« Marché conclu. »
La jeune femme inclina la tête de satisfaction et commença à se diriger vers ses parents. Claude la suivit quelques pas en arrière, il posa discrètement la main sur son cœur pour s'assurer de l'accélération de ses battements. Comment cette femme avait réussie à lui faire perdre ses moyens serait-ce que quelques secondes ? Cela le rendait encore plus curieux à son sujet.
Un chien vint à la rencontre de la Princesse réclamant des caresses. Il était extrêmement grand, sa fourrure était de couleur noir charbon et ses yeux rouge-oranges semblaient flamboyants.
-Oh Byleth ! Tu t'assures que Père est bien protégé ? Ria-t-elle en flattant la tête de la bête.
-Byleth… Byleth… Je connais ce nom… fit Claude pensif.
-Père ? Est-ce que je peux emmener Byleth dans les jardins avec Claude ? Demanda Cyri en faisant un clin d'œil à la bête.
Le Roi se retourna surpris de la question et regarda le jeune homme fixer le chien perdu dans ses pensées.
-Byleth, es-tu d'accord pour les suivre ?
-Bien sur Sr Leif.
-Ce chien parle ? S'écria alors l'homme basané. Ne dites que Byleth est LE Byleth ? Le drag...
-Vous voulez le découvrir par vous même ou non ? Coupa Cyri.
Elle l'emmena hors de la salle de banquet et ils arrivèrent dans un grand jardin, le chien à leur suite.
-Tu auras assez de place Byleth ? Demanda Cyri en s'asseyant sur un banc de pierre.
-C'est parfait ici.
Le chien se mit à grossir sous le regard médusé de Claude. Peu à peu, on ne se reconnut plus le chien, des écailles se mirent à pousser le long de son dos, deux cornes apparurent au sommet du crâne et la queue s'allongea.
-Wah ! Un dragon ! Le dragon noir ! Cria Claude.
-Je suis surpris de cette réaction, d'habitude les gens hurlent de peur devant moi.
Claude n'en croyait pas ses yeux, il avait lu tant de choses sur les dragons, vu tellement d'illustrations mais en voir un pour de vrai dépassait son imagination. Il se mit à tourner autour de la grosse bête sous le regard amusé de la Princesse. Le visage de son invité lui offrait une nouvelle expression, ses yeux brillaient tellement d'excitation qu'elle arrivait à le voir du banc.
-Mince ! Je n'ai pas pris de quoi noter. Byleth. Je peux vous appeler Byleth? J'ai tellement de questions à vous poser !
-Dame Cyri, cet homme m'amuse beaucoup.
-Ah ah ! Il m'amuse aussi…
-Je peux monter sur votre dos?
-Hey ! Je ne suis pas une wyvern ! Et je ne peux pas m'éloigner de Sir Leif
-Quelle est la distance maximale ? D'ailleurs comment vous nourrissez-vous ? Pourquoi vous transformez-vous en chien ?
-Je ne mange pas, je puise mon énergie dans celle de Sire Leif et c'est tout simplement un choix de sa part.
-J'aurai préféré en chat… Enfin en panthère vue ta taille. Plaisanta Cyri.
-Je peux vous prendre une écaille ? Et une dent ?
-Interdiction, Claude. Vous risquez la peine de mort si vous faites ça.
-Mais Princesse, vous me défendrez si je risque la peine maximale non ? Fit le jeune homme avec un sourire en coin.
-Je ne sais pas si j'ai envie de le faire….
-Et notre marché ? N'avez-vous pas envie de connaître l'homme qui se cache derrière mes sourires ?
Cyri claqua la langue. Claude refit un tour avant de la rejoindre sur le banc. Byleth reprit sa forme de chien-loup.
-C'est fascinant. Et dire que vous allez hériter de cette bête. Comment se passe la cérémonie de passation ? Demanda l'homme basané.
-Quand elle aura lieu, je vous inviterai.
-J'espère bien ! Si vous ne le faites pas, j'imposerai ma présence !
La Princesse ria doucement, elle était étrangement à l'aise à ses côtés et sans qu'elle ne rende compte, elle se perdit dans l'observation de son visage. Ce fut la tête de Byleth en chien sur sa cuisse qui la ramena à la réalité.
-Nous devons retourner au banquet Claude. Fit-elle se levant.
-J'ai pas envie… Et je suis persuadé que vous non plus…
-Non je n'ai pas envie mais nous avons des obligations étant des proches de l'Empereur et du Roi.
-VOUS avez des obligations, moi je n'ai fait que harceler mon frère pour l'accompagner.
-Harceler ? Pour quelles raisons vouliez-vous venir ici ?
-Pour le savoir, il faudra sécher ce banquet avec moi…
Cyri roula des yeux. Elle attrapa le poignet de son invité et marcha d'un pas décidé, Claude se laissa faire en laissant échapper un petit rire.
-Hors de question, NOUS avons des obligations, peu importe les raisons qui vont fait venir ici.
-Princesse, avez-vous déjà enfreint les règles ?
-Jamais.
-Pas même une fois ?
-Je vous ai dit jamais.
