« Les amoureux… Il serait temps que vous vous réveillez… Vous allez faire attendre les invités… »

Cyri eut beaucoup de mal à sortir de son sommeil, elle voulut bouger mais deux bras la blottirent contre un torse qui sentait les épices. Elle essaya de réveiller Claude mais celui-ci maugréa la serrant encore plus contre lui.

-Encore cinq minutes…

-Khalid, nous devons nous préparer pour ce soir.

-Je n'ai pas envie d'y aller, je veux rester avec toi dans mes bras pour toujours…

-Laisse-moi faire ma chérie…

La jeune femme jeta un coup d'œil à son père qui affichait un sourire qui ne la rassura pas.

« Claude, je vous donne dix secondes pour ôter vos mains de ma fille ! Je ne me souviens pas de vous avoir donné l'autorisation de dormir dans le même lit qu'elle et encore moins de la toucher... »

Cyri eut du mal à contrôler son rire en sentant son fiancé frissonner et se redresser d'un seul bond.

-Je suis désolé ! Je vous jure que je n'ai rien fait avec votre fille ! Je ne l'ai pas prise dans mes bras avec de mauvaises pensées ! Je vous promets que je ne la forcerai jamais à me faire quoi que ce soit !

-Khalid, calme-toi ! C'était juste une mauvaise blague… ria Cyri.

Le jeune homme regarda le Roi et se demanda si vraiment c'était une plaisanterie de sa part. Finalement, il laissa le couple se préparer. Cyri enfila une magnifique robe rouge avec de magnifiques broderies d'or sur le buste, les manches et le bas de celle-ci. Claude s'habilla d'un pantalon blanc-crême et d'une longue tunique bleu marine ornée elle aussi de broderies d'or, celle-ci était accompagnée d'une longue ceinture en tissu bleu marine et blanche qu'il noua autour de la taille. Il entoura sa tête d'un bandeau de la même couleur que la ceinture et dont les bouts tombaient négligemment au niveau de son épaule.

-Non ! S'il-vous-plait ! N'enlevez pas cette tresse ! supplia Cyri quand elle vit les mains de la servante s'approchaient dangereusement de la natte.

-Mais comment voulez-vous que je vous fasse un chignon ?

-Faites-le sans y toucher…

Le jeune homme était assis sur le lit et regardait sa fiancée s'apprêter avec un sourire niais sur le visage.

-Comment tu me trouves ? demanda-t-elle quand elle eut terminé.

-Tu es la plus belle comme tous les jours… dit-il en l'embrassant doucement.

La jeune femme cacha son visage contre le torse du Leisterien sous les gloussements de la servante. Ces gestes d'affection étaient agréables mais terriblement gênants.

« Voici la Princesse Cyri, future Reine d'Era et son fiancé Claude, futur Roi d'Era ! » annonça un valet avant que le couple entra dans la salle du banquet.

Lorsque les portes s'ouvrirent de lourds regards vinrent se poser sur eux, les mettant tout à coup mal à l'aise.

-Regardez-les ! Ne sont-ils pas magnifiques tous les deux ? fit l'Empereur.

-Ma chérie, tu es ravissante, je suis triste que ta mère ne puisse pas te voir...

-Je suis soulagée de voir que la robe que je vous ai choisi vous va à ravir. ajouta Ayra.

-Je ne savais pas que vous m'aviez choisi ma tenue pour ce soir. Je vous remercie votre Majesté. dit Cyri en s'inclinant.

-Ne vous ai-je pas dit que vous pouviez m'appeler Ayra ? Après tout, nous allons devenir belle-sœur.

Un brouhaha se fit entendre. Tharja s'avança vers le groupe avec un air sévère, elle fixa Cyri pendant un court instant qui sembla interminable pour la jeune femme et s'inclina très légèrement avant de dire sur un ton aussi froid que son regard :

« Toutes mes félicitations pour vos fiançailles. »

Quand elle reposa les yeux sur la Princesse, elle eut un léger rictus de dégoût en fixant la tresse qui pendait. Cyri sentit une main chaude se poser sur ses hanches, Claude la tira contre lui et regarda sa belle-mère avec un sourire qui se voulait chaleureux.

-Votre Majesté, ancienne Impératrice. Nous vous remercions, vos mots nous vont droit au coeur. J'espère que nous pourrons compter sur votre présence lors de notre mariage... fit-il en resserrant sa main sur la robe de sa fiancée.

