L'unité d'Eirika suivi par celle de Dimitri avaient enfin réussi à rejoindre Cyri et Claude.

-Votre Majesté, quelles sont les pertes ? demanda Claude.

-Nous avons perdu plusieurs de nos hommes et certains sont gravement blessés.

-De ton côté Dimitri ?

-Une dizaine d'hommes ont perdu la vie et je dirai qu'une bonne vingtaine d'entre eux sont blessés mais les pertes ennemies sont plus importantes.

-Votre Majesté ! Quel honneur de vous voir en un seul morceau !

-C'est une blague Arvis ?

Le visage toujours si doux de le Reine devint d'un seul coup froid et sérieux.

-Tu oses m'adresser la parole avec ce ton mielleux après ce que tu as fait ?

-Mais… On m'a forcé ! Je n'ai pas eu le choix !

Eirika s'approcha de l'otage et le gifla avec force à la surprise générale.

-Ma chérie, arrache-lui la langue quand tu auras fini avec lui, je ne veux plus entendre son horrible voix me parler.

-Je peux savoir ce qu'il a fait Mère ? osa demanda sa fille.

Sa mère resta silencieuse, ses mains tremblaient et Cyri comprit qu'elle avait de plus en plus de mal à contenir sa colère. Elle se tourna vers Claude qui évita son regard.

-Nous en parlerons plus tard, le plus important est de lui tirer le plus d'informations.

-Il a fait quoi ? pressa sa fiancée.

-C'est lui qui a pendu le corps de votre père sur la place de la capitale. expliqua Ike.

Cyri regarda tour à tour sa mère, Claude puis Arvis. Elle posa un genou à terre et prit le prisonnier par les cheveux pour le forcer à lever les yeux vers elle.

« Je te conseille vivement de nous dire ce que tu sais, si tu ne veux pas que je m'occupe personnellement de ton cas…»

Claude frissonna, il ressentit le même sentiment d'inconfort lorsqu'il avait vu Leif le soir où Cyri a été blessé. Il hésita un instant à intervenir, comprenant parfaitement ce que pouvait ressentir sa fiancée.

-Si vous tremblez rien qu'en voyant Dame Cyri s'énerver, je n'ose pas imaginer votre état quand vous verrez Byleth perdre son sang froid… fit Seiros alors que son frère s'avança vers la Princesse le visage fermé.

-Vous avez osé manqué de respect à votre Roi ? demanda le dragon.

Le corps de la jeune femme tremblait à cause de la rage qui l'avait envahi. Elle n'aurait jamais cru capable Arden et ses hommes de faire une chose aussi horrible. Est-ce que son père était encore sur cette place après dix mois ? Dans quel état était son corps maintenant ? A cette pensée, une violente envie de faire du mal à son otage la fit contracter ses muscles. Puis elle entendit des pas derrière elle et Byleth s'agenouilla à ses côtés.

« Je… Je vous l'ai dit ! Ils… M'ont pas laissé le choix ! »

Le dragon prit alors un doigt d'Arvis et commença le tordre sous le regard terrifié de tous mais la Princesse l'en empêcha.

-Byleth, je comprends parfaitement ta colère mais je ne veux pas que nous utilisions ce genre d'artifice.

-Sir Leif… Doit être encore… Comment peuvent-ils lui faire ça ? demanda-t-il alors que pour la première fois le tremblement de sa voix trahissait son émotion.

-Je n'ai… Pas…

-Si tu répètes encore une fois ces mots, je laisse Byleth t'aracher les doigts un à un ! s'écria la jeune femme.

Personne n'osa bouger ou dire quoi que ce soit. Claude savait que tous espéraient qu'Arvis payent pour ce qu'il avait fait. Cependant la colère de Cyri et surtout celle de Byleth était devenue oppressante. Il s'étonna alors de ne pas voir cette aura effrayante qu'il s'était habituée de voir autour de la jeune femme. Les respirations de leur prisonnier devinrent haletantes, son corps était parcouru de violents tremblements. Le Leisterien décida alors d'intervenir. Il posa doucement sa main sur l'épaule de sa fiancée pour ne pas la surprendre et de sa voix le plus apaisée il lui chuchota à l'oreille :

-Ma douce, je comprends ce que tu ressens mais vous devriez tous les deux vous calmer, Arvis est au bord de la syncope. Nous devrions l'enfermer à Garreg Mach, je me chargerai personnellement de son interrogatoire, j'ai quelques potions qui seront efficaces et sans douleur.

