Le dragon s'immobilisa instantanément puis se tourna vers la déesse qui lui adressait un sourire maternel.

-Mère ? Que faites-vous ici ? Êtes-vous assez reposée ? demanda Byleth dont le visage trahissait l'émotion.

« Je suis venue parce que je te sentais extrêmement troublé. Pourquoi es-tu dans cet état ? »

-Plus j'y pense, plus je me dis que cette guerre aurait pu être évitée…

« Byleth. Cette colère, elle est dirigée contre toi n'est-ce pas ? »

La dragon resta silencieux, Sothis s'approcha un peu plus vers lui et l'enlaça.

-Je n'étais pas présent quand Sir Leif a perdu la vie… J'aurai dû être présent, j'aurai dû le protéger ! C'était mon rôle !

« Tu étais en train de te lier à Cyri, tu n'aurais rien pu faire. »

-Il voulait absolument que sa fille devienne mon nouvel hôte, je n'étais pas d'accord, j'ai essayé de le convaincre qu'il était sûrement trop tôt mais en vain... Si j'avais été à ses côtés, les choses auraient été différentes. C'est de ma faute, j'ai échoué dans ma mission…

La poitrine de Cyri se serra en entendant ces mots. A son tour, elle s'approcha de Byleth.

-Tu portais cette culpabilité en toi depuis le début, pourquoi ne m'avoir rien dit ? demanda-t-elle.

-Je ne voulais pas vous paraître faible. Vous vouliez tellement devenir forte, je me suis dit que je vous serai d'aucune utilité si je vous faisais part de mes émotions.

La jeune femme serra son dragon contre elle.

-Tu n'es pas n'importe qui ! Tu es bien plus qu'un simple dragon pour moi. Tu es un compagnon, un ami ! Jamais je ne penserai que tu es inutile ! fit-elle.

-Attention à vous ! hurla une voix au loin.

La Reine et Byleth esquivèrent de justesse le coup porté par la bête. La Reine se tourna vers l'homme-dragon et lui prit le visage entre ses mains.

-Tu sais autant que moi que mon père était un homme têtu. Quand il décide quelque chose, il est impossible de le faire changer d'avis. Tu n'aurais rien pu faire de toute façon. Les choses se sont passées ainsi, toi et moi nous n'y pouvons rien même si cela reste extrêmement douloureux pour nous deux.

-Dame Cyri, je suis vraiment désolé de vous savoir faire souffrir de la sorte. Votre père avait raison, vous êtes vraiment une femme exceptionnelle. Je suis persuadé de là où il nous regarde, il est fier de vous.

La jeune femme fut ému par les mots de son dragon. Elle lui sourit et l'invita à reprendre la bataille. Avant de rejoindre ses hommes, elle se tourna vers Sothis.

« Je crois que je me suis suffisamment reposée. Quelle mère je ferai si je dors pendant que mes enfants souffrent ? »

-Cela signifie le retour des migraines ? plaisanta Cyri.

« Ta fierté t'empêche de me dire que je t'ai manqué ? »

La Reine éclata de rire puis se recentra sur la bataille pendant que Sothis s'évapora, libérant l'esprit de Cyri. Avec Byleth, elle tenta une attaque mais une onde de choc se propagea quand la bête monstrueuse tapa violemment du pied à terre faisant reculer tout le monde. Tout en se relevant, la jeune femme remarqua une lueur rougatre entre ses pattes avant.

-Claude ! Je crois que j'ai trouvé son point faible !

-Je l'ai vue aussi ! Mais cette bête ne se laisse pas faire !

Plusieurs assauts furent tentés mais tous se soldaient par un échec. Claude garda un œil sur sa fiancée et s'inquiéta de la voir autant appeler Mila et Corrin.

« Sir Claude, je vois les forces de votre frère s'approcher. L'ennemi semble commencer à paniquer. » fit soudainement Seiros.

-Parfait ! Mon frère arrive enfin ! La bataille tourne enfin à notre avantage ! s'écria le jeune homme

Des acclamations de joie se firent entendre. Les hommes de Cyri retrouvèrent le moral et un regain d'énergie se fit sentir sur le champ de bataille mais la bête faisait toujours autant de ravages, elle était rapide et ne laissait peu de marge pour atteindre son cœur.

« Dame Cyri. Puis-je vous faire part d'une idée ? demanda la voix douce de Milla. Si vous me laissez prendre ma forme de dragon, il se peut que je lui sois supérieure en taille. Je veux essayer de l'immobilier un court instant pour que vos hommes puissent atteindre son coeur. »

-Je suppose qu'il y a une contre-partie ? demanda son hôte.

