Les deux fiancés se dirigèrent enfin vers l'orphelinat de Sophia.
« Madame Cyri ! S'écria un petit garçon brun. Vous êtes venue retrouver ma grande sœur ? »
La jeune femme se figea un instant. Ce petit garçon avait l'air tellement innocent qu'elle voulait lui assurer qu'elle allait la retrouver mais il avait de grande chance qu'il ne la revoit plus.
-On va essayer mon petit gars. Intervint Claude.
-Elle s'appelle Marie, elle me manque beaucoup vous savez.
Le cœur de la Princesse se serra, une main chaude vint chercher la sienne.
-Ne faisons pas de promesse que nous ne pouvons tenir à des enfants d'accord ? Lui chuchota son fiancé à l'oreille.
-Mon petit Louis, je suis certain que son Altesse et son fiancé retrouverons ta sœur, n'est-ce pas ?
Cyri et Claude se retournèrent vers un homme de grande taille, ses cheveux bruns plaqués en arrière. Derrière ses lunettes, ses yeux gris exprimaient tout sauf de la bienveillance. La Princesse se sentit tout à coup mal à l'aise en sentant son regard sur elle.
-Où est Sophia ? Demanda Claude pour changer de sujet. Nous avons rendez-vous avec elle?
-La pauvre, elle est alitée depuis quelques ce matin. Rien de grave, ne vous inquiétez pas, une forte fièvre la cloue au lit. Ce sera donc avec moi que vous vous entretiendrez.
-Et à qui a-t-on l'honneur ? Interrogea Cyri en levant un sourcil.
-Où sont mes manières ? Veuillez m'excusez, je suis Oscar, je donne des cours dans différents orphelinats, notamment dans ceux où des enfants ont disparu.
Claude le toisa du regard, il se dégageait de lui quelque chose de faux, ses gestes, sa posture, sa façon de parler, rien en lui ne semblait naturel. Il jeta un coup d'œil à sa fiancée qui avait retiré précipitamment sa main après que celui-ci ait essayé de lui déposer un baiser. Avec une vitesse remarquable, William se déplaça près Oscar et lui prit violemment le bras.
-Personne ne touche son Altesse sans sa permission. Fit-il avec sévérité.
-Pardonnez-moi, je ne suis pas au fait du protocole royal. Ce n'était pas du tout une attaque envers son Altesse mais un signe de respect. Dit Oscar un peu paniqué.
-Je crois qu'il est temps que nous allions discuter. Conclut Cyri sur le même ton que William.
Le garde du corps lâcha sa prise et l'homme brun emmena le couple dans une pièce avec un bureau, une table basse et des sofas.
« Ma chérie, sache que tu ne dois jamais accepté de boire ou de manger quelque chose d'une personne dont tu as un doute sur ses intentions ! Et tu es la Princesse, tu n'as pas à justifier ton refus ! Est-ce que tu as bien compris ? »
Les mots de son père lui vinrent tout à coup à l'esprit alors que Cyri regardait Oscar préparer du thé.
-Claude, cet homme empeste la mort… chuchota-t-elle
-Comment chez le duc Arthur ?
La jeune femme asquiéça. Son fiancé serra les dents, quand le professeur les rejoignit avec les tasses, Claude remarqua que celle de l'homme brun avait une couleur légèrement différente.
-Depuis combien de temps enseignez-vous dans les orphelinats ? Demanda Cyri en ignorant la tasse de thé.
-Cela fait maintenant quelques mois, je dirai.
-Avez-vous remarqué quelque chose d'étrange concernant ces enfants disparus ? Interrogea Claude
-Rien ne me vient à l'esprit… Vous ne buvez pas votre thé, votre Altesse ?
-Ne vous occupez pas de ceci. Ces enfants qui ont disparu, ont-ils des points communs ?
-Je vous sens méfiante depuis le début ? Ai-je fait quelque chose de mal ? S'inquiéta Oscar.
-Je suis toujours méfiante quand je rencontre une personne pour la première fois.
Claude goûta enfin le thé du bout des lèvres et un goût attira son attention.
-Dites moi, Professeur, quel est ce thé que vous nous avez servi ? Demanda-t-il en levant un sourcil.
-C'est un thé que j'ai moi-même confectionné, il n'est pas à votre goût ?
