-Je pense avoir dit tout ce que j'avais à dire. s'étonna Arden. Que voulez-vous savoir ?

-Dites-nous tout ce que vous savez sur les mages noirs. répondit Claude.

-Il se peut qu'on vous ai dit que leur objectif principal était de ressusciter un certain Thales mais pour avoir discuté plusieurs fois avec leur chef, je pense que c'est de la poudre aux yeux. L'histoire de ce Thales qui veut créer un monde où il aurait que les plus forts permet juste de ramener des disciples.

-A votre avis quel est l'objectif de Tomas ?

-Régner sur le monde tout simplement.

-Et les cercles d'invocations autour de la capitale ? Et cette histoire de sacrifier les habitants de la capitale ? Tout ceci serait qu'un mensonge ?

-Oh non ! Les cercles d'invocations devaient bien servir à quelque chose et il était aussi question d'utiliser les habitants mais ce n'était pas pour faire revivre Thales, enfin pas vraiment… Tomas s'est mis en tête qu'il pourrait contenir la puissance du premier chef en lui.

-Contenir la puissance ? Je ne comprends pas… fit Cyri.

-J'ai essayé d'en savoir plus mais il a commencé à avoir des doutes sur moi, je n'ai pas pu insister.

-Je suppose qu'après avoir appris les intentions de Tomas vous avez décidé de virer les mages noirs de la capitale ? interrogea Claude.

-Ils étaient sur le point de mettre en place leur plan diabolique, je n'avais pas le choix.

-Vous vous rendez compte du danger que cela représentait ? s'énerva Dimitri. Si nous n'avions pas été rapide, Garreg Mach serait tombée entre leur main !

-J'ai agi dans l'urgence. J'avoue ne pas être aussi tactique que Leif ou vous, Claude…

Claude et Cyri s'échangèrent un bref regard, c'était la première fois qu'Arden appelait le jeune homme par son prénom. En regardant de plus près, ce dernier se demanda si cette attitude froide et effrayante n'était pas qu'une façade, une étiquette qui l'aurait collé depuis le début et dont il a été incapable de se débarasser.

-Savez-vous où pourrait être Tomas maintenant ? poursuivit Cyri

-Il peut être partout et nulle part à la fois. Cet homme utilise la magie des portails avec talent. Il se peut qu'il soit déjà dans la capitale à l'heure qu'il est…

-Comment l'attraper alors ? s'inquiéta Dimitri.

Arden se contenta d'hausser les épaules. Cyri soupira en se levant, elle planta ses yeux dans ceux de son oncle.

-Nous allons discuter de votre sentence, dès qu'elle sera fixée, je vous la ferai savoir. fit-elle.

-Ce n'est pas la potence qui m'attend ? s'étonna le prisonnier.

-Si c'est vraiment une idée de mon père, je ne peux pas vous faire exécuter tout de suite. Nous devons avoir des preuves de ce que vous avez avancé, au cas où cette histoire fuirait

-Tu as beaucoup trop de bonté. Je te l'ai déjà dit mais cela va causer ta perte. soupira Arden.

-Ma bonté a failli me coûter la vie à plusieurs reprises, mon dos en porte encore les marques mais si elle peut sauver des innocents, il est hors de question que je change. conclut la Reine avant de quitter la pièce.

-Veux-tu vraiment raconter ce qu'il a dit à tes ministres et tes capitaines ? demanda Dimitri.

-Je n'en sais rien… En vérité, je n'arrive plus à réfléchir pour trouver la bonne solution. fit Cyri la main sur son front.

-Alors il est temps de prendre un bon dîner et d'avoir une bonne nuit de sommeil. annonça Claude.

Mais contrairement à ce qui pouvait se passer dehors, l'ambiance n'y était pas ce soir-là. Les trois amis mangèrent dans un silence presque religieux. Cyri fixait les lettres que les soldats avaient trouvées dans le bureau d'Arden tout en essayant d'avaler quelque chose.

-Tu n'ouvres pas la tienne ? demanda timidement Dimitri

-Je ne sais pas pourquoi je n'ose pas… répondit la jeune femme d'une petite voix

-De quoi as-tu peur ? interrogea son fiancé

La Reine leva les yeux vers ce dernier et se trouva stupide d'hésiter autant. Elle prit alors l'enveloppe sur laquelle était inscrite son nom et l'ouvrit fébrilement. Elle reconnut tout de suite l'écriture de son père et sa gorge se noua légèrement.

« Ma chère Cyri,

Si tu lis cette lettre, cela veut dire que tu es enfin réveillée et que tu as réussi à revenir à la capitale en un seul morceau.

