Lorsque Cyri se réveilla, elle eut beaucoup de mal à ouvrir les yeux, son corps était lourd et ne bougeait pas comme elle aurait voulu, et sa bouche était pâteuse. Elle mit de longues minutes à remettre de l'ordre dans ses souvenirs, la boule de feu, la douleur horrible, la voix de Sothis, sa tête se mit à tourner. La jeune femme sentit quelque chose à coté d'elle, c'était Claude qui ronflait blottit contre elle. Elle se dégagea doucement des bras de celui-ci et se dirigea dans la salle de bain non sans mal, ses jambes avaient du mal à la porter. La jeune femme se déshabilla et essaya de regarder son dos dans le miroir. Elle grimaça en touchant les cicatrices encore douloureuses. Quelqu'un toqua doucement à la porte, Katou entra, sembla hésiter puis se précipita sur Cyri.
-Que fais-tu debout ? Il fallait m'appeler si tu avais besoin d'aide ! Tu devrais retourner au lit.
-Je mourrais de soif et je crois que j'ai besoin d'un bon bain…
Son amie la força à s'asseoir pendant qu'elle préparait le bain. En se glissant dans l'eau chaude, Cyri serra les dents à cause de son dos qui lui faisait mal.
-Comment tu te sens ? Demanda-t-elle d'une voix un peu tremblante. Tu as dormi presque trois jours tu sais...
-Trois jours ? s'étonna la Princesse en se tournant vers son amie. Mon dos me fait encore un peu mal et je me sens encore fatiguée mais je peux dire que j'ai connu pire…
Elle lâcha un petit rire pour cacher son embarras.
-Tu nous as fait une de ses peurs ! Fit Katou en se laissant tomber à côté de la baignoire, le visage triste.
-Je suis désolée… Quand je serai sortie, j'irai voir mes parents, je vais aller réveiller Claude.
-Il est rentré extrêmement tard hier, nous sommes allés à la taverne parce que ses amis avaient insisté, ils voulaient lui changer les idées mais il a beaucoup bu… Tu devrais le laisser encore dormir. Et avant de partir, je dois te mettre une pommade, le médecin a dit que cela fera diminuer tes cicatrices.
La Princesse resta un petit moment dans l'eau, appréciant la présence silencieuse de Katou. Avant de quitter la chambre, Cyri caressa tendrement les cheveux de son fiancé. Alors que ces yeux regardèrent sa bouche, l'image de celle-ci embrassant ses lèvres lui revint à l'esprit ce qui la fit rougir instantanément. La jeune femme se demanda ce qu'il lui était passé par la tête à ce moment-là pour qu'il fasse ce genre de chose puis elle décida de quitter la chambre et d'affronter ses parents.
-Ma chérie ! Je suis si heureuse de te voir debout ! Se précipita sa mère pour la serrer dans ses bras.
-Comment te sens-tu ? Demanda son père avec moins d'entrain que Eirika.
-Je me sens encore un peu faible mais tout va bien. Je suis venue vous voir pour connaître le rapport de cette affaire.
-Vingt-et-un enfants ont disparu, nous n'avons pu récupérer le corps d'une dizaine d'entre-eux sans la certitude de les identifier. Nous avons perdu huit hommes et neuf autres ont été grièvement blessés.
-Est-ce que Sylvain, Félix et les hommes de Claude vont bien ?
-Ils s'en sont sortis avec des blessures légères.
-Oscar est-il encore vivant ?
-Je l'ai tué de mes propres mains.
-Mais pourquoi ? S'il pouvait nous donner des informations importantes ?
-Nous avons essayé mais nous avons juste réussi à savoir qu'il y a d'autres cachettes. Chose dont nous nous doutions déjà… Tout ceci, tu aurais pu le savoir le soir-même si tu ne t'étais pas pris la boule de feu à la place de cette femme. lança le Roi, le menton posé sur le dos de ses mains.
-Père, vous pensiez réellement que j'allais la regarder mourir sous mes yeux sans rien faire ?
-Ta vie est plus importante que la sienne Cyri ! Tu es la Princesse, future Reine d'Era !
-Chaque vie est importante Père ! C'est vous qui me l'avez appris non ? Il est hors de question que je vois des personnes innocentes mourir sans que je réagisse !
-Et pourtant c'est ce que tu vas devoir faire ! Je sais que c'est extrêmement difficile à accepter mais plus vite tu le feras plus longtemps tu régneras !
