De retour à la capitale de Leister, le cortège de l'Empereur fut accueilli par les habitants visiblement heureux de revoir leur souverain de retour en un seul morceau. Quand Claude descendit de la calèche, l'Impératrice et la mère de Godfrey attendaient de pieds fermes. Sentant que sa présence était de trop, Claude décida de s'éclipser pour aller rejoindre ses hommes. A peine qu'il avait franchi la porte du bâtiment qu'on se jeta sur lui pour le harceler de questions.

-Comment est la cour d'Era ? J'ai entendu dire qu'elle était pleine d'intellectuels et de grands penseurs. Demanda un homme fin, à la coupe violette asymétrique et au nez fin.

-J'avoue que je ne me suis pas attardé sur la cour de ce royaume Lorenz.

-Et la nourriture ? Il y a des choses auxquelles tu n'as jamais gouté ? Demanda un énorme bonhomme blond dont la chemise était sur le point de craquer à cause de ses muscles.

-La Princesse m'a fait découvrir les huîtres ! Une horreur ! Par contre, ils ont des pommes délicieuses. Ils en font une sorte de gelée, tu peux la manger avec du pain ou de la brioche, elle m'a même dit que tu pouvais la manger avec du fromage, Raphael.

-La Princesse ? Demanda une femme aux longs cheveux roses attachés à l'aide de deux couettes sittuées au dessus du crane

-C'est grâce à elle que j'ai passé un très bon séjour Hilda… avoua Claude en se grattant la joue avec un léger sourire au visage.

-Me dites pas que vous avez couché avec elle… s'indigna Lorenz

-Tout de suite les grands mots ! Soupira son chef. C'est une femme charmante et sa compagnie est agréable...

-Mais c'est qu'il rougit ! S'étonna une grande femme élancée rousse.

-Tu as raison Léonie ! Il existerait donc une femme capable de faire flancher notre cher Claude ! Surenchérit Hilda. On veut la rencontrer !

-Tu aurais pu m'apporter de cette gelée de pommes Claude… rala Raphael.

-Désolé, la Reine en a offert pour l'Impératrice mais je peux peut-être demander à la Princesse de m'en envoyer.

Le jeune homme n'osa pas avouer à ses amis le sentiment étrange qu'il avait depuis qu'il avait rencontré Cyri, cette sensation de l'avoir déjà rencontré au point d'être déjà proche d'elle.

...

Quelques jours passèrent, cette nuit-là, Claude se retrouva de nouveau sur le champ de bataille. Le bruit était tellement assourdissant qu'il en avait mal aux oreilles. Il se mit à regarder les alentours, comme il était archer, le jeune homme s'était positionné avec ses hommes sur un point élevé qui lui permettait de bien voir le combat. Il distingua quatre groupes menés par quatre personnes. Il avait l'impression que les morts étaient plus nombreux que la dernière fois. Soudain, il vit une personne en mauvaise posture, son cœur se mit à battre fort, cette sensation de voir un ami en danger lui était insupportable, il bandit son arc et tira une flèche qui atterrit directement sur son ennemi. Claude regarda un instant son arme, en temps normal, à cette distance il lui aurait été impossible d'être aussi précis. Il prit une inspiration et pointa son arc sur un nouvel ennemi. Soudain, l'orbe jaune de son arme se mit à briller et une aura jaune l'enveloppa ainsi que son bras qui ne tremblait plus. Le jeune basané lâcha la corde et la flèche toucha une nouvelle fois un homme mais cette fois-ci, une chaîne électrique toucha une petite dizaine de combattants qui tombèrent raides morts.

Il se réveilla, le cœur battant encore rapidement. Il se leva et essaya de retrouver les notes de son premier rêve, il y ajouta les nouveaux détails.

...

Un violent haut de cœur tira Cyri hors de son sommeil, elle se pencha de justesse hors du lit avant de vider son estomac. Elle regarda ensuite par la fenêtre, la lune était encore bien haute, Katou ne devait pas encore debout, la jeune femme se résigna à nettoyer toute seule. Elle avait encore en tête cette image horrible d'un jeune garçon dont la tête se trouvait à presque un mètre de son corps, des tentacules visqueuses sortaient de son cou et de ses entrailles. La Princesse eut de nouveau une haut de cœur et attrapa une bassine inextremiste. Elle n'arriva pas à retrouver le sommeil, trop effrayé de revoir ce pauvre garçon, elle se posa sur un fauteuil près de la fenêtre et regarda le ciel étoilé.

