Une semaine plus tard, Cyri était en route pour la capitale de l'Empire de Leister, accompagnée de son père, de quelques ministres et de soldats. Elle fut surprise par le changement de climat presque brutal quand ils eurent passés la frontière. Le temps était devenu plus lourd et le soleil brillait plus fort que chez elle. Le changement de paysage était aussi étonnant, les énormes étendues vertes avaient laissé place à un désert quasi constant, ponctué de temps en temps de canyons, de cités fortifiées ou d'oasis.

A l'approche de la capitale, l'air devint plus respirable, sûrement grâce aux nombreux canaux qui irriguent la cité. Les murs des bâtiments étaient ocres ou décorés de couleurs vives ou de mosaïques. La Princesse remarqua une odeur persistante mais agréable d'épices.

Le Roi et sa fille furent accueillis par l'Empereur, sa femme, ses enfants et l'ancienne Impératrice. L'Impératrice était une très belle femme brune aux yeux violets. La mère de Godefrey était à peine plus grande que sa belle-fille, ses cheveux étaient presque tout gris, et ses yeux noirs étaient sévères. L'Impératrice Tharja était une femme qui forcer le respect dès qu'on posait les yeux sur elle.

Elle regarda les personnes présentes mais elle ne vit pas Claude.

-Leif ! J'avais tellement hâte de vous revoir ! Comment était le voyage ? Demanda l'Empereur en ouvrant ses bras.

-Mon cher Godefrey ! Je suis tellement heureux d'être arrivé !

-Votre Altesse Cyri, c'est un honneur de faire votre connaissance. Vous êtes bien plus belle que sa Majesté le disait. Fit l'Impératrice Ayra d'une voix douce.

-C'est aussi un plaisir de vous rencontrer, votre Majesté, l'Empereur n'a non plus pas menti sur votre beauté. Votre Majesté ancienne Impératrice, c'est aussi un honneur de vous rencontrer.

La vieille femme la toisa du regard pendant un instant qui sembla interminable pour la Princesse. Puis elle se contenta juste de faire un signe de la tête ce qui rendit Cyri très mal à l'aise.

« Vos appartements sont prêts, des serviteurs vont vous y emmener. Profitez-en pour vous reposer avant le grand repas de ce soir. » fit l'Empereur.

Cyri scruta une dernière fois la foule, alors qu'elle allait quitter la cour du palais, elle distingua au loin deux émeraudes verts qui disparurent soudainement.

-Mon château fait pâle figure à coté de votre magnifique palais... fit Leif admiratif

-Disons que nous compensons notre manque de verdure par nos magnifiques bâtiments. Pour avoir traversé une partie de votre royaume vous avez la chance d'avoir autant de champs et de forêts.

-Et dire que nous nous sommes entretués pendant des décennies pour se rendre compte que nos deux pays se complètent. Ria le Roi.

La remarque ne fit rire que l'Empereur, et Cyri maudit son père d'avoir un humour si limite...

...

La Princesse fut installée dans une grande chambre à l'étage juste à côté de celle de son père. Elle était décorée avec des couleurs chaudes et pleine d'objets en bronze et or. Le lit était plus grand que celui de chez elle et était entouré de grands voilages. Cyri se jeta dedans en lâchant un soupir d'aise.

« Comme je vous comprends... Se jeter dans un lit après un long voyage, quelle sensation incroyable... »

La jeune femme se leva d'un bond et posa sa main sur la dague cachée sous ses vêtements. Un homme apparut alors de derrière les rideaux de la fenêtre les mains en l'air.

-Claude ! Mais... C'est extrêmement dangereux d'entrer dans la chambre d'une dame !

-Vous aussi vous m'avez manqué Princesse... fit Claude.

Cyri rougit en sentant les lèvres du jeune basané sur sa main.

-Pourquoi je ne vous ai pas vue à mon arrivée ? Demanda-t-elle pour se changer les idées.

-Parce que je n'ai tout simplement pas ma place au milieu de la famille impériale. Dois-je vous rappeler que je suis le fils de la maîtresse de l'ancien Empereur ?

-Je suis désolée, je pensais que votre place aurait été à côté de votre frère en vous voyant si proches tous les deux.

-Nous le sommes mais cela n'empêche pas que je suis juste un fils illégitime. Fit Claude avec un clin d'œil. Et si nous parlions de vos cauchemars autour d'une tasse de thé ?

II pointa la table sur laquelle étaient déjà posées des tasses, une théière et des douceurs.

