Chapitre 12
Les bras croisés sur sa poitrine, Ross visionnait les bouts d'images qu'avait fait assembler Goren par les techniciens du labo. La vidéo durait moins d'une minute mais reconstituait assez précisément la fuite de la fillette. Bobby figea la vidéo lorsque Aliénor disparut du champ de la caméra de surveillance du feu de circulation qui l'avait filmé avant qu'elle ne trouve refuge dans l'église. Tout au long de ces images, on y voyait une gamine terrorisée et à bout de force qui courrait sous la neige et une température qui flirtait avec le négatif, à peine couverte de la guenille qui lui servait de vêtement. Elle s'échappait aux monstres qui l'avaient meurtrie. Bobby retira la cassette pour en mettre une autre dans le magnétoscope et lança la vidéo. La suite d'images montra cette fois-ci deux hommes. Ross leva un sourcil soupçonneux et tourna son attention vers son détective pour demander une explication.
- Munch et moi, déclara Bobby, avons repéré ces deux hommes en poussant l'analyse des vidéos un peu plus loin. Cela se passe environ une demi-heure après le passage d'Aliénor. Leur comportement empressé et leurs nombreux allers-retours sur plusieurs vidéos nous ont alertés. Durant une bonne heure, ils ont sillonné le quartier.
- Nous pensons qu'ils étaient à la recherche de la petite, intervient Munch. Ils la traquaient.
- Une identité ? Demanda le capitaine en pointant le menton vers l'écran.
Munch attrapa un dossier posé sur la table située derrière lui et le tendit au capitaine. Celui-ci y découvrit des agrandissements de captures d'écrans des vidéos. Elles représentaient les visages difformes et flous des deux individus.
- Comme vous pouvez le constater, soupira le détective de l'USV, aucune. Les seules fois où on peut apercevoir leurs visages, la vidéo est de très mauvaise qualité. Les gars du labo ont fait ce qu'ils pouvaient pour améliorer les images, c'est-à-dire pas grand-chose.
- Donc vous n'avez rien, bougonna Ross mécontent. A quoi ces vidéos nous servent-elles alors ?
- A savoir d'où provenait Aliénor, se justifia Goren.
Goren sortit de la poche de sa veste un morceau de papier plié. Il le plaqua, une fois déplié, contre le tableau de liège pour l'y punaiser. C'était un agrandissement de plusieurs quartiers de la ville. Puis il sortit un épais feutre noir de l'une de ses autres poches.
- Aliénor a trouvé refuge dans l'église aux alentours de onze heures, fit-il en marquant l'endroit d'une croix sur la carte. Et les différentes caméras qui l'ont filmé se trouvent ici.
Minutieusement, Goren ajouta cinq croix, en indiquant pour chacune l'heure précise à laquelle apparaissait la fillette sur les images de surveillance. Ensuite il les relia entre elles pour former un chemin où il traça au bout de celui-ci, à l'opposé du bâtiment religieux, un rond entourant un bloc.
- Les caméras l'ont filmé sur un laps de temps de dix minutes, expliqua-t-il à l'attention de son supérieur. Nous pouvons ainsi en déduire son parcours et principalement cibler le lieu de son départ, soit à l'intérieur du cercle que je viens de tracer.
- Et pourquoi pas d'un peu plus loin ? Questionna Ross, suspicieux de la méthode.
- Goren avait demandé aux agents de ratisser large pour les vidéos, s'exprima Munch en se rapprochant de la carte pour y tracer à l'aide de son doigt un nouveau cercle plus étendu que celui que son partenaire avait dessiné. Nous avions ainsi plusieurs images tout autour de ce périmètre et nous n'avons rien repéré sur celles-ci. Ni Aliénor, ni nos deux mystérieux individus. De plus, le temps était glacial et la petite n'était pas en grande forme. Elle n'a pas dû parcourir une si grande distance depuis le lieu où elle était retenue captive.
- Elle s'est engouffrée dans le premier endroit qu'elle pensait être un refuge pour elle, conclut Goren. Munch a eu l'idée de consulter la liste des appels du 911. Un homme a signalé la présence d'une enfant errante dans une des rues appartenant au périmètre que j'ai délimité. Il la décrite recouverte de bleus et complètement sauvage. Elle lui a mordu la main lorsqu'il a voulu l'intercepter. Dans cette rue précisément.
