Quand Cyri se réveilla, la panique la saisit ne voyant pas Claude avec elle. Elle se leva et vit sur la table à côté des gâteaux et des viennoiseries, un petit mot :
«Ma douce,
Je suis parti voir si Félix va bien, si je ne reviens pas, c'est que Sylvain m'aura sûrement tué parce que j'ai mis en danger son grand amour.
Je t'aime. »
La jeune femme sourit et se remplit le ventre. Katou entra à ce moment-là.
-Tu es déjà debout ? Claude n'est pas avec toi ? demanda-t-elle.
-Il est parti affronter Sylvain et Félix. Il risque de revenir un petit cocard.
-En même temps, il le mérite… fit son amie en s'asseyant près d'elle.
-Il pensait bien faire, ne lui en veux pas.
-Je sais bien mais il s'est mis en danger inutilement. J'ose même pas imaginé dans quel état tu serais s'il ne serait pas revenu vivant….
-Je ne me suis pas mise en danger il y a peu ? J'en porte encore les cicatrices sur mon dos et je me souviens que tu m'en ai voulu…
-Vous vous êtes bien trouvés tous les deux… soupira la servante. Dis-moi, je te trouve un peu différente, comme si tu étais plus légère.
Cyri réfléchit un instant et soudainement, se souvint de la déclaration qu'elle avait faite quelques heures plus tôt.
-J'ai dit à Claude que je l'aimais… avoua-t-elle le visage rouge.
-Tu es sérieuse ? S'écria les yeux ronds son amie.
-Je n'avais pas spécialement l'intention de le faire… C'est juste que les mots sont sortis tout seul…
-Qui aurait cru que le retour de Narcian t'aurait fait prendre conscience de tes sentiments. Finalement, il aura été utile cet enfoiré…
Katou posa sa tête sur l'épaule de la Princesse.
-Quand tu as appris que tu avais été manipulé, j'ai cru que jamais tu ne t'en remettrais… Puis tu m'as raconté ce qu'il t'a fait et je me suis dit que tu laisserais aucun homme te toucher.
-Il y a eu Sylvain tu sais…
-Oui… Il y a eu Sylvain, grâce à lui, tu as recommencé à t'aimer un peu mais tu laissais toujours une distance aux personnes qui t'entouraient. J'ai fini par penser que tu finirais seule, plongée dans ton rôle de Reine… Je me sentais impuissante, je voulais t'aider mais je ne savais pas comment faire pour faire disparaître l'ombre que Narcian avait laissé au fond de ton cœur. Et puis ce Claude a débarqué avec ses gros sabots dans nos vies…
-Katou, tu sais, je me demande comment auraient été nos vies sans cette histoire de déesse et de héros ?
-Que veux-tu dire par là ? Tu penses que tu n'aurais jamais aimé Claude sans ça ?
-Mes sentiments pour lui sont sincères, je m'en suis rendu compte cette nuit. Mais est-ce qu'ils auraient pu naître si nous nous étions mariés pour consolider l'alliance ? Est-ce qu'ils auraient été aussi forts ?
-Je pense que oui. Avec ou sans déesse et ses dragons, il aurait eu de l'amour entre vous.
Il y a quelque chose de fort, je ne saurais pas comment l'expliquer. Ça semble tellement une évidence que vous soyez ensemble.
Les mots de son amie rassurèrent Cyri, elle s'en voulut presque d'avoir douter ainsi. Elle finit d'avaler sa tasse de thé et se leva du sofa.
-Merci de me supporter depuis toutes ses années, merci d'être tout simplement toi… fit-elle avec un sourire. Je ne sais pas dans quel état je serai sans tes nombreux coups de pieds aux fesses.
-Mais qu'est-ce qu'il te prend d'un coup ? Tu veux me faire pleurer ? Demanda Katou qui avait du mal à cacher son émotion.
Son amie se contenta de hausser les épaules avant de quitter la chambre. Elle se dirigea, comme son fiancé, un peu avant vers la chambre de Félix.
-Si tu cherches Claude, il est parti voir ton père. Fit Sylvain en lui ouvrant la porte.
-Oh… Tu l'as donc laissé vivant ? Demanda son amie en croisant les bras. J'irai le rejoindre après, je suis aussi venu voir comment allait Félix.
-Je vais bien ! S'écria une voix derrière le rouquin.
-Je vous dérange peut-être ?