-Je suis déçue... Je vous imaginais faire le mur pour aller à la rencontre de votre amoureux un soir de pleine lune. Vous qui semblez être si romantique…
La jeune femme s'arrêta. L'homme basané s'attendait à ce qu'elle lui adresse une expression agacée mais à la place elle lui adressa un sourire amusé.
« C'est pas moi qui fait le mur pour aller voir mes amants, ce sont eux qui viennent à moi Claude. »
Le jeune homme éclata de rire tandis que Cyri était fière de son effet. Ils étaient de retour dans la salle et l'ambiance était toujours aussi étrange, les groupes n'avaient toujours pas changé et seuls l'Empereur et le Roi discutaient avec entrain.
-Byleth ! Alors comment ça s'est passé ?
-Sir Leif, cet homme est bien étrange…
-On aurait dit un enfant qui découvrait son cadeau d'anniversaire Père.
-Leif, excusez mon frère. Il est du genre à vouloir tout connaître sur tout. Quand un sujet lui titille sa curiosité rien ne peut l'arrêter.
-D'ailleurs croyez-vous qu'il serait possible que le dragon noir me laisse lui prendre une écaille ? Voir une dent ? Mais votre fille m'a dit que je risquais la peine de mort, je me suis dit que vous pourriez m'en offrir en gage de cadeau pour sceller votre amitié entre mon frère et vous ?
Des regards lourds se tournèrent vers eux, des objections discrets se firent entendre. Cyri se sentit gênée tandis que Claude ne semblait pas indisposé.
-Vous m'en voyez navré mais même moi je ne peux pas… Vous savez, une sombre histoire de magie noire qui pourrait détruire le monde, tout ça tout ça…
-J'ai envie d'en savoir plus. Godfr…. Votre Majesté, je ne regrette pas d'être venu.
Le visage de Claude s'était éclairé d'un large sourire.
-Je suis persuadée que Cyri peut vous en dire plus. Intervint Eirika.
-Mère, je ne crois pas être la plus qualifiée pour répondre à ce genre de questions…
Le jeune homme se posta devant la Princesse et la regarda droit dans les yeux. Il avait faim de connaissances et cela ne pouvait pas attendre. Elle soupira d'exaspération.
-Maintenant ?
-Maintenant !
Cyri roula des yeux et regarda sa mère qui se mit à rire de la situation. Claude prit cette réaction comme une réponse affirmative, tapa dans ses mains et leva les bras en l'air en signe de victoire et se dirigea vers le buffet.
-Je suis surprise que tu ne l'aies pas déjà rejeté… chuchota la Reine à sa fille.
-Il m'amuse beaucoup Mère…
-Il t'amuse… Intéressant…
-N'allait pas vous imaginer des choses !
-Moi ? Jamais voyons ! Fit Eirika avec un air faussement choqué tandis que sa fille s'éloignait d'elle.
-Princesse ? Pouvez-vous me dire quels goûts ont ces petits fours ? Demanda Claude quand elle s'arrêta à coté de lui.
-Princesse ? Comment t'adresses-tu à son Altesse ? C'est quoi cette familiarité grossière ? S'écria un homme au physique fin. N'a-t-on pas de bonnes manières par chez vous ? Votre Altesse, il devrait être puni ! Le fait qu'il vienne de Leister et qu'il soit le frère de l'Empereur ne lui pardonne pas cet affront. De toute façon, on savait que ces hommes étaient des sauvages mal éduqués !
L'homme basané se mordit la joue, il avait toujours été familier avec les gens, cela était sa marque de fabrique chez lui mais il avait oublié qu'au Royaume d'Era les choses étaient différentes. Et dire qu'il avait promis à son frère de ne pas faire de vagues. Il sentit les regards braqués sur lui et des murmures qui parvenaient jusqu'à lui laissaient entendre que l'intervention de cet homme était justifiée. Il se tourna alors vers son Altesse prêt à s'excuser.
-Votre Altesse ? M'avez-vous entendu ?
-J'ai très bien entendu. Dit-elle froidement.
Elle leva les yeux des petits fours pour les diriger vers son interlocuteur. Celui-ci déglutit avec difficulté et recula de quelques pas. Claude croisa ses yeux et eut un frisson désagréable, ils émanaient une lueur qu'il ne connaissait que trop bien, une lueur qui traduisait l'envie d'être violent, de lui faire ravaler ses paroles à coup de poings au visage.
« Votre Altesse, veuillez m'excuser pour ma familiarité… » fit Claude en s'inclinant.
En se relevant, il vit que le regard de la Princesse changea soudainement, retrouvant l'éclat qu'il avait quelques instants avant.
-Claude, appelez-moi comme vous le voulez. Votre familiarité me plait beaucoup. Quand à vous. Dit-elle vers l'homme fin qui poussa un cri de surprise. Je ne connais pas votre nom et vous osez me donner des ordres ?
-Non… Non.. Votre Altesse… Je voulais juste vous rappeler comment cela se passe ici parc…
-Parce que ce sont des sauvages mal éduqués ?
L'homme fin tomba à genoux. Claude se tourna vers le Roi qui venait de parler, près de lui sa femme et l'Empereur.
