Quand Leif et son futur gendre arrivèrent, les deux femmes avaient commencé depuis un petit moment déjà. Claude avait droit à un spectacle étonnant, Cyri et sa mère semblaient danser, leurs épées s'entrechoquaient de façon régulière sonnant comme un rythme. Il eut alors l'impression de revoir sa mère dansait et un sentiment de nostalgie l'envahit. Soudain une exclamation le fit sortir de ses pensées, Cyri dans une position peu confortable pointait une de ses lames à la gorge de sa mère rieuse.

-Je crois que tu as gagné cette fois-ci… fit-elle en aidant sa fille à se relever.

-Bravo ma chérie ! Maintenant tu as soixante-et-onze victoires contre ta mère ! S'écria le Roi.

-Et le Reine est à combien de victoires ? Demanda Claude

-Soixante-quinze. Répondit fièrement la concernée.

-Je ne savais pas que vous teniez les comptes… pesta Cyri.

Le soir-même, la Princesse était déjà en train de se pencher sur la prochaine affaire lorsque Claude entra. Elle n'arrivait pas à se concentrer, l'image des corps mutilés et la détresse du duc quand il évoquait la mort de sa fille lui revinrent en tête.

-Vous semblez préoccupée… fit-il en s'asseyant sur le bord du bureau.

-Je n'arrive pas à concevoir comment on peut être aussi désespéré au point d'accepter de tuer des innocents…

-Avez-vous déjà perdu un être cher ?

-Je… Non… Je suis chanceuse…

-Je pense que vous ne pouvez pas comprendre alors… dit-il en lui adressant un sourire triste.

-Si les mages noirs vous avaient proposé de ressusciter votre mère en échange de sacrifices humains, vous auriez accepté ?

-Je ne pourrais pas vous le dire mais quand elle est décédée, cela a été un choc terrible pour moi. Nous ne savons pas ce qu'ils ont dit au duc pour le convaincre, il ne faut pas exclure la possibilité qu'ils lui aient lavé le cerveau avec une magie interdite.

La jeune femme posa son menton dans le creux de sa main, elle pensa alors à Dimitri et à l'expression de son visage quand il était arrivé au château. Sa famille a été massacrée devant ses yeux et il semblait littéralement brisé de l'intérieur. Elle en était certaine, à ce moment-là, il aurait pu sacrifier des milliers de vies pour retrouver sa famille.

-Cessez de vous tourmenter Cyri… N'oubliez pas que vous n'êtes pas une déesse et que vous ne pouvez pas sauver tout le monde… fit son fiancé en lui caressant les cheveux.

-Je ne suis pas un chien… Je vous l'ai déjà dit…

...

Cyri soupira en posant le rapport qu'elle venait de lire sur son bureau. Quelques jours étaient passés, elle avait envoyé des soldats pour enquêter sur certaines affaires de magie noire mais malheureusement ils revinrent tout bredouille. Soit la piste n'était pas assez importante, soit les mages noirs les avaient devancé en effaçant leurs traces. De plus, elle était obligée de préparer les fiançailles.

-Tout va bien ma chérie ? Demanda Eirika en entrant dans le bureau.

-Les mages noirs ont toujours un coup d'avance… Et je dois finir de préparer les fiançailles…

-Claude ne t'aide pas ?

-Il m'aide à choisir quelles affaires prendre et comment je devrais procéder. Il est parti rencontrer le bijoutier pour choisir une bague.

-En parlant de bague, je peux te proposer quelque chose ? Fit sa mère en lui tendant une petite boîte. C'est la bague que ton père m'a offert quand il m'a avoué ses sentiments.

-Mère, je ne peux pas accepter… Elle est importante pour vous…

-Tu sais que je ne suis pas très bijoux, ma bague de fiançailles et de mariage me suffisent mais cela me fait de la peine de la voir prendre la poussière… Je me suis dit qu'elle irait parfaitement au doigt de Claude.

La Princesse ouvrit la boîte et découvrit une bague en argent, une petite améthyste était entourée par six autres améthystes un peu plus grande que la première, avec les gravures la bague ressemblait à une fleur. Elle l'a trouvé magnifique, elle remercia sa mère qui semblait heureuse que la bague plaise à sa fille. De nouveau seule, elle regarda résignée la liste des invités.

De son côté Claude réfléchissait avec sérieux devant la dizaine de bagues que le bijoutier lui proposait, il essayait d'imaginer Cyri avec chaque anneau mais aucune ne lui plaisait.

