Comme promis, elle passa le reste de l'après-midi avec Glenn. Il fut heureux de lui montrer ses progrès en lecture et en écriture.
« J'ai commencé mes entraînements avec Félix mais il est trop sévère… Je préfère quand c'est Sylvain qui m'entraîne… » se plaignit le petit garçon.
Cyri se mit à rire en imaginant les deux hommes totalement opposés en professeur du jeune Prince. Il était vrai que les entraînements avec Félix ne devaient pas être une partie de plaisir, lui qui était dur et sérieux. Par contre, elle doutait de l'efficacité des enseignements de Sylvain, cet homme qui préférait séduire toutes les femmes qu'il croisait.
Puis l'heure du dîner arriva rapidement, trop vite au yeux du garçon.
Le lendemain fut le grand jour pour Glenn. Cyri avait enfilé une belle et longue robe de couleur bleu-vert. Tous les invités avaient aussi sorti leurs plus beaux vêtements. Comme elle était la marraine de Glenn, elle était à ses côtés toute la journée.
« Tati ! Tati ! Regarde le beau cadeau que j'ai eu ! » s'exclama-t-il en lui montrant la magnifique épée qu'un seigneur lui avait offerte.
Elle tendit alors son cadeau avec une certaine appréhension, le garçon arracha le papier cadeau et s'émerveilla devant la couverture du livre.
-Le… Pe… Petit… Chat… Et le… Re… Renard. » essaya de lire Glenn
-Ouvre le livre. Conseilla sa marraine avec un clin d'eil.
Il poussa un cri de surprise en découvrant la silhouette d'un chat apparaître.
-Il y a un mage chez moi qui a développé une magie spéciale. Il enchante les livres pour donner vie aux histoires.
-C'est trop beau Tati ! C'est mon cadeau préféré ! S'écria le petit prince en lui sautant dans les bras.
-Glenn ! Ce ne sont pas des choses qu'on peut dire, c'est très impoli vis-à-vis des autres personnes qui t'ont offert un cadeau. Même si je dois dire que je suis assez impressionnée aussi. Intervint Edelgard.
...
La nuit était tombée depuis peu et Cyri s'était installé sur le sofa de sa chambre près de la cheminée, quand on frappa à la porte. Elle soupira en reconnaissant cette façon de faire particulière.
-Sylvain… fit-elle en ouvrant la porte à un jeune homme aux cheveux rouge-orangé.
-Cyri, cela fait un bail que l'on ne s'est pas vu. J'ai voulu te parler aujourd'hui mais tu avais l'air d'avoir d'yeux pour notre cher prince…
-C'est normal, c'était sa journée… dit la Princesse.
-Et moi je n'avais d'yeux que pour toi et ta magnifique robe… Tu aurais pu saluer ton ami d'enfance quand même…
-Je ne voulais pas que des commérages viennent gâcher l'anniversaire de mon filleul.
-Tu crois réellement que cela les a empêchés de parler sur notre dos ? Maintenant qu'ils sont tous partis, si tu me laissais enfin entrer ?
La jeune femme roula des yeux, elle reconnaissait ce ton, cet homme ne voulait pas passer la nuit tout seul.
« Sylvain et si tu allais droit au but ? » demanda-t-elle.
Le jeu homme la plaqua alors contre le mur et approcha son visage de celui de Cyri.
-J'ai entendu parler de ton mariage avec Claude, je me suis dit qu'on aurait pu fêter ça autour d'une bonne bouteille. dit-il avec une voix séductrice en lui montrant la bouteille de vin.
-Je vois que les nouvelles vont vite… pesta la jeune femme en le repoussant.
-Je connais Claude, c'est un homme bon. Et en plus c'est un Leisterien, j'ai entendu dire qu'ils sont très bons au lit… ajouta Sylvain en lui tendant un verre plein.
-Pourquoi il faut que ça tourne toujours autour de ce sujet avec toi Sylvain… Soupira la jeune femme.
-Es-tu certaine de vouloir l'épouser ? Demanda-t-il tout à coup sérieusement. Est-ce qu'il sait ce tu as subi avec…
-Non, et il le saura quand je l'aurai décidé. Coupa avec fermenté la Princesse. Écoute, je n'ai pas envie de parler de ce mariage ce soir. De toute façon, tu n'es pas venu pour ça, n'est-ce pas ?
Elle vida son verre d'un seul trait et se mit à embrasser langoureusement Sylvain. Cela faisait des années que tous les deux entretenaient ce genre de relation. Quand ils se voyaient, ils passaient régulièrement la nuit ensemble. Ils n'avaient pas de sentiments particuliers entre eux, juste une attirance physique très forte. Sylvain avait toujours respecté Cyri, n'allant jamais contre son consentement et ses envies, il était aussi un excellent amant, ne demandant jamais son reste à la fin de leurs ébats.