-Vous avez du nouveau ? Demanda Cyri en s'installant.

-Déjà que savez-vous ?

-Pas grand chose, juste que Byleth semblait très agité quand il m'écoutait. Il dit ne rien savoir mais j'ai surtout l'impression que cela lui rappelait de mauvais souvenirs... Il est évident que nos cauchemars ont un rapport avec son passé.

-Passé que votre père connaît peut-être ?

-Je doute que Byleth lui en ai parlé... Et vous qu'avez-vous appris ?

-Un historien a retrouvé un vieux parchemin sur lequel une bataille était illustrée, dessus on pouvait voir des symboles d'une langue inconnue et on distinguait l'arc que je portais dans mes cauchemars. Racontez-moi vos cauchemars pour que je prenne des notes.

Cyri soupira en s'enfonçant dans son siège et raconta avec le plus de détails possible. Elle sentit une boule s'installer dans son estomac au fur et à mesure que son récit avançait, ses mains se mirent à trembler.

« Claude ? C'est quoi ces cauchemars ? Pourquoi doit-on les vivre avec autant de réalisme ? Pourquoi j'ai cette sensation d'avoir vraiment vécu cette bataille ? » fit-elle d'une petite voix.

Le jeune homme leva son nez de ses notes et vit la Princesse extrêmement inquiète. Il lâcha son crayon et posa sa main sur la sienne, il fut surpris de constater qu'elle tremblait.

« Je vous promets que je trouverai l'origine de ses mauvais rêves. » la rassura-t-il avec un sourire.

Cyri s'efforça de sourire à son tour mais le cœur n'y était pas. Au fond d'elle, elle était persuadée que ces cauchemars ne présageaient rien de bon. Claude remplit une tasse de thé qu'il tendit à la Princesse.

-Un de mes hommes m'a parlé d'une légende qui raconterait l'histoire d'une déesse vivant parmi les hommes entourée de dragons. Jaloux de son pouvoir, ils auraient essayé de la tuer. Cela ne vous dit rien ?

-Cela me rappelle un conte qu'un capitaine du Roi d'Adrestia nous racontait quand il était venu se réfugier chez nous. Mais nous étions enfants et impossible de me rappeler le nom de cette histoire...

-Peut-être devrions-nous demander à Dimitri ?

-Vous le connaissez pour l'appeler par son prénom ? S'étonna la jeune femme.

-J'ai passé de longues années à vagabonder à droite et à gauche, ce qui m'a amené à aider le Roi de nombreuses fois. Je pense que je peux dire que nous sommes devenus bons amis... raconta Claude en passant les bras derrière sa tête avec un air faussement modeste.

-Je dois aller lui rendre visite pour l'anniversaire de son fils, je lui en parlerai à ce moment-là. Oh dis donc ! C'est bon cette chose ! S'exclama-t-elle après avoir goûté une des douceurs.

-Ce sont des biscuits aux amandes.

-Ca aussi c'est délicieux !

-Ceux-là sont à la pistache.

-Et ça aussi !

-Dites-moi Princesse, vous ne seriez pas un bec sucré ? Demanda Claude en penchant la tête.

Cyri leva les yeux vers son interlocuteur, son visage affichait une expression tellement douce qu'elle en perdit les mots préférant regoûter aux douceurs qu'il avait apportées. Claude quant à lui se contenta d'observer la Princesse, heureux de voir qu'elle se sentait mieux. Il ne pouvait s'empêcher de la trouver mignonne en la voyant s'extasier devant les douceurs.

-Et si je vous faisais visiter le bazar ? Proposa le jeune homme en n'ayant toujours pas quitté des yeux la Princesse.

-La tout de suite maintenant ?

-La tout de suite maintenant.

-Il faut que je demande à mon père si cela est possible...

-A votre âge... Demandez à votre papa pour sortir...

-Claude, je suis la Princesse d'Era, je viens visiter Leister pour la première fois. S'il décide de me rendre visite et qu'il ne me voit pas, je ne préfère pas imaginer l'incident diplomatique que cela engendrerait...

-N'avez-vous pas marre de ne pas pouvoir faire ce que vous voulez ?

Cyri se contenta d'hausser les épaules. Claude se pencha sur la table et approcha son visage de celui de la Princesse avec un sourire malicieux.

-Ne bougez pas, je reviens avec une tenue plus appropriée ! Dit-il en se dirigeant vers la fenêtre.

