Cyri fut emmenée par deux femmes dans un endroit un peu à l'écart de tous. Elle jeta un coup d'oeil à Claude qui les suivait, gêné.
-Où va-t-on ? demanda-t-elle.
-Nous allons vous préparer pour que votre fiancé et vous puissiez prendre un bain. répondit une des deux femmes.
-Un bain avec Claude ?
La jeune femme se retourna vers ce dernier dont le visage était encore plus rouge. Quand ils entrèrent dans un petit bâtiment, Claude entra dans une pièce différente de celle de Cyri. Les deux femmes aidèrent la Princesse à se déshabiller et lui enfilèrent une longue chemise en lin très fine. Le visage de celle-ci chauffa quand elle remarqua à quel point cette chemise était transparente.
« Ne soyez pas gênée voyons, c'est normal qu'en tant que futur marié il vous voit légèrement vêtue ! » fit une la deuxième femme.
La Princesse ne sut quoi répondre, les seuls hommes qui l'avaient vue nue étaient Narcian et Sylvain. Le premier n'hésitait pas à l'humilier en public en racontant qu'elle avait du ventre et des cuisses tellement énormes qu'il avait l'impression de voir une volaille engraissée. Et surtout que son corps n'avait rien de féminin. Elle serra ses bras contre elle puis les mots de Sylvain lui revinrent à l'esprit. Il s'était évertué pendant leurs nombreux ébats à lui faire comprendre qu'elle n'avait pas à complexer, qu'il aimait ce qu'il voyait. Hélas encore aujourd'hui, il arrive que son reflet nue dans un miroir lui soit difficile à regarder, quelle serait la réaction de Claude quand il la verrait aussi peu habillée ?
Les deux femmes emmenèrent la jeune femme dans une autre pièce plus grande et plus richement décorée, dans laquelle un bassin tronait au milieu de celle-ci. Des tabourets et des bassines y étaient aussi déposés. Claude l'attendait de l'autre côté, simplement vétu d'un caleçon blanc. Les deux femmes les laissèrent en gloussant.
-Tout va bien Cyri ? demanda le jeune homme.
-Tu… Tu aurais pu me prévenir…
-Je suis désolé, j'ai… oublié de te prévenir.
-Oublier ? Comment peux-tu oublier ce détail aussi important ?
C'est alors que Claude réalisa que la chemise qu'elle portait ne cachait pratiquement rien de son corps, il dut se retourner pour essayer de cacher sa soudaine excitation.
-Je… Je suis si repoussante que ça pour que tu ne veuilles pas me regarder? demanda Cyri d'une petite voix, extremement déçue de sa réaction
-Qu'est-ce que tu racontes ? fit Claude en se retournant. C'est parce que tu es… Tellement jolie à regarder que j'ai du mal à…
Il n'arriva pas à finir sa phrase. Ce qu'il voulait, c'était de lui enlever cette fichue chemise et de lui montrer à quel point son corps était agréable à regarder et surtout à toucher. Il soupira et prit les mains de sa fiancée en essayant de ne pas trop s'attarder sur ses formes.
« Je ne comprends pas pourquoi tu m'as posé cette question. Je t'ai toujours trouvé jolie et ce sera toujours le cas quelque soit la tenue que tu portes. Allez ! Fais-moi un sourire avant que nous enlevions cette fichue poudre colorée. »
Ces paroles étaient simples mais firent tellement de bien à Cyri, elle se mit à sourire sincèrement à son fiancé qui lui retourna le sien.
Puis chacun de leur côté, le couple essaya d'enlever la poudre de leur chevelure. Après qu'il eut fini, Claude se retourna vers Cyri qui était en train de rincer ses cheveux la tête en arrière et les yeux fermés, il sentit de nouveau son excitation montait et décida de plonger dans la bassin en tournant le dos à la Princesse.
-Claude j'ai terminé, je te laisse profiter du bain. fit la jeune femme.
-Attends ! Ce serait dommage que je sois tout seul à en profiter, viens me rejoindre.
La jeune femme hésita puis décida de se laisser tenter par ce bain.
« Alors… Ne me regarde pas s'il-te-plait… »
La Princesse glissa doucement dans l'eau chaude et se mit près de son fiancé.
« Est-ce que tu peux vérifier je n'ai plus rien dans mes cheveux ? » demanda-t-elle timidement.
Claude fit alors face au dos de Cyri, À travers le tissu, il pouvait encore voir les cicatrices de la brûlure qui n'avait pas encore totalement disparues.