-Mais… Nous n'avons pas de temps à perdre. fit la Princesse.

-Il faut que nous soignions les blessés et enterrons les morts, fais-moi confiance, c'est ce qui est le plus urgent maintenant.

Cyri lâcha son otage et regarda autour d'elle, tous étaient épuisés par cette bataille. Elle voulut se lever pour dire quelques mots mais ses jambes n'arrivaient pas à la porter.

-Enfermez-le dans une cellule à Garreg Mach. La priorité est de soigner les blessés et de donner une sépulture digne à ceux qui ont perdu la vie. annonça la Princesse qui avait de plus en plus de mal à garder l'esprit clair.

-Que fait-on des corps de nos ennemis ? demanda un des capitaines.

-Enterrer-les aussi, ces pauvres hommes n'ont pas eu le choix de se battre contre nous, pour les mages noirs, brûlez juste les corps. C'est ce que vous faisiez avant mon réveil n'est-ce-pas ?

Claude fit oui de la tête. Le contrecoup de la bataille était bien plus violent que d'habitude. L'aide des dragons a été très précieuse mais le jeune homme fut soulagé de ne pas voir la bataille s'éterniser. Soudain, il sentit lui aussi ses jambes le trahir.

«Laissez-nous vous aider.» fit Ike en soutenant Claude.

Le Leisterien ne se fit pas prier, il vit de coin de l'œil que Katou et Lyn aidaient Cyri et Dedue portait le Roi d'Adrestia sur son dos. Sur le chemin qui les menait vers le monastère, le jeune homme avait de plus en plus de mal à rester éveiller. Une fois dans leur chambre, le couple dut se faire aider pour enlever leur armure.

-Accepterez-vous que nous prenions le relais pendant que vous repreniez des forces ?

-C'est une bonne idée Byleth. soupira Claude affalé dans le lit. Mais n'avez-vous pas besoin de vous reposer aussi ?

-L'énergie de notre mère émane de ce lieu, elle nous aide à nous régénérer. expliqua Seiros.

-Mais comment faites-vous quand vous êtes loin d'ici ?

-Sire Claude, nous pourrons en parler plus tard, vous devriez vous reposer.

Les deux dragons laissèrent le couple seul, Claude put enfin se concentrer sur sa fiancée, il la tira contre contre lui et la serra fort dans ses bras.

-Pourquoi tu ne m'as rien dit pour le corps de mon père ?

-Je ne voulais pas en rajouter à ta peine. Je sais à quel point c'est douloureux de perdre un parent, je ne voulais juste pas te ramasser à la petite cuillère…

Cyri n'arrivait plus à contenir ses larmes, l'image du corps sans vie de son père pourrissant à la vue de tous n'avait pas quitté son esprit. Aucun homme ne méritait d'avoir une fin aussi horrible.

Son fiancé lui caressa tendrement sa tête. Il ne lui avait pas dit la vérité parce qu'il avait peur qu'elle devienne assoiffée de vengeance et qu'elle court à sa perte en essayant de tuer son oncle.

Épuisée par la bataille, la Princesse n'eut la force de pleurer pendant longtemps. Sans qu'elle ne se soit rendue compte, elle s'était endormie, bercée par les battements de cœur de son fiancé qui la rejoignit vite.

Claude fut le premier à se réveiller, il prit soin d'admirer le visage endormi et paisible de sa bien-aimée. Il fouilla dans ses affaires et trouva quelques potions qu'il jugea utiles avant de se diriger dans les cachots. Sur le chemin, il croisa Sylvain, par chance, il avait tenu toute la bataille sans aggraver son état.

-Je devrais peut-être te remercier pour m'avoir laissé participer à la bataille d'hier… fit-il les bras croisés. Mais tu m'as laissé délibérément en arrière…

-Tu t'en es peut-être rendu compte mais tu n'es pas encore au meilleur de ta forme.

