Mais la nuit fut courte. Cyri se retrouva de nouveau dans le chaos du champ de bataille. Elle était encerclée par une dizaine d'hommes. Elle regarda autour d'elle pour essayer de voir qui pouvait l'aider mais personne ne put la rejoindre. Un premier homme se jeta sur elle avec une grosse hache, elle esquiva de justesse. Elle eut à peine le temps de se relever qu'une boule de feu arriva vers elle. La Princesse n'arrivait pas à attaquer tellement que les coups s'enchaînaient. Finalement, elle trouva une ouverture et enfonça une de ses lames dans la gorge d'un des assaillants qui tomba agonisant, elle courut ensuite vers l'archer qui était sur le point de lancer une flèche sur elle. Elle lança avec une précision surprenante sa deuxième arme dans le torse de la mage. Chaque mouvement qu'elle effectuait lui demandait une énergie monstre, au bout d'un moment, elle sentit sa vitesse diminuer, ses coups avaient moins de force et ses esquives étaient de plus en plus lentes. Soudain, une douleur au ventre lui arracha un cri, elle baissa les yeux et vit sa chemise se teintait doucement de rouge.
Cyri se réveilla avec une terrible douleur au ventre, elle se redressa légèrement et regarda son ventre. Son souffle se coupa en apercevant sa chemise de nuit pleine de sang. Son corps entier se mit à trembler, elle fut tellement paniquée qu'elle n'arrivait même pas à hurler. Elle regarda à nouveau son ventre, plus aucune trace rouge mais la douleur était encore là. La jeune se mit en boule en gémissant.
...
Claude avait assisté à la scène sur le dos d'une wyverne blanche. Il avait hurlé un nom qui ne comprit pas. D'un coup de talon, la bête fonça vers la femme aux cheveux gris clair. Le jeune homme en profita pour tuer les derniers ennemis à coup de flèches, il n'attendit pas que la wyverne atterrit avant de sauter. Il s'approcha en courant de la jeune femme qui lui lança un regard terrifié en lui tendant une main ensanglantée.
Il sortit de son lit précipitamment et courut direction la chambre de son Altesse. Quand il entra, il vit Cyri en boule dans son lit, gémissante. Il s'approcha d'elle, terrifié par ce qu'il pourrait voir. Quand Claude ne vit aucune goutte de sang, il soupira de soulagement.
-J'ai tellement mal... geignit-elle.
-Comme si une lance vous avait transpercé le ventre ? J'ai assisté à la scène, une femme aux cheveux blancs et gris était encerclée, elle n'a pas réussi à prendre le dessus et une lance l'a blessé au ventre.
Cyri gémit de nouveau de douleur, elle avait beaucoup de mal à respirer correctement, elle n'avait jamais connu d'aussi fortes. Claude impuissant chercha dans son esprit ce qu'il pourrait faire mais ne trouva pas de solutions. Résigné, il s'allongea dans le lit, il se blottit contre le dos de la Princesse et posa sa main sur son ventre.
-Claude... Si je dois finir dans un état lamentable... à chacun de ses cauchemars... je ne vais pas le supporter...
-Je sais Princesse... Essayez de vous convaincre que cette douleur n'est pas réelle... Que tout ce que vous voyez dans ses mauvais rêves ne s'est jamais passé...
-Ca marche... Pour vous... ?
-J'essaye en tout cas...
Cyri essaya de prendre de grandes inspirations, elle se concentra sur la chaleur que diffusait le corps de Claude contre son dos et sur son ventre. Après de nombreux spasmes de douleur, la douleur diminua jusqu'à disparaître complètement. Alors qu'elle luttait contre le sommeil de peur de revivre ce cauchemar, le Lesterien se mit à fredonner doucement.
-C'est une berceuse que me chantait ma mère quand je faisais des cauchemars. Elle arrivait toujours à m'endormir, je me suis dis que cela pourrait marcher sur vous... J'arrête si cela vous dérange...
-Continuez, s'il-vous-plaît, c'est... agréable...
La Princesse se laissa bercer par la voix de Claude et rapidement, le sommeil l'envahit.
Le lendemain, Cyri se trouva bien embêter. Blotti contre elle, Claude ne semblait pas vouloir se réveiller. Plus elle essayait de lui échapper, plus il resserrait son étreinte.
