Claude eut beaucoup de mal à croire à ce qu'elle venait de dire. A son tour, son visage devint rouge. Il se mit à caresser une nouvelle fois avec douceur les cheveux de Cyri

« N'abusons pas des bonnes choses Princesse. Nous nous reverrons vite, ne vous inquiétez pas. » lui dit-il avec douceur.

Ils pénétrèrent tous les deux à contre-cœur le palais mais devant la fenêtre de la chambre, le jeune homme fut un peu embarrassé.

« Je dois avouer que je n'ai pas réfléchi à comment vous faire remonter avec cette robe... » dit-il en se grattant la joue.

Cyri ne fut pas découragée, elle attrapa les pans de sa robe et les remonta jusqu'à mi-cuisse. Elle recula et se mit à courir avant de grimper le mur avec agilité étonnante ce qui laissa le jeune homme bouche bée. La Princesse salua une dernière fois son guide et se jeta dans le lit. Alors qu'elle se refaisait le cours de l'après-midi les joues rougissantes, le contre-coup du voyage la rattrapa et elle s'endormit.

...

Claude rejoignit ses hommes sur le terrain d'entraînement non-loin de la caserne, un peu contrarié d'avoir dû écourter son après-midi au bazar.

-Déjà de retour ? S'étonna Léonie. Ça s'est mal passé avec ta Princesse ?

-Tu t'es pris un râteau ? Demanda Hilda.

-La Princesse était fatiguée, je l'ai ramené au palais. Répondit Claude en ignorant la remarque de son amie

-Est-ce que la robe a plu à son Altesse ? Demanda timidement une femme aux cheveux bleus clairs attachés en chignon.

-Elle a beaucoup apprécié, elle était magnifique dedans. Répondit Claude avec les joues légèrement rosies. Merci Marianne pour ton aide.

-Allez Claude ! Moi je veux savoir comment s'est passé ton petit rendez-vous ! Raconte-nous tout ! Ordonna la jeune femme aux cheveux roses en secouant le bras de son ami.

...

« Ma chérie… Allez… Réveille-toi… C'est bientôt l'heure du dîner... »

Cyri fut réveillée par son père, elle sursauta en se rendant compte qu'elle s'était endormie avec la robe de Claude.

« Alors on s'est bien amusé cette après-midi ? » demanda-t-il avec un sourire en coin et en lui tendant un papier.

La Princesse lui prit des mains et le lut.

« Votre Majesté,

Je vous enlève votre fille pour l'après-midi, je vous promets de vous la rendre en un seul morceau avant le repas de ce soir.

Claude. Votre futur beau-fils. »

-Quel idiot… ria-t-elle.

-Va te changer avant que je te demande des détails sur cette histoire de futur beau-fils.

-Ce n'est pas ce que vous croyez ! Cria la Princesse en courant derrière le paravent.

Elle enleva avec regret la robe prune. La jeune femme enfila une chemise blanche, un pantalon gris, et mit une longue cape blanche et rouge qui tombait doucemnt sur son épaule droite. Elle laça ses bottes noires à talons.

«Tu as une de ses allures ! » complimenta son père alors qu'elle était en train de se faire faire un chignon.

Cyri regarda son père, lui aussi avait fière allure dans sa veste brodée rouge et sa cape blanche. Il lui tendit le bras qu'elle prit avec plaisir. Ils furent escortés jusqu'à la salle de réception par des gardes du palais. Quand ils entrèrent dans la salle, l'Empereur, sa femme et sa mère était déjà assis à leur place.

-Leif ! J'avais tellement hâte qu'on puisse enfin discuter autour d'un bon repas ! S'enthousiasma Godfrey. Avez-vous pu vous reposer ?

-Il faudra que vous me disiez votre secret pour avoir une literie si confortable. J'ai dormi comme un bébé et ma fille aussi a eu du mal à se réveiller.

-Je crois que nous pouvons commencer le dîner. Déclara l'ancienne Impératrice.

-Désolé Mère mais il manque un invité.

-Pourquoi as-tu invité cet imbécile ? Fit la femme grisonnante en grimaçant.

-Toutes mes excuses pour mon retard ! Des gardes ont voulu faire trop de zèle en m'empêchant d'entrer au palais… fit l'invité retardataire tout essoufflé en entrant dans la salle

-Claude ! S'écria Cyri.

-Bonsoir Princesse, vous n'imaginez pas à quel point, je suis heureux de vous voir. Fit le jeune homme en déposant un baiser sur la main de la Princesse tout en lui adressant un clin d'oeil. Votre Majesté, c'est aussi un plaisir évidemment.

Il prit le temps de regarder la jeune femme, sa tenue lui donnait vraiment une apparence de dirigeante qui l'impressionna. L'Empereur invita tout le monde à s'installer et le jeune homme prit place à côté de Cyri.

