Chapitre 14
Les yeux bleus du lieutenant Goldwin se portèrent sur l'objet vibrant sur la table. Eames lui jeta un regard d'excuse pour avoir troublé leur étude silencieuse. Elle attrapa son téléphone afin de lire le message qu'elle venait de recevoir. Un sourire apparut sur ses lèvres à la vue de son expéditeur.
- Une bonne nouvelle ? L'interrogea le lieutenant avec curiosité.
La détective le regarda sans comprendre de quoi il parlait.
- Le message que vous venez de recevoir, précisa-t-il.
Immédiatement, Eames se rembrunit. Elle commençait à être vraiment agacée de l'attention toute particulière qu'il lui portait. Elle le laissa sans réponse, préférant se concentrer sur la lecture du message que Goren venait de lui envoyer : "Nous avons réussi à cerner le quartier d'où vient probablement Aliénor, grâce aux vidéos de surveillance et à un témoin de sa fuite. Avec Munch, nous allons l'emmener faire le tour du quartier, voir si elle est capable de se rappeler du lieu de sa captivité. Comment ça se passe de ton côté ?".
C'était court et allait à l'essentiel. Bien qu'Olivia l'ait déjà tenu de l'appel de Munch pour lui faire part de leurs avancées à New-York, Eames appréciait l'effort de son partenaire. Se sentant épiée, elle reposa le téléphone et reprit l'étude studieuse des documents dans lesquels elle était auparavant plongée. Elle répondrait à son partenaire plus tard, sans que Goldwin soit dans les parages à lire au-dessus de son épaule.
Cela faisait quelques heures déjà que Benson, Goldwin et elle avaient leurs têtes enfouies sous une montagne d'archives. C'était fastidieux mais nécessaire. De plus, entre un dossier papier et électronique, son choix se portait définitivement sur le premier. Il y avait en effet une chance d'y découvrir quelque chose de plus. Que ce soit une note manuscrite dans une marge, un numéro de téléphone, un bout de papier avec des annotations ou bien encore d'autres photos de la scène de crime. Et tout ça, cela n'arrivait jamais avec les dossiers numériques.
Durant les précédentes heures, le trio de détectives avait commencé à analyser les listes de présence que fournissaient obligatoirement toutes les semaines chaque foyer ou famille pour s'assurer de recevoir les indemnités versées par la protection de l'enfance pour chaque mineur recueilli. C'était leur principal point de comparaison qui leur permettait de savoir si un dossier manquait aux services sociaux. Alex s'était accaparée les listes du foyer où Aliénor avait été placée. Dans un premier temps pour vérifier les paroles de Levine. Elle avait recherché directement le nom de la fillette. Cette dernière n'y avait séjourné que cinq jours. Ce que les papiers officiels du foyer confirmaient. Selon toujours ces mêmes documents, elle y a avait été retirée pour la déplacer dans une famille d'accueil qui n'existait que dans l'imaginaire de la personne tout autant fantaisiste venue la chercher. Autrement dit, la kidnapper. C'est à ce moment que la trace de la fillette s'évanouissait.
Eames pouvait ainsi précisément dater la disparition d'Aliénor. Après un rapide calcul, elle avait constaté avec effroi que cela faisait quasiment six mois que l'enfant était devenue un jouet entre les mains de bêtes abjects. Aliénor avait été prisonnière pour être dépouillée de son innocence et avilie avant qu'elle parvienne à s'échapper, il y a deux jours à peine. Alex n'imaginait même pas le cauchemar que cela avait dû être chaque jour pour Aliénor, encore traumatisée de la perte de ses parents. Cependant cela avait renforcé sa détermination d'aller jusqu'au bout de l'enquête quoi qu'elle puisse trouver sur son chemin.
Le trio de détectives vérifiait ainsi chaque nom des listes en cherchant le dossier papier correspondant dans les archives avant de procéder au contrôle informatique pour s'assurer de leur concordance. Ils pariaient sur la négligence de celui ou celle qui avait supprimé Aliénor de la base de données informatique, en omettant de prendre avec lui les traces physiques. En procédant ainsi, ils avaient repéré jusque-là un seul autre enfant qui ne devait comme Aliénor son existence au sein de la protection de l'enfance qu'à un très maigre dossier prenant la poussière au fond d'un tiroir d'archives. Cela semblait être un butin bien pauvre. Sauf qu'il s'agissait en fait du résultat de leurs investigations sur l'année 2005. Il leur restait encore quatre années à éplucher.