-Ma chère Cyri, ce fut une dernière fois extraordinaire… fit Sylvain en se rhabillant.
-Et Félix, c'en est où entre vous ?
Le jeune homme se retourna, étonné de la question. Il sourit en se grattant la tête.
« Tu sais… Entre lui et moi, c'est compliqué… Et ça le sera toujours... »
Il finit de se rhabiller et commença à se diriger vers la porte.
-Sylvain ? Merci pour tout ce que tu as fait pour moi…
-Ce fut à chaque fois un plaisir, ma petite Cyri… Et au fait, félicitations pour ton futur mariage, j'ai hâte de te voir dans une magnifique robe blanche. Dit-il en lui adressant un clin d'œil.
Quand il fut parti, Cyri fixa quelques instants la porte de sa chambre. Elle se sentit un peu triste de voir sa relation avec Sylvain se terminer mais au fond, elle savait que celle-ci devait prendre fin un jour ou l'autre.
Le matin suivant, le couple royal et Glenn accompagnèrent la Princesse pour son départ.
« Promets-moi de me tenir au courant de tout ce qu'il se passe à Era. Si la situation dégénère, je viens tout de suite ! » Déclara Dimitri en la serrant dans ses bras.
La jeune femme se laissa faire volontiers, le Roi manifestait rarement des gestes d'affection en public. Elle savait que cela traduisait sa grande inquiétude.
« Merci grand frère... » chuchota-t-elle à son oreille.
Dimitri rougit instantanément tandis que la Princesse se mit à rire doucement. Puis elle se tourna vers Edelgard, toutes les deux n'avaient jamais su quelle attitude elles devaient avoir entre elles mais à sa grande surprise le Reine d'Andrestia la serra aussi dans ses bras. Enfin elle se tourna vers Glenn et le couvrit de bisous malgré ses protestations.
...
La nuit précédant son arrivée à Era, Claude se retrouva de nouveau sur ce maudit champ de bataille. Il était encore aux côtés de la femme au cheveu blancs-gris, avec eux un homme blond qui tenait une longue lance faite dans la meme matière que son arc. En face d'eux se tenait une sorte de monstre violâtre trois plus grand qu'eux.
-(...) ! Couvre-moi, le temps que j'occupe de ses tentacules ! Hurla la femme porteuse des lames jumelles à l'homme blond.
-D'accord ! Mais vous savez où sont les deux autres ? (…) ! Tu ne les aurais pas vues quand tu étais sur le dos de ta wyvern ?
Claude fit non de la tête. Il ne savait pas qui étaient ces deux autres personnes, mais il espérait vraiment que rien ne leur était arrivé. La bête hurla avant de charger sur la femme aux cheveux blanc-gris. Le jeune homme banda son arc et visa une flèche dans l'œil.
« A l'aide… J'ai mal… Sauvez-moi... »
Il entendit des voix humaines émanait du monstre, un frisson terrible le parcourut.
-Il faut la tuer vite ! Pour la soulager ! Hurla-t-il.
-On le sait déjà ! Pesta l'homme à la lance. Mais comme tu le vois, elle ne se laisse pas faire !
A trois, ils finirent pourtant par la tuer. Claude avait dû utiliser toute son énergie pour l'achever, le souffle haletant, il rejoignit ses deux amis mais un hurlement horrible se fit entendre, résonnant dans sa poitrine.
...
Claude se réveilla en sueur. Quand il avait entendu cet hurlement, c'était comme si une partie de lui mourrait. Il se leva de son lit et écrivit ce qu'il avait vécu. Il essaya de se souvenir des noms mais impossible de s'en rappeler.
...
Cyri avait eu du mal à calmer sa panique, pourquoi cet hurlement ? Pourquoi elle avait cette impression qu'il annonçait quelque chose de grave ? De plus, elle était persuadée que cette bête avait quelque chose d 'humain en elle… Et les noms, elle avait beau essayer mais rien ne lui revenait à l'esprit. Ce cauchemar était peut-être moins éprouvant mais il n'était pas moins frustrant. Agacée, elle se recoucha.
...
Claude avait passé tout le trajet à imaginer tous les scénarios de retrouvailles possibles, allant à l'absence de la Princesse jusqu'aux retrouvailles émouvantes. Quand lui et ses amis franchirent la porte du château, il vit la Princesse au loin. Elle se tenait en haut des marches, seule. Lorsqu'il descendit de cheval, il vit qu'elle évitait volontairement son regard, il laissa échapper un soupir de déception.
...
Lorsque les gardes avaient annoncé que Claude était sur le point d'arriver, Cyri ne put s'empêcher de courir vers la cour. Plus elle entendait les sabots des chevaux approcher, plus elle sentait ses mains moites. Quand elle vit Claude, elle se sentit mal à l'aise et préféra ne pas le regarder. Elle prit alors une grande inspiration et essaya d'avoir l'air le plus naturel possible.
