Comme prévu, le quatuor rejoignit le capitaine Alois et ses hommes en dehors de la ville pour faire le point.
-Avez-vous remarqué quelque chose ? Demanda le capitaine.
-Il a l'air de ne pas aimer les Leisteriens. Répondit Léonie.
-Nous avons surtout remarqué que la rénovation de la ville a pris beaucoup trop de temps et le duc avait beaucoup de mal à justifier ce retard. Dit Cyri.
-De nombreuses factures ont été falsifiées, très grossièrement si vous voulez mon avis. Ajouta Claude en posant la main sur son menton.
-De notre côté, il nous a été confirmé qu'une petite vingtaine de personnes ont disparu depuis plusieurs semaines. La dernière fois que quelqu'un les avait vues, ils se dirigeaient vers le manoir du duc. Un de mes hommes en s'approchant a entendu des bruits bizarres, comme s'il avait une bête dans son sous-sol. Les habitants nous ont aussi rapporté que le duc se comporte bizarrement depuis quelque temps déjà, sortant qu'à de rares occasions et refusant toute visite dans son manoir. Mais ils mettaient ceci sur le chagrin dû à la perte de sa fille lors du glissement de terre.
-Cela ne justifie pas tout. Sa réaction face aux disparitions est quand même suspecte. Intervint Hilda. Si j'ai bien compris, il n'a pas envoyé d'hommes pour enquêter sur elles. Prétextant que ce serait des disparitions volontaires… C'est quand même terrible !
-Votre Altesse, que faisons-nous ? Demanda Alois.
-Capitaine ! C'est terrible ! Cria un soldat qui courait vers le groupe. C'est… C'est… Jack ! Il a disparu !
-Comment ça disparu ? Ce n'est pas possible qu'il disparaisse comme ça en plein jour quand même ! S'écria le capitaine.
-C'est pourtant la vérité. Nous étions en train de rôder autour du manoir et… Il a eu un brouillard, j'ai entendu Jack hurler puis plus rien… J'ai tourné en rond jusqu'à ce que le brouillard disparaisse mais je n'ai rien trouvé alors je suis venu directement ici.
Le capitaine Alois se gratta la tête en grommelant.
« Capitaine, préparez vos hommes, nous devons aller revoir le duc. » Dit Cyri avec fermeté.
Claude fut impressionné par l'autorité qui se dégageait de Cyri. Le capitaine acceptait ses ordres sans rien redire et les soldats s'exécutaient sans poser de question. Elle se tourna alors vers Claude, Hilda et Léonie.
-Il semblerait que pour votre première mission à Era, vous ayez droit à pas mal d'actions. J'espère que vous êtes prêts. Leur dit-elle avec un grand sourire.
-Nous sommes toujours prêts ! Rassura Hilda.
-Elle a quand même une certaine classe ta fiancée… fit remarquer Léonie en donnant un coup de coude à son ami.
Clause était d'accord avec elle, ses lames jumelles et sa cape aux couleurs de la famille royale lui donnait un certain prestige. Elle ordonna aux hommes du capitaine d'encercler le manoir pour empêcher toute fuite.
Devant le manoir, la jeune femme sentit une certaine tension monter en elle. Qu'allait-elle trouver chez ce duc ? Elle regarda les hommes qui l'accompagnaient, elle voulait qu'ils rentrent tous chez eux sains et saufs, elle voulait aussi retrouver ce Jack en un seul morceau. Cyri prit une grande inspiration et marcha d'un pas déterminé.
-Votre Altesse ! Que faites-vous ? Hurla le duc en la voyant pénétrer chez lui.
-Duc Arthur, nous allons fouiller votre manoir. Un de nos hommes a disparu alors qu'il était près de chez vous. Vous allez encore me dire que c'est une disparition volontaire ? Fit la Princesse.
L'homme essaya de s'enfuir mais un des soldats l'en empêcha. Claude se dirigea vers une porte lorsqu'un hurlement se fit entendre. Il se tourna vers Cyri, le visage troublé, il reconnaissait cet hurlement et sa fiancée aussi. Il ouvrit la porte et l'odeur de mort se fit encore plus intense, la Princesse porta sa main à sa bouche par dégoût. Le couple, le capitaine, Hilda et Léonie entrèrent alors dans une grande pièce dans laquelle étaient disposées des cages. Cyri examina l'une d'entre elles et recula de terreur, butant contre le torse de Claude qui fixait avec horreur le buste dont les membres étaient comme arrachés. Les cages suivantes contenaient toutes un corps mutilé atrocement.