-Vous n'auriez pas des bagues moins… Luxueux ? Demanda-t-il

-Moins luxueux ? Vous en êtes certain ?

-Je suis désolé mais je crois que ces bagues ne conviennent pas à la personnalité de la Princesse.

Etonné, le vieil homme rangea les bagues et en sortit d'autres. Tout à coup, l'œil de Claude fut attiré par un anneau en argent, serti d'un émeraude, de chaque côté de la pierre, des petites ailes y étaient gravées et étaient accompagnées de deux petits émeraudes. C'était celle-ci, il en était certain. Perplexe, le bijoutier emballa l'anneau et la lui tendit.

...

Peu avant l'arrivée de Godfrey, Cyri annonça à Claude qu'ils devaient danser ensemble le jour de leur fiançailles et que par conséquent ils avaient droit à des cours de danse. Le Leisterien était un peu embarrassé, jamais il n'avait appris à danser.

-Bonjour, votre Altesse, Sire Claude, je m'appelle Ferdinand et je suis votre professeur de danse. S'inclina un homme aux longs cheveux orange.

-Bonjour Ferdinand, comment se porte votre père ? Demanda Cyri.

-Il se porte comme un chef, merci de nous inquiéter pour lui. Êtes-vous prêt à commencer ?

Il demanda au couple de se mettre en face de l'autre.

-Sire Claude prenez la main gauche de votre cavalière dans votre main droite et votre deuxième main doit se trouver dans le bas de son dos. Votre Altesse posez votre main droite sur son épaule.

-Vous ne semblez pas à l'aise, vous ne savez pas danser Claude ? Demanda Cyri en voyant le visage fermé de son fiancé.

-J'ai toujours préféré regarder les autres danser…

-Vous verrez, ce n'est pas compliqué, il suffit juste de suivre le rythme.

Ferdinand se positionna derrière le piano et commença à jouer. La Princesse essaya de guider le jeune homme au maximum mais celui-ci se mélangeait les pieds.

-Non, ça ne va pas Sire Claude ! Un, deux, trois, une deux, trois ! Ce n'est pourtant pas compliqué !

-Je suis désolé… Reprenons, j'ai juste besoin de m'entraîner.

Cyri se mordit la joue en voyant le visage contrarié de Claude. Il était en difficulté et il n'aimait pas être dans cette position.

-Attendez, avant de jouer Ferdinand. Essayons sans la Ferdinand, vous allez servir de modèle en comptant les pas.

Le professeur soupira mais s'exécuta. Il commença à compter et les deux danseurs se mirent en mouvement. Claude un peu en retrait essayait de comprendre les mouvements. Au bout de quelques minutes, il retrouva sa cavalière mais malheureusement il s'emmêla avec ses pieds. Cyri, le voyant perdre patience, eut mal au cœur pour lui. Ils restèrent tous les trois à répéter pendant des heures. Au final Claude avait compris les pas mais n'arrivait pas à les appliquer en rythme.

-Je crois que je vais être obligé de revenir votre Altesse, votre fiancé semble avoir besoin de cours supplémentaires… s'indigna Ferdinand avant de partir.

-Comprenez que la danse n'est pas évidente pour tout le monde…

-Claude que diriez-vous de prendre une pause autour d'une tasse de thé ?

-Je suis désolé mais je dois encore m'entraîner.

-Vous êtes énervé de ne pas réussir, vous n'avancerez pas dans cet état d'esprit. Faites-moi confiance. Fit Cyri en lui prenant la main.

Elle demanda à une servante de préparer du thé et des douceurs pour les servir dans le jardin.

-Vous vous êtes déjà retrouvé dans cette situation ? Demanda Claude une fois installé.

-J'ai toujours aimé la musique et la danse, alors cela n'a jamais été difficile pour moi.

-Vous avez quand même connu des situations d'échecs, rassurez-moi ?

-Evidemment que oui. J'ai mis beaucoup de temps à savoir manier les doubles lames. Vous l'avez peut-être remarqué ce matin, mais le style de ma mère est très particulier.

-En effet, on aurait une danse…

-Cela permet de gagner en légèreté et donc en vitesse mais cela demande du temps et beaucoup de pratique. J'ai mis des années à pouvoir rivaliser avec elle. Il y a eu énormément de larmes et de frustration.

-Nous n'avons pas autant de temps pour notre danse de fiançailles.

