-Bonjour Georges ! Oh ! Tu as rencontré Tati Cyri ? fit une voix enjouée derrière eux.
-Sylvain ! Il doit apprendre tout de suite comment il doit s'adresser à la Reine…
Le garçon regarda les deux hommes et Cyri avec des yeux écarquillés.
-Ne les écoute pas George, appelle-moi comme tu veux d'accord ? Et vous ! Arrêtez de lui faire peur ! dit Cyri.
-Je suis désolé mon petit Georges. fit le rouquin. Regarde, nous t'avons apporté des biscuits.
Le garçon prit timidement un des biscuits, il prit une petite bouchée et son visage s'illumina.
-C-c-c-c'est b-b-b-b-bon ! bafouilla-t-il.
-C'est Raphael qui les a fait. Il nous a dit qu'il te ferait tous les gâteaux que tu veux. expliqua Félix qui semblait étonnement timide.
-M-m-mer-r-r-rci !
Les trois amis restèrent un moment avec lui avant de le quitter avec la promesse de le revoir après la bataille.
-Nous avons demandé à la directrice pour l'adopter. avoua soudainement Sylvain qui était devenu sérieux.
-Comment a-t-elle réagit ?
-Elle nous a demandé pourquoi deux hommes voudraient adopter un enfant, elle nous a aussi dit qu'il aurait sûrement plus besoin d'une mère que de deux pères…
-C'est complètement ridicule ! J'irai personnellement lui parler !
-Elle n'a peut-être pas totalement tort Cyri… soupira Félix. Il a vécu l'horreur avec un homme, ce n'est peut-être pas la meilleure idée qu'on ait eu.
-Nous sommes dans le doute depuis, nous ne savons pas quoi faire. avoua le rouquin en se grattant la tête.
-Alors pourquoi continuez-vous à le voir ? Au fond de vous, vous ne voulez pas l'abandonner n'est-ce pas ?
Le couple regarda la jeune femme surpris de sa remarque, puis elle leur sourit tendrement.
-Je ne suis pas une grande spécialiste mais cet enfant a juste besoin d'amour pour grandir, le sexe de ses parents n'a aucune importance et je sais que vous en avez des tonnes à revendre.
-Tu crois que je ferai un bon père alors ? Tu penses que je serai capable de l'aider à surmonter ses traumatismes ?
La question de Félix déstabilisa Cyri surtout à cause du ton qu'il avait employé. Le regard fuyant et la main serrant son bras, il semblait être envahi de terribles doutes. Elle le tira contre elle et le serra très fort dans ses bras.
« C'est l'heure du calin-sandwich ! » s'écria Sylvain avant de les rejoindre dans leur étreinte.
La Reine rejoignit ensuite son fiancée pour le forcer à faire une pause autour d'une tasse de thé, elle en profita pour lui raconter sa rencontre avec Gorges et la discussion qu'elle a eu avec ses deux amis.
-Je peux comprendre les inquiétudes de la directrice. Cet enfant a été drogué pour être abusé. Il a sûrement vu des choses qu'on oserait même pas imaginer. fit Claude après avoir une gorgée de son thé.
-Parce que tu crois qu'une mère ferait mieux qu'un père ? s'étonna Cyri.
-Je sais que Sylvain et Félix lui offriront tout ce dont il a besoin et tu seras aussi présente pour le gâter comme tu le fais avec Glenn. Cette femme n'est pas de la même génération et voir un couple de même sexe adopter un enfant doit être une chose très rare. Je dis juste que je ne suis pas étonné de sa réaction.
-Ce n'est pas juste… bouda la jeune femme.
-Si elle ne change pas d'avis, je suppose que tu sauras utiliser ton autorité de Reine pour la faire changer d'avis. sourit Claude
Sa fiancée grimaça légèrement et le jeune homme finit sa tasse de thé avant de retourner dans son bureau.
Le grand jour arriva enfin, les troupes étaient déjà sur le pied de guerre depuis l'aube. Alors que tout le monde s'affairaient, Cyri décida d'aller au monastère une dernière fois avant le départ.
« Je ne t'ai jamais vue aussi nerveuse. » fit Sothis en apparaissant sur le trône de pierre.
-Cette bataille marquera la fin de la guerre, quel que soit le vainqueur. J'espère juste que nous pourrons gagner.