Bobby traça un point cette-fois sur la carte pour indiquer la rue signalée par le passant. A l'intérieur même du cercle qu'il avait dessiné quelques minutes plus tôt. Puis il inscrit l'heure à laquelle l'incident avait été signalé qui correspondait parfaitement avec le timing de l'errance d'Aliénor dans les rues. Le capitaine de la Major Case finit par acquiescer de la tête, comprenant et validant la démarche effectuée.
- Nous allons rencontrer ce passant dans une heure afin de voir s'il est capable d'identifier Aliénor sur une photo après nous l'avoir décrite. Il pourra certainement nous aider en nous indiquant d'où elle provenait, si c'est bien elle qu'il a vu. Cela nous permettra de confirmer une large partie de son parcours et de resserrer le périmètre de nos recherches.
- Et elle n'aurait pas pu s'être échappée d'un véhicule ? Lança Ross pour contrer le raisonnement argumenté des deux détectives.
- Ce jour-là, il y avait peu de circulation en raison des conditions météorologiques, Capitaine, répondit patiemment Goren, retenant à grand peine son agitation. Malgré ses nombreuses contusions, aucune de l'une d'elles nous indique que Aliénor ait pu sauter ou tomber d'un véhicule. Et si les deux hommes que nous avons repérés sont bien ses bourreaux. Vu l'horodatage des vidéos, ils ont mis du temps pour se rendre-compte qu'elle s'était échappée. Ce qui a permis à la neige de couvrir sa fuite. Aliénor a eu beaucoup de chance.
- Et que comptez-vous faire dorénavant ? Vous n'allez pas sillonner le quartier à l'aveuglette ?
Munch jeta un coup d'œil vers son coéquipier du moment pour le concerter. Ce dernier lui fit un signe du menton d'y aller.
- On pensait plutôt balader la petite, se lança alors John. Avec votre permission, Capitaine. Dans le quartier repéré par Goren, afin de constater si elle est capable de se souvenir de son lieu de captivité. Nous pourrions gagner quelques heures non négligeables au lieu de faire du porte-à-porte à l'aveugle.
Le capitaine garda le silence pour réfléchir. Goren se mit à tapoter le crayon contre sa jambe pour gérer son impatience.
- Très bien, allez-y, leur accorda Ross. Cela ne coûte rien d'essayer après tout, vu le peu d'élément que nous avons à notre disposition. Prenez Logan et Wheeler, si vous avez besoin d'aide. Des nouvelles de vos coéquipières ?
- Non, lui répondit Munch, pas depuis un moment. Benson m'a juste informé par un message que ça c'était bien passé au commissariat local, et qu'avec Eames, elles se dirigeaient dorénavant vers la protection de l'enfance.
Goren machinalement fourra la main dans sa poche pour y chercher son téléphone. Depuis son appel de cette nuit, il n'avait pas eu de nouvelles de sa partenaire. Sa présence lui manquait. Ses sarcasmes aussi. Il s'était obligé à ne pas lui envoyer des messages par peur de l'étouffer afin de ne lui pas paraître surprotecteur. Elle détesterait ça. Ne l'ayant plus sous les yeux, il avait besoin de savoir si elle allait bien. La dernière fois qu'il s'était relâché, cela avait failli très mal se terminer. Dès que Ross serait parti, il lui enverrait tout de même un message pour l'informer de l'avancement de l'enquête de son côté afin de s'assurer qu'elle était toujours là, avec lui.
- Dites-leur de m'appeler dès que possible. Je veux qu'elles m'informent de leurs avancées, déclara Ross en faisant sursauter Goren avant de tourner les talons.
Munch referma la porte de la salle vidéo où il avait travaillé toute la soirée d'hier avec Goren pour les isoler du reste de l'unité.
- Il n'est pas bien commode, votre capitaine, lança-t-il. J'ai comme l'impression que vous devez être comme une allumette en compagnie d'un bidon d'essence, tous les deux.
Goren eut un petit sourire, peu surpris de la remarque de Munch. Il se gratta la nuque.
- Quelque chose comme ça, en effet. Ma partenaire a plutôt cette image de l'huile et de l'eau. Il est à la tête de l'unité depuis quelques mois seulement. Il veut s'assurer de son autorité. Et je ne lui ai pas vraiment facilité la tâche lors de son arrivée.