-Mais qu'est-ce qu'il se passe ici ? Demanda Alois en observant le cadavre d'une femme dont les entrailles étaient étalés à terre.
-Capitaine, je crois que j'ai trouvé votre Jack. Interpella Léonie.
Dans une cage, se tenait un homme portant l'uniforme des soldats de la capitale. Visiblement très mal en point, il respirait à peine.
« Je crois qu'il y a quelque chose de très gros derrière cette porte… » fit remarquer Hilda.
Cyri se dirigea vers celle-ci, l'odeur de mort lui donna de nouveau un haut de cœur, elle l'ouvrit et se paralysa.
-Claude ! Venez voir ! Réussit-elle à dire.
-Cette bête c'est…
-Allez me chercher le duc, TOUT DE SUITE ! Ordonna la Princesse.
Elle était envahie par un mélange de rage et de terreur, une bête monstrueuse était enchaînée devant elle, elle avait la peau violette, des tentacules sortaient de son dos. Claude s'approcha prudemment du monstre, elle ressemblait beaucoup trop à celle qu'il avait vue dans son dernier cauchemar à la différence que celle qui était devant ses yeux semblait être en bout de vie.
« Aidez-moi… Je souffre tellement... »
Une voix plaintive saisit le couple en plein cœur. A son tour, Cyri s'approcha de la bête, quelque chose d'humain se dégageait de ses yeux jaunes.
-Votre Altesse ! Voici le duc ! Fit Hilda en tenant l'homme blond.
-Non ! Je vous en supplie ! Il faut qu'elle reste vivante !
La Princesse se dirigea vers celui-ci et lui tira les cheveux pour le forcer à la regarder.
-Pourquoi cette bête est-elle chez vous ? Qu'est-ce que cela signifie ? Siffla-t-elle entre les dents.
-Ils m'ont promis de ressusciter ma fille !
-Qui ça ILS ?
-Vous le savez déjà votre Altesse… Ceux qui vous causeront votre perte et celle de votre père… sourit le duc.
L'aura effrayante de Cyri se fit plus forte, paralysant Léonie et Hilda. La main de Claude se posa sur l'épaule de la Princesse qui elle se calma instantanément et lâcha le duc.
-Vous avez dit ressusciter votre fille ? Aucune magie ne peut faire ceci duc… dit-il en le lâchant pas l'épaule de la jeune femme de peur qu'elle s'énerve de nouveau.
-Ils m'ont dit que je devais les laisser créer cette bête pour recueillir son sang et le donner à ma fille. Et après ça, elle reviendrait à la vie…
Le jeune homme sentit le corps de Cyri se raidir encore plus sous sa main. Elle se tourna légèrement vers le monstre qui hurla en leur direction, plus elle la regardait plus elle la trouvait humaine.
-Nous devons abréger ces souffrances. Fit-elle se dirigeant vers la bête.
-Non ! Ne faites pas ça ! Ma fille ! Pensez à ma fille !
-AVEZ-VOUS PENSÉ AUX PERSONNES QUE VOUS AVEZ TUÉ ? Hurla la Princesse avec des yeux transpirants de fureur.
Claude se mit à trembler de peur, la femme qu'il avait devant lui était effrayante, si elle le pouvait, elle tuerait le duc d'un simple regard. Le visage terrorisé de ses amies lui donna la force de faire bouger ses jambes et se mettre devant sa fiancée.
-Cyri calmez-vous… lui conseilla-t-il en tendant une main vers son visage.
-Me calmer ? Comment voulez-vous que je me calme ! S'écria sa fiancée en repoussant sa main. Vous avez vu comme moi dans quel état sont les corps ! Votre fille est morte duc ! Et rien ne pourra la ramener à la vie ! Croyez-vous être le seul à avoir perdu un être cher duc ! Vous avez endeuillé des dizaines de familles parce que vous est incapable de faire votre deuil ?
La tête de Cyri se mit à tourner en revoyant les corps horribles dans les cages, Claude la rattrapa de justesse, elle mit quelques secondes à reprendre ses esprits.
