-Quelle magnifique expression que tu as sur ton visage… fit Judith que Claude était resté à regarder sa fiancée danser.
-Qu'est-ce que tu racontes ?
-Je n'aurai jamais cru qu'une femme te mettrait dans cet état.
-Je ne comprends pas Judith…
-Tu es très proche de son Altesse.
-Nous allons nous marier, c'est normal que l'on soit…
-J'ai déjà vu des couples se marier par convenance, c'est clairement pas ce qu'il se dégage d'eux. Je suis curieuse de connaître ce que tu ressens pour elle ?
Claude regarda sa tante étonné, il ne s'était vraiment jamais posé la question, il réfléchit un moment pour trouver les mots qui traduisaient au mieux ses sentiments.
-Je… Je me sens bien à ses côtés… Je ne supporte pas d'être éloigné d'elle. Plus je passe de temps à ses côtés, plus elle occupe mon esprit et mes rêves aussi.
-Oh ! Tu fais donc des rêves humides ? fit sa tante en haussant un sourcil.
-Judith ! Je suis sérieux !
-Désolée ! Désolée ! Mais rassure-moi, tu sais ce que cela veut dire n'est-ce pas ?
La cheffe éclata de rire devant le visage incrédule de son neveu.
-Khalid ! Sérieusement ? Tu es capable de comprendre des choses que personne ne peut comprendre mais tu n'arrives pas à réaliser quand tu es amoureux ?
-Moi amoureux ? De Cyri ?
Le rire de Judith redoubla tandis que Claude se mit à rougir. Était-ce donc de l'amour qu'il ressentait pour elle ? Le fait qu'il s'inquiétait pour elle dès qu'elle ne se sentait pas bien, qu'il voulait à tout prix être avec elle, et surtout que l'envie de l'embrasser et de la toucher se faisait de plus en plus forte, c'était donc de l'amour ? Le jeune homme regarda alors sa fiancée qui s'efforça de suivre les mouvements des danseuses avec une certaine aisance, l'image de lui-même blottit contre elle, ses mains sur ses hanches en train de bouger au rythme de la musique apparut tout à coup dans son esprit. Son visage chauffa et il le cacha derrière ses mains.
« Judith ? Je peux te demander un service ? » fit-il le visage toujours caché dans ses mains.
Cyri vit que tout à coup Claude ne semblait pas en forme, elle remercia la danseuse qui lui a tenu compagnie et alla le rejoindre.
-Tout va bien ? demanda-t-elle en posant une main sur l'épaule de son fiancée.
-Oui, ne t'inquiète pas, c'est juste que le vin me monte un peu à la tête. rassura-t-il sous les rires de sa tante.
La fête dura jusqu'à tard dans la nuit. Cyri remarqua qu'Hilda et Marianne étaient très proches toutes les deux, et fut heureuse de voir que Sylvain et Félix se laissèrent aller à quelques gestes d'affection.
Le couple fut logé dans une pièce spécialement préparée pour eux selon les dires de la cheffe de famille. Une douce odeur d'encens flottait dans l'air, et de beaux tissus donnaient envie de se jeter dans le lit.
-Tu as l'air d'avoir passé une bonne soirée. fit remarquer Claude quand ils furent tous les deux couchés.
-L'ambiance qui règne ici aide à se sentir bien. Et puis je suis contente d'avoir fait la connaissance de la seule personne capable de te déstabiliser…
-Ma mère était aussi capable de me mettre dans cet état aussi…
-Elle ressemblait à ta tante ? demanda Cyri en se tournant vers son fiancé
-Tout le monde disait qu'elles avaient l'air de jumelles mais je trouve que ma mère avait un physique et un visage plus fins. Peut-être parce qu'elle était danseuse et que ma tante est une mercenaire.
-Mercenaire ? Je croyais que ta famille était des artistes de rues ? s'étonna Cyri en se redressant légèrement.
