-Mon frère m'a dit qu'une grande menace plane sur Era, c'est pour cela que votre père a voulu ce mariage. Vous pouvez m'en dire plus ? Demanda Claude soudainement sérieux.
-Je vous ai déjà parlé de la magie noire, les incidents liés à celle-ci se font de plus en plus nombreux. Byleth sent sa présence de plus en plus proche, cela perturbe grandement ses pouvoirs et ceux de mon père. Il a peur qu'ils arrivent à déclencher une guerre qui sèmera le chaos dans le royaume.
-Mais quel est le rapport avec notre mariage ?
-Il a peur qu'il lui arrive quelque chose et que je doive monter sur le trône seule. Nous ne savons pas encore à quel point ils peuvent être puissants. Mais il y a quelque chose qui me préoccupe… C'était comme s'il pensait que sa mort était inévitable…
-Votre père n'est pas immortel, il ne peut pas vivre éternellement…
-Je suis sérieuse Claude…
-Vous pensez qu'il est prêt à sacrifier lui et Byleth ?
-Byleth est trop important mais si cela peut sauver des vies, je crois qu'il s'est préparé à mourir… Je ferai tout pour que cela n'arrive pas. C'est pour ça que j'ai décidé d'enquêter sur toutes les affaires qui auraient un lien avec la magie noire.
-Toute seule ?
-Évidemment que non… Pour être franche, j'espérais que vous me prêteriez main forte… avoua Cyri en se grattant la nuque.
-Cyri… Vous croyez réellement que j'allais rester à vous observer ? Je veux voir par mes yeux ce dont ces mages noirs ont prévu.
Même si elle savait que Claude l'aiderait, elle était soulagée de sa décision.
« Je vais vous laisser vous installer. Fit-elle en se dirigeant vers la porte commune à sa chambre. Je serai dans mon bureau, j'ai du nouveau concernant nos cauchemars. »
Mais il ne fallut pas beaucoup de temps à Claude pour ranger ses affaires, n'ayant pris que l'essentiel. Il traversa donc la porte et se retrouva dans la chambre de Cyri, un peu gêné, il ne s'y attarda pas.
-Cela a été rapide dis donc… s'étonna Cyri en le voyant arriver dans son bureau.
-Je pense que vous avez remarqué que je ne suis pas venue chargé… Et je meurs d'envie ce que Dimitri a pu vous dire…
Assise derrière son bureau, la Princesse proposa à son fiancé de s'installer devant elle et lui tendit un livre.
« Un livre pour enfants ? Sothis et ses enfants-dragons... »
En entendant de nouveau ce nom, la voix se mit de nouveau à répéter « Sothis ».
-Cyri ? Que se passe-t-il ? Demanda Claude inquiet de la voir mettre sa tête entre ses mains.
-Dès que j'entends le nom de Sothis, il y a cette voix qui se met à parler dans mon esprit. La même qui me prévient quand je vais recevoir un coup que je ne vois pas.
-Vous avez une voix dans votre tête ? Demanda Claude en levant un sourcil
-Ne me regardez pas comme ça… Je sais que c'est bizarre et je ne sais pas pourquoi…
-Vous avez lu l'histoire ?
-J'ai peur de me retrouver avec une migraine horrible… Mais lisez-la, s'il-vous-plaît.
Claude ouvrit le livre et commença à lire à voix haute.
Il était une fois, une déesse qui s'appelait Sothis.
Les hommes l'aimaient et priaient tous les jours pour elle. Sothis aussi les aimait.
Un jour, elle décida de vivre avec eux. Tout le monde était heureux.
Elle était tellement heureuse qu'elle donna naissance à cinq dragons.
La déesse se mit à les aimer plus que les hommes.
Les hommes étaient jaloux et voulurent tuer les dragons.
Ils essayèrent d'être aussi puissant que la déesse.
Les dragons moururent de la main des hommes.
Sothis était tellement triste qu'elle se laissa mourir de chagrin.
Laissant les hommes sans déesse.
« Je suis Sothis ! Je suis la mère des dragons ! Sothis ! Je suis une déesse ! »
Le voix se fit encore plus présente dans l'esprit de Cyri ce qui lui donna un mal de tête horrible.
« Mes enfants ! Où sont mes enfants ? Je veux mes enfants ! »
-A l'aide… Ma tête… supplia la Princesse croyant que sa tête allait exploser.
-Cyri ! Je suis là ! S'écria Claude en se précipitant sur elle.
L'odeur d'épices et la chaleur de ses bras calma instantanément Cyri. Le souffle haletant, elle s'accrocha à sa chemise comme à une bouée.
-Cyri… Que s'est-il passé ? Demanda le jeune homme doucement.
