La douleur était insoutenable, le souffle court, Cyri essaya de se relever mais les forces lui manquaient.
-Votre… Altesse… Votre dos…
-Sophia… Vous… Allez… Bien…
« Espèce d'idiote ! Imbécile finie ! Pourquoi tu t'es jeté sur elle pour la protéger ? Si je n'étais pas là, tu aurais fini en rôti ! C'est la deuxième fois que je te sauve la vie ! Je risque de plus avoir assez d'énergie la prochaine fois ! »
La voix de Sothis résonna dans sa tête, la Princesse pouvait sentir la colère de la déesse envahir son esprit, lui faisant tourner la tête encore plus. Peu à peu, elle se sentit partir.
« Tu rigoles, j'espère ! Hors de question que tu tombes dans les pommes ! Tu risques de jamais te réveiller ! »
Claude avait couru aussi vite qu'il le pouvait vers sa fiancée, les mains tremblantes, il essaya d'évaluer les dégâts. Son dos était dans un horrible état et une odeur de viande brûlée lui donna la nausée.
-Votre Altesse, je suis désolée ! Je suis désolée !
-Qu'un soldat fasse sortir la directrice tout de suite ! Ordonna-t-il.
Le jeune homme bouillonait de rage, il ne pouvait s'empêcher d'en vouloir à cette femme qui n'avait pas su rester à sa place, si elle n'était pas venue Cyri ne serait pas en train de gémir de douleur. Félix et Sylvain arrivèrent à leur tour le visage horrifié.
-Je vais le massacrer… fit Félix d'une voix qui laissait deviner sa colère.
-Il… Faut… Qu'il reste vivant… essaya de dire Cyri en s'agrippant à Claude. Il doit...
-Tais-toi ! Coupa Sylvain. Tu crois qu'il va parler si nous arrivons à le capturer ? Félix est en rage, comme nous tous ! Qu'il le réduise en morceaux !
-Sir Claude, emmenez son Altesse au château. Intervint Capitaine Lyn dans un calme étonnant. Si elle ne reçoit pas de soins rapidement, elle risque de ne pas s'en sortir.
« T'endors pas idiote ! Je te l'interdit ! »
Les ordres de la déesse n'aidaient pas Cyri à rester éveillée, le mal de tête ne faisait que s'intensifier.
-Je t'en supplie arrête d'hurler… Ma tête…
« Arrêter d'hurler ? J'étais en train de dormir mais j'ai senti cette boule de feu s'approcher de toi ! J'ai dû agir aussi vite que je le pouvais ! Quelle idiote tu es ! »
-Sothis… J'ai mal… Je ne vais pas tenir…
-Léonie ! Regagne la surface et prend un cheval ! Il faut que Marianne se tienne prête quand j'arriverai avec Cyri ! Fit Claude en comprenant ce qu'il se passait dans l'esprit de la jeune femme. Capitaine Lyn, je vous laisse gérer la suite. Sylvain, il faut que Félix essaye de se calmer, si nous pouvons le capturer vivant, je saurai sûrement le faire parler.
Le Leisterien se leva avec Cyri dans les bras, celle-ci gémissant de nouveau. Il courut jusqu'à dehors, il monta dans la calèche qui les avait emmenée jusqu'à l'orphelinat et supplia le cocher d'aller aussi vite qu'il le pouvait.
La jeune femme ne supportait de moins en moins la douleur, elle était arrivée à un point où elle pouvait supplier Claude de l'achever. Les battements de son corps résonnaient tellement dans ses oreilles qu'elle n' arrivait pas à discerner les bruits autour d'elle. Au moindre mouvement, son corps lui faisait horriblement mal. La déesse continua de lui parler sur un ton moins dur, essayant de lui faire rappeler des souvenirs mais Cyri n'était clairement pas en état de réfléchir. Elle caressa avec ses doigts tremblants le torse de son fiancé quand sa vision commença à s'obscurcir.
-Par pitié, tiens bon ! Nous sommes presque arrivés ! Fit-il en les serrant dans sa main
-Claude… Ne me lâche pas… J'ai peur...
Des larmes se mirent à couleur sur les joues de Cyri, Claude ne pouvait plus contenir les siennes, il approcha son visage et déposa un léger sur les lèvres de la jeune femme.