- Oui, c'est ce que j'ai cru comprendre.
Le détective de l'USV se rappelait des rumeurs et des ragots sur le kidnapping de Eames, l'été dernier. Tous les flics de la ville avaient été avertis de sa disparition, puis eu connaissance du comportement erratique de son partenaire.
- Ce n'est sûrement pas très reluisant pour moi ? Avança Goren, lucide sur ce qui se disait derrière son dos, en frottant le bout de sa chaussure contre le sol.
- Cela fait combien de temps que vous faîtes équipe avec Eames ?
- Bientôt sept ans.
- Alors, c'est tout ce que j'ai besoin de savoir, lui répondit Munch.
Une telle sincérité de la part d'une personne qu'il connaissait à peine laissa pantois Goren.
- Que faisons-nous maintenant ? Reprit le détective efflanqué, sans s'attarder sur la réaction du géant.
Bobby secoua la tête pour reprendre ses esprits.
- Je vois avec le médecin et Mme Blum, l'assistante sociale, comment nous pouvons organiser la sortie d'Ally de l'hôpital pour quelques heures. Vous passez le mot à Benson et Eames pour Ross ?
Munch sourit.
- Vous vous gardez le plus amusant, c'est ça Goren ?
Sur les indications de Goldwin, transformé en un guide touristique bavard et béat, Eames se gara devant un immeuble aussi austère que possible avec sa façade de couleur cendrée. Avant de descendre du véhicule, elle consulta son téléphone. Sa sœur lui demandait de la rappeler car elle s'inquiétait, n'ayant pas eu de ses nouvelles depuis deux jours. Alex tapa en quelques secondes un message pour la rassurer en lui indiquant qu'elle était sur une nouvelle affaire et qu'elle la contacterait dès qu'elle aurait un moment de libre. Relevant la tête, elle s'aperçut que Benson et Goldwin discutaient en l'attendant sagement sur le trottoir.
- Il y a du nouveau ? Lui demanda Olivia, un de ses sourcils relevés alors qu'elle les rejoignait.
Eames enfonça ses mains dans ses poches.
- Non, rien de Goren. Et toi de Munch ?
- Rien aussi depuis que je lui ai indiqué que c'était réglé de notre côté avec les forces de police locales.
Alex acquiesça et chercha son badge pour le clipser au col de son manteau, puis grogna à Goldwin de mener la marche.
Ce ne fut qu'au bout d'une demi-heure que Linda Levine daigna faire son apparition pour les recevoir. L'assistante sociale qui s'était occupée d'Aliénor semblait être une jeune femme déjà bien lasse, pensa Eames en lui serrant la main. Sa posture arrondie et ses épaules voûtées soulignaient encore plus les grandes cernes qui marquaient son visage d'une fatigue écrasante. Levine indiqua de sa main aux ongles rongés une minuscule salle de réunion. Ladite pièce ressemblait étrangement aux salles d'interrogatoires de la Major Case. De même taille, à l'intérieur se trouvait une table et un ensemble de quatre chaises. Seul l'ajout d'une plante ayant le même air fané que l'assistante sociale par le manque de lumière naturelle, ainsi que l'absence du miroir sans tain, remplacé par un panneau d'affichage, n'arrivait pas à Eames de lui retirer cette impression de se retrouver au onzième étage du One Police Plaza. Olivia s'installa naturellement à ses côtés face à Levine. Goldwin sembla être tout d'un coup absorbé par les diverses affiches accrochées sur le pan de mur derrière elles.
- Alors comme ça, vous venez de New-York ? Les interpella Levine, surprise que deux détectives de la grosse pomme débarquent dans le Delaware.
- Je suis de l'Unité Spéciale des Victimes, lui répondit Olivia, et ma coéquipière de la Major Case. Nos deux unités mènent conjointement l'enquête pour laquelle nous sommes ici.
En se tournant vers Eames, Levine arrêta de tortiller le mouchoir en papier qu'elle avait sorti de sa poche.
- Êtes-vous la détective qui a essayé de me joindre hier ? Je suis désolée, je n'ai eu vos messages que ce matin. J'allais vous rappeler dans la journée après m'être occupé du prioritaire et du retard accumulé en raison de mon absence de ces derniers jours. Vous venez me parler d'une enfant. Aliénor Davies, si j'ai bien compris ? Pour quelles raisons ?