-J'attends votre invitation avec impatience. dit Tharja en ne desserrant pas les dents.

Et l'ancienne Impératrice s'en alla laissant un silence pesant dans la salle. L'Empereur se racla la gorge et invita tout le monde à boire et à manger. Il tapota doucement l'épaule de son frère tout en lui faisant un clin d'œil.

-Elle a pas l'air commode ta belle-mère ! fit Sylvain quand le couple rejoignit leurs amis au fond de la salle.

-Lysi frissonne encore… fit remarquer Léonie en tenant son amie dans ses bras.

-Tu veux vraiment qu'elle assiste à notre mariage ? s'inquiéta soudainement Cyri.

-Elle ne viendra pas, mon frère et sa femme viendront, il faut bien que quelqu'un garde l'Empire.

-Alors pourquoi lui avoir dit ça ? demanda Félix.

-Juste pour le plaisir… répondit Claude en mettant ses mains derrière la tête.

Mais Cyri devinait très bien pourquoi il avait fait dire ces mots. Tharja était sûrement à l'origine de toute la souffrance qu'il a subi depuis sa naissance. Devoir s'incliner et féliciter le couple devant toute une assemblée a du être torture pour elle mais ce n'était rien comparé à ce qu'il avait vécu. Il était évident que le jeune homme voulait faire durer le plaisir un petit peu plus…

« Je ne sais pas si je dois plaindre la Princesse d'épouser un homme comme lui… »

« Visiblement, personne ne l'a forcé. Si elle regrette son choix, tant pis pour elle. »

« N'empêche c'est une bonne chose, nous ne verrons plus sa tête de batard traîner dans les couloirs du palais ! »

« Vous croyez que c'est parce que l'Empereur en avait marre de son frère qu'il a proposé ce mariage ? »

« Je ne peux m'empêcher de penser qu'il s'en sort encore une fois. Vous vous rendez compte, il va devenir Prince puis Roi d'Era ? Il aurait dû mourir depuis longtemps ce parasite...»

« S'il pouvait mettre le chaos là-bas, nous ferions d'une pierre deux coups ! »

Cyri ne pouvait plus tenir, elle se retourna et essaya de trouver les personnes qui venaient de parler. Évidemment, ces lâches étaient bien cachés, elle serra les poings, elle voulut hurler que Claude était un homme cent fois meilleur qu'eux, qu'elle avait une énorme chance de l'épouser mais des doigts tremblants vinrent lui caresser le poignet.

-S'il-te-plait, ne leur donne pas ce qu'ils veulent, tu es plus intelligente qu'eux. lui chuchota le jeune homme.

-Mais… Il faut qu'il comprenne que…

Elle ne finit pas sa phrase, frappée par l'expression douloureuse qu'affichait Claude à ce moment-là. Elle se mordit la joue et prit son fiancé dans les bras sous le regard surpris de l'assistance.

« Khalid, ce mariage, c'est le meilleur choix que j'ai fait jusqu'à maintenant. Jamais, je ne regretterai cette décision. J'en suis certaine maintenant, il n'y a que toi que je pouvais épouser et aucun autre homme. »

Claude resserra son étreinte et essaya de ravaler l'émotion qui l'avait soudainement envahi. Puis une grosse main vint se poser sur sa tête.

-Tu pleures Raphael ? s'étonna Ignaz

-Ces gens sont cruels… renifla bruyamment le grand blond

-Allez ! Câlin général ! ordonna Hilda. Hors de question que tu y échappes Félix ! Et toi non plus Lorenz !

-Attendez-moi ! Je veux être de la partie aussi ! s'écria le Roi tandis que l'Empereur éclata de rire.

Le Leisterien laissa couler quelques larmes sur l'épaule de sa fiancée, il mesura à cet instant à quel point il était si bien entouré et la chance qu'il avait de les avoir près de lui.

-Ca va aller les amis. fit-il en essayant de se dégager de cette étreinte si chaleureuse. Je crois que cet élan d'affection met mal à l'aise certaines personnes…

-Qu'ils aillent au diable ! Pesta Hilda.

-Je meurs de faim Khalid et si on allait voir ce que nous réserve le buffet… suggéra Cyri.

Elle lui prit la main et se dirigea vers la table pleine de victuailles et de boissons. Évidemment les regards sur eux et les messebasses étaient encore plus insistants depuis ce câlin général, en temps normal, elle aurait fait en sorte de les taire mais ce soir tout ce qui comptait c'était le sourire de Claude qu'il avait du mal à retrouver.