-Vous allez quand même pas saut...

Et Claude disparut en la saluant de la main, Cyri courut à la fenêtre et vit le jeune homme sortir des buissons en secouant ses cheveux. Il revint quelques minutes plus tard en passant encore une fois par la fenêtre.

-Vous ne pouvez pas passer par la porte comme tout le monde ? Rala la Princesse.

-Je trouve ça romantique de passer par là. Mettez cette robe, vous vous fondrez plus dans la foule.

Il tendit un paquet dans lequel il avait une robe de couleur prune et un voile fin de la même couleur. La jeune femme se dirigea derrière le paravent et enfila la tenue.

-Qu'en pensez-vous ? Demanda-t-elle timidement une fois habillée.

-Vous êtes très jolie... répondit Claude en essayant de cacher son visage rougissant derrière sa main.

Il était étonné de voir à quel point la couleur prune aller si bien à la Princesse, les broderies argentées ceinturaient légèrement sous sa poitrine. Ces mêmes broderies de répétaient sur les manches de la robe. Le décolleté carré n'en dévoilait pas trop, et le tissu tombait parfaitement sur ses hanches.

-Ce voile va servir à quoi ? Interrogea Cyri.

-C'est juste une précaution pour cacher un peu votre visage, je n'ai pas envie que des hommes de votre père découvrent que nous sommes en rendez-vous galant. Vous êtes prête à y aller ?

La Princesse roula des yeux puis vit Claude se diriger vers la fenêtre.

« Vous n'êtes pas sé... »

Mais elle ne put finir sa phrase que le jeune basané avait déjà sauté.

-C'est à votre tour ! Cria-t-il.

-Mais je vais abîmer la robe !

-Ne vous inquiétez pas ! Je vous rattrape !

Cyri essaya de juger de la hauteur, regarda sa robe puis Claude et prit une grande inspiration. Elle sauta en faisant une roulade en atterrissant devant le Leistérien qui siffla de surprise.

...

Tous les deux firent en sorte de ne pas être vus par les gardes et empruntèrent une sortie dérobée. Cyri retrouva l'effervescence si caractéristique des capitales, il avait beaucoup de bruits, de monde et d'odeurs différentes mais tout semblait plus coloré que chez elle. Claude plaça le voila sur la tête de la Princesse.

-Vous allez découvrir le monde dans la peau d'une inconnue. N'avez-vous pas peur ? Demanda-t-il avec un sourire malicieux.

-Si c'est avec vous alors je sais que rien ne m'arrivera. Répondit Cyri en lui tendant sa main.

Le jeune homme sourit timidement et lui prit volontiers la main. Il amena la Princesse devant un grand bâtiment de couleur blanche. Quand elle entra, elle eut du mal à contenir sa surprise. Les plafonds et les murs étaient peints en jaune avec des motifs bleus, rouges et blancs. De petites boutiques s'alignaient serrées les unes contre les autres. Claude commença à lui montrer les boutiques qu'il aimait, il lui fit goûter des fruits, des épices, lui raconta quels effets telle herbe ou telle plante était capable de faire sur l'être humain, il s'arrêta devant un libraire à qui il promit de revenir pour acheter des livres.

Cyri appréciait vraiment cette visite, le fait de découvrir la capitale sous couvert d'anonymat était quelque chose de nouveau pour elle. Claude semblait tellement à l'aise au milieu de ses inconnus qu'elle se sentit en sécurité à ses côtés. À plusieurs reprises, elle se surprit à rougir devant son sourire radieux ou son rire. Alors qu'ils étaient tous les deux en train d'admirer un canari dans un cage, la Princesse se mit à bailler.

-Vous êtes fatiguée ? S'inquiéta le jeune basané. C'est vrai que nous marchons depuis quelque temps déjà et vous n'avez pas eu l'occasion de vous reposer après votre arrivée. Je vais vous ramener au palais.

-Non... Je ne suis pas fatiguée... mentit-elle un peu boudeuse.

Elle était réellement déçue, elle était en train de découvrir un monde qu'elle ne connaissait pas qui plus est avec un homme qu'elle appréciait de plus en plus. Claude se mordit la joue en découvrant une expression si craquante sur le visage de la Princesse. Celui-ci lui caressa tendrement les cheveux en lui promettant de se rattraper. Alors qu'ils arrivaient devant les murs du palais, la Princesse s'arrêta.

« Nous avons encore un peu de temps avant le repas de ce soir... » dit-elle toute rougissante.