-Elles ne te font plus souffrir ? demanda-t-il alors que sa main se mit à caresser la chemise.
-Elles ne tirent presque plus. répondit-elle en frissonnant légèrement au contact de ses doigts.
Le fiancé prit alors d'inspecter soigneusement la chevelure de la jeune femme, elle trouva cela tellement si plaisant qu'un soupir s'échappa de sa bouche ce qui la fit rougir et rire Claude.
-Si après ça, tu oses me dire que tu n'es pas un chien quand je te caresse les cheveux…
-Ce n'est pas drôle Claude… fit-elle, boudeuse.
Ils allèrent ensuite dans une autre pièce qui était leur chambre. Sur le lit, étaient posées leurs tenues pour la soirée. Cyri se dépêcha d'aller derrière le paravent pour s'habiller sous le regard amusé du Leisterien. Celui-ci enfila un pantalon et une longue tunique couleur bordeaux avec des broderies noires, il noua un bandeau de la même teinte que sa tunique autour de sa tête. La Princesse sortit de sa cachette habillée d'une longue robe en satin de couleur taupe surmontée d'une longue cape de la meme couleur que la robe mais avec de nombreuses fleurs bordeaux étaient brodées dessus. Claude resta bouche bée, se disant que décidément les robes de chez lui allaient tellement bien à Cyri.
-Je… Je peux te coiffer ? Se ressaisit-il
-Me coiffer ? Tu sais coiffer les femmes ? S'étonna sa fiancée.
Il saisit la boîte qui était posée sur la table de nuit et invita Cyri à s'asseoir à ses côtés sur le lit. Il brossa avec douceur les cheveux de la Princesse et prit une mèche au niveau de la tempe droite de son visage pour la tresser.
« Il y a une tradition dans ma famille, commença-t-il à expliquer, quand un couple décide de se marier, ils se font mutuellement une tresse à droite du visage de l'un d'entre eux et à gauche du visage de l'autre. On dit que les tresses peuvent ainsi s'emmêler quand le couple s'embrasse symbolisant l'amour qui les unit. »
Il sortit de la boîte un petit fermoir en argent surmonté de tous petits émeraudes qu'il fixa sur la natte qu'il venait de faire.
« Mes cheveux ne sont pas assez longs pour une tresse alors j'ai demandé à avoir une boucle d'oreille, est-ce que tu veux bien me la mettre s'il-te-plait ? »
Il tendit le petit anneau qui était la copie du fermoir, la jeune femme le prit délicatement et s'approcha du visage de Claude. Elle enleva l'anneau déjà présent et avec douceur elle mit la boucle d'oreille. La jeune femme sentit son cœur s'accélérer, une immense joie l'avait tout à coup envahit, elle eut alors cette sensation qu'il était en train de lui faire passer un message. Le jeune homme regarda alors sa fiancée et lui caressa la petite natte tout en lui souriant avec une tendresse ce qui la déstabilisa encore plus. Pour le cacher, Cyri sauta au cou du Leisterien.
-Qu'est-ce qu'il t'arrive ? Demanda-t-il.
-Merci… Juste merci…
Cyri sentit les bras de son fiancé l'enlacer, son cœur n'arrivait pas à se calmer, son corps avait chaud. Elle savait ce que cela voulait dire, il était maintenant inutile de le nier et de vouloir cacher la signification de ces réactions.
Tout à coup, quelqu'un frappa à la porte, la Princesse lâcha de suite son fiancé.
-Alors les futurs mariés ? Vous êtes prêts ou vous avez encore besoin d'un peu d'intimité ? Fit Hilda rieuse.
-Nous sommes prêts ! Dit Cyri en essayant de se calmer. Nous étions sur le point de quitter la chambre.
Elle ouvrit la chambre et fit face à neuf personnes qui s'étaient mis eux aussi sous leur plus jour.
-Vous êtes tous beaux dis donc. Fit-elle.
-Votre robe est magnifique votre Altesse. Bredouilla timidement Marianne.
La Princesse se tourna vers la jeune femme surprise qu'elle lui fasse un compliment de façon aussi clair. Puis elle remarqua qu'elle aussi avait une petite tresse avec un fermoir en or. Hilda s'approcha de la femme aux cheveux bleues en lui saisissant le bras et Cyri vit la meme tresse dans la cheveulure de celle-ci.
-Et si nous y allons ? Pesta Félix les bras croisés.