-Claude, réveillez-vous, les servants vont arriver pour mon bain et ils vont vous découvrir dans mon lit...
-Vous avez peur des ragots ? Demanda-t-il d'une voix endormie.
-Je n'ai pas envie qu'on rajoute des choses fausses sur nous...
Le jeune homme se leva avec une moue boudeuse, il tapota le crâne de la Princesse avec un petit sourire taquin.
« Je ne suis pas un chien Claude ! » cria-t-elle rougissante.
Les servantes entrèrent au moment où celui-ci allait atteindre la porte, elles se mirent à glousser. Il quitta la chambre en riant légèrement pendant que Cyri maudissait le mauvais timing.
-Vous avez passée la nuit avec le frère de l'Empereur ? Osa demander l'une d'entre elles.
-L'ancienne Impératrice a eu des terribles contre lui, il n'allait pas bien, je ne pouvais pas le laisser tout seul... mentit la Princesse.
-Vous savez... La famille impériale et les nobles ne l'aime pas mais c'est quelqu'un de bien. Il aide très souvent les habitants de la capitale et les servants du palais quand ils ont des soucis.
-Il a aidé mon cousin Amir en lui préparant une potion parce qu'il était bloqué du dos, le pauvre il n'avait pas les moyens de payer un médecin...
La jeune femme écouta avec attention les anecdotes des servantes pendant qu'elle se préparait à entrer dans le bain. Elle poussa un soupir de satisfaction quand elle se retrouva seule dans la salle de bain mais ce moment de quiétude ne dura pas.
-Je suis désolée votre Altesse mais un des servants de l'Impératrice a une demande à vous faire.
-Qu'est-ce qu'elle me veut ?
-Elle souhaiterait que vous veniez prendre le petit-déjeuner avec elle.
Cyri soupira de nouveau, elle n'avait aucunement envie de se retrouver avec l'Impératrice surtout après l'incident de la veille. Mais elle accepta quand même, se disant qu'il serait malvenu de refuser.
La Princesse s'habilla sobrement d'une chemise blanche, d'un pantalon noir et de bottes. Les servantes lui avait attaché les cheveux en queue de cheval. Un garde l'accompagna dans un grand jardin au milieu duquel une grande table a été dressée, autour d'elle l'Impératrice et six dames richement habillées et coiffées l'attendaient.
-Votre Altesse Cyri, c'est un plaisir que vous ayez accepté, j'avais peur que vous refusiez après ce qu'il s'est passé hier au dîner... fit l'Impératrice.
-Votre majesté, appelez-moi Cyri, après tout votre rang est supérieur au mien. Et ce n'est pas après vous que j'en avais...
-Sa Majesté était aussi très en colère contre l'ancienne Impératrice, une violente dispute a éclaté et il a congédié sa mère dans ses appartements pour une durée indéterminée. Raconta Ayra.
Cyri déglutit avec difficulté, ce qui la gênait le plus ce n'est pas la dispute entre l'Empereur et sa mère mais les possibles conséquences de la rancune de Tharja.
« Il y a une rumeur étrange qui circule depuis ce matin, fit une des dames de compagnie. Vous auriez passé la nuit avec ce Claude...»
La Princesse soupira en roulant des yeux, les nouvelles allaient beaucoup trop vite à son goût. Ne la voyant pas répondre, les dames de compagnie la mirent en garde contre lui. D'après elles, c'était un manipulateur et un menteur. Elles ajoutèrent qu'il faisait des potions étranges dans sa chambre. Une rumeur dit qu'il utiliserait ces potions pour se venger et envoyer ses victimes à l'hôpital avec un violent mal de ventre. Malheureusement, sa mère Tiana prit pour son grade aussi, allant jusqu'à dire que Claude ne serait pas le fils de l'ancien Empereur prétextant qu'il ne lui ressemblait pas du tout, qu'elle l'aurait séduit pour mettre son fils sur la liste de succession.
Cyri buvait son thé sans rien dire, à chaque intervention d'une des dames de compagnies sa colère montait doucement. Elle posa alors sa tasse et leva les yeux vers elles, toutes frissonnèrent.
« Si Claude était le fils de l'ancienne Impératrice, est-ce que vous auriez le même discours ? »
Les dames de compagnie se jetèrent toutes un regard, ne sachant visiblement pas quoi répondre.
