Cyri fut emmenée à la caserne où attendaient le reste des hommes de Claude.

« Regardez qui je ramène en plus de notre cher ami ! Son Altesse dont il nous a tant parlé ! »

Raphael se jeta alors sur la Princesse pour lui serrer la main. Il faillit la lui casser en la remerciant pour la gelée de pommes. Léonie s'inclina très bas pour la saluer, Marianne bafouilla une formule de politesse, un jeune homme à lunettes et au cheveux vert kaki se présenta comme étant Ignaz et enfin Lysithea, une petite jeune femme aux cheveux roses pales et aux yeux roses salua Cyri en dernier.

Hilda invita tout le monde à la cantine. La Princesse fut coincée entre elle et Claude.

-Il vous a raconté pourquoi il a tant voulu venir à Era ? Demanda-t-elle.

-Non, il m'a juste dit qu'il avait harcelé son frère.

-On voulait rencontrer le Dragon noir et montait sur mon dos. répondit la jeune femme aux cheuveux roses avec un petit sourire en coin.

Cyri éclata de rire, elle ne s'attendait pas à ce genre de raison.

-C'est vrai que c'est impressionnant de voler sur le dos d'un dragon… fit-elle faussement pensive.

-Vous avez monté sur son dos ? Demanda Claude avec des yeux brillants.

-Plusieurs fois même… Mon père m'a plusieurs fois fait visiter le royaume avec Byleth.

Le jeune homme semblait tellement envieux qu'il finit par afficher une moue boudeuse.

-Vous savez, il n'a pas tari d'éloges sur vous… fit Lorenz.

-Il a nous raconté comment vous avez remis en place un noble qui s'en prenait à lui ! Renchérit Raphael.

-Je crois que cela lui a fait plaisir que vous preniez sa défense. Ajouta Hilda.

Claude ne savait plus où se mettre, il les connaissait, il savait qu'à tout moment, ils pouvaient raconter des choses très embarrassantes à son sujet.

-Comment vous vous êtes rencontrés ? Demanda alors Cyri.

-Je crois qu'on peut dire que nous lui devons tous la vie… expliqua Lorenz en se grattant l'arrière du crâne.

-Vous utilisez quoi comme arme ? Demanda Ignaz.

-Les lames jumelles comme ma mère.

-Je ne connais personne manier ce genre d'armes, je serai curieux de voir un combat… fit Léonie.

-Elle se peut se battre contre moi ? Proposa Raphael.

Tous furent soudainement très enthousiastes à cette idée. Cyri hésitait, elle n'avait spécialement pas envie de se battre contre ce colosse mais elle fut entraînée de force vers le terrain d'entraînement.

« Désolé, nous n'avons pas de doubles lames ici, mais celles-ci devraient aller. Ce sont les règles classiques d'un duel, le premier qui pose un genou à terre a perdu. » expliqua Claude en lui tendant deux petites épées.

La jeune femme enfila un plastron de cuir et se mit en position face d'un Raphael sur-motivé. Il portait une énorme hache à deux mains, et semblait assez lent mais la Princesse se douta qu'il était capable de supporter des coups importants et qu'il pouvait l'envoyer valser très loin. Elle commença à sautiller sur place à la recherche d'un rythme qui pourrait convenir à ce combat et l'invita à porter le premier coup. Comme prévu, elle esquivait assez facilement. Un autre coup de hache et cette fois-ci, elle risposta mais en y mettant pas assez de continua à bouger et à porter les coups en rythme tout en essayant de trouver un point faible. Elle remarqua alors qu'il avait l'air d'avoir un équilibre précaire après chaque coup. Cyri décida de revoir son rythme pour pouvoir taper plus vite.

Appuyé contre un pilon, Claude regarda attentivement le duel. Quelque chose l'intriguait sur la façon de se battre de la Princesse. Il fit un signe de la tête pour signifier à Léonie de se préparer. Il voulait voir jusqu'où la Princesse pouvait aller. Ce duel contre Raphael n'allait pas durer vue la différence de vitesse entre les deux adversaires, on aurait dit un petit chat jouant avec un énorme ours.

Alors que Cyri allait donner un coup derrière le genou de Raphael, une petite voix lui hurla : « Derrière toi ! » et évita le coup de lance de justesse. Elle se tourna vers une Léonie visiblement ravie d'entrer dans le jeu. Elle grimaça, elle devait revoir son rythme. La Princesse savait que les porteurs de lance étaient rapides et leurs portées importantes, elle devait absolument se charger de la rouquine en priorité. La Princesse inspira et commença à compter dans sa tête.