-Vous ne m'aviez pas dit que nous nous reverrions ce soir. Chuchota-t-elle.

-Je voulais vous faire la surprise et je dois dire que je ne suis pas déçue de votre réaction. Fit-il avec un clin d'œil. Je vous trouve très jolie ce soir.

Cyri trouva aussi Claude très beau ce soir, il avait laissé tomber la chemise blanc cassé pour une autre chemise noire, un bandeau vert et jaune entourait son crâne, ses cheveux habituellement en arrière, tombaient devant ce bandeau.

Les servants servirent le premier plat. Cyri observa un peu l'attitude de chacun, comme elle le pensait, l'actuelle Impératrice ne participait pas aux conversations, n'osant jamais prendre la parole. Elle remarqua aussi que l'ancienne Impératrice jetait des regards mauvais à Claude à chaque qu'il ouvrait la bouche, lui coupant d'ailleurs très souvent la parole mais celui-ci ne semblait pas en tenir rigueur. Les plats s'enchaînèrent, seuls Leif et Godfrey semblaient s'amuser.

-Votre Altesse, je me demandais, pourquoi n'êtes-vous toujours pas mariée ? N'avez-vous pas un fiancé ? Demanda Ayra.

-Un fiancé vous dites ? Ria doucement Cyri mal à l'aise en sentant le regard de son père et de Claude sur elle. Je n'en ressens pas le besoin pour l'instant.

-A votre âge, vous devriez arrêter de croire au Prince charmant et vous concentrez sur votre rôle qui est de fournir des héritiers à votre royaume. Fit l'ancienne Impératrice sèchement.

-Mon rôle est avant tout de diriger ce royaume.

-Et s'il vous arrivait quelque chose à vos parents et à vous ? Ce serait alors à votre oncle de s'asseoir sur le trône non ? Demanda Tharja.

Cyri eut un rictus, l'ancienne Impératrice savait qu'elle marquait un point, puis elle planta ses yeux dans ceux de Tharja avant de dire :

« Votre Majesté, votre rôle en tant qu'ancienne Impératrice n'est-il pas de se retirer au profil de votre belle-fille ? Je pense que vous êtes mal placée pour me dire quel rôle dois-je tenir… »

L'ancienne Impératrice se pinça les lèvres, elle réajusta sa coiffure et lança un regard noir à la Princesse.

-Je comprends mieux pourquoi vous vous entendez bien avec cet imbécile... lâcha-t-elle.

-Il semblerait que vous ayez réussi à vexer ma chère belle-mère. Ria Claude en mettant ses mains derrière la tête.

-Vous devriez vous méfier, cet homme est comme sa mère, c'est un parasite qui profite de la bonté des autres pour avoir ce qu'il veut. Cracha-t-elle avec une telle haine. Il vous sucera jusqu'à la moelle avec ses beaux sourires. Il mériterait de finir comme sa mère !

-Mère ! Cela suffit ! S'écria l'Empereur. Je vous ai déjà dit de surveiller votre langage quand vous parlez de mon frère !

-Ne t'inquiète pas Godfrey. Après tout, elle me traite ainsi depuis ma naissance, on ne la changera plus. Fit Claude en se levant. De toute façon, il est clair que je suis de trop à ce dîner. Votre Majesté, votre Altesse, veuillez m'excuser, j'espère que nous aurons l'occasion de nous revoir pendant votre séjour.

Son visage avait totalement changé, il essayait de sourire mais ses yeux avaient l'air tellement tristes. Cyri sentit son cœur lui faire mal, elle le regarda partir la tête basse. D'un bond, elle se leva à son tour toute tremblante de rage.

-Je suis désolée votre Majesté, mais je vais aussi quitter ce dîner. Fit la Princesse en regardant Tharja à la recherche de mots assez forts pour dire ce qu'elle ressentait.

-Ne vous inquiétez pas, allez le rejoindre… Dit Godfrey.

Claude marcha dans les couloirs le pas lourd, sa belle-mère a toujours été odieuse avec lui, il prenait toujours ses insultes avec distance mais ce soir, ses mots ont eu l'effet d'un coup de poignard dans le cœur. Il entendit quelqu'un courir derrière qui s'approchait de plus en plus de lui puis il sentit deux petits bras qui le serraient très fort.

-Princesse, votre place est auprès de votre père. Dit-il d'une petite voix.

-Si j'étais restée, Tharja aurait fini par recevoir ma fourchette entre ses deux yeux de vipères…

Le jeune homme pouffa légèrement de rire et se retourna face à Cyri. Elle eut envie de pleurer en le voyant si meurtri, comme par réflexe, elle l'invita à poser sa tête sur son épaule. Clause se laissa faire en retenant le plus possible ses larmes.

