant tomber son oeuf d'or, l'imposteur avait évité les remous et rejoint sa chambre.
Un soucis de moins, pensa Harry en avançant d'un pas plus nerveux. La section de couloir dans laquelle ils se trouvaient n'avait pas d'embranchement dans lesquels ils pourraient se cacher, et Harry n'osait pas ouvrir la porte d'une salle en risquant qu'elle grince aux oreilles de ses poursuivants. Harry espérait atteindre un embranchement avant qu'ils ne soient rejoints par les deux sinistres gardiens de Poudlard.
Soudain, Hermione étouffa un cri de surprise en voyant la lumière d'une baguette magique surgir d'un escalier, à quelques dizaines de mètres devant eux. Harry l'arrêta. Ils retinrent tous les deux leur respiration.
La lumière de la baguette de Rogue - Rusard aurait été bien incapable d'en produire une - ne s'était pas arrêtée, ils n'avaient vraisemblablement pas entendu Hermione. Harry la regarda. Les yeux écarquillés, elle tenait une main devant sa bouche et le regardait en attendant qu'il prenne une décision.
Harry vit la lumière se rapprocher, accompagnée des éclats de voix étouffés de Rusard et de Rogue. Harry avança en vitesse et s'engouffra dans le premier couloir perpendiculaire venu, où il se colla contre le mur pour souffler un peu, hors de vue, et pour regarder la Carte.
Avec stupeur, il se rendit compte que les points de Rusard et de Rogue se rapprochaient toujours d'eux… et que le couloir dans lequel il s'était réfugié ne l'aiderait pas à les éviter : ils voulaient remonter vers la salle commune, mais le couloir menait uniquement à un escalier descendant droit vers le bureau de Dumbledore.
Harry se cogna le front du plat de la main. Dumbledore ! Il aurait dû s'en souvenir, c'était là que Rogue voulait se rendre après avoir constaté l'effraction dans son bureau !
Il considéra rapidement la situation. Ils n'avaient nulle part pour s'échapper, et les pas se rapprochaient. Harry fit signe à Hermione de ne faire aucun bruit, et il se colla au mur du mieux qu'il pouvait, en maintenant la cape sur eux et en espérant que rien ne dépasse. Ils retinrent leur respiration.
Rogue tourna dans leur couloir, marchant d'un pas énervé et l'illuminant de la lumière de sa baguette magique, Rusard sur ses talons.
— Bien sûr, Rusard, allons, pestait Rogue. Peeves ? Seul un sorcier serait capable de passer à travers des protections que je place autour de mon bureau. Et je vous garantis qu'un esprit frappeur, ou même un banal élève, n'aurait aucune chance de passer à travers. Aucune !
Harry ne put s'empêcher d'approuver. Pour aller chercher la Branchiflore, il lui avait fallu plusieurs minutes avant de contrer les différents blocages et alarmes sans rien laisser derrière lui. Alors que leurs pas précipités descendaient l'escalier, Harry reprit sa respiration progressivement, et détendit un peu ses muscles crispés et ankylosés contre le mur.
— Ça va ? lui chuchota Hermione.
Harry hocha la tête.
— Oui, mais j'ai eu peur… Allez, viens, il faut qu'on rentre.
Hermione acquiesça et revint s'emmitoufler sous la Cape. Ils redoublèrent de vigilance, mais aucune autre surprise ne vint perturber leur retour vers la salle commune.