Alex retira un document de la poche de son manteau et le déposa sur la table. C'était une photo d'Aliénor. On y discernait à peine son visage tant les bleus qu'elle avait sur toutes les parties visibles de son corps captaient l'attention. Autant aborder le sujet frontalement, décida Eames. Contrairement à Goren, elle n'avait pas la patience nécessaire pour utiliser son charme afin de mener petit à petit leur témoin à s'ouvrir et à tout leur raconter.
- Celle-ci, attaqua-t-elle d'un ton dur en faisant glisser la photo vers Levine.
Le peu de couleur qui subsistait encore chez la jeune femme disparut entièrement. Elle porta les mains à sa bouche, choquée. Cependant son regard n'arrivait pas à se défaire de l'image de la fillette, comme si son cerveau était en conflit avec ce qu'il voyait.
- Ceci est Aliénor Davies. Cette photo a été prise, il y a deux jours. Quelques heures à peine après qu'elle ait été trouvée dans une église dans laquelle elle s'était réfugiée.
- Qu'est-ce qui a bien pu lui arriver ? Couina Levine entre ses doigts.
- C'est ce que nous essayons de comprendre, expliqua Benson.
L'assistante sociale déglutit. Eames se demanda si elle ne devait pas aller lui chercher quelque chose à manger tant elle paraissait au bord de l'évanouissement. D'une main tremblante, Levine finit par retourner la photo, incapable de garder sous les yeux l'image insoutenable de la fillette violentée.
- Pauvre gamine, souffla finalement Levine. C'est moi qui ai dû lui annoncer que ses parents ne reviendraient plus jamais. Cela a été difficile comme vous pouvez l'imaginer.
Elle porta la main à son cœur puis prit une grande inspiration comme si elle n'avait plus de souffle. Impassibles, les détectives lui laissèrent un peu de temps pour se remettre de ses émotions.
- Le seul parent que nous lui connaissions, reprit-elle, c'était sa grand-mère. Celle-ci étant incapable de s'en occuper, je l'ai confié à un foyer d'accueil situé à Camden. C'est un petit établissement qui s'occuperait bien d'elle, le temps que je fasse des recherches complémentaires sur sa famille et qu'un juge des affaires familiales la déclare orpheline. J'ai...
Levine s'interrompit une nouvelle fois. Eames leva un sourcil suspicieux avant de jeter un regard vers sa coéquipière. Olivia lui fit un signe discret de la main d'attendre. L'assistante se contracta comme si elle attendait d'être frappée.
- J'ai... Continua Levine laborieusement. J'avais commencé à constituer le dossier mais j'ai eu des ennuis de santé... Lors de mon retour au bout d'une semaine, j'avais une note de service m'indiquant qu'on avait confié le dossier d'Aliénor à quelqu'un d'autre...
- Cela arrive souvent qu'on vous retire un dossier ? Questionna Benson surprise.
La jeune femme secoua la tête.
- Non. Généralement, à moins d'un problème, lorsque nous commençons à suivre un enfant, on le fait jusqu'au moment où il sort du système.
- Cela ne vous a pas paru étrange ?
- Un peu. Cependant à l'époque, j'étais enceinte de cinq mois. Suite à mes ennuis de santé, j'ai dû rester alitée pendant le dernier trimestre. Cela m'a paru alors logique qu'on confie le dossier à un de mes collègues qui pourrait le suivre sans interruption.
- Vous avez le nom de votre remplaçant ? Intervient Eames en sortant un calepin de sa poche. Nous aimerions lui parler et qu'il nous fournisse une copie du dossier d'Aliénor.
Levine sembla s'enfoncer dans son gilet gris.
- Suite aux messages que vous m'aviez laissé, j'ai trouvé curieux que vous vouliez me contacter au sujet d'Aliénor alors que je ne suis plus son dossier. J'ai donc consulté notre base informatique et...
- Et ? Répéta avec empressement Eames.
Son instinct de flic lui soufflait que le nœud du problème se situait à ce niveau-là. Et la posture de sa partenaire lui confirmait qu'elle sentait la même chose dans ses tripes.
- Je... Je n'ai rien trouvé...
- Comment ça ? Réagit vivement Benson en se penchant sur la table.
- J'ai interrogé quelques collègues présents mais personne ne semble connaître ce dossier... A part moi..