-Et Cyri ? Tu crois que c'est le cas ? coupa le rouquin. Tu l'as mise en première ligne !

-Je n'avais pas eu le choix Sylvain et tu le sais ! Son style de combat est fait pour être en première ligne.

-Depuis le début de cette guerre, je me demande si tu n'es pas prêt à sacrifier les personnes qui te sont chères si cela peut te garantir la victoire…

Claude perdit le contrôle de ses émotions, il prit l'ex-amant de Cyri pas col de sa chemise.

« Parce que tu crois que c'est de gaieté de cœur que je vous envoie au casse-pic ? Ma principale préoccupation est que vous soyez tous vivants mais il faut aussi limiter les pertes au maximum. C'est à chaque fois un cruel dilemme ! Vous laissez en arrière pour minimiser les risques de vous perdre ou de faire en sorte que la bataille ne dure pas pour économiser au maximum nos ressources et nos hommes ? Crois-moi si j'avais trouvé la solution miracle pour vous protéger et gagner rapidement, je l'appliquerai sans hésitation ! »

Il lâcha son emprise mais Sylvain ne semblait pas satisfait de sa réponse.

-C'est la boule au ventre que j'ai laissé Cyri se lancer sur nos ennemies, j'avais beau essayer de me concentrer sur le champ de bataille, mes pensées se tournaient automatiquement vers elle. Même si elle m'est revenue en un seul morceau, je ne peux pas m'empêcher de me demander si j'avais quand même fait le bon choix.

-Tu devrais arrêter de la surprotéger Sylvain… fit Dimitri derrière eux. Si elle t'entendait elle te passerai surement un savon.

-Cela ne te dérange pas qu'elle soit mise en danger de la sorte ?

-Tu sais très bien que c'est le jeu de la guerre, ça me fend le coeur de le dire mais nous n'avons pas le choix.

-Elle n'aurait jamais dû connaître la guerre… fit le rouquin les poings serrés.

-Nous aurions tous voulu la préserver de cette horreur… dit Claude.

-Quand elle a appris pour le corps de son père, j'ai tellement eu peur qu'elle… Se perde dans une vengeance qui lui ferait perdre la raison voire pire la vie ! continua l'ex-amant.

-On est tous là pour la soutenir, elle ne tombera jamais dans cette folie. rassura Dimitri en posant une main sur l'épaule de son ami.

-Je suis déçue de vous ! fit une voix derrière eux.

Le trio se retourna et vit Cyri les bras croisés, le regard sévère.

-Ai-je l'air si faible d'esprit pour que vous vous inquiétez comme ça ? Ne vous ai-je pas déjà prouvé que j'étais une femme forte ?

-Excuse-nous ma douce, on t'aime tellement, on ne veut pas qu'il t'arrive quelque chose. dit Claude en lui caressant la joue.

Le Leistérien comprit vite que derrière le sourire embarrassé de sa fiancée se cachait une profonde inquiétude. Il la força à le regarder mais celle-ci évitait ses yeux.

-Le petit-déjeuner doit être servi, vous devriez y aller avant que certains dévalisent les provisions. fit Claude.

-On va essayer de vous garder une assiette mais faites vite. fit Sylvain en laissant le couple seul.

-Tu as entendu toute notre conversation ? demanda Claude

-Je suis arrivée au moment où tu as pris Sylvain par le col.

-Je suis désolé, me voir dans cet état est assez gênant…

-Khalid, j'ai déjà perdu mon père alors que je n'ai rien pu faire contre, alors s'il-te-plait, utilise-moi comme tu le veux si cela peut sauver ceux qui nous sont chers…

-Ma douce, il est hors de question que je te mette plus en danger que quelqu'un d'autre. Et pour être honnête, je ne veux pas que tu viennes te battre avec nous mais jamais tu resteras en arrière à regarder n'est-ce pas ?

Cyri se blottit contre le torse de son fiancé et resta silencieuse un instant.

-Est-ce qu'un jour nous vivrons dans un monde sans guerre ?

-Nous ferons tout pour ma douce…

Le couple restèrent un instant ainsi, Claude caressant tendrement la tête de Cyri qui pleurait en silence.