Eames se frotta les yeux puis porta son gobelet à ses lèvres avant d'émettre un léger grognement en se rappelant tout d'un coup qu'il était vide. Elle repoussa sa chaise, décidant d'aller faire un nouveau tour à la fontaine à eau. Cela ne lui ferait pas de mal non plus pour se dégourdir les jambes.
- Je vais faire un tour, lança-t-elle au lieutenant.
Elle n'entendit pas sa réponse, s'il y en a eu une, car elle claqua la porte en partant. Elle traversa l'open space, s'attirant quelques regards curieux sur son passage. Elle en fit peu de cas, tellement habituée à ce qu'on la dévisage. La rumeur de la venue de deux détectives de la grosse pomme avait dû très certainement circulé aussi vite qu'une Formule 1 sur un circuit. D'un côté, Olivia et elle n'avaient pas vraiment fait dans la discrétion en portant leurs badges à la vue de tous. Elle remplit son gobelet et le but d'une traite avant de s'en servir un autre. Elle chercha Benson des yeux et aperçut Levine debout à l'intérieur de son box. Alex avança vers elle. Benson, installée au bureau, raccrochait lorsqu'elle les rejoignit.
- C'était le directeur, lui lança aussitôt Olivia. Comme nous nous en doutions, il ne comprend pas du tout ce qui se passe. Il n'est au courant de rien. Il quitte le Colorado aujourd'hui pour revenir. Mais il m'a assuré de sa pleine coopération dans nos investigations. Vous avez trouvé quelque chose avec Goldwin ?
- Pour le moment, rien de nouveau. Tout colle. Mais on est encore loin d'avoir tout épluché, résuma Eames avant de porter son attention vers Levine. Vos accès informatiques sont-ils sécurisés ?
- Plus ou moins, répondit-elle en s'essuyant les mains moites sur son pantalon. Nos identifiants sont composés de nos trois premières lettres de nos prénoms et noms. Le système nous demande de renouveler nos mots de passe tous les trois mois.
- Alors vous faîtes comme la plupart des gens, raisonna Benson. Par peur de l'oublier, vous le notez sur un calepin ou un bout de papier que vous cachez quelque part dans votre bureau.
- Ainsi tous ceux qui ont accès à vos bureaux, ajouta Eames, et connaissant les habitudes de certains, peuvent avoir accès aux dossiers informatiques et les manipuler comme bon leur semble. Même si nous parvenions à savoir quel identifiant a pu falsifier les données, cela ne serait qu'une perte de temps en nous lançant sur une fausse piste.
Alex sentit que son sang recommençait à bouillonner face à chaque lacune trouvée à chaque fois qu'un point particulier était soulevé. Aliénor et d'autres enfants en étaient les victimes.
- Vos services tiennent-ils à jour leur propre liste des enfants placés par centre ou famille ?
- Pas à ma connaissance, fit Levine en secouant la tête. Lorsque nous avons un enfant à placer, généralement nous appelons pour savoir si l'établissement en question est capable de l'accueillir.
- Donc, à aucun moment, vous n'êtes capable de constater que leur liste est en adéquation avec vos propres fichiers.
- En effet.
- Un enfant listé qui ne figure plus dans vos bases informatiques ne ressort pas en anomalie ?
- Apparemment non.
- Si nous n'avions pas trouvé Aliénor, répliqua Eames acerbe, personne ne se serait rendu-compte qu'on semble vous voler des gamins sous votre nez en profitant des points faibles de votre système, alors ? Un système soi-disant exister pour les protéger !
Eames crut que la jeune femme allait éclater en sanglot mais elle sembla les refouler. Benson lui lança un regard lourd de reproches pour malmener leur témoin. Alex inspira profondément pour éloigner le ressentiment que cette affaire lui procurait et essayer d'être un peu moins belliqueuse.
- Aliénor et l'enfant que nous avons trouvé semblent avoir un point commun. Ils ont été tous les deux placés dans le même foyer à Candem, soit celui de Saint Thomas. Combien d'enfants est-il capable d'accueillir ?
- Cet établissement à un agrément de trente places. C'est une petite structure privée.
Alex se fit une note mentale pour vérifier cette information et de reconstituer sa propre liste des enfants placés actuellement dans ce foyer selon les dossiers des services sociaux.
- Olivia, nous devons...
- Après un déjeuner, la coupa Benson.