Ils eurent des félicitations de nobles et ils durent faire la promesse de les inviter, la Princesse avait de plus en plus de mal avec cette hypocrisie.

-Khalid, j'ai envie de prendre l'air… soupira-t-elle.

-Tout ce que tu veux ma douce. fit Claude en déposant un doux baiser sur le dos de sa main.

Cyri rougit à ce petit surnom et se laissa emmener dans les jardins. Elle ne fut pas surprise de voir qu'ils marchaient jusqu'à la tombe de sa mère. Claude s'agenouilla devant la statut et pria, la jeune femme l'imita.

-Je me dis que tu te serais sûrement très bien entendu avec ma mère… dit le jeune homme quand il eut fini.

-Tu crois vraiment ?

-Elle t'aurait sûrement titillé un peu pour voir si tu étais digne de son fils mais elle aurait vite compris à quel point tu es une personne formidable. expliqua Claude en mettant une nouvelle fois une amaryllis dans le chignon de sa fiancée.

-Une personne formidable… N'exagère pas non plus… rougit la jeune femme.

-Formidable et modeste en plus. ria-t-il doucement avant de poser sa tête sur l'épaule de Cyri. Merci d'être à mes côtés, de m'avoir accepté comme je suis…

Il déposa un léger baiser dans le creux de l'épaule de la jeune femme qui frissonna, elle passa sa main dans sa cheveulure lui faisant comprendre qu'elle voulait qu'il recommence. A chaque contact des lèvres de Claude contre sa peau, la Princesse sentit cette agréable chaleur grandir dans son bas ventre. Peu à peu, la bouche du jeune homme s'approcha de la sienne, quand elles furent à sa portée, elle lui attrapa le visage et l'embrassa. La chaleur avait envahi presque tout son corps, elle voulait que les mains de son fiancée viennent lui caresser sa peau, que ses lèvres rencontrent autre chose que sa bouche.

Claude fut saisi par un désir qui le déstabilisa presque, il la voulait tout entière oubliant où ils étaient et le fait qu'ils pouvaient être surpris à tout instant. Il la fit doucement basculer en arrière, le bout de ses doigts caressèrent la cuisse de Cyri qui laissa échapper un léger soupir. Il brûlait d'envie d'en entendre d'avantage. Mais des bruits de discussion vinrent tout stopper net. Le jeune homme se redressa légèrement et son cœur s'arrêta devant le visage rouge de Cyri. Ses yeux pétillaient de désir et sa bouche entrouverte le suppliaient de continuer.

« Je crois que nous devons retourner à la salle de banquet. Cette soirée est pour nous, ce serait mal vu si nous nous absentons trop longtemps… »

Mais il ne croyait pas en ses mots, tout ce qu'il voulait c'était de l'emmener dans leur chambre et laisser son désir parler pour lui.

La jeune femme acquiesça et se releva, un goût amer d'inachevé l'avait envahi et cette fichue chaleur ne voulait plus la quitter.

-Tout va bien ? demanda Sylvain quand Cyri s'était approché du buffet pour vider d'un coup sec un verre de vin.

-Tout va bien…

-Ne t'ai-je pas appris que plus l'attente est longue plus ce sera meilleur ? chuchota son ancien amant à son oreille.

La jeune femme le repousa violemment tout en rouggisant et en le maudissant pour la connaître si bien, celui-ci éclata de rire.

-Est-ce que tu appliques cette doctrine avec Félix ? fit-elle en croisant les bras.

-Tu sais à quel point il peut être impatient… soupira son ami.

-Je suis contente pour vous deux.

-Je sais mais ce n'est pas facile tous les jours… Le regard des gens peut être d'une cruauté sans nom et je redoute le moment où nos familles auront vent de notre histoire… Je crois que mes parents préféreraient que je reste ton amant même après ton mariage avec Claude. se força à rire Sylvain.

-Qu'ils osent vous dire ou faire quelque chose ! Je débarquerai chez eux et je leur passerai le plus gros savon qu'ils n'auront jamais eu !

Sylvain attrapa son amie par l'épaule et la tira contre lui avant de la remercier. Cyri n'avait jamais compris ces personnes qui se donnaient le droit de dire aux autres comment aimer. Tout ce qui lui importait c'était que ces proches soient heureux qu'importe leurs sexe de leurs être aimés.