Ils entendirent des bruits de discussions au loin, le jeune basané releva brusquement la tête tout en reculant légèrement.

« Je voudrais vous montrer quelque chose. » lui dit-il en lui prenant la main.

Il l'emmena dans un petit jardin bien à l'écart du palais. Au fond de celui-ci se trouvait la statut d'une femme habillée de voiles qui semblait danser, autour d'elle poussait de longues fleurs roses et blanches. Deux grands arbres et des buissons donnaient l'impression de la protéger.

« C'est ici que ma mère est enterrée. » expliqua Claude en s'essayant sur un banc.

Cyri s'approcha de la pierre tombale et vit écrit dessus « Tiana ».

-C'était une danseuse ? Demanda-t-elle.

-Ma mère faisait partie d'une famille d'artistes de rue très connue ici, les Almyran. Ils faisaient souvent des spectacles au palais, c'est comme ça qu'elle a connu mon père.

-Ce fut un coup de foudre alors ?

-Pas du tout… ria Claude. Elle a failli finir en prison pour l'avoir insulté parce que un de ses capitaines avait essayé de la peloter. Mais elle fut de nouveau invitée à danser devant lui, je crois que c'est à partir de cette nuit qu'ils ont commencé à coucher ensemble.

-Ils ne s'aimaient pas alors ?

-Princesse… Vous êtes mignonne avec votre romantisme… Disons qu'ils s'aimaient autant qu'ils se détestaient. Mon père était un homme très fier et dur et ma mère n'avait pas sa langue dans sa poche. Quand elle est tombée enceinte de moi, la jalousie de ma belle-mère a explosé. Malgré les interventions de mon père, ma mère et moi étions souvent insultés voir frappés. On a meme essayé de me tuer dans mon sommeil à plusieurs reprises, et je ne compte plus les tentatives d'empoisonnement. En dépit des protestations de ses conseillers, mon père a décidé de me mettre dans la liste de successions, je devais avoir sept ans. Je crois que c'est à partir de ce moment que j'ai commencé à côtoyer mon frère. Il n'a jamais eu de mots horribles envers moi, il me défendait même quand on m'insultait ou qu'on me frappait.

Cyri sentit sa poitrine se serrer au fur et à mesure du récit du jeune homme, elle s'assit alors à ses côtés et posa sa main sur son bras.

-Ne me regardez pas comme ça Princesse, je m'estime chanceux, je suis vivant.

-Mais on a essayé de vous tuer, à plusieurs reprises !

-Mais j'ai survécu… Contrairement à ma mère…

-On m'a dit que c'était votre belle-mère qui a…

-Mon père a été très affecté par sa mort, plus que je ne l'aurai cru. La coupa Claude comme pour ne pas entendre ces mots. Je pense que c'est cet événement qui a précipité sa mort… Quand j'ai eu seize ans, j'ai décidé de partir pour voir le monde et sûrement fuir les fantômes de mes parents.

Le jeune homme se leva et se dirigea vers la statue.

« Mais ils ne m'ont jamais quitté alors je suis revenu quand mon frère m'a dit qu'il avait besoin de moi... »

Il prit une des fleurs et la glissa dans la chevelure de Cyri.

« C'est une amaryllis, la fleur préférée de ma mère. Elle s'arrangeait toujours pour en avoir une attachée à ses cheveux. »

Il se mit à genoux et posa sa tête sur les cuisses de la Princesse, elle se mit à la lui caresser doucement.

« Vous n'imaginez pas à quel point cela m'a fait plaisir que vous ayez couru après moi… »

Cyri se pencha légèrement sur lui et l'enveloppa de ses bras. Des larmes silencieuses coulèrent sur le visage de Claude. Aucun mot n'arriva à sortir de la bouche de la Princesse, elle se sentait tellement impuissante devant la tristesse du Lesterien. Ils restèrent ainsi pendant de longues minutes pendant lesquelles de légers sanglots venaient perturber le silence.

-Pardonnez-moi Princesse… fit le jeune homme en levant enfin la tête. Je vous remercie pour ce soir, laissez-moi vous raccompagnez à votre chambre.

-Êtes-vous certain que vous allez mieux ? S'inquiéta Cyri.

-Plus que mon visage laisse paraître.

Claude offrit à Cyri un sourire tendre mélangé à de la tristesse, il lui prit doucement la main et l'emmena vers sa chambre. Mais devant la porte, la Princesse ne voulait pas entrer.

-Arrêtez de vous inquiéter pour moi. Je vais mieux, grâce à vous.

-Claude, si vous avez besoin de quoi que ce soit, vous savez où me trouver.

Le jeune homme la poussa dans sa chambre.