-Ton fiancé nous a posé la même question… Vous vous ressemblez décidément beaucoup vous deux… soupira Sylvain.
-Et non, tu ne nous déranges pas ! Rectifia Félix.
Le compagnon de celui-ci laissa entrer Cyri qui vint s'asseoir sur le lit.
-Comment tu te sens ? Demanda-t-elle.
-Frustré. J'aurai voulu t'apporter la tête de cet enfoiré… Et toi comment tu vas ?
-Pourquoi cette question ? Se mit sur la défensive la jeune femme.
Félix le regarda avec intensité, depuis toujours, sans qu'il ne dise quoi que ce soit, la Princesse arrivait toujours à comprendre ce qu'il disait.
-Il est mort, il ne me fera plus jamais de mal. Maintenant je dois mettre tout ça derrière moi et avancer avec Claude. Mais j'aurai peut-être voulu parler un peu avec lui, lui faire arracher des excuses.
-Ce type était pourri jusqu'à la moelle, la façon dont il parlait de toi était horrible. Même Claude a perdu son calme, je ne l'ai jamais vue dans cet état d'ailleurs…
Cyri ne préférait pas imaginer ce qu'il avait pu dire pour mettre son fiancé en colère. Elle tapota gentiment la tête de Félix qui rala.
-Occupe-toi bien de lui. Dimitri risque de ne pas apprécier de voir un de ses meilleurs capitaines dans un sale état… fit-elle arrivée au niveau de Sylvain.
-Je ne suis pas dans un sale état !
-Ne t'inquiète pas pour ça, depuis son retour, je m'occupe de son cas… dit l'ancien amant avec un regard lourd de sous-entendus.
-Je ne veux pas avoir de détails ! Je vous laisse !
Elle les quitta et se dirigea vers le bureau de son père qu'elle trouva vide. Inquiète, Cyri interpella un servant qui lui apprit que les deux hommes étaient sur le terrain d'entraînement.
-Claude... Que me vaut votre visite ? Demanda Leif quand son futur gendre entra dans son bureau.
-Je me suis dit que je pourrais vous donner les informations que j'ai pu avoir pendant ma prise d'otage…
-Félix m'a déjà tout raconté. Coupa le Roi sur un ton sec.
-Peut-être qu'il a oublié certains détails. Osa Claude.
-Vous insinuez que l'un des meilleurs capitaines du Royaume d'Adrestia est un homme qui a une mémoire défaillante ?
-Je dis juste que deux témoignages valent mieux qu'un seul non ? Dit le Leisterien alors qu'il appréciait de moins en moins la façon dont son futur beau-père s'adressait à lui.
-Vous vous croyez intelligent Claude ? Vous nous avez pourtant prouvé hier que vous pouvez faire preuve d'une bêtise sans nom…
-Je sais que j'aurai dû être plus prudent hier et j'en suis vraiment désolé. Je vous promets que cela ne se reproduira plus.
-Est-ce que je dois vraiment croire vos paroles ?
Claude regarda Leif ne sachant pas comment il devait comprendre ces derniers mots.
-Cela fait deux fois que vous avez fait preuve de faiblesse, est-ce que j'ai vraiment envie de vous donner une troisième chance ?
-Où voulez-vous en venir votre Majesté ? S'inquiéta le jeune homme.
-Prouvez-moi que je peux vous faire confiance Claude. Sur le terrain d'entraînement, un combat d'homme à homme.
-Vous n'êtes pas sérieux ? Je ne me suis pas encore remis de ce que j'ai subi cette nuit…
-Sur un champ de bataille, vous croyez vraiment que l'ennemi vous laissera le temps de récupérer ?
Le jeune homme comprit que le Roi ne lui laissait pas le choix, il le suivit le pas lourd. Quand ils arrivèrent sur le terrain, les hommes qui s'entraînaient se mirent sur le côté pour admirer le spectacle. Claude savait qu'il avait peu de chance face à Leif et il se sentait de moins en moins confiant quand il vit le monde s'attrouper autour d'eux. Le père de Cyri engagea le duel sans crier garde et évidemment son futur beau-fils eut du mal à faire une parade. Très vite, celui-ci fut dépassé, il se mit alors à paniquer, s'il perdait ce duel, le Roi allait-il le renvoyer chez lui ? Allait-il devoir dire adieu à la femme qu'il aime ? Plongé dans ses pensées, il ne vit malheureusement pas la dernière charge de Leif.