Alors qu'elle était sur le point de perdre conscience, le contact des lèvres sur les siennes lui redonna suffisamment de force pour rester éveillée à leur arrivée au château. Marianne les attendait avec le médecin royal et les parents de Cyri. Eirika poussa un cri d'effroi en voyant l'état de sa fille.
-Je veux savoir ce qu'il s'est passé ! Somma le Roi.
-Le Professeur était en fait un mage noir, Cyri a reçu une boule de feu au milieu de combat.
-Y n'avait-il pas des soldats pour la protéger ?
-La directrice a surgi et Oscar a voulu la tuer, Cyri s'est interposé…
-Et pourquoi vous n'êtes pas intervenu ? Vous n'étiez pas avec elle à ce moment-là ? Et que faisaient les gardes à ce moment-là ?
-Leif ! Ne t'en prends pas à ce pauvre homme ! Ce n'est pas contre lui que tu dois passer ta colère ! Coupa la Reine en caressant les cheveux de sa fille pendant que la mage blanche était affairée à soigner la blessure.
Une odeur agréable de sucre titilla les narines de Cyri, un froid étrange envahit son dos ce qui l'a fit frissonner, les soins lui étaient par contre désagréables. Elle tendit alors une main vers Claude qui se précipita vers elle, elle prit doucement le poignet de son fiancé et posa la main sur sa tête.
-Je croyais que tu n'étais pas un chien… dit-il doucement.
-C'est… Vrai… Mais… En fait… C'est agréable… sourit avec difficulté la Princesse avant de perdre connaissance.
-Elle s'est bien battu, elle mérite de se reposer maintenant. fit le médecin en examinant Cyri. Il semblerait que vous ayez réussi à soigner parfaitement son Altesse…
-Mais… Il y a encore des cicatrices… Je suis désolée… dit Marianne avec sa petite voix.
-Je crois qu'elle ne vous en voudra pas trop jeune fille… affirma Eirika avec un doux sourire. Je vous remercie Marianne.
Claude se chargea de transporter Cyri jusque dans sa chambre. Katou les attendait le visage livide.
-Eirika et Katou vont rester avec elle. Vous et moi, nous allons rejoindre les hommes encore sur place, vous me ferez un rapport sur le chemin. dit Leif en se tournant vers son futur gendre.
-Laissez-moi prendre quelque chose, cela pourrait être utile si Oscar est encore vivant.
Les deux hommes se dirigèrent ensuite vers l'orphelinat, Claude raconta avec le plus de détails possibles la situation.
-C'est une potion de vérité ? Je croyais qu'il était désormais impossible de se procurer certains ingrédients. demanda le Roi.
-C'est le cas, cette potion est loin d'être parfaite, elle forcera le buveur à dire la vérité mais pendant un court instant. De plus, si vous lui faites boire plusieurs fois d'affilée l'effet sera moindre. expliqua Claude.
Une fois sur place, le combat faisait encore rage, Leif dégaina son épée.
-Byleth, s'il-te-plaît, prête-moi ta force.
-Tout ce que vous voulez Sir Leif.
Un hurlement étrangement familier à Claude fit écho dans sa poitrine. Le Roi chargea alors vers les mages noirs encore vivants. Le jeune homme n'en croyait pas ses yeux, des ailes noires semblaient avoir poussé dans le dos de son futur beau-père. L'arrivée de Leif un regain de motivation aux soldats qui terrassèrent les derniers ennemis.
-Félix, ça suffit ! Tu as entendu ce qu'a demandé Cyri ? Hurla alors Sylvain.
-Il n'a pas suffisamment souffert… siffla l'homme aux cheveux bleu foncés.
-C'est donc cet homme qui a essayé de tuer ma fille ? Demanda Leif après avoir tué le dernier mage noir.
-Enchanté… Votre Majesté… Comment va-t-elle ? A-t-elle réussi à rester vivante ?
Le Roi mit la pointe de son épée dans une des plaies du professeur et la fit bouger ce qui fit hurler le blessé.
« Claude, voyons si votre potion est efficace. » dit-il en continuant de jouer avec son arme
Le Leisterien s'approcha d'Oscar et lui fit boire la mixture tant bien que mal. Son regard changea soudainement devenant vide.
-Es-tu un mage noir ? Demanda Claude. Ou es-tu un de leurs complices ?
-Je suis un mage noir.