« Le retour de mère vous a coûté beaucoup d'énergie, de plus vous nous avez souvent appelé Corrin et moi . Nous n'aurons droit qu'à très peu de temps avant que vous vous effondrez. »

-Je crois que nous n'avons pas le choix Milla, je te remercie pour ton idée.

La jeune femme expliqua le plan à son fiancé, l'idée ne lui plaisait pas vraiment mais il devait avouer que c'était peut-être la seule solution. Il ordonna alors aux soldats de se tenir prêts. Milla apparut et sa taille imposante impressionna tout le monde. Elle poussa un hurlement effrayant et fonça sur la bête. Cyri sentit sa tête lui tourner dangereusement et son souffle devint court. Elle s'agrippa à son fiancé pour éviter qu'elle tombe à genoux.

Le Leistérien bandit son arc dans l'attente de la fameuse ouverture, il prit quelques inspirations et l'orbe jaune s'intilla de plus en plus. Soudain Milla arriva à soulever le monstre et le cœur rougeoyant fut découvert. Le jeune lâcha la corde et la flèche atterrit directement dans le point faible de la bête qui poussa un cri horrible avant de s'effondrer sans vie.

Tous s'étaient immobilisés, n'osant croire que cette bataille était enfin terminée. Milla disparut et Claude sentit quelque chose s'écrouler contre lui. La vue de Cyri s'était obscurcie et elle n'avait pas vu la mort du monstre mais le silence si caractéristique de la fin du combat la fit comprendre que tout était fini. N'arrivant plus à tenir davantage, elle se laissa aller contre son fiancé.

-Cyri ! s'écria Félix qui accourut vers le couple. Qu'est-ce qu'il lui arrive ? Qu'un mage blanc vienne la voir tout de suite !

-Calme-toi. Elle est juste épuisée. Cette bataille lui a demandé beaucoup d'énergie, beaucoup plus que les autres.

-Nous sommes nombreux à avoir vu la déesse parler à Byleth, que s'est-il passé ? demanda Léonie.

-Je n'ai pas entendu la conversation en entier mais il semblerait que comme son hôte notre cher dragon soit envahi de remords…

-C'est possible ça ? s'étonna Sylvain.

-Qu'insinuez-vous ? intervint Seiros. Même si nous pouvons prendre la forme de dragon et que nous dépendons de nos Héros, nous sommes des êtres humains qui ressentent les mêmes émotions que vous. Il semblerait que mon frère ait eu une relation particulière avec son ancien hôte, par conséquent sa mort l'a beaucoup affectée…

Claude caressa tendrement la tête de sa bien-aimée, il espérait maintenant qu'elle allait pouvoir combattre l'esprit plus léger.

-Mon cher frère ! Je suis si heureux de te voir en vie ! s'écria une voix familière.

-Godfrey ! Plus le temps passe, plus j'ai l'impression que tu vieillis à une vitesse folle !

En effet, depuis la fête de leurs fiançailles à Leister, les deux frères ne s'étaient vus qu'à de rares occasions. L'empereur était devenu de plus en plus grisonnant et des rides commençaient déjà à marquer son visage. Claude soupçonnait l'épuisement moral et physique qui étaient à l'origine du vieillissement prématuré de son frère.

-Je vois que ta chère fiancée a tout donné lors de cette bataille. Nous avons vu de loin les dragons, c'est impressionnant. Qui aurait cru que tu serais l'héritier de l'un d'entre eux… fit Godfrey en tapotant chaleureusement l'épaule de son jeune frère.

-Crois-moi, j'ai été le premier étonné… Et je dois avouer qu'ils sont devenus indispensables dans cette guerre, je me demande où nous serions sans eux…

-Nous faisons notre devoir. apparut soudainement Seiros.

-En plus d'être d'une grande puissance, ils sont d'une grande beauté…

-Sir Godfrey c'est ça ? Nous les enfants de Sothis, nous ressentons aucune attirance quelle qu'elle soit pour les humains. coupa la dragonne.

Claude ne put exploser de rire en voyant que son dragon ait pu voir aussi vite clair dans le jeu de l'Empereur.

….

Cyri se réveilla avec difficulté. La nuit était déjà tombée, elle essaya de se relever mais son corps était encore engourdi.

« Tu te réveilles enfin… » fit une voix enfantine familière.

-Tes enfants m'ont pris toute mon énergie, je reste une humaine, mon corps ne peut pas récupérer aussi vite, Sothis.