...

-Tu as vue la tête que tu as ? Plaisanta Léonie en voyant Claude entrer dans la cantine.

-J'ai juste fait un cauchemar.. dit-il en passant sa main dans ses cheveux décoiffés

-Ce n'est pas la première fois que tu en fais pourtant… fit remarquer Raphael.

Le jeune homme raconta alors ses cauchemars.

-Tu dois trop lire Claude… dit Hilda. Je t'ai déjà dit que dormir au milieu des livres était mauvais.

-Peut-être que la Princesse vous a jeté un mauvais sort… ajouta Lorenz la main sur le menton pensif.

Finalement, aucun d'eux ne l'aidèrent. Il prit alors la direction de la bibliothèque mais là-bas aussi il fit choux blanc.

...

-Mon dieu ! C'est quoi cette odeur ? S'écria Katou en entrant dans la chambre la Princesse. Tu as été malade ? Il fallait m'appeler !

-J'ai encore fait un cauchemar… Il était plus horrible que la première fois… fit Cyri en serrant ses jambes contre sa poitrine.

Sa servante prit un linge qu'elle mouilla et nettoya délicatement le visage de son amie.

« Tu devrais peut-être en parler à tes parents, ils sauront sûrement t'aider. » conseilla-t-elle.

Chose que Cyri fit au petit-déjeuner. Quand elle raconta ses cauchemars avec le plus détails possible, le visage de son père se décomposa et la Princesse sentit Byleth agité.

-Mon chéri, sais-tu quelque chose à propos de ses cauchemars ? S'inquiéta Eirika.

-A quoi ressemblait le visage que tu as vu ? Demanda la Roi

-C'était une femme aux cheveux gris clair, j'avais l'impression qu'elle me ressemblait… Je ne m'en rappelle pas très bien.

Byleth s'agita encore plus et son père était de plus en plus préoccupé.

-Père, est-ce que…

-Une femme aux cheveux gris clair… Cela ne me dit rien…

-Byleth ? Tu sais quelque chose ? Demanda Eirika

-Je… Je ne sais pas… répondit le chien en baissant la tête. Je suis désolé.

Mais Cyri avait l'impression qu'il en savait plus qu'il ne voulait le dire. Elle voulut insister mais le regard triste que porta Leif à son ami la fit se raviser. Elle passa la journée à essayer de trouver des informations sur cette jeune femme aux cheveux blanc-gris et sur ces lames mystérieuses mais étonnamment elle ne trouva rien. La Princesse interrogea tous les historiens du château mais aucun ne put l'aider. Alors qu'elle commençait à désespérer, elle pensa à Claude, lui qui était si curieux et amateurs de livres, il avait sûrement lu ou entendu quelque chose.

« Cher Claude,

J'espère que votre retour s'est bien passé et que le choc de retour au pays n'a pas été trop difficile.

Je me permets de vous écrire parce que j'aurai besoin de vos connaissances. Cela fait deux fois que je fais des rêves beaucoup trop réalistes pour que ce soit de simples cauchemars.

Je suis dans un champ de bataille, je ne sais pas où je suis ni contre qui je me bats. Certains hommes ont perdu la tête, ils sont tout violets et parfois de drôles de tentacules sortent d'eux. Et il y a ces doubles lames que je porte, faites dans une matière inconnu et dont la forme ne ressemble à rien de ce que j'ai pu rencontré. A l'intérieur de celles-ci sont installées deux orbes rouges qui me donnent la possibilité d'utiliser la magie du feu et rendre mes armes encore plus mortelles.

A chaque réveil, je suis dans un état lamentable, comme si j'avais réellement vécu cette bataille. Puis, il y a aussi ce visage qui m'est apparu dans le miroir au lieu du mien l'espace d'un court instant.

Je dois vous avouer que j'ai peur de m'endormir et de revenir au milieu de cet horrible champ de bataille. Je n'arrive pas à trouver de réponses à mes questions, peut-être que vous les trouverez chez vous ?