-Pourquoi avoir tué des enfants ? Continua le Roi
-Leur sang est pur, un sang pur permet d'invoquer une créature parfaite…
-Où est cette créature ?
-Vous… Vous… Êtes arrivés… Trop tôt…
-Est-ce qu'il y a d'autres cachettes ?
-La Capitale est…
Oscar se mit alors à rire, ses yeux ayant retrouvé leur lueur meurtrière.
-Faites-le boire encore une fois ! Ordonna Le Roi
-Je vous ai dit que l'effet risquait…
-Il faut qu'il parle le plus possible !
Claude s'exécuta peu convaincu.
-Est-ce qu'il y a d'autres cachettes ? Reprit Leif
-Oui, il en a…
-Où ça ?
-Un peu partout…
-Comment ça un peu partout ?
Le professeur se remit à rire.
-Je suppose qu'il n'en dira pas plus ? Demanda le Roi.
-J'en ai bien peur votre Majesté… Répondit Claude déçu que sa potion n'est pas pu fonctionner plus longtemps
Le Roi leva alors son épée et d'un geste rapide décapita Oscar, la tête se mit à rouler vers les pieds de Félix qui la regarda, impassible. Claude avait du mal à croire que l'homme qui était devant lui était le même homme qu'il avait rencontré il y a quelque temps.
-Capitaine Lyn, quelles sont les pertes ? Demanda sa Majesté.
-Nous avons perdu six hommes et une petite dizaine est blessée.
-Chez l'ennemi ?
-Quatre d'entre eux sont encore en vie mais deux sont dans un état critique, je pense que nous pouvons rien tirer d'eux.
-Achevez-les. Conclut froidement Leif
Claude regarda le Roi se promener dans cette immense pièce sans être visiblement perturbé par la quantité de sang et de cadavres qui y étaient. Il se mordit la joue en pensant qu'il aurait presque préféré voir Cyri pleurer dans ses bras. Le jeune homme respira profondément et décida de chercher des informations utiles.
Quand il quitta enfin cette pièce maudite, le jour était levé depuis un moment. Malheureusement, deux autres soldats moururent de leurs blessures, les quatre mages noirs qui avaient survécu furent exécutés sur place après avoir refusé de parler comme l'avait prédit Lyn. De son côté, Claude n'avait pas trouvé de nouvelles informations. Le même cercle que chez le Duc Arthur y était dessiné avec les mêmes symboles et dans les bureaux d'Oscar, la chose qu'il trouva ce fut un carnet avec des noms d'enfants et leurs âges.
-J'espère que son Altesse va bien… s'inquiéta Lorenz.
-Quelle idée qu'elle a eu de se mettre entre cette femme et cette boule de feu… fit Hilda en se laissant tomber à terre.
-Elle a toujours été comme ça, elle ne peut s'empêcher de défendre ceux qui ne peuvent pas le faire. Je lui ai pourtant dit que cela lui jouera des tours… fit Sylvain avant de cacher ses larmes avec ses mains.
-C'est une des ses plus grandes qualités mais aussi une de ses plus grandes faiblesses. Ajouta Félix qui soutenait son amie aux cheveux rouges.
-Claude, tu vas bien ? Demanda Raphael tout à coup inquiet. Tu es… Drôlement pâle…
-Je suis juste épuisé Raph… Ne t'inquiète pas. Essaya de sourire le concerné.
En vérité, l'image de sa fiancée horriblement blessé, la froideur terrifiante de son père et les cadavres lui étaient revenus en tête avec violence. Il se sentit alors tituber et deux énormes bras le rattrapèrent de justesse.
-Il est temps de rentrer je crois. Fit Claude en posant une main sur son front.
-Laisse-moi te porter jusqu'à la calèche.
...
Quand Claude entra dans la chambre, Katou s'était endormie à côté du lit.
« Katou… Je suis rentré, vous pouvez vous reposer dans votre chambre, je vais prendre le relais. » Fit-il en réveillant avec douceur la servante.
La jeune femme hésita longuement et accepta à la seule condition d'être la première prévenue en cas de réveil de la Princesse. Cyri semblait dormir tellement paisiblement qu'il était difficile d'imaginer ce qu'elle avait vécu quelques heures avant. Il se glissa dans le lit et se blottit contre elle. Il lui chuchota :
« Ton père est un homme terrifiant, presque autant que ton oncle. Je t'en supplie, ne deviens pas comme lui... »