-Une partie oui mais l'autre partie en particulier les hommes deviennent mercenaires. Ce n'est pas que je n'ai pas envie de parler de ma famille mais je meurs de fatigue et demain sera une longue journée. conclut Claude en blotissant sa fiancée contre lui.
La jeune femme se laissa faire et se mit à caresser le torse du Leisterien. Sans qu'elle ne s'en soit rendue compte, elle avait pris cette habitude depuis l'affaire du duc Oscar. Elle appréciait sentir le cœur de Claude battre sous ses doigts, cela avait quelque chose de rassurant. Une soudaine envie de passer ses mains sous la chemise de nuit en l'imaginant torse nu la fit rougir, elle essaya en vain d'enlever cette image de tête et s'endormit avec une chaleur étrangement familière dans le ventre.
Le lendemain, le petit-déjeuner fut servi sous la même tonnelle, Cyri se délecta des fruits et des petits gâteaux au goût de miel sous le regard attendri de Claude et le rire de certains de leurs amis.
« Nous vous conseillons de bien manger, les festivités vont durer toute la journée et vous ne risquez pas d'avoir le temps de prendre un repas avant le soir. » conseilla Judith
Après s'être rempli le ventre, le groupe fut conduit vers le centre de l'oasis où une foule attendait déjà. La cheffe de famille monta sur une estrade et commença à prononcer un discours.
« Mes chers amis, je suis heureuse de vous revoir aujourd'hui pour cet évènement si important pour nous. C'est le moment de mettre de côté votre colère, votre frustration, et surtout votre tristesse juste pour cette journée. Je veux voir de magnifiques sourires sur vos visages. Et je veux surtout voir de splendides couleurs vous recouvrir entièrement ! »
La foule poussa un cri joie et de la poudre colorée se mirent à tomber du ciel innondant les personnes de jaune, de rouge, de bleu, de vert, et d'autres couleurs.
-C'est donc le principe de cette fête ? demanda Cyri presque euphorique.
-Le but est que nous soyons entièrement recouverts avant ce soir. explique son fiancé en interceptant un bol de poudre violette.
Il y plongea la main et caressa la joue de la jeune femme avec un sourire en coin.
-Et si je te proposais un petit jeu ? Celui qui sera le moins recouvert de couleur pourra donner un gage à l'autre.
-J'espère que tu cours vite mon cher… fit la Princesse un attrapant un bol de jaune.
Le Leisterien éclata de rire et prit la fuite, même s'il connaissait la ville comme sa poche, sa fiancée courait très vite et sa petite taille lui permettait de se faufiler avec facilité entre les personnes.
-Léonie ! Ralentis Cyri !
-Quoi ? C'est quoi cette histoire encore ? Oh ! Votre Altesse, que diriez-vous que je vous mette un peu de rose sur votre visage ?
-Félix ! Suis Claude ! Je veux que tu me vides ce bol sur sa tête ! C'est un ordre ! ajouta-t-elle en voyant son ami qui s'exécutait en soupirant.
Claude crut avoir gagné un peu de temps quand un nuage de poudre jaune lui tomba sur lui.
-Cyri ! Je l'ai trouvé ! hurla une voix.
-Merci, je te revaudrai ça !
-Ce n'est pas du jeu si tu envoies un des meilleurs capitaines d'Adrestia à ma poursuite…
-Et je devrais dire quoi quand c'est toi qui envois tes amis pour me ralentir ?
La jeune femme lui lança une poignet de poudre verte au visage. Claude se remit à courir, par chance un groupe de personnes serrées les uns contre les autres empêcha Cyri de se faufiler et le jeune homme réussit à la semer.
-Qu'est-ce que tu as à être essoufflé de s'être manière ? demanda sa tante quand il l'avait rejoint.
-J'ai mis au défi Cyri de me recouvrir entièrement de couleur mais j'avais oublié à quel point elle était rapide et agile…
-Tu sembles apaisé à ses côtés, je suis si heureuse de te voir à nouveau sourire avec autant de sincérité. Je suis persuadée que ta mère l'est aussi de là où elle est.