« Ton fiancé a passé des jours à préparer l'assaut et tu es mes enfants avec toi. Pourquoi doutes-tu autant ? »
-Et si j'étais incapable d'arrêter mon oncle ? Si pendant que j'hésitais, il arrivait à me tuer ?
-Tu n'hésiteras pas ! Tu ne dois pas hésiter !
La jeune femme sursauta en entendant la voix de sa mère qui résonnait dans la grande pièce. L'ancienne Reine s'approcha d'elle à grand pas et la saisit par les épaules.
-Tu es la Reine, c'est à toi de mettre un terme à cette guerre. S'il y a bien un moment où tu ne dois pas douter c'est maintenant Cyri. Moi je ne doute pas ! Quand Arden sera en face de moi, je n'hésiterai pas à lui planter mon épée en plein cœur !
-Mère, je n'ai pas arrêté d'avoir des doutes depuis mon réveil, comment voulez-vous que j'arrête maintenant ?
-Mais tu dois le faire ! Nous devons absolument tuer ton oncle !
Même si sa mère avait raison, les mots de celle-ci sonnèrent étrangement dans l'esprit de la jeune femme. Un sentiment d'inconfort commença à naître en elle pendant que sa mère la fixait. La différence d'attitude de sa mère lui donna l'impression qu'elle n'avait pas la même personne devant elle.
Les heures qui suivirent parurent interminables pour Claude. Installé sur le dos de Seiros, son corps entier manifestait son stress.
« C'est la première fois que je vous vois aussi nerveux Sir Claude » fit le dragon dans l'esprit du jeune homme.
-Tout le monde l'est. Ce n'est pas n'importe quelle bataille. Soit nous allons libérer le royaume soit nous perdrons la vie soit…
« Nous perdons la vie en libérant Era. Je n'aurai aucun regret si je mourrais pour la liberté. »
-Ne dites pas ce genre de choses Seiros… Je n'ai pas envie que votre mère m'envoie en enfer !
Le jeune homme commença à entrevoir les grandes murailles de la capitale. Il fit signe aux wynerves qui l'accompagnaient de se mettre en position. Cyri vit ces hommes s'éloigner d'eux, elle sentit sa nervosité montait d'un cran supplémentaire.
-Si tout se passe comme Sir Claude l'a dit, les hommes de votre oncle doivent être en partie occupés avec la rébellion. fit Byleth
-J'aurai préféré éviter d'impliquer les habitants… soupira la Reine.
-Ils se sont tous portés volontaires pour nous aider, c'est grâce à eux que nous avons pu avoir toutes ces informations jusqu'à maintenant. expliqua Katou
La jeune femme se pinça les lèvres, combien de ses sujets avaient perdu la vie en voulant l'aider ? Elle savait qu'Arden n'avait aucune pitié contre les traîtres. Les troupes arrivèrent non loin de la porte principale de la capitale, celle-ci était fermée mais on pouvait entendre que derrière, les combats faisaient déjà rage. Plusieurs unités se dispersèrent vers les entrées secrètes laissant celle de la Reine, de Félix et de Roy. Dans le ciel, les wyvernes esquivaient les sorts et les flèches, Cyri fixait avec appréhension la blanche qui portait sur son dos l'homme qu'elle aimait, elle serra des dents quand elle se rendit compte qu'il était particulièrement visé.
Soudain un bruit de chaîne la fit sursauter, l'énorme porte commença à s'ouvrir. La Reine ordonna à ses hommes de se tenir prêt. Elle eut l'impression que ce moment dura une éternité puis des exclamations se firent entendre.
-Nous avons réussi ! La Reine va enfin pouvoir entrer !
-Aidez-la à se frayer un chemin !
-C'est le moment d'y aller ! hurla le capitaine Roy.
Cyri et ses hommes s'élancèrent en poussant un cri. Les battements de coeur résonnaient dans les oreilles de la jeune femme alors qu'elle courrut à l'intérieur de la ville. Elle n'avait pas le temps de s'attarder sur son environnement, beaucoup d'ennemis l'attendaient de pied ferme et elle n'avait qu'une idée en tête, trouver Ardent et l'affronter.
Claude serra les dents, l'oncle de Cyri avait anticipé les wyvernes, beaucoup d'archers ne faisaient que les ralentir. Lui et ses alliés étaient réduits à esquiver leurs flèches en espérant que sur le sol tout se passait comme prévu. Soudain une boule de feu terrassa quelques ennemis provoquant une légère panique parmi eux, le jeune homme en profita pour tendre la corde de son arc et lâcher une flèche électrique qui neutralisa une partie de ses adversaires. Il essaya de trouver le mage responsable de cette diversion et vit Linhardt cachait dans un coin.