« Je suis contente que tu t'en sois sortie jusqu'ici. »

-Cela n'a pas été facile tu sais. soupira la jeune femme en s'asseyant sur le lit.

« La guerre a toujours été une chose horrible… J'ai l'impression que vous les humains, vous ne savaient pas régler vos différends autrement qu'en vous battant. »

-J'ai grandi dans un monde en paix, je te rappelle.

« Une paix fragile, regarde le résultat aujourd'hui. »

La Reine resta silencieuse, elle aurait espéré un autre sujet de conversation pour ses retrouvailles avec la déesse.

-Dame Cyri ? apparut Byleth. Je suis content de vous voir réveillée.

-J'ai dormi pendant combien de temps ?

-A peine quelques heures… répondit le dragon

-Je comprends mieux pourquoi je me sens encore faible. se dit Cyri en se frottant les tempes à cause du mal de tête naissant.

« Je vais te laisser, je ne veux pas te prendre le peu de force que tu as réussi à récupérer. » fit la déesse avant de disparaître.

-Je voulais m'excuser pour mon comportement égoïste. dit le dragon la tête basse. Par ma faute, vous…

-Comment te sens-tu maintenant ? coupa son hôte. Te sens-tu encore coupable ?

-C'est un sentiment qui a du mal à disparaître, vous êtes la première à le savoir. Mais c'est comme si un poids s'était enlevé de mon cœur, j'ai l'impression de mieux voir les choses.

-Tu m'en vois ravie Byleth.

Elle demanda à son dragon de l'emmener voir Claude qui était en train de faire une réunion avec les capitaines et son frère.

-Ma douce ! Tu devrais rester au lit ! Tu t'es à peine reposée !

-Cette réunion n'aurait pas pu attendre demain ? Regarde la tête que tu as ! râla sa fiancée Votre Majesté Godfrey, c'est un plaisir de vous revoir.

-Le plaisir est partagé, même si je dois avouer que j'aurai préféré que nous nous revoyons dans d'autres circonstances…

-Maintenant que je suis ici, je veux savoir l'étendue de nos pertes.

-Nous avons perdu beaucoup de nos hommes à cause de cette bête horrible et les mages blancs ne savent plus où se donner la tête à cause des nombreux blessés.

-Comment va Lyn ?

-Elle a été soignée, elle reprend ses forces en ce moment même.

-Et de votre côté votre Majesté ?

-Nous avons aussi perdu beaucoup de nos hommes mais grâce à mon frère, les pertes ont été limitées. répondit Godfrey.

-Nous avons essayé d'interroger les mages noirs que nous avons capturés mais comme à chaque fois ils ne sont pas très bavards. J'ai dû encore une fois utiliser ma potion. poursuivit Claude

-Qu'ont-ils dit ?

-Ils nous ont confirmé les dires d'Ishtar et révélé l'emplacement d'autres cercles d'invocations. J'ai voulu en apprendre plus sur ce Tomas mais je n'ai rien appris d'intéressant si ce n'est que c'est lui leur chef.

-Nous avons reçu des nouvelles de Dimitri. continua Sylvain. Visiblement, ils ont l'air de mieux s'en sortir que nous.

-C'est une bonne nouvelle malgré tout. soupira Cyri. Quelles sont la suite des opérations ?

-Nous étions justement en train d'en discuter. dit son fiancé. Je suggère de prendre le temps de reprendre des forces au vue de l'état de nos hommes mais tes capitaines ne sont pas de cet avis.

En effet, certains d'entre eux essayèrent de convaincre leur Reine de ne pas perdre de temps. Elle était aussi de cet avis mais cela faisait des semaines que ses hommes se battaient avec force même s'ils étaient proches de la capitale, l'épuisement commençait à se faire sentir, elle doutait qu'ils puissent assurer contre les hommes de son oncle.

-Vous semblez oublié un détail. Une partie des hommes d'Ardent et sûrement de nombreux mages noirs attendent notre venue au château. Pensez-vous pouvoir tenir devant des hommes qui n'auront connu peu ou pas de batailles ? Si Claude pense qu'il est préférable que nous nous posions un peu, je lui fais confiance. annonça-t-elle.

-Et s'ils décident de nous attaquer ?

-Nous aurons l'avantage du terrain. répondit le Leistérien. Plus nous avançons, plus je ne peux m'empêcher de penser qu'Arden ne tentera rien tant que nous franchirons pas les portes de la capitale.

Les capitaines n'étaient pas satisfait mais acceptèrent la décision.