Rien qu'à la mention de nourriture, Eames sentit son estomac se réveiller et demander son dû en grognant. Elle fit alors signe à sa coéquipière d'un coup de menton qu'elle était d'accord pour une pause. Benson échangea quelques mots avec Levine.
- Tu as perdu notre chaperon ? Lança-t-elle pour plaisanter en s'éloignant.
Alex roula des yeux avant de la suivre.
- Désolée de te décevoir, mais je l'ai laissé dans la salle des archives. J'avais besoin de prendre l'air.
- Allons le chercher avant qu'il ne nous déclenche une catastrophe.
- A se demander qui surveille qui dans cette affaire, grommela Alex.
- Des nouvelles de ton partenaire ?
Eames grimaça intérieurement. Olivia s'était évidemment aperçue que c'était principalement Munch qui faisait la liaison entre leurs équipes. Alex ne voulait pas lui laisser croire qu'elle avait des problèmes de communication avec Goren. Surtout pas après en avoir fait son éloge la veille.
- Un message de sa part avant que je vienne te rejoindre. Mais rien de plus que ce que Munch t'a déjà informé.
Olivia acquiesça.
- Ça se passe bien avec Bobby ? Ne put s'empêcher de demander Eames après quelques hésitations. Tu as des retours de Munch ?
- Pour ce que j'ai pu en comprendre, oui, lui répondit Benson avec un sourire franc sur les lèvres. John a même l'air de s'amuser avec ton partenaire qui selon ses propres mots "est une vaste étude vivante du comportement humain".
Soulagée, Alex sourit. Ce n'était pas qu'elle n'avait pas cru son partenaire la veille, mais étant donné que son remplacement durant son congé maternité avait été plus ou moins compliqué, elle s'inquiétait. Bishop n'avait pas réellement essayé de le comprendre, sachant que leur partenariat n'était que temporaire. Bobby lui avait même certifié que tout se passait au mieux -et elle ne doutait pas de ses efforts- pour ne pas l'alarmer. Pourtant lors de son retour, Eames n'avait jamais vu autant de soulagement dans ses yeux de la revoir au onzième étage lorsqu'elle avait croisé son regard en s'installant à son bureau.
Leur petite discussion les avait amené à la salle des archives où Goldwin n'avait pas bougé d'un iota. Eames attrapa sa veste posée sur le dossier d'une chaise.
- Amenez-nous à déjeuner Goldwin ! Lui ordonna Benson.
Le lieutenant bondit sur ses pieds tel un diable surgissant de sa boîte, un large sourire éclairant son visage.
- Avec grand plaisir, mesdames !
Assis à l'arrière du véhicule, Goren tenait la fillette sur ses genoux. Elle regardait par la fenêtre, hochant négativement de la tête à chaque habitation pointée du doigt. Munch roulait lentement pour lui laisser le temps d'observer les lieux, tandis que Madame Blum les surveillait avec un air sévère. La voiture s'immobilisa, arrivée au bout de la rue, finissant enfin l'étude de son côté gauche après avoir fait le droit, il y a une dizaine de minutes.
- Goren, je vais prendre le secteur E.
Il y eut un bruit de clignotant et la voiture reprit sa route tranquillement. Un soupir d'agacement bien loin d'être discret se fit entendre dans l'habitacle mais Goren l'ignora préférant se concentrer sur les réactions de Aliénor. Ils arrivaient enfin au lieu où ce passant avait appelé le 911 pour signaler la divagation d'une enfant seule et blessée dans les rues. Munch et lui avaient été le rencontrer avant d'aller à l'hôpital chercher la fillette. La description qu'il leur avait faite correspondait bien à son profil, avant de parfaitement l'identifier sur une photo. Nerveuse, Aliénor gesticula sur ses genoux. Il lui faisait porter une bien lourde responsabilité pour son âge, et il avait peur de trop la pousser. Cela pouvait être à double tranchant, vu son état psychologique extrêmement fragile.
- Ally, si tu n'arrives pas à te rappeler, s'exprima Goren d'une voix douce pour la tranquilliser, ce n'est pas très grave. Et si tu veux arrêter, tu me le dis et nous rentrons aussitôt pour manger les cookies que je t'ai promis.
- Inspecteur, intervient l'assistante sociale agacée, elle n'a même pas six ans ! Comment voulez-vous qu'elle s'en souvienne ? C'est une perte de temps ! Vous savez parfaitement que les enfants sont des témoins épouvantables !