-Votre Alt... Cyri. N'en veuillez pas à mes dames de compagnies, Claude traîne avec lui une mauvaise réputation, elles veulent juste vous mettre en garde.
-Bizarrement, les servants avec qui j'ai discuté n'ont pas du tout le même discours le concernant... Le fait que sa mère ait été la maîtresse de votre beau-père justifie-t-il toute la maltraitance qu'il subit depuis la naissance ? Le Claude que vous décriez tant ne serait-il pas le fruit de toutes les insultes et les coups que vous lui avez donné ? Veuillez m'excusez votre Majesté mais tout ceci m'a coupé l'appétit.
Cyri se leva et s'inclina devant l'Impératrice tout en jetant un dernier regard noir aux dames de compagnies qui ne savaient plus où se mettre. Elle bouillonnait littéralement de rage, elle avait toujours détesté les nobles pour cette raison. Toujours prêt à dire et faire n'importe quoi à partir du moment que ça plaise aux majestés quitte à humilier publiquement une personne.
Alors que la colère de la Princesse ne diminuait pas, deux bras musclés l'attrapèrent dans son dos, elle sentit alors sa rage se calmer instantanément. Ce fut tellement rapide qu'elle eut un léger vertige.
-Alors Princesse ? Pourquoi une telle agressivité sur votre visage ?
-J'ai déjeuné avec l'Impératrice et ses dames de compagnies... Je déteste les nobles et leur peur viscérale de perdre leurs privilèges...
-Que vous ont-ils fait ?
-Elles... Elles ont dit des choses odieuses sur vous...
-Si vous commencez à mettre tout le palais contre vous à cause de moi, cela risque de nuire à la future alliance.
-Mais vous ne méritez pas qu'on vous traite ainsi... soupira-t-elle.
-Cela me fait extrêmement plaisir de vous entendre prendre ma défense mais ne vous attirez pas d'ennuis par ma faute, s'il-vous-plaît. Dit Claude en resserrant légèrement son étreinte.
...
Quand Claude avait croisé Cyri au détour d'un jardin, il eut un désagréable frisson, le même qu'il avait eu lors du banquet, le soir de leur première rencontre. Il se mit alors à marcher dans sa direction, l'attrapant par taille. Le corps raide de la jeune femme se détendit aussitôt au contact de la peau du Lesterien.
Ils restèrent un petit moment ainsi, Cyri laissa le sentiment d'apaisement que lui procurait l'étreinte du jeune homme envahir son corps. Soudain, ils entendirent du bruit dans un des buissons. Claude lâcha la Princesse en soupirant.
« Sortez de là ! Bande de voyeurs ! » s'écria-t-il.
Hilda et Lorenz sortirent alors de leur cachette avec un air faussement désolé.
-En fait... Tu nous avais dit que tu déjeunerais avec nous... commença à expliquer la jeune femme aux cheveux roses.
-Comme vous mettiez du temps à arriver, ils ont commencé à s'inquiéter et Hilda a voulu partir à votre recherche. J'ai voulu l'arrêter mais c'est qu'elle peut courir vite quand elle veut... Et puis on vous a vu avec son Altesse, j'ai voulu faire demi-tour mais elle m'a forcé à me cacher derrière ce buisson.
-Lorenz, ce n'est pas beau de mentir, je ne t'ai pas empêché de partir... fit Hilda en croisant les bras.
-Hilda et Lorenz font partie des hommes qui m'accompagnent depuis plusieurs années maintenant. Dit Claude en se frottant le front. Veuillez les excuser, ils peuvent être très curieux des fois...
-Votre Altesse ! Interpella Hilda en prenant le bras de celle-ci. Que diriez-vous de rencontrer le reste de l'équipe ? Je suis certaine que nous aurions des choses intéressantes à raconter sur Claude...
-Des choses intéressantes ? Quelle proposition attrayante... fit la Princesse en jetant un regard malicieux au jeune homme.
-Vous voulez vous venger parce que je sais jusqu'à quel âge vous avez sucé votre pouce ? Qui aurait cru que vous étiez aussi rancunière... se plaignit Claude en haussant les épaules sous l'œil mauvais de Cyri.