-Cette voix… J'avais l'impression d'avoir une autre personne dans la tête… Elle s'est mise à hurler qu'elle s'appelait Sothis et qu'elle voulait voir ses enfants… Est-ce que je suis en train de devenir folle ?
-Je ne crois pas… Vous dites que cette voix vous aide quand vous vous battez. Je l'ai vue de mes propres yeux, vous avez évité des coups comme si vous aviez des yeux derrière la tête…
Cyri leva alors les yeux vers le visage de Claude. Son cœur se serra en voyant les yeux humides de la Princesse. Il essuya délicatement une larme qui commençait à couler au coin de l'œil.
-On arrête de parler de cette déesse pour aujourd'hui d'accord ? Dit-il en lâchant Cyri. Vous avez appris autre chose ?
-Dimitri fait les mêmes cauchemars que nous. Répondit la Princesse en essayant de reprendre ses esprits.
Elle chercha dans ses nombreux papiers et tendit les notes du Roi d'Adrestia à Claude. Celui-ci se pinça le nez en soupirant après les avoir lues.
-Nous sommes donc trois à faire ces cauchemars… soupira-t-il
-Vous croyez qu'il en a d'autres ? Demanda Cyri.
-Dans notre dernier cauchemar, l'homme à la lance voulait savoir si on avait des nouvelles de deux autres personnes. Je me demande si eux aussi sont porteurs d'armes comme les nôtres…
-Je n'arrive pas à me souvenir des noms, c'est le cas pour vous aussi je présume ?
Son fiancé répondit par l'affirmative.
-Résumons ce que nous savons pour l'instant. Fit-il le menton posé sur sa main. Nous sommes trois à faire des cauchemars communs dans lesquels nous ne savons pas où nous sommes, qui nous sommes, et contre qui nous nous battons. Il y a ces armes particulières, des hommes à l'apparence violacée et ses monstres hideux.
-Il y a ce parchemin dont nous attendons encore la traduction. Nous pouvons supposer que ce conte et la légende dont vous m'aviez parlé sont liés à ce parchemin. Byleth semble en savoir plus qu'il ne le dit.
-Je pense qu'on peut supposer que Byleth est l'un des enfants de So… De cette déesse. Ajouta Claude en évitant de prononcer le nom de Sothis de peur d'enclencher un nouveau mal de tête à la Princesse.
-Dans quoi sommes-nous mêlés… fit Cyri en s'enfonçant dans sa chaise.
-Ne soyez pas trop pressée, nous finirons par comprendre ce qu'il nous arrive.
-Vous avez raison, je ne devrais pas m'attarder sur cette histoire alors qu'il y a des mages noirs qui veulent tout détruire. Demain, je dois aller à Gideon, il y a quatre mois, a eu lieu un violent glissement de terrain, détruisant une bonne partie de la ville. Mon père a évidemment donné une somme d'argent pour aider le duc Arthur mais les travaux prennent plus de temps que prévu et le duc a demandé une nouvelle somme d'argent.
-Le Roi soupçonnerait un détournement d'argent ? Pourquoi vous envoyez sur place ?
-Des hommes lui on rapporté des activités suspectes au manoir du duc…
-Oh je vois… Nous partons à quelle heure demain ? Demanda le fiancé avec un grand sourire, heureux de pouvoir enquêter sur ce mystère.
...
Le lendemain, une dizaine d'hommes se tenaient prêts près de la capitainerie.
-A peine arrivé et nous voilà déjà partis en mission… bailla Hilda.
-Votre Altesse ! Nous attendons vos ordres ! Cria un homme de petite taille mais carré et portant un bouc.
-Capitaine Alois, vous irez avec vos hommes à Gideon avant notre arrivée pour essayer de voir ce qu'il s'y passe. Hilda et Léonie vous nous suivrez Claude et moi chez le Duc. Nous ferons le point en dehors de la ville quand le soleil commencera à se coucher. Si tout le monde a fini de se préparer nous pouvons y aller.
Les hommes du capitaine Alois partirent donc en premier.
-Le duc Arthur est au courant de votre visite ? Demanda Léonie après avoir pris la route à cheval.
-Évidemment, officiellement nous venons rendre visite à la population de Gideon, il doit justifier sa demande de fonds.
-Vous n'avez pas peur qu'il en ait profité pour cacher des preuves ?
-Il y a de fortes chances qu'il l'ait déjà fait mais nous ne pouvons pas débarquer chez lui sans nous faire annoncer.
Après une bonne heure à cheval, le groupe arriva enfin dans une ville située près d'une rivière. Quand ils entrèrent, ils furent accueillis par les habitants de Gideon qui semblaient enthousiastes de voir leur Altesse.
-Vous avez l'air d'être populaire… constata Hilda.