-Disons qu'il y a quelque chose qui m'intrigue… Comme une plante empoisonnée…
-Qu'allez-vous chercher, pourquoi je voudrais vous empoisonner ?
-C'est à vous de nous le dire… intervint Cyri. Si le futur Prince d'Era dit que le thé est empoisonné c'est qu'il doit l'être.
Léonie et William se mirent en position d'attaque, le Professeur claqua la langue et claqua une fiole qu'il avait été cherché dans sa poche. Une épaisse fumée envahit alors la pièce. Une fenêtre s'ouvrit et la fumée mit quelques minutes à disparaître.
-Votre Altesse, est-ce que vous allez bien ? Se préoccupa William.
-Je vais bien mais tu devrais aller à sa poursuite…
-Je crois que cela ne servira à rien… fit Léonie en se penchant par la fenêtre. Je ne le vois nulle part…
Claude rejoignit Léonie et essaya de voir où Oscar avait bien pu aller. Il avait devant lui, un immense jardin entouré de grands murs infranchissables.
-Tu crois qu'il a utilisé un portail pour s'échapper ? demanda son amie.
-Cyri, est-ce que tu as senti une odeur particulière quand nous étions dans la fumée ?
-A part l'odeur de mort qui s'éloignait, je n'ai rien senti d'autre. Je voudrais aller voir Sophia, elle a peut-être des informations.
-Vous n'étiez pas avec le Professeur Oscar ? s'étonna une des nourrices quand le groupe vint la trouver.
-Il a essayé de nous empoisonner et il s'est échappé. répondit la Princesse d'un ton pressant. Nous voudrions voir Sophia.
Passer la surprise, la nourrice les conduisit vers la chambre de la directrice.
-Oscar a essayé de vous tuer ? s'étonna la femme dans son lit. Je l'aurai jamais cru capable d'une telle chose ? Vous pensez qu'il est mêlé aux disparitions ?
-Depuis quand êtes-vous malade Sophia ? demanda Claude
-Peu après votre visite, j'ai commencé à me sentir faible et la fièvre n'a cessé de monter jusqu'à ce que je ne puisse plus tenir sur mes jambes.
-Oscar vous a-t-il rendu visite ?
-Oui… Il m'offrait tous les jours une infusion… Il me disait que cela m'aiderait à passer à...
La femme rousse ne termina pas sa phrase, regardant son Altesse avec un visage paniquée.
-Après que je sois rentrée, il m'avait invité pour discuter autour d'une tasse de thé, il m'a demandé ce que vous aviez dit et ce que vous aviez l'intention de faire… Je lui faisais confiance, il avait l'air si gentil avec les enfants… Comment ai-je pu me laisser berner de la sorte…
-Nous retrouverons cet homme et il paiera pour ce qu'il a fait. fit Cyri en lui prenant la main.
...
Pendant que le groupe inspectait les jardins, Claude regarda Cyri du coin de l'oeil. Depuis le début de cette affaire, il n'avait cessé de s'inquiéter pour elle, la trouvant plus impliquée que l'affaire à Gideon.
« Cyri. fit-il en lui prenant le poignet. Je peux te parler un instant ? »
Ils s'isolèrent un peu, le jeune homme essaya de trouver les mots justes.
-Tu devrais rentrer au château et nous laisser retrouver Oscar et les enfants.
-Pourquoi tu me demandes ça d'un seul coup ?
-Cette histoire concerne des enfants, on en sort jamais indemnes de ce genre d'affaires…
-Tu me trouves trop faible pour assurer ?
-Tu te souviens dans quel état nous avons retrouvé les corps à Gideon ? As-tu imaginé un instant que nous risquions de retrouver ces pauvres gamins dans cet état.
-Je m'y suis déjà préparé Claude. Je t'ai déjà dit que j'avais conscience que ces enfants étaient déjà morts. Je déteste quand je suis mise de côté parce que les autres me jugent trop faible.
-Et moi je déteste te voir pleurer…
Cyri regarda son fiancé étonnée de ses mots puis baissa les yeux se sentant un peu coupable. Claude lui tapota la tête et celle-ci rala. Puis ils rejoignirent Léonie et William.