Du point de vue du Leistérien, la jeune femme avait l'air de danser au milieu de ses deux opposants. Puis il remarqua quelque chose d'étrange, Cyri arrivait à esquiver ou à parer les coups comme si elle savait d'avance où on allait la toucher. Il regarda Hilda qui soupira en prenant une hache.

Un troisième adversaire, la jeune femme n'aimait pas la tournure que prenait ce combat. Elle devait se débarrasser de Léonie au plus vite mais elle n'arrivait jamais à la toucher, elle se tourna donc vers Raphael. Elle prit une grande inspiration et à l'aide d'une esquive rapide, elle se retrouva derrière le colosse et lui donna un énorme coup de pied à l'arrière du genou qui poussa un cri de douleur.

« Raphael est hors jeu ! » s'écria Ignaz.

Le grand blond quitta l'arène en boitant sévèrement. Claude fronça légèrement les sourcils, le coup a été donné avec beaucoup trop de force à son goût. Lisithea se mit alors dans un coin du terrain et se prépara à lancer un sort.

Une odeur de brûlé chatouilla les narines de Cyri, elle regarda autour d'elle et vit la petite femme tendre sa main vers elle, un halo rouge commença à se former autour de celle-ci. La Princesse se jeta littéralement sur elle et la fit tomber lourdement en arrière. Elle jeta alors un regard à Claude, elle n'aimait pas ce qu'elle voyait, il avait les bras croisés, et la regardait avec des yeux sérieux. Elle eut l'impression qu'il était en train de l'analyser. Ses yeux verts étaient froids et la colère de Cyri commença à monter. « La lance ! A ta gauche ! » Elle dévia la lance d'un coup d'épée et pointa sa deuxième sous la gorge de Léonie qui posa un genou à terre en signe de reddition.

« Léonie est hors jeu ! »

Un cri rauque retentit, c'était Lorenz qui s'était élancé aveuglément contre Cyri, il rata évidemment son action et la jeune femme lui donna un coup violent au visage ce qui le fit tombé évanoui.

« Lorenz est hors jeu ! »

Claude bouillonnait, elle blessait délibérément ses amis. Il ordonna à Hilda d'abandonner. Il s'avança vers la Princesse qui fit de même.

-C'était quoi ça ? S'écria-t-elle. Qu'est-ce que vous cherchiez à faire ?

-Et vous ? Vous avez blessé mes hommes !

-C'était un duel non ? Ne faites pas l'idiot, ce sont les risques, vous le savez ! Pourquoi m'avoir envoyé vos amis en même temps ?

-Je voulais connaître votre façon de vous battre.

-Vous ne cachez même pas vos intentions ! C'était humiliant Claude ! Je suis quoi pour vous ? Un moyen d'assouvir votre insatiable curiosité ?

-Et vous ? Pourquoi vouloir absolument faire mal ? Pourquoi ne pas avoir tout simplement arrêté le duel si cela vous dérangez ? Regardez dans quel état ils sont !

-Marianne est une mage blanche non ? Ca doit être un jeu d'enfant pour elle ! Tenez une nouvelle information pour vous ! Pour moi, chaque magie a une odeur, je suis capable de détecter un mage avant qu'il utilise ses sorts.

-C'est donc pour cette raison que vous n'avez pas mesuré vos coups ? Ou est-ce votre fierté de Princesse qui vous en empêchait de perdre contre le bas-peuple ? Vous prenez du plaisir à punir ceux qui ont osé lever une arme contre vous ?

Cyri lâcha ses armes tellement qu'elle était surprise. Claude regretta ses mots au moment où il les avait dit mais sa colère ne se calma pas pour autant.

-Claude… Ca suffit… supplia Hilda.

-Elle vous a intentionnellement fait du mal. C'est impardonnable ! S'écria-t-il en lançant un regard noir à la Princesse.

Celle-ci arracha son plastron de cuir de rage et le balança à la figure du jeune homme. Elle quitta ensuite le terrain d'entraînement. Mais elle sentit deux petites mains l'arrêtaient. La jeune femme se retourna et fit face à une Marianne tête basse.

« Laissez-moi… soigner votre bras... » dit la mage aux cheveux bleus.

Ce fut à ce moment que Cyri remarqua sa blessure au bras, sûrement faite à cause d'un coup de lance mal évité.

-Merci Marianne. Dit-elle en essayant de ravaler un sanglot.

-S'il-vous-plait… N'en voulait pas à Claude… bredouilla la jeune femme.

La Princesse se mordit la joue et regarda une dernière fois le jeune basané qui essaya de réveiller Lorenz, il leva les yeux vers elle et lui lança un regard furieux. Cyri tourna les talons et essuya les larmes de rage qui commençaient à perler au coin de ses yeux.