-Je suis certain que vous allez y arriver, vous avez déjà compris les pas, il vous reste maintenant à les faire au rythme de la musique. Lui souria-t-elle.

Elle avala alors une tartelette et s'extasia en en prenant une deuxième. Claude la regarda avec une certaine tendresse, il regrettait que ce genre de moments soient trop rares. Il ressentit alors l'envie de passer plus de temps avec elle, rien que tous les deux. Depuis son arrivée à Era, ils eurent peu l'occasion d'être seuls.

Les jours qui suivirent, Cyri essaya d'aider Claude dans son apprentissage de la danse. Il fit des progrès mais il perdait rapidement le rythme. Plus l'échéance arrivait, plus son fiancé paniquait.

-Essayez de vous détendre et arrêtez de penser au pas. Conseilla la Princesse.

-Ce n'est pas facile, croyez-moi…

-Faites-vous confiance, vous connaissez les pas, votre corps commence à les faire sans que vous y pensiez. Arrêtons de danser un peu, Ferdinand, jouez la musique.

Elle prit alors les mains du Leisterien et balança légèrement les bras en rythme.

« Il faut que vous comprenez la mélodie, mémorisez son rythme comme je le fais... » chuchota-t-elle

Claude ferma les yeux et se laissa bercer. Cyri sourit en le voyant la tête du jeune homme bougeait en harmonie avec la musique, elle fit signe à Ferdinand de ne pas surtout pas s'arrêter.

« Ne stoppez surtout pas le mouvement de votre tête. Quand vous le sentirez nous commencerons à danser. Fit-elle se mettant en position.

Claude ouvrit alors les yeux et vit la jeune femme lui adresser un sourire d'encouragement. Il prit alors une inspiration et se lança.

La musique s'arrêta et un étrange silence s'installa.

-J'é… J'étais comment ? Demanda le jeune homme inquiet.

-Ce n'était pas parfait… commença le professeur.

-Vous avez réussi à tenir le rythme ! Bravo ! Coupa la cavalière.

-C'est grâce à vous Cyri ! Fit Claude en la serrant dans ses bras.

La Princesse fut un peu confuse par cet élan d'affection, son cœur s'accéléra en le sentant si proche d'elle.

-Je ne saurais vous conseiller de poursuivre le cours Sire Claude…

-Vous avez raison Ferdinand, il faut que je me perfectionne maintenant que j'ai compris.

Claude adressa un sourire radieux à sa fiancée ce qui la fit rougir. Ils continuèrent à s'entraîner un peu, le fiancé devait encore se perfectionner mais il avait fait un grand pas en avant.

...

Alors que la nuit était bien avancée, le Leisterien décida d'aller souhaiter la bonne nuit à sa fiancée. Il la retrouva endormie sur son bureau. En retirant les cheveux de son visage, il constata qu'elle dormait profondément. Il prit appui sur son bureau pour lire un des documents. Tout à coup, il regarda la main de Cyri, approcha doucement ses doigts, son cœur battait très vite quand il sentit sa peau toucher la sienne. Le jeune homme ne savait pas pourquoi il faisait ceci mais la douce chaleur dans son cœur lui était agréable. Toutes les affaires liées à la magie noire avaient toutes en commun des enlèvements et des cadavres horriblement mutilés dans une grande pièce secrète avec les mêmes symboles que chez le duc mais à chaque fois aucune trace de mages noirs ou de créatures.

Un frisson réveilla Cyri, elle grommela quand elle se rendit compte qu'elle s'était endormie sur son bureau. Elle sursauta en voyant Claude à ses côtés tentant de cacher son visage derrière une feuille.

-Que faites-vous ici ?

-Je voulais vous dire bonne nuit. Je suis désolé, je vous ai réveillé…

-C'est le froid qui m'a réveillé, ne vous en faites pas. Rassura la Princesse en s'étirant. De toute façon, il fallait que je me réveille, j'ai encore du travail qui m'attend.

-Cela fait combien de temps que vous n'avez pas fait une nuit complète ?

La jeune femme réfléchit, elle n'osa pas avouer qu'elle n'arrivait plus à se souvenir. Claude le remarqua et soupira.

-Vous avez assez travaillé pour aujourd'hui. Allez au lit !

-Mais je dois décider de ce qu'on doit faire à Edmund ! Et les cuisiniers m'ont demandé de valider le menu ! Ah ! Et aussi… Claude qu'est-ce que vous faites ?