La Reine continua d'avancer et arriva vers la place. Des ennemis l'encerclèrent, Byleth prit la forme des lames jumelles que Cyri brandit en l'air, l'orbe rouge se mit à briller, elle donna un coup devant elle et un énorme arc de feu vint trouver les soldats de son oncle. Une odeur familière vint lui chatouiller les narines, elle se précipita alors vers le mage dont le poignet commença à briller d'une lueur violette. Avec beaucoup de mal, la place fut libérée. Elle continua d'avancer et arriva enfin aux pieds des marches du château.
« Arden ! Je suis venue pour toi ! Sors de ta cachette ! » hurla-t-elle à plein poumons.
Ses hommes s'occupaient des soldats pendant qu'elle attendait fébrilement que son oncle montre le bout de son nez. Soudainement la porte du château s'ouvrit et Arden apparut enfin. Le corps entier de Cyri se mit à trembler, son cœur battait très vite dans sa poitrine au point de lui donner l'impression qu'il allait quitter son corps.
-Ma chère nièce, tu en as mis du temps…
-J'ai fait aussi vite que j'ai pu mais quelques personnes m'ont barré la route. répondit Cyri les dents serrées.
-Mais grâce à ton cher toutou, vous êtes arrivés jusqu'ici. Je dois avouer qu'il n'est pas aussi inutile que ça.
-Cessons tout de suite ce petit jeu stupide et réglons cette guerre tout de suite !
La Reine se mit en position d'attaque tout comme Arden, elle prit une grande inspiration et se concentra pour ravaler l'appréhension et la colère qui l'avait envahi. Mais des bruits de pas derrière elle attirèrent son attention.
-Mère ! Non ! hurla-t-elle en reconnaissant la silhouette de l'ancienne Reine
-Arden ! Tu vas payer pour ce que tu as fait !
Le concerné éclata de rire pendant que Cyri resta figée sur place, se demandant ce qu'elle devait faire. Voyant sa mère commencer à se battre contre son oncle, le corps de la jeune femme se mit à trembler, elle était saisie d'une panique à l'idée que sa mère puisse être tuée.
« Dame Cyri, votre mère n'est pas dans son état normal… Je ne l'ai jamais vue combattre avec une telle rage. »
Byleth avait raison, le style de combat de l'ancienne Reine n'avait rien à voir avec ce qu'elle avait enseigné à sa fille. Elle enchaînait les coups dans l'espoir de toucher son adversaire, sans aucun rythme ou aucune harmonie.
-Ma chère Eirika, je ne t'ai jamais vue te donner en spectacle de la sorte. N'as-tu pas honte de te montrer aussi pathétique devant ta fille ?
-La ferme ! Cyri ! Ne reste pas planter à rien faire et viens m'aider !
La jeune femme soupira, elle devait profiter du coup de main de sa mère pour essayer de prendre l'avantage. Elle serra ses armes et se lança à son tour mais elle n'arriva pas à atteindre Arden, sa mère ne lui facilitant pas la tâche avec ses assauts irréfléchis. Cyri ne put qu'admettre qu'elle la gênait plus qu'autre chose.
-Mère, je vous en supplie, retirez-vous. Votre colère vous fait prendre de trop gros risques…
-Belle-sœur adorée, tu devrais écouter ta fille. Ton petit jeu ridicule ne me fait plus rire. Ne me force pas à t'arracher tes jambes pour que tu arrêtes de courir dans tous les sens.
-Il est hors de question ! J'ai juré à Leif que tu paierais pour ta trahison !
-Sauf que sa tête avait déjà quitté ses épaules à ce moment-là, je crains qu'il n'ait pu entendre tes mots…
Eirika poussa un cri de désespoir et courut vers Arden qui la repoussa avec violence à l'aide de son énorme hache mais l'ancienne Reine se releva et se jeta de nouveau sur lui. Cyri assista à la scène impuissante, elle ne comprenait pas comment sa mère avait perdu son sang-froid, ni à quel moment avait-elle laissé sa rancoeur l'envahir.
« Il faut la tirer d'ici, Arden va vraiment finir par la tuer… » bredouilla-t-elle.
Alors que la jeune femme commença à désespérer, une flèche électrique vint se planter entre Arden et Eirika.