« Bonjour à tous, bienvenue à Era. J'espère que vous avez fait bon voyage. J'ai bien reçu vos demandes et j'ai essayé tant bien que mal de les respecter. Ce garde va vous emmener à la capitainerie et vous expliquer comment ça se passe ici. Si vous avez des requêtes, n'hésitez pas à les lui transmettre. »
Elle adressa un sourire radieux aux hommes de Claude qui suivirent le garde tous penauds.
« Claude, suivez-moi s'il-vous-plaît. »
La jeune femme lui avait parlé avec un ton très formel, Claude se mordit la joue pour éviter de soupirer à nouveau. Il reconnut les couloirs qu'ils empruntaient et la porte du bureau de la Princesse mais ils s'arrêtèrent un peu plus loin.
« Voici vos appartements. La tradition veut que nous vivions ensemble quand nos fiançailles seront annoncées mais vue de ce qui s'est passé à Leister, je me suis dit que vous voudriez vous retrouver seul… » expliqua la Princesse en entrant dans une chambre.
La pièce était grande, un lit en baldaquin trônait au milieu de celle-ci. Pas très loin, un bureau se trouvait devant un mur de bibliothèque vide.
-Comme vous aimez les livres, j'ai fait installer des bibliothèques, vous n'aurez qu'à la remplir comme bon vous semble. Cette porte donne sur votre salle de bain personnelle.
-Et celle-ci ? Demanda Claude en pointant une deuxième porte.
-Elle donne sur ma chambre… avoua gênée Cyri. Si vous n'avez pas d'autres questions, je vais vous laisser.
-Attendez Princesse !
Pour la première fois depuis son arrivée, le Princesse posa les yeux sur lui. Mais ce fut au tour de Claude d'éviter le sien en se frottant les mains sur ses cuisses d'inquiétude.
-Je crois que vous et moi, nous devons discuter… Après tout nous allons devenir mari et femme, je pense qu'il est temps que nous soyons honnête l'un envers l'autre non ? Dit-il.
-En effet… fit Cyri en croisant les bras. Pourquoi avez-vous accepté de m'épouser ?
-Avant ça, il y a peut-être plus important… Princesse, je tenais à m'excuser pour ce que je vous ai dit sur le terrain d'entraînement. Ma façon de faire était mesquine et je peux comprendre que vous n'ayez pas apprécié. Fit Claude en regardant le sol.
-Cela ne justifie pas le fait que j'ai volontairement blessé vos amis… Je dois aussi m'excuser Claude... J'ai beaucoup réfléchi sur nous deux et je me demande si nous ne sommes pas accorder notre confiance trop vite ? Ce n'est pas du tout mon genre d'habitude mais il y a quelque chose en vous qui semble familier, comme si nous nous connaissions depuis toujours. Cela a endormi ma méfiance et voilà où nous en sommes aujourd'hui…
-Vous avez fini par me détester ? Demanda le jeune homme soudainement inquiet.
-Comment voulez-vous que je vous déteste quand vous me regardez avec ces yeux-là ? Fit-elle en ne pouvant pas s'empêcher de sourire. Peut-être devons-nous recommencer de zéro ?
-Je suis désolée Princesse mais cela est impossible pour moi. Cette dispute m'a permis de comprendre une chose Princesse. Il y a quelque chose en vous qui m'attire. Et je suis certain que cela va au-delà de ce lien que votre père parle et des cauchemars que nous faisons. Peu importe le nombre de fois où nous nous disputerons ou le nombre de fois où vous me rejetterez, je n'arriverai jamais à m'éloigner de vous. Je ne sais pas encore pourquoi je ressens ceci mais je finirai par le comprendre.
-C'est donc pour ça que vous avez accepté de m'épouser ? S'interrogea Cyri étonnée.
-En partie oui. Et vous, pourquoi avez-vous accepté de m'épouser ? Parce que si c'est pour le bien de l'alliance, il y a sûrement des nobles mieux placés pour ça… Ou bien est-ce à cause de mes beaux yeux ? Demanda-t-il avec un sourire malicieux
Cyri soupira, elle avait retrouvé le Claude taquin qui l'agaçait autant qu'il l'amusait.
-Peut-être parce que justement c'est vous…
-Je ne comprends pas Princesse...
La Princesse se contenta d'hausser les épaules. A vrai dire, elle ne comprenait pas non plus, la seule chose dont elle était certaine, c'était qu'elle n'aurait jamais accepté ce mariage si c'était un autre homme que Claude.
« Claude, j'ai une requête à vous faire… Appelez-moi par mon prénom, s'il-vous-plaît. Vous êtes maintenant mon fiancé, vous n'avez plus aucune raison d'utiliser Princesse... »
Le jeune homme s'approcha de sa fiancée et déposa un baiser sur sa main pour signifier son accord.