-Pardonnez-moi ! Les mots m'ont échappé ! J'implore votre indulgence ! Pleura l'homme fin.
-Cyri, je te laisse décider de sa peine après tout c'est à toi qu'il s'est adressé.
-Une semaine dans la prison du château. Annonça-t-elle froidement.
Deux gardes apparurent de nulle part et soulevèrent l'homme fin en larmes et suppliant avant de disparaitre. Un silence pesant s'installa, Claude savait qu'il en était la cause, il devait faire quelque chose et vite. Il baissa la tête et réfléchit à comment formuler de nouveau ses excuses pour satisfaire la foule.
« Le comportement que cet homme vient d'avoir est intolérable ! Ceci est un avertissement ! Si l'un d'entre vous profère des paroles haineuses à l'encontre de nos invités, il finira en prison pour une durée indéterminée ! Vous n'avez aucune raison d'être méfiant ou rancunier. La guerre est terminée depuis longtemps et ils sont venus en amis pour préparer l'alliance ! »
Le jeune homme leva les yeux vers Cyri, il avait devant elle, son Altesse la Princesse Cyri, future Reine d'Era et future réceptacle du dragon noir Byleth. Elle se tenait droit, le torse bonbé, les poings fermés, elle scruta la foule avec sévérité. La main du Roi sur son épaule ne faisait que donner du poids à ses paroles. Claude se sentit petit et misérable à côté d'eux.
-Mon ami, je suis désolé pour ce qui vient de se passer. Nous ferons en sorte que cela ne se reproduise pas.
-Ne vous inquiétez pas mon cher Leif, la situation est la même chez nous.
-Claude ? Si l'ambiance vous pèse trop, nous pouvons aller dans une pièce plus calme. Je vous répondrai à toutes les questions que vous vous posez, je ferai parvenir des plateaux pour que nous puissions manger en même temps.
La Princesse avait parlé en prenant la main de son invité dans la sienne. Elle avait remarqué que les yeux de celui-ci s'étaient comme éteints. Peut-être qu'il s'en voulait, qu'il se disait que c'était de sa faute. Il ne fallait pas qu'il pense pas, Cyri voulait le voir sourire à nouveau. Claude sursauta en sentant les doigts de son hôte dans sa main. Il voulut répondre mais elle n'en lui laissa pas le temps. Elle commença à le tirer hors de la salle.
Ils traversèrent de longs couleurs, croisant des servants surpris de les voir ainsi. Cyri s'arrêta enfin devant une porte. Ils entrèrent dans un grand bureau décoré assez sobrement. De grandes fenêtres donnaient sur un large balcon. Deux grands sofa en velours rouge entouraient une table basse en bois sculptée. Cyri lâcha enfin la main de Claude pour s'installer entre un des sofas et la table basse.
-Katou, quand tu iras chercher les plateaux, apporte nous aussi des bières s'il-te-plait.
-J'y vais tout de suite.
L'invité de Cyri n'avait pas remarqué qu'elle les avait suivi. Quand elle ouvrit la porte, il vit un homme de grande taille aux longs cheveux blonds.
-William ! Va aider ta femme ! Je ne risque rien, rassure-toi.
-D'accord, votre Altesse.
-Sa femme ? S'étonna Claude en s'asseyant à son tour sur le sofa en face de Cyri.
-Katou est la femme de William depuis peu, elle est ma servante personnelle et lui est en quelque sorte mon garde du corps.
-Votre Altesse… Je…
-Claude ! Je vous supplie de ne pas m'appeler ainsi !
-Mais c'est ce que veut l'étiquette ici non ?
-L'étiquette est pour les hypocrites qui veulent plaire à la famille royale.
-Vous m'aimez pas que l'on vous appelle ainsi ?
-J'ai l'impression qu'une distance s'installe entre la personne qui me parle et moi quand j'entends ces mots. On me met sur un piédestal alors que je n'ai rien demandé. Mais avec vous, je n'ai pas envie de mettre cette distance…
Elle avait prononcé ces dernières paroles en posant le menton sur la table d'une mine boudeuse. Claude soupira de soulagement, il avait devant lui, Cyri, cette femme qui le rendait curieux avec qui il avait conclu un marché. Lui non plus, il ne voulait pas qu'une distance se mette entre eux deux. Une petite voix au fond de lui lui chuchota qu'elle avait envie de devenir très proches.
« Si cela vous convient, j'aimerai vous continuer à vous appeler Princesse. » fit Claude
Cyri acquiesça en souriant. Ils restèrent silencieux quelques instants, tous les deux regardant les fenêtres. Katou et William revinrent des cuisines les bras chargés de victuailles. La Princesse se frotta les mains.
-William, je te donne votre après-midi. Fit-elle.
-Votre Altesse… Je…
-Je crains rien avec lui, enfin je pense… Et puis s'il m'arrive quelque chose, je saurai me défendre. Va profiter de ta femme ! Allez !
Le grand homme blond hésita mais sa femme prit la décision pour lui, elle le prit par le bras et l'emmena en dehors du bureau.