La Princesse serra les poings, jamais elle arrivera à se faire à l'idée que des personnes doivent se sacrifier pour sa vie mais elle n'était pas du tout en état de se battre contre son père, elle commença à tourner les talons lorsque son père l'arrêta.
« Je comprends ce que tu ressens ma chérie, crois-moi mais notre position exige de remettre en question les valeurs auxquelles nous croyons et que nous jugeons justes… »
Le regard sévère et plein de reproches avait laissé place à une certaine tristesse. Cyri soupira, elle savait ce que cela coûtait à son père de jouer les tyrans. L'image de celui-ci, le visage dans ses mains en train de pleurer lui revint en mémoire, pour rien au monde elle ne voulait vivre cette situation.
Alors que la Princesse s'avança vers sa chambre, une voix la stoppa.
« Cyri ! Tu es debout ! »
Sylvain courut vers elle et la serra fort dans ses bras.
-Sylvain ! Fais attention à son dos ! Marianne nous a dit qu'il n'était pas encore totalement guéri ! s'écria Félix.
-Et vous comment vous allez ? demanda Cyri, heureuse de voir ses amis en pleine forme. Mon père m'a dit que vous vous en êtes sortis qu'avec de légères blessures.
-Comparées aux tiennes, ce n'est rien du tout… répondit son ancien amant tout en la serrant un peu plus.
-Tu nous as fait une de ses peurs… fit Félix avec une voix douce qui ne lui était pas habituelle.
Il posa une main sur la tête de la jeune femme. Elle fut touchée par ce geste, elle connaissait Félix, ce genre d'élan d'affection était le maximum qu'il pouvait faire.
« Cyri ! Mon dieu ! Je te trouve enfin ! »
...
Quand Claude s'était réveillé, il paniqua de ne pas voir Cyri à ses côtés. Il alla trouver Katou qui lui indiqua qu'elle était partie parler à ses parents. Le jeune homme frissonna en imaginant le Roi aussi froid face à sa fille que lors de l'assaut. Il se mit à courir et s'arrêta net en voyant sa fiancée dans les bras de Sylvain.
-Désolé Claude. dit Sylvain en lâchant précipitamment son amie. C'est la joie de la retrouver en forme qui m'a fait agir ainsi.
-Tu aurais dû me réveiller ! s'indigna le Leisterien en jetant un regard furibond à l'amie de la jeune femme.
-Katou m'a dit que tu t'étais couché tard, je ne voulais pas te priver de sommeil… se justifia sa fiancée.
-Alors tu n'aurais pas dû quitter le lit, je trouve que tu as une petite mine… rétorqua Claude en lui prenant la main. D'ailleurs, on devrait y retourner, tu ne crois pas ?
-Dis donc ! Depuis quand êtes- vous devenus aussi proches tous les deux ? siffla Sylvain
Cyri qui se mit à rougir. Claude aussi quand il se rendit compte de l'ambiguïté de ses paroles.
-Je peux te retourner la question… Depuis que vous êtes arrivés ici, vous semblez inséparables tous les deux… dit-il en essayant de retrouver un semblant de sérieux.
-Claude ! Laisse-les tranquille ! rala Cyri pendant que les deux hommes rougirent à leur tour. Je meurs de faim, et si nous mangions tous les quatre ?
-Désolé ma petite Cyri mais nous avons déjà déjeuné et j'ai promis à Félix d'aller m'entraîner… Puis je crois qu'un petit-déjeuner en amoureux ne vous fera pas de mal… ajouta Sylvain avec un clin d'œil.
Le jeune homme s'éloigna du couple avec rapidité, emportant Félix avec lui avant que Claude n'ai pu balancer une phrase cinglante.
Ils déjeunèrent ensuite dans un des jardins du château, Cyri demanda à Claude plus de détails sur ce qui s'était passé après son départ. Le jeune homme lui confia qu'il a été étonné de l'attitude de son père.
-Tu ne sembles pas surprise ? dit-il en voyant la non-réaction de sa fiancée.
-Je ne l'ai jamais vue mais je sais par des capitaines qu'il peut être extrêmement cruel. Surement qu'il estime qu'un Roi doit l'être pour assurer son autorité…
-Tu es d'accord avec lui ?
-Je te dirai que non évidemment mais…
La Princesse ne finit pas sa phrase, Claude avait compris où elle voulait en venir.