-Tu crois qu'elle nous regarde ? demanda son neveu tout en s'appuyant sur la rambarde.
-J'espère bien ! C'est pour elle que je me suis battue pour que cette fête puisse être célébrée !
-Elle adorait tellement cette fête des couleurs… Peut-être parce que c'était la seule fois dans l'année où mon père nous autorisait à sortir du château. Je n'ai jamais compris pourquoi nous y retournions à chaque fois.
-Peut-être parce qu'elle ne voulait pas te priver de ton père. Et aussi peut-être qu'elle était fou amoureuse de lui...
Claude regarda la foule qui s'offrait devant lui en soupirant. Il savait que son père l'aimait autant que sa mère même s'il avait manifesté que de rares d'affections pour son fils mais les seules fois où il voyait un sourire illuminait le visage de sa mère ce fut quand ils venaient tous les deux ici. Tout à coup, Cyri apparut au milieu des festivaliers, Hilda l'avait attrapé, l'a mobilisant les bras derrière elle, Marianne d'une main tremblante essaya de lui couvrir le visage d'orange. Sa fiancée riait aux éclats, son cœur se serra quand il se dit qu'elle perdrait sûrement cette expression rayonnante dès qu'ils auraient quitté l'oasis.
-Au fait Claude, j'ai ce que tu m'as demandé, tu pourras lui offrir lorsque vous serez tous les deux.
-Je te remercie. Mais ! Qu'est-ce que tu…
Sa tante s'était positionnée derrière lui et d'un geste rapide l'immobilisa.
-Cyri ! J'ai attrapé ton fiancé ! Dépêche-toi, je ne pourrai pas tenir bien longtemps.
-Judith ! Tu n'es pas sérieuse…
Il vit alors au loin sa fiancée courir et faire un énorme saut pour atterrir sur la rambarde sous les applaudissements de la foule, un sourire espiègle flottait sur son visage.
-Espèce de traîtresse… C'est comme ça que tu traites ton neveu ?
-La solidarité féminine tu connais ?
Cyri ria et s'avança vers lui, un bol de bleu à la main. In extremis, Claude se libéra de sa tante et attrapa la jeune femme pour l'empêcher de le couvrir de poudre.
-Tiens, je crois qu'on m'appelle, je vais vous laisser !
-Tu ne devrais jamais faire confiance à ma tante tu sais… Elle s'éclipse dès qu'elle voit la situation lui échapper…
-Ce n'est pas grave, l'important est que j'ai eu ma vengeance. fit-elle.
-Oh ? Tu crois ça ?
Tout en maintenant la jeune femme contre lui, il versa sur sa tête de la poudre verte et l'attala le plus possible.
-Au secours ! A l'aide !
-Si tu crois que quelqu'un va venir… Tu es chez moi ici… lui susurra-t-il à l'oreille d'une voix grave
Cyri frissonna et sentit son corps chauffait encore plus, elle lui pinça le bras tellement fort qu'il lâcha prise. Elle en profita alors pour prendre la fuite.
-Tu ne peux pas m'échapper ! Je connais cette ville par coeur ! s'écria Claude en se frottant le bras.
-Peut-être mais moi je cours vite !
Le jeune homme soupira, ce petit défi était juste une plaisanterie mais sa fiancée avait l'air de le prendre très au sérieux. Cependant il aimait le visage qu'elle lui offrait, elle s'amusait, riait aux éclats, ses yeux pétillaient. Alors il fallait qu'il fasse durer ce bon moment, et surtout qu'il en profite le plus possible.
Le son des cloches vint marquer la première partie des festivités, tous se réunirent devant l'estrade sur laquelle Judith les attendait un énorme sourire au visage.
« Mais que vois-je ? De magnifiques couleurs ! Vous êtes beaux ! Et ces sourires éblouissants ! J'en suis toute émue ! Maintenant, profitez-en pour prendre un bon bain, ce soir, je veux vous voir dans votre belle tenue ! Dès que le soleil sera couché, la suite des évènements pourra continuer. »