- Vous n'avez pas eu la curiosité avant que l'on vienne aujourd'hui de savoir ce qu'était devenue Aliénor ? Vous n'avez pas fait le point avec celui ou celle qui reprenait le dossier ?
L'assistante sociale secoua la tête et commença à émietter son mouchoir en papier.
- Non, effectivement.
- Et le foyer dans lequel vous l'aviez placé ?
- Je l'ai appelé pour me renseigner. Selon leurs archives, Aliénor y est restée à peine une semaine.
- Pour aller où ? Demanda sèchement Eames.
Un silence étourdissant fut la seule réponse de Levine.
- Donc, personne n'est capable de nous dire ce qu'est devenue Aliénor Davies ? S'insurgea Alex.
- Écoutez... Commença à se défendre l'assistante sociale avant d'être rudement interrompue par une inspectrice de la Major Case furieuse.
- Non ! Je n'ai pas envie de comprendre votre point de vue ! Si je dois lâcher une affaire au profit d'une autre équipe ou d'un autre service, mes rapports sont prêts et même si ce n'est pas de gaîté de cœur, je fais le point avec mes remplaçants. De plus Aliénor est une enfant, pas une chose que l'on égare !
Levine sembla vouloir rentrer la tête entre ses épaules comme une tortue face au ton accusateur et remplit de dégoût de Eames.
- Madame Levine, dit Benson d'une voix apaisante. Est-ce que vous et moi pouvons aller regarder ce que vous avez gardé sur Aliénor. Je suis sûre que vous pouvez nous aider à comprendre ce qui lui est arrivé.
L'assistante sociale tourna son attention vers Benson, clairement soulagée qu'elle lui propose de sortir de la pièce.
- Oui, bien sûr.
- Bien, alors allons-y, ajouta calmement Benson en se levant tout en jetant un lourd regard à Eames pour l'inciter à ne pas bouger et à retrouver un peu de contrôle sur ses émotions.
Elle ouvrit la porte et laissa passer Levine en premier avant d'abandonner Eames et Goldwin en tête à tête. Alex soupira en se demandant ce qui se passait avec cette gamine. Elle n'aimait pas s'emporter. C'était plutôt le rôle de Bobby de le faire pour décontenancer un suspect. Mais la violence subie par Aliénor semblait déteindre sur elle.
- Méchant flic, gentil flic, ce n'est pas un peu cliché ? L'interrogea soudainement Goldwin.
Eames leva la tête, surprise de le voir encore dans la pièce. Il s'était complètement effacé de l'entretien. Cela le fit grimper de quelques points sur l'échelle de grandeur de l'estime dont elle l'avait évaluée jusque-là.
- Les grands classiques ne se démodent jamais, rétorqua-t-elle.
- C'est vrai.
Goldwin s'assit sur le bord de la table, à seulement quelques centimètres de Eames. Aussitôt, elle fit reculer sa chaise. Peu de personne envahissait son espace vital. Au tout début de leur partenariat, Goren en avait fait peu de cas en se penchant au-dessus de son épaule pour lire un fichier ou l'écran de son ordinateur. Il voltigeait sans cesse autour d'elle. Cela l'avait agacé au début le prenant pour un insecte nuisible avant que sa présence devienne familière et rassurante au fil des années.
- Vous pensez vraiment obtenir des réponses ici à quelque chose qui s'est passée à New-York ? L'interrogea-t-il en s'inclinant vers elle.
Les yeux bleus du blond fixèrent le visage de Eames. Autant ces yeux pouvaient être très certainement accueillants sous un magnifique soleil, autant sous la lumière blafarde du néon, ils étaient aussi froids que la banquise. Le regard brun qu'Alex croisait quasiment tous les jours depuis bientôt sept ans était bien plus chaleureux et doux. Elle se retenue de gigoter, mal à l'aise par le lieutenant, se demandant ce qu'il cherchait durant l'étude minutieuse de sa personne à laquelle il procédait. Néanmoins, elle ne serait pas la première à détourner ou à baisser les yeux. Fort heureusement que Benson mit fin rapidement à leur petit jeu par son retour. Surpris par cette irruption, Goldwin détourna le regard au grand soulagement d'Alex qui en profita pour se lever et s'éloigner. Seulement Benson n'apportait pas les bonnes nouvelles qu'Alex aurait pu espérer pour faire avancer leur enquête.