Les jardins furent passés au peigne fin. Alors que le groupe était sur le point d'abandonner, une odeur suspecte vint chatouiller les narines de la Princesse. Elle s'approcha d'une dépendance laissée à l'abandon. William pénétra en premier et fit signe qu'il n'avait rien à signaler. L'odeur de mort était encore plus forte et Cyri chercha à en trouver l'origine.
-Comment veux-tu que je ne te flatte pas la tête comme un chien quand je te vois renifler de cette manière ? Plaisanta Claude.
-Aide-moi à trouver un moyen d'ouvrir cette trappe au lieu de dire des bêtises pareilles. Rétorqua sa fiancée en pointant le parquet.
Cyri remarqua une autre odeur, elle lui rappelait l'encre quand elle utilisait pour écrire.
-Il y a de la magie sur cette trappe. Je sens une autre odeur. Fit-elle.
-Oscar aurait-il utilisé un sceau ? S'étonna Léonie.
-Lysi pourra sûrement le briser. Dit Claude pensif. Peut-être que les autres orphelinats ont aussi une entrée dans le même genre. Cyri, tu vas devoir encore jouer les chiens renifleurs…
A la fin de la journée, grâce à la Princesse, des trappes scellées furent trouvées dans les autres orphelinats et Lysithéa arriva à les briser avec facilité. Après avoir fait leur rapport au Roi, Claude et Cyri réfléchirent à un plan d'attaque. Ils formèrent cinq groupes, chacun composés de quelques hommes.
-Nous sommes prêts. Dit une femme aux longs cheveux verts foncés.
-Je suis désolée de vous précipiter Capitaine Lyn mais il est urgent d'agir.
Le groupe de Cyri et de Claude se rendirent à l'orphelinat de Sophia.
-Je veux venir avec vous ! Je veux parler à Oscar, lui demander pourquoi il a fait enlever ces pauvres enfants.
-Sophia, vous ne pouvez pas venir. Fit Cyri. L'endroit grouille sûrement de mages noirs, c'est trop dangereux pour vous.
-S'il-vous-plait, ramenez-les vivants… supplia Sophia en s'accrochant aux bras de la Princesse.
La jeune femme regarda la directrice en se mordant la joue, aucun mot ne sortit de sa bouche. Elle tourna les talons et entra dans la dépendance.
La trappe donnait sur un long couloir humide et sombre. Cyri se couvrit le nez tellement que l'odeur de mort était présente. Des cris se firent entendre au loin, des combats étaient engagés, le groupe se pressa autant qu'il le pouvait et arriva dans une immense pièce dans laquelle des soldats d'Era se battaient contre des mages noirs encapuchés.
Le pied de la Princesse glissa sur quelque chose, à la vision du corps éventré d'une petite fille de deux ans, elle se mit à vomir. Les soldats et les mages se battaient au milieu de marres de sang, de têtes décapitées, de membres arrachés et de boyaux éparpillés. La corps de la jeune femme se mit à trembler quand elle se rendit compte qu'aucun des enfants n'avaient survécu.
-Alors votre Altesse, vous avez le cœur sensible ?
-Oscar ! Siffla-t-elle entre les dents alors que Claude l'aidait à se relever. Je le veux vivant !
-Protégez le maître ! Hurla un des hommes encapuchés.
Plusieurs mages noirs se jetèrent sur le couple, Cyri contrattaqua pendant que Claude lui couvrait ses arrières. Alors qu'ils s'approchèrent peu à peu du professeur, un cri les fit se retourner.
-Sophia ! Que fait-elle ici ? S'étonna Claude alors que la directrice était en train de vomir.
-Je suis vraiment désolé Madame Sophia, je ne voulais pas que vous voyez ce que je faisais en secret… fit Oscar sur un ton faussement dramatique.
-Professeur… Pourquoi avez-vous tué ces pauvres enfants ?
-Je n'ai pas de justificatif à vous donner !
Il tendit une main vers la femme rousse, un halo se forma autour de celle-ci, Cyri reconnut l'odeur de brulé caractéristique de la magie de feu. Elle voulut se jeter sur Oscar avant qu'il puisse lancer son sort mais elle risquait d'arriver trop tard. Elle regarda Sophia qui ne bougeait pas, trop choquée par la situation, elle claqua la langue et se mit à courir. Une boule de feu grandit et le Professeur la laissa filer avec un rire horrible.
« CYRI ! NON ! » hurla Claude à s'en déchirer la voix.