Quand Cyri arriva sur place, une foule s'était amassée, elle dut jouer du coude pour pouvoir voir ce qu'il se passait. Claude, un genou à terre, semblait en très mauvaise posture face à un Leif qui était sur le point de lui donner un coup d'épée. Avec rapidité, la Princesse se jeta sur le terrain et arrêta son père d'un coup de poing dans le ventre.
-Mais à quoi vous jouez tous les deux ? S'écria-t-elle alors que la foule s'étonna de son intervention. Je te signale qu'il y a encore quelques heures, tu étais otage des mages noirs Khalid !
-Je viens juste de lui donner une leçon. Fit sèchement son père.
-Une leçon mais pourquoi ?
-Parce que je suis un homme faible… répondit Claude la tête basse.
-Père, c'est une blague j'espère ? Dit la Princesse les mâchoires serrées. La force ne se mesure pas au nombre d'adversaire qu'on peut battre dans un combat, n'est-ce pas vous qui me l'avez appris ?
-En admettant qu'il soit aussi faible que tu le penses, que vas-tu faire ? Demanda Eirika qui venait d'arriver. Annuler le mariage et renvoyer Claude chez lui ? Tu es prêt à risquer une alliance si importante pour une raison aussi stupide ?
Leif détourna le regard, Cyri se précipita vers Claude pour l'aider à se relever. La Reine s'approcha de son mari et lui lança.
« Que tu sois stressé parce qu'il y a trop de choses à gérer en ce moment est un fait mais tu n'as pas le droit de te défouler sur le fiancé de ta fille. Tu me déçois Leif… »
Ses mots firent frissonner tout le monde. C'était la première fois que Cyri voyait sa mère parler de cette manière à son père.
-Votre majesté, il n'est pas le seul à blâmer… intervint le Leisterien. J'ai été incapable de protéger votre fille contre cet Oscar et je me suis fait enlever juste parce que je me pensais plus futé que Narcian.
-Il est évident que vous avez votre part de responsabilité, vous auriez pu aisément éviter ce duel ridicule. Et si vous vous en voulez pour ce qui s'est passé, faites en sorte qu'aucun de vous deux ne remettent en danger… Cyri, emmène ton fiancé dans vos appartements, il faut qu'il se repose.
La jeune femme s'éxécuta, sur le chemin qui menait à leur chambre aucun mot ne fut prononcé.
-Tu m'en veux ? Demanda Claude après que Cyri l'ai jeté sur le lit.
-Tu es vraiment qu'un idiot Khalid ! Lança-t-elle.
-Il ne m'a pas laissé le choix tu sais…
-Je ne parle pas de ça. Je sais qu'on peut difficilement refuser quelque chose à mon père. Je ne veux plus t'entendre dire que tu es faible !
Claude qui avait baissé les yeux regarda sa fiancée surpris par ce qu'elle venait de dire. Elle s'assit sur le lit et lui caressa avec douceur sa joue, celui-ci enfouit son visage dans le creux de sa main.
-On fait tous des erreurs d'accord ? Je me suis prise une énorme boule de feu qui a failli coûter ma vie pour protéger Sophia. Et toi, tu t'es fait enlever par Narcian parce que tu voulais absolument le capturer. L'important c'est que nous apprenions et surtout que nous soyons vivants…
-Mais nous sommes les futurs dirigeants du Royaume et les héritiers des premiers Héros. La moindre erreur peut avoir des conséquences dramatiques…
-Je t'ai connu moins à cheval sur les règles et les obligations…
-Nous ne pouvons plus faire comme avant Cyri. Ces mages sont puissants, nous avons déjà un avant-goût de ce dont ils sont capables dans nos cauchemars. Je ne veux pas que tout ce que nous aimons, que nos deux peuples subissent ces horreurs…
La jeune femme se mordit la joue, elle avait déjà consciente tout ceci mais l'entendre de la bouche de son fiancé, lui qui pouvait l'impression d'être inscouciant, lui faisait mal.
-Je vais hériter de Byleth, et Dimitri et toi de vos deux dragons. Avec ce nouveau pouvoir, on saura éviter ce chaos. Dit-elle à Claude mais aussi à elle-même.
-Tu ne peux pas dire ce genre de choses avec une expression aussi triste ma douce. Écoute, oublions tout ceci pour aujourd'hui et contentons-nous de nous reposer.