Je ne sais pas si ton oncle t'aura appris la vérité mais au cas où laisse-moi d'expliquer. Les mages noirs sont des ennemis redoutables, j'ai passé plusieurs dizaines années de ma vie à essayer de les contrer, en vain. Alors qu'ils sont en train de gagner en puissance, je me retrouve dos au mur. J'ai tout essayé mais cela se soldait toujours par un échec.

Néanmoins il me reste une seule option, faire en sorte que ton oncle devienne un de leurs alliés pour qu'ils puissent récolter un maximum d'informations à leurs sujets. Je sais que toi et ta mère ne le portaient pas dans votre cœur et je comprends parfaitement les raisons. Cependant j'ai toujours eu confiance en Arden, malgré ses erreurs il reste mon frère. Et jusqu'à maintenant il a fait un excellent travail.

Sauf qu'il reste un léger détail à régler, nos ennemis ont besoin d'une preuve de sa loyauté. Ils veulent que ton oncle leur livre la capitale et moi-même. Je sais que cela est très risqué mais Arden pourra contrôler les mages noirs et éviter que toute la population soit sacrifiée. Tu sais à quel point ils peuvent se montrer cruels. Après des jours entiers à réfléchir et à essayer de trouver une autre alternative, j'ai fini par accepté, seulement à une condition, que ton oncle me tue. Je sais ce qui m'attend si je me laisse faire prisonnier et je ne peux pas me résoudre à devenir une de leurs bêtes hideuses et laisser la douloureuse tâche aux deux femmes de ma vie de m'achever. Tu te doutes pourquoi je ne vous en ai pas parlé, ni ta mère ni toi, vous m'aurez laissé faire.

Au moment où j'écris ces mots, tu es encore endormie et tu as pris depuis peu la route pour rejoindre ton cher ami Dimitri. Les décisions prises depuis le début ont été très difficiles à prendre et c'est le cœur lourd que je te vois partir. Mais je sais que tu finiras par te réveiller avec Byleth plus puissant que jamais à tes côtés et surtout très entourée pour supporter la nouvelle ma mort.

Ma chérie, je sais que je n'ai pas été toujours tendre avec toi, que tu n'étais pas toujours d'accord avec moi. Nos rapports n'ont pas toujours été au beau fixe et peut-être que tu n'as pas la meilleure image de moi en tant que père. Je t'aime Cyri, je sais que ce sont des mots que nous nous sommes rarement dit mais tu as toujours été ma plus grande fierté, mon soleil de tous les jours, la raison de me battre pour rendre ce monde meilleur. Mes seuls regrets seront de ne pas pouvoir t'emmener au monastère le jour de ton mariage et d'embrasser mes petits-enfants le jour de leur naissance.

Je te laisse le Royaume d'Era, entre tes mains, il ne fera que prospérer parce que tu es née pour être Reine, je n'ai jamais eu de doute la dessus.

Fais bien attention à ta mère, j'ai peur qu'elle ait des réactions inhabituelles après ma mort, peut-être que la lettre que j'ai écrite pour elle saura l'apaiser.

Adieu Cyri,

Je t'aime.

Ton père adoré.

P.S : Byleth, je te remercie d'avoir été à mes côtés toutes ses années. Tu as été pris de doutes à de nombreuses reprises et je n'ai pas pu t'aider autant que je l'aurais voulu. Je te confie ma fille, avec elle, tu trouveras à coup sur les réponses à tes interrogations et je suis certain que tu te sentiras enfin toi-même. Et je t'en supplie, ne te laisse pas ronger par la culpabilité de ma mort, au fond de toi, tu sais que je n'ai pas eu le choix. Tu vas me manquer mon meilleur ami, profite de cette nouvelle vie qui t'est offerte. »

La jeune femme pleura comme elle n'avait pleuré jusqu'à maintenant. A la lecture des mots de son père, elle se rendit compte à quel point il lui manquait, que le vide qui s'était installé dans son cœur quand elle a appris son décès ne sera sûrement jamais rempli. Claude fut quelque peu déstabilisé par la réaction de sa bien-aimée, il s'approcha d'elle tremblant avec les larmes qui lui montaient aux yeux. Quand elle le sentit proche, elle se précipita dans ses bras, enfouissant son visage contre son torse. Le jeune homme jeta un coup à son ami le grand blond, ce dernier lisait la lettre tout en essayant de contenir ses sanglots.

Le Reine mit plusieurs instant à se calmer, elle resta collée contre son fiancé encore un peu.

-Tu te sens mieux ma douce ? osa timidement Claude.