Quand ils eurent fini, le jeune homme dut supplier Cyri de rester dans la chambre avec lui pour éviter qu'elle ne se fatigue trop.
-Je dois aller chercher Katou pour qu'elle me mette la pommade pour mes cicatrices. fit Cyri en se levant du sofa quand le soleil était couché.
-Je peux le faire, tu sais… Ne va pas la déranger pour si peu… l'interrompit Claude en lui attrapant le poignet
Cyri le regarda à la fois embarrassée et étonnée, Claude semblait vraiment vouloir l'aider sans avoir d'arrières-pensées.
« Il faut que tu te retournes dans ce cas… » fit la jeune femme rougissante.
Chose qu'il fit. Elle déboutonna sa chemise et laissa glisser le vêtement puis elle retira sa brassière, elle prit soin de couvrir sa poitrine avec. Cyri lui fit signe qu'elle était prête. Claude se retourna et fit face à l'énorme brûlure, il déglutit avec difficulté en constatant qu'elle était plus étendue que dans ses souvenirs, il commença à étaler la pommade avec délicatesse.
-Ton dos te fait encore mal ? Demanda-t-il en caressant avec précaution la peau devenue rugueuse.
-Je sens que ma peau me tire et le frottement des vêtements m'est désagréable… Mais c'est plus supportable que la douleur que j'ai ressenti avant d'être soignée…
La jeune femme serra les doigts sur les vêtements qui cachait sa poitrine, la douleur horrible qu'elle avait ressenti lui revint en tête et la fit souffrir légèrement. Puis les mots de Sothis résonnèrent dans son esprit.
-J'aurai du mourir... fit-elle avec une petite voix
-Que veux-tu dire par « aurais dû » ? Demanda Claude en arrêtant son geste.
-Cette boule de feu était mortelle… C'est Sothis qui m'a sauvé la vie…
-Sothis ? La voix dans ta tête ? Comment elle a fait ?
-Je ne sais pas, elle m'a juste hurlé que cela faisait la deuxième fois et qu'elle risquait de ne plus avoir assez d'énergie s'il y a une prochaine fois…
Ce fut à ce moment que Claude réalisa que sans l'intervention de cette entité, il ne serait pas en train de masser le dos de sa fiancée. Il regarda alors ce petit corps légèrement recroquevillé sur lui-même, la tête basse. Le jeune homme entoura la taille de ses bras et enfouit son visage dans le cou de Cyri.
La Princesse se raidit un peu en sentant le corps de Claude directement sur sa peau puis enroula un de ses bras sur ceux de son fiancé.
-Je ne veux plus que te jettes la tête la première dans ce genre de danger… dit-il
-Oui je sais… Je suis la future Reine et je ne dois pas risquer ma vie de cette manière… fit Cyri en roulant des yeux.
-Non, ce n'est pas pour cette raison !
Il relâcha son étreinte et força la jeune femme à le regarder.
« J'ai vraiment cru que tu n'allais pas t'en sortir ! Ta blessure était horrible à regarder, tu souffrais tellement, je te sentais partir à chaque seconde qui passait, j'avais l'impression qui si tu fermais les yeux, plus jamais tu allais les rouvrir… Cyri, je ne supporterai pas de perdre une autre personne qui m'est chère… »
Il avait parlé d'une seule traite, ses yeux plantés dans ceux de la jeune femme. Cyri les baissa, elle avait inquiété tant de monde qu'elle commença à se sentir coupable.
-Mais… Elle était sans défense, je ne pouvais pas la voir se faire tuer sans rien faire… dit-elle en posant son front sur le torse de Claude.
-Je sais, j'aurai sûrement fait la même chose… rassura-t-il, sa main caressant la main gauche de la jeune femme. Mais cette bague est le symbole de notre future union, je ne sais pas pour toi mais je ne prends pas ce mariage à la légère. Tu es devenue tellement importante à mes yeux, j'en veux réellement à la directrice de s'être mise en danger tu sais.
Cyri entrelaça ses doigts à ceux de Claude, elle releva la tête et peu à peu, la jeune femme rapprocha son visage de son fiancé, attirée par ses lèvres. Un bruit de bois craqua dans la cheminée faisant sursauter le couple qui prit soin de s'éloigner l'un de l'autre.
-Et si nous jouons aux échecs ? proposa Claude en se craquant la nuque, très gêné par ce qui venait de ce passé.