Goren en était bien conscient. Les enfants avaient une mémoire courte et étaient influençables. C'était pour cette raison qu'avec Munch après avoir découpé le quartier qu'ils avaient délimité pour leurs recherches en secteur, ils avaient décidé d'y aller en finesse. Au lieu de commencer par leur cible, pour aller au plus vite, ils avaient préféré balader la petite pour tester ses souvenirs. Et jusque-là, elle n'avait toujours eu aucune réaction, leur faisant croire qu'elle reconnaissait quelque chose.
- On peut toujours essayer, revendiqua Munch, de plus en plus irrité par le comportement récalcitrant de Blum. Et je suis certain que Aliénor veut aider Bobby.
Durant un long moment, Goren avait patiemment expliqué plusieurs fois à Aliénor et de différentes façons pour s'assurer qu'elle comprenne bien ce qu'il attendait d'elle. Il lui avait assuré qu'elle ne craignait rien au-dehors puisqu'il serait tout le temps avec elle. Il lui avait affirmé pour la rassurer qu'il ne serait pas fâché si elle était trop terrifiée de lui désigner le lieu de sa captivité, tout en lui assurant qu'il continuerait à venir la voir et de lui lire des histoires. Mais bien qu'elle soit effrayée de revenir au lieu de son cauchemar, Aliénor lui avait brandit sa cravate magique comme si elle était le remède à tous ses maux conformément à ce qu'il lui avait raconté. La foi qu'elle plaçait en lui et en cet objet qu'il lui avait offert le surprenait autant qu'elle le réchauffait. Il n'y avait que Blum qui était un point noir. Elle lui causait bien des problèmes depuis qu'il lui avait expliqué ce qu'il voulait faire avec la fillette. Tout en étant réfractaire à sa démarche, elle ne cessait de rabaisser l'intelligence d'Aliénor en la décrivant comme incapable, peu futée et faible. Si Munch ne s'était pas interposé entre eux, Bobby lui aurait certainement expliqué, par une tirade furieuse, qu'il croyait avec amour qu'elle avait tort sur la fillette. Aliénor était forte. Elle avait survécu à l'horreur de la bestialité des hommes. Elle s'était sauvée elle-même. Une chose que beaucoup d'adultes ne parvenaient pas à faire.
Les cheveux d'Aliénor voltigeaient à chaque fois qu'elle faisait non de la tête en observant les demeures passer sous ses yeux. Munch arriva au bout de la rue et fit une manœuvre pour commencer l'autre côté. Les habitations recommencèrent à défiler lentement sous leurs yeux.
- Munch !
Au ton grave de son coéquipier, Munch comprit aussitôt ce qu'il voulait et donna un coup de frein pour arrêter le véhicule. Il lança les warnings et se retourna vers l'arrière. Aliénor se pressait contre le torse de Goren. En se cachant sous le manteau du géant, elle essayait de se faire aussi minuscule qu'elle le pouvait comme si elle voulait disparaître. Bobby, avec douceur, essaya d'écarter le pan de sa veste pour capter son regard mais elle lui résista. Il n'insista pas. Dès qu'il avait senti tout son petit corps se crisper, il avait comprit ce qu'il se passait.
- Ally, est-ce que tu as reconnu la maison où tu étais ?
La fillette se mit à trembler mais après quelques tâtonnements aveugles elle lui attrapa le pouce entre ses doigts. Ce matin, Bobby avait mis en place un système de communication non-verbal. Elle serrait le pouce une fois pour indiquer qu'elle comprenait ou pour répondre un oui à la question fermée qui lui était posée, deux fois pour le contraire. Il attendit patiemment. Il ne fallait pas la presser. Et il sentit une légère pression.
- Ally, je vais te demander d'être courageuse et je sais que tu l'es. Mais si tu as vu la maison, il faut que tu me la montres. C'est important, tu comprends ?
Une autre pression.
- Tu sais que tu es en sécurité, ici dans cette voiture avec moi. Je ne laisserais personne te faire du mal.
Aliénor pressa une nouvelle fois son pouce.
- Tu as juste à me la montrer et après nous nous en allons très loin d'ici.
La fillette lui lâcha le doigt cette fois-ci, décidant de couper la conversation.
- Ally...
- Inspecteur... Commença à s'exprimer Blum d'exaspération face à ce qu'elle considérait comme du cinéma avant d'être coupée sèchement par Munch.
Il lui demanda d'un geste de se taire et d'attendre. Ce qu'elle fit en croisant les bras, rouge de colère.