-Je suis épuisée… répondit-elle presque inaudiblement.

-La lettre pour ta mère peut attendre, la journée a été très longue pour toi. Il est temps que nous prenions tous du repos. suggéra le Roi d'Adrestia.

Claude acquiesça et porta Cyri jusque dans leur chambre. Elle n'eut pas la force de contester et se laissa faire tout en appréciant ce moment. Dimitri les laissa enfin seul et le Lesitérien put s'occuper de sa future femme.

-Je peux me déshabiller toute seule Khalid… réussit-elle à râler.

-Laisse-moi faire et apprécie ce moment. sourit Claude

Il prit un linge humide pour la laver. La jeune femme ferma les yeux et apprécia le contact de ce tissu chaud sur sa peau. Le futur Roi l'installa sur le lit et la borda. Il eut juste le temps de lui déposer un léger baiser sur ses lèvres et Cyri s'était déjà endormi.

Claude s'assit près de la fenêtre ouverte et observa le ciel silencieux.

-Je n'ai pas vu Byleth de la journée, comment se sent-il ? demanda-t-il en chuchotant.

« Il a encore du mal avec la vérité et la lettre de Sir Leif l'a profondément troublée. Je pense qu'il a besoin de mettre de l'ordre dans ses émotions. »

-Les larmes que Cyri a versé, elles n'étaient pas que les siennes n'est-ce pas ?

« Je ne l'ai jamais vue pleurer mais il était très attaché au père de Dame Cyri, je ne serais pas étonnée qu'il en ait versé quelques unes aussi. »

Claude se tut ensuite et regarda le ciel étoilé. Puis il entendit un léger gémissement, il se retourna et vit le visage de sa fiancée crispée, il s'approcha et aperçut un larme couler. Doucement, le jeune homme s'installa dans le lit et serra la Reine dans ses bras tout en lui disant des mots réconfortants.

Cyri se réveilla aux premiers rayons de soleil, elle quitta le lit avec précaution et décida d'aller se promener. Son sommeil a été très agité, les mots de son père et de son oncle n'avaient cessé de tourner en boucle dans son esprit. Elle savait qu'elle devait cacher la vérité aux habitants mais ce serait prendre le risque qu'ils l'apprennent un jour ou l'autre. Alors qu'elle se perdit dans ses pensées, deux bras vinrent l'attraper à la taille.

-Ma douce… Je vais finir par verrouiller notre chambre si tu la quittes encore sans me prévenir…

-Désolée Khalid, je ne voulais pas te réveiller…

-Tout va bien ? On dirait que la nuit n'a pas été reposante pour toi…

-Elle ne l'a pas été, j'avais beaucoup trop de choses en tête.

-Est-ce que tu en as parlé à Byleth de cette histoire, il saura sûrement trouvé les mots pour t'apaiser.

Cyri réalisa qu'elle ne l'avait pas vue depuis la révélation d'Arden la veille. Après avoir lu la lettre de son père, elle l'avait senti terriblement peiné mais depuis rien du tout. Elle essaya de l'appeler mais en vain.

« Byleth est encore sous le choc de la nouvelle. Cyri, laisse-lui un peu de temps pour s'en remettre. Il est en proie à des choses qu'il n'a jamais ressenties jusqu'à maintenant. » apparut Sothis derrière Claude.

-Il était attaché à Leif à ce point ? s'étonna Claude.

« De tous mes enfants, c'était lui qui aimait le plus les humains. Les voir mourir dans des conflits parfois puérils l'a toujours peiné. »

-Avec votre père nous nous étions promis de construire un monde où il n'aurait plus de guerre mais je n'ai pas réussi à l'aider et il a été obligé de se sacrifier. Je ne peux m'empêcher de penser que j'aurai pu éviter cela…

Cyri sursauta en entendant la voix de Byleth, elle se retourna et vit une expression douloureuse sur son visage. La jeune femme s'approcha de lui et le serra le dragon dans ses bras.

« Cesse de te tourmenter ! Moi aussi, je continue de penser que les choses auraient été différentes si nous n'avions pas mis autant de temps à nous lier mais ce qui est fait est fait, même si c'est douloureux. Ce qu'il nous reste à faire maintenant c'est de poursuivre ce qu'il a commencé. » dit-elle avec douceur.

Le dragon essuya précipitamment une larme qui commençait à perler dans le coin de son oeil. Claude remarqua que Sothis disparut discrètement avec un sourire maternel sur le visage puis il proposa d'aller prendre un bon petit-déjeuner avant d'aller donner la lettre à Eirika.