« Tuez-moi… J'ai tellement mal... »
La Princesse respira profondément et se retira des bras de son fiancée pour faire face à la bête, elle brandit alors une de ses épées.
« C'est bientôt fini, vous allez être enfin libéré de vos souffrances... » dit-elle d'une voix douce.
Et la lame s'abattit sur le cou de la bête. Le dur hurla de désespoir. Cyri essuya sa lame avec un coin de sa cape et se dirigea vers les cages.
-Capitaine, trouvez les complices du duc et forcez-les à creuser les tombes des disparus. Pour les corps encore identifiables, déplacez-les devant l'entrée pour que les familles puissent dire qui ils sont. Quant à vous duc… Vous serez transféré à la capitale pour répondre de vos actes, mon père se montrera peut-être clément si vous lui dites tout ce que vous savez sur les mages noirs. Dit-elle avec froideur.
-Cyri, est-ce que vous m'autorisez à examiner cette bête et la pièce dans laquelle elle se trouve ? Demanda Claude alors que tout le monde exécutait les ordres de la Princesse.
-Si cela peut nous apprendre plus, faites donc. De mon côté, je vais fouiller le manoir pour d'éventuelles preuves.
Léonie se proposa d'aider Cyri. Dans le bureau du duc, une drôle d'ambiance s'était installée entre les deux femmes. N'osant pas parler ce qu'elles avaient vu, elles se concentrèrent sur leurs recherches. La Princesse était encore bouleversée par ce qu'il s'était passé, elle savait que le duc n'avait qu'une seule fille et qu'il la chérissait énormément. Elle pouvait comprendre son désespoir mais elle ne pouvait pardonner au duc d'avoir pris des vies innocentes.
De son côté, Claude examina de plus près le monstre sans vie. Il se demandait comment des mages ont pu créer cette chose, puis il vit au sol des symboles disposés en cercle, il demanda à un soldat de lui trouver du papier et un crayon pour qu'il puisse les mettre par écrit, dans une des cages, le duc ne cessait de pleurer en répétant sans cesse « Alice, ma petite Alice, papa est désolé… » Au fond de la pièce, il vit de nouveaux corps, eux aussi mutilés, c'est en voyant le corps d'un enfant dont il manquait la partie gauche que la colère de Claude éclata sous forme de larmes silencieuses.
Il retrouva Cyri devant l'entrée du manoir après de longues heures de recherches. Finalement, seulement six corps ont pu être sortis pour être identifiés, les autres étant en trop mauvais état pour l'être. Devant les familles, le Princesse essaya d'expliquer ce qu'avait fait le duc.
-Qu'on l'exécute sur le champ ! Hurla un homme.
-Je veux sa tête ! Renchérit une femme.
-Il sera emmené à la capitale pour être jugé. Tenta d'expliquer Cyri.
-Mon fils ! Je veux voir mon fils ! pleura une vieille femme.
-S'il-vous-plait, gardez votre calme. Malheureusement, nous n'avons pas pu retrouver tous les corps des disparus…
-Cela veut dire qu'on ne pourra pas enterrer nos morts… s'indigna un homme.
-Je suis vraiment désolée…
La jeune femme était épuisée, elle regarda les familles pleuraient leurs morts le regard vide, c'est en entendant un enfant essayer de réveiller sa mère décédée qu'elle craqua. Elle s'isola dans le jardin et s'effondra.
Claude était occupé à raconter ce qu'il avait appris sur la bête au capitaine Alois quand il vit sa fiancée partir seule. Il écourta sa conversation et la retrouva accroupie en train de pleurer.
« Claude… Il s'est passé quelque chose ? » Demanda-t-elle en essayant précipitamment ses larmes et se releva.
Le jeune homme s'approcha d'elle et la tira contre lui.
« Laissez-moi vous prêter mon épaule pour pleurer... » lui chuchota-t-il à l'oreille.
Sa fiancée s'agrippa à sa veste et enfonça son visage dans celle-ci pour pleurer. Claude ne supportait pas de la voir dans cet état, il l'entoura de ses bras et la serra un peu plus contre lui. Alors que Cyri se laissa bercer par les battements de cœur de son fiancé, une légère odeur de mort lui chatouilla les narines.
-Qu'est-ce qu'il se passe ? Demanda le jeune homme en la voyant relever son visage.
-Encore cette odeur de mort…
-ON NOUS ATTAQUE !