-Veuillez l'excuser, visiblement la journée a été longue pour lui… expliqua Sylvain qui entoura l'épaule de son ami avec son bras.
Les yeux de Cyri furent attirés par une boucle d'oreille sertie d'un saphir que les deux hommes portaient. Elle se glissa entre eux et leur attrapa leurs bras.
-Dis donc vous deux… Vous n'auriez pas quelque chose à me dire ? Leur chuchota-t-elle.
-Je ne vois pas de quoi tu parles ! Rougit son ami aux cheveux bleus foncés.
-Et toi ? Tu comprends ce que cette tresse signifie pour Claude n'est-ce pas ? Demanda Sylvain étonnamment sérieux. Tu ne prends pas ce geste à la légère ?
-J'ai… Très bien compris et j'accepte ses sentiments… fit la jeune femme rougissante.
-Cela veut dire que tu as accepté les tiens pour lui ? Interrogea Félix.
La Princesse regarda son ami surprise de la question. Elle resta silencieuse à essayer de trouver une réponse mais deux bras l'entourèrent les hanches ce qui la fit lâcher ses amis.
-Quand je t'ai dit que je voulais être le seul homme qui puisse te toucher, j'ai oublié de préciser que je veux aussi que je sois le seul homme que tu touches... susurra Claude à l'oreille de sa fiancée.
-Tu n'as pas à être jaloux puisqu'ils sont…
-Tais-toi Cyri ! Coupa Félix ce qui fit rire la jeune femme.
Le groupe rejoignit la grande place sur laquelle de nombreuses tables étaient installées, remplies de choses à manger. Comme la veille, Claude s'évertua à faire goûter un maximum de choses à sa fiancée qui ne refusait jamais. Le couple croisa régulièrement des personnes qui se réjouissaient de leur futur mariage.
« Qui aurait cru qu'un Almyran finirait Prince d'un si grand Royaume ? » fit un vieil homme.
« Votre Altesse, j'espère que vous nous laisserez venir danser chez vous ! » dit une femme.
« Je comprends que vous ayez choisi Khalid ! Regarde-toi, tu es devenu un si bel homme. » ajouta une autre femme en secouant le jeune homme par les épaules.
Claude essaya de trouver le bon moment pour prendre Cyri et s'éloigner de la foule mais à chaque tentative, un membre de sa famille le coupa dans son élan.
-Cyri ? Tu ne te sens pas bien ? Je suis désolé, elle n'a pas l'habitude de la foule. Elle a besoin d'un peu d'espace.
-Quoi ? Mais non, je me…
Mais la jeune femme ne put finir sa phrase, son fiancé lui avait pris la main et la força à s'éloigner de la foule. Il la fit prendre des petites rues et ils entrèrent dans une petite maison dans laquelle ils montèrent sur le toit. Des tapis colorés recouvraient le sol sur lesquels de nombreux coussins y étaient posés, il avait des plateaux pleins de choses à grignoter, des bouteilles de vin et deux verres mais aussi de nombreuses bougies brûlaient doucement et dont la flamme vacillait légèrement. Une atmosphère romantique s'y dégageait ne laissant Cyri sans voix.
« J'étais un peu agacé que les autres nous suivent, je voulais tellement qu'on se retrouve rien qu'à deux alors j'ai demandé à ce qu'ils nous installent un petit coin pour qu'on puisse profiter du feu de joie ensemble sans personne pour nous déranger. Mais je n'ai pas imaginé qu'ils prendraient ma demande avec autant de sérieux… » fit Claude en se grattant l'arrière du crâne, avec un sourire gêné.
La jeune femme ne sut comment réagir, il lui fit une tresse que semblait être important pour un couple d'Almyra et maintenant il demande à ce qu'ils soient tous les deux isolés. Depuis la veille, elle l'avait trouvé différent dans sa façon de la regarder mais surtout la façon dont il la touchait, le trouvant plus tendre. Son cœur se mit à battre tellement fort qu'il résonna dans ses oreilles, s'il était sur le point de lui avouer clairement ses sentiments, comment devait-elle réagir ? Est-ce qu'elle devait les accepter ? Est-ce qu'elle ressentait la même chose pour lui ? A son contact, la peur qu'elle avait d'aimer un homme était-elle enfin partie ?
« Cyri, tu viens t'asseoir ? »
La voix de Claude la fit revenir à la réalité, la gorge sèche et les jambes tremblantes et alla le rejoindre.