Je suis désolée de vous embêter avec ceci mais je ne sais plus vers qui me tourner.

Je vous remercie d'avance.

Sachez que j'ai hâte de venir visiter Leister.

A très bientôt, Cyri. »

...

La lettre mis quelques jours à arriver à destination. Claude était dans son bureau à trier son courrier quand elle attira son attention. Aucun seau était posé dessus, juste un simple « C. » inscrit à l'arrière. Il dut relire le contenu plusieurs fois pour être certain qui ne rêvait pas. Cyri faisait le même type de rêve que lui mais visiblement d'un autre point de vue. Il resta de longs instants les mains sous son menton à réfléchir. Il avait passé les jours précédents à fouiller de fond en comble la bibliothèque et les archives. Même son frère ne sut quoi lui dire quand il lui avait touché deux mots.

« Claude, fit Lorenz, cet homme veut voir. »

Un homme aux traits fins et longs cheveux vert bouteille attachés en demi-queue entra dans le bureau.

-Oh Linhardt, quel plaisir de vous revoir ! Fit le jeune basané en s'inclinant.

-Après votre visite, je n'ai pas arrêté de penser à ce que vous m'aviez raconté. J'ai fouillé les papiers de mon maître et j'ai trouvé quelque chose qui pourrait vous intéresser.

Il sortit de sa veste un vieux parchemin qu'il déroula sur le bureau. Il était rempli de vieux symboles inconnus à Claude ainsi d'un dessin qui représentait une bataille entre des hommes et des dragons.

-Une légende sur les dragons ? Demanda le jeune homme.

-Je n'ai pas fini de déchiffrer les symboles mais il semblerait que ça parle d'une bataille qui aurait lieu à une époque indéterminée. Mais regardez ce dessin, ce n'est pas très précis mais on dirait qu'il porte un arc qui ressemble au schéma que vous m'avez fait.

Claude se pencha sur le parchemin, il vit une femme portant deux lames, peut-être est-ce l'arme dont parlait Cyri ?

-Puis-je le garder pour l'étudier ? Demanda-t-il.

-Je suis désolé mais je ne peux pas, je dois aussi étudier cette langue qui m'est encore inconnue mais je pourrai vous en faire une copie avec la traduction quand j'aurai terminé.

-Je vous en prie.

-Finalement vos rêves de bataille auraient une signification ? Demanda Lorenz quand l'historien fut parti.

-Je me demande pourquoi je rêverai de batailles qui aurait eu lieu à une époque dont personne ne se souvient…

-Est-ce vraiment une époque aussi lointaine ? Je me souviens que mon instructeur de littérature me parlait d'une déesse, mère des dragons qui aurait vécu parmi les humains. Je n'ai plus les détails en tête mais ils auraient fini par vouloir la tuer pour s'emparer de ses pouvoirs. Mais si vous voulez mon avis, j'interprète cette légende comme une morale pour dissuader les gens de courir après le pouvoir.

Claude se retrouva de nouveau seul et relut la lettre de Cyri.

« Ma très chère Princesse,

Le retour a été plus difficile que je ne l'avais imaginé. Très vite, mon cœur s'est langui de votre absence.

A propos de vos rêves, cela me rend triste d'apprendre qu'ils vous empêchent de dormir. J'accompagnerai cette lettre d'une potion faite par mes soins qui saura vous plonger dans un sommeil reposant.

Ce que vous me racontez ressemble fortement aux cauchemars que j'ai moi-même fait récemment. J'ai quelques éléments de réponse mais rien de très précis. Nous pouvons en parler autour d'une bonne tasse de thé quand vous viendrez me rendre visite.

Puis-je à mon tour vous demander un service ? J'ai parlé à mon ami Raphael de votre gelée de pommes. Malheureusement les bocaux que vous nous avez offerts ont été réquisitionnés par mon frère et sa famille. Depuis que je lui en ai parlé, il me harcèle pour en avoir, serait-il possible de lui réserver quelques gelées ?

J'ai moi aussi hâte de vous faire découvrir Leister.

Je vous embrasse.

Claude. »