-C'est juste le protocole qui veut ça… expliqua la Princesse en se grattant la nuque.
Claude la trouva bien modeste. Il se dégageait de la population une réelle sympathie pour leur Princesse. Alors qu'elle descendit de cheval, un petit groupe d'enfants courut vers elle pour lui offrir des fleurs et des dessins, elle remercia un par un les enfants en leur offrant un sourire doux. Un soldat apparut de nulle part et prit les cadeaux.
-Faites bien attention à ne pas abîmer les fleurs et les dessins, s'il-vous-plaît . Dit-elle à celui-ci avant de se retourner vers les habitants.
-Nous sommes tellement heureux de vous voir ! S'écria un homme avec un tablier. Nous ne sommes pas revenus comme avant le glissement de terrain mais sans l'intervention de votre père et la vôtre, je n'ose pas imaginer dans quel état nous serions…
-Votre Altesse ! C'est une chance que vous soyez venue ! intervint une femme rousse enceinte. Mon mari… Il a disparu depuis quatre jours, notre fils est sur le point de naître… Il est tellement impatient de le rencontrer, je vous en supplie votre Altesse… Retrouvez-le...
-Ce n'est pas le seul… ajouta l'homme au tablier blanc. Depuis plusieurs semaines, des personnes disparaissent sans qu'on sache où elles sont allées. On a demandé au duc Arthur de l'aide mais rien n'avance… Comme la reconstruction d'ailleurs…
-Votre Altesse ! Quel plaisir de vous revoir ! Fit une voix derrière eux.
Tout à coup, quand un homme blond à la mâchoire carré apparut, l'ambiance changea. Les habitants de Gideon semblaient soudainement tendus et tous s'éloignèrent de la Princesse. Alors qu'il s'approchait d'elle pour la saluer, Cyri sentit une étrange odeur, comme une légère odeur de mort.
-Que diriez-vous de discuter autour d'une bonne tasse de thé ? Demanda l'homme.
-Duc Arthur, nous aurons tout le temps de discuter après la visite de la ville. Fit Cyri en lui offrant un sourire formel.
-Avant de commencer, puis-je savoir qui vous accompagne ?
-Je vous présente Claude, le frère de l'Empereur de Leister et voici Hilda et Léonie, elles sont au service du Roi depuis peu. Répondit la Princesse pendant que les trois amis s'inclinèrent par politesse.
Le duc eut un drôle de rictus lorsqu'il entendit le mot Leister.
-Je vous prierai de bien les traiter duc Arthur… ajouta-elle en levant un sourcil.
-Bien… Bien sûr votre Altesse… fit-il en s'inclinant bien bas devant la Princesse.
La visite dura quelques heures, le duc invita ensuite la Princesse à boire le thé dans son manoir. Quand elle traversa la porte d'entrée, une violente odeur de mort la prit aux narines lui donnant un haut de cœur.
-Est-ce que ça va ? Demanda Claude alors qu'il l'avait vu porter la main à sa bouche.
-Il y a une odeur bizarre, vous ne le sentez pas ?
Le jeune homme répondit par la négative. Le duc Arthur les invita dans son immense véranda.
-Votre Altesse, j'ai une question qui me reste à l'esprit depuis votre arrivée. Pourquoi ce Leisterien vous accompagne-t-il ? Demanda le duc Arthur.
-Parce qu'il est mon fiancé… annonça Cyri avant de renifler sa tasse de thé.
-Votre fiancé… Vous allez vous marier avec un Leisterien ?
-Cela vous pose problème duc ? Demanda Cyri toujours les yeux rivés sur la tasse.
-Pas… Pas du tout… Tous les vœux de bonheur, votre Altesse… Humm… Voici les factures que vous m'avez demandé.
Il tendit un paquet de feuilles que la Princesse étudia attentivement, Claude penché sur son épaule regarda aussi. Tous les deux restèrent silencieux, échangeant de temps en temps un regard quand quelque chose les interpellait.
-Duc Arthur, plusieurs de vos habitants m'ont confié leurs inquiétudes concernant la disparition de certaines personnes. Êtes-vous au courant ? Demanda Cyri une fois toutes les factures examinées.
-Des disparitions… Oui bien sûr que je suis au courant mais vous savez, depuis cette catastrophe, beaucoup de personnes ont quitté la ville pour aller vivre ailleurs. Je ne serai pas étonné que ce soit le cas pour ces personnes là…
-Vous n'avez donc rien fait ? Demanda Claude.
-Votre Altesse. Fit le duc en ignorant volontairement le jeune homme. Croyez-moi, ces disparitions n'ont rien d'alarmant.
Légèrement agacée par le comportement du duc, le Princesse décida de prendre congés.