La fillette laissa passer de longues minutes avant qu'elle ne se mette à s'agiter. Sa masse brune ébouriffée fut la première chose qui immergea du manteau de Goren. Les yeux humides, elle se releva, tout raide, et sans aucune hésitation pointa une résidence en briques rouges.
- Tu es sûre Aliénor ? Lui demanda Bobby, le cœur battant.
Si ses souvenirs s'avéraient être authentiques, l'enquête aurait une avancée spectaculaire. Aliénor attrapa son pouce et le serra qu'une seule fois avant de presser la soie bleue contre son nez dans un geste de réconfort.
- Est-ce qu'il y a quelque chose qui te permet de la différencier des autres ?
Il y eut encore qu'une seule pression. Goren mit quelques secondes pour observer le bâtiment attentivement, cherchant ce qui avait pu retenir l'attention d'Aliénor pour qu'elle puisse être si certaine. Il devait y aller en douceur pour ne pas poser de questions tendancieuses.
- La couleur de la porte ?
Deux pressions.
- Les rideaux ?
Toujours non.
- Il n'y a pas de décorations de noël ?
La réponse fut encore négative.
Aliénor croisa le regard de Goren et tapota avec empressement la vitre pour lui montrer ce qu'elle voulait lui faire remarquer. Et cela sauta soudainement aux yeux de Goren. Pourquoi ne l'avait-il pas remarqué plus tôt ? Il y avait un pied de glycérine impressionnant qui courait le long de la porte et dont les branches couvraient toute la façade.
- La plante qui grimpe sur le mur ?
Cette fois-ci, il n'y eut qu'une seule pression.
- Est-ce qu'il y a autre chose dont tu te rappelles ?
La fillette hocha de la tête et tendit un doigt vers l'assistante sociale qui leva un sourcil soupçonneux. Elle s'inclina vers l'adulte pour toucher son écharpe avant de se retourner vers Bobby. Ce dernier avait observé attentivement le geste et cherchait à comprendre ce qu'elle voulait lui dire. Elle avait posé le doigt sur le morceau de l'écharpe qui était rouge. Le seul rouge qu'il avait noté qui ne provenait pas des briques était celui des fleurs du camélia en pot sur le palier.
- Rouge comme les fleurs dans le gros pot à côté de la porte ? Demanda-t-il.
Aliénor exerça une unique pression sur son pouce. Il sourit.
- Tu as bien travaillé Ally. Cela va beaucoup m'aider.
Il y avait une once de fierté dans le ton de Goren et la fillette s'éclaira face à son compliment avant de se laisser aller contre lui. Elle cala sa joue contre sa chemise, se servit de son manteau comme d'une couverture avant de commencer à jouer avec la cravate qu'il portait. Si Eames avait été là, elle lui aurait fait remarquer qu'il était bel et bien devenu un oreiller, pensa-t-il en sentant le manque évident de sa présence.
- Vous avez eu ce que vous vouliez ! Claqua Blum colérique en stoppant net cet instant doux. Il est temps de ramener Aliénor à l'hôpital ! Là où est sa place et non dans cette voiture ! Maintenant !
Bobby ignora cet accès de fureur. Ce n'est certainement pas elle qui allait lui dicter ce dont la petite chose collée à lui avait besoin. Il le savait bien mieux qu'elle. Il tourna son attention vers Munch qui attendait patiemment la suite.
- J'appelle Logan et Wheeler pour qu'ils fassent le tour du voisinage puis je me renseigne sur ces lieux.
Approuvant silencieusement les décisions de son coéquipier, Munch remit le véhicule en route. Sans essayer de trop bouger pour ne pas déranger Aliénor, Goren sortit son téléphone de sa poche, y pianota d'une main un numéro, avant de le coincer entre l'épaule et l'oreille. Tandis que la tonalité résonnait dans l'écouteur, il se mit à caresser les cheveux de la fillette. Il inclina légèrement la tête vers elle à la recherche d'un regard. Mais ses paupières étaient closes, sa respiration devenait plus lente et l'une de ses mains tenait fermement sa chemise. Sans aucun doute épuisée, elle venait de s'endormir, blottie contre son cœur. La petite boule de chaleur qu'elle était devenue au creux de ses bras émerveilla Goren. Il sourit, la serra un peu plus contre lui, puis sans réfléchir lui déposa un baiser sur le haut de son crâne. Lorsque son interlocuteur décrocha, Goren, à contre cœur, ravala son murmure du serment qu'il s'apprêtait à proclamer une nouvelle fois envers Aliénor. Qu'il était là. Qu'il serait toujours là pour elle.