Quand elle arriva dans sa chambre, elle s'écroula à terre contre son lit et enfouit son visage dans ses mains pour pleurer. Elle ne comprenait pas pourquoi elle réagissait aussi violemment. Après tout, des personnes lui avaient déjà dit des paroles pires que celles de Claude. Puis elle se souvint du regard qu'il avait quand elle se battait, un mélange de colère et de curiosité. Elle ne voulait pas croire que les dames de compagnie avaient eu raison, que Claude était un homme manipulateur. N'avait-il pas pleurer sur elle quand il avait parlé de sa mère ? La Princesse se gratta la tête d'agacement, elle ravala toute cette colère et ses interrogations, il fallait qu'elle soit plus forte que ça. Mais tout à coup, le corps de Lorenz évanoui à terre lui vint à l'esprit, un violent sentiment de culpabilité l'envahit. Finalement, Claude avait peut-être eu raison…

...

-Tu es vraiment qu'un idiot ! S'écria Hilda une fois son Altesse suffisamment loin pour ne pas l'entendre.

-C'est une blague, j'espère, regarde dans quel état vous êtes ? Se justifia Claude.

-Qui nous a demandé d'intervenir ? Intervint Léonie. Elle n'a fait que jouer à ton jeu stupide…

-Est-ce qu'au moins cela t'a été utile ? As-tu appris des choses intéressantes sur la Princesse ?

-Ignaz, tu n'es pas sérieux ? Tu es de son côté ? Rala Lisithea au jeune homme qui réajusta ses lunettes d'embarras.

-Par pitié, dites-moi que je n'ai pas sacrifié mon beau visage pour rien… maugréa Lorenz.

Plus que des réponses, ce combat avait amené beaucoup de questions. Cette femme semblait toujours savoir où on allait la toucher, et cette façon de bouger... Il avait aussi cette force, il avait l'impression qu'elle augmentait au fur et à mesure qu'elle s'énervait.

-Il n'empêche qu'elle est terrifiante quand elle s'énerve, j'étais presque paralysée de peur en la voyant se battre et se disputer contre toi… frissonna la jeune femme aux cheveux roses.

-Vous croyez que ce qu'elle a dit est vrai ? Qu'elle est capable de savoir qui utilise la magie ? Demanda Raphael après s'être fait soigné par Marianne.

-Tu vas faire quoi maintenant Claude ? Demanda-t-elle en se dirigeant vers Lorenz.

Le jeune homme ne sut quoi répondre, il en voulait tellement à Cyri d'avoir fait du mal à ses amis mais il avait vue dans les yeux de jeune femme que ses mots lui ont fait plus de mal…

...

Le déjeuner arriva non sans une certaine appréhension pour Cyri et Claude. Avec beaucoup de mal, la Princesse ne laissa rien paraître devant son père et le reste de la tablée, mais elle évitait soigneusement de regarder le jeune basané, de peur qu'elle ne réussisse plus à contenir ses sentiments cependant le jeune basané lui facilita la tâche en se portant loin d'elle.

S'en suivi le début des pourparlers, évidemment, comme à la première rencontre, les conseillers et les ministres ne facilitèrent pas la tâche. Clause observa Cyri, le visage enragé avait laissé place à un visage concentré. Il en était presque vexé, si elle avait réussi à passer à autre chose aussi facilement, cela voulait dire que l'événement de ce matin n'avait peu d'importance pour elle ? Il continua à la regarder, discutant avec son père avec une expression sérieuse, soudain il comprit, ce n'était pas Cyri qu'il avait devant lui, mais son Altesse, la Princesse Cyri. Leurs états d'âme n'avait pas la place ici, elle l'avait compris contrairement à lui. Le jeune homme se sentit alors tellement stupide qu'il se mit à rire. Tous le regardèrent étonnés de sa réaction.

-On peut savoir ce qu'il vous fait rire Claude ? Demanda un des conseillers agacé.

-Désolé… Je… Je vais me retirer pour aujourd'hui. Bon courage !

Il se leva, salua l'assemblée et croisa enfin le regard de la Princesse, comme tous les autres elle ne comprenait pas ce qu'il lui arrivait.

« Pourquoi me regardez-vous avec des yeux si inquiets Princesse ? Ne me détestez-vous pas ? » pensa-t-il en quittant la salle de réunion.

-Ce type n'a vraiment pas tout… fit un des conseillers.

-Votre Majesté, vous devriez vraiment vous méfier de lui… renchérit un autre.

L'Empereur fit taire ses conseillers d'un revers de la main irrité par leurs remarques.