Chapitre 27
- Et c'est comme ça que vous avez trouvé cette adresse ? Lança perplexe le capitaine Danny Ross à l'attention des quatre inspecteurs réunis dans son bureau.
Les deux femmes s'étaient installées dans les fauteuils des visiteurs, tandis que l'un des deux hommes, celui aux lunettes, avait préféré se positionner près de la porte. Quant au géant, il se tenait debout derrière sa partenaire comme si elle pouvait lui faire office de bouclier avec son conférencier dans la main. C'était lui qui avait eu la tâche d'expliquer à leur supérieur le processus de recherche qu'ils avaient effectué durant toute la mâtinée.
- Oui, Capitaine.
C'était Eames qui venait de répondre à la place de son coéquipier mais Ross ne s'attarda pas sur elle et s'adressa à Benson d'une manière sévère :
- Et sur les indications de Goren et Eames, vous êtes allés vérifier ces adresses avec Munch, sans m'en parler ?
- Nous n'avions aucune raison de venir vous parler de nos potentiels progrès sans les avoir préalablement confirmés, lui répondit de manière prudente Olivia.
Le capitaine retourna son attention vers Goren et se demanda comment celui-ci faisait pour rester autant calme alors que le dénouement de leur affaire était littéralement à portée de main. Il en était presque méfiant, s'interrogeant sur ce qui se cachait derrière cette attitude. Ce n'était pas le Goren habituel. Celui agité, incapable de rester sur place s'il n'était pas absorbé par une quelconque lecture ou plongé dans une profonde réflexion. Ross savait qu'au tout début de la prise de ses fonctions en tant que capitaine de cette unité, il avait été assez dur envers son détective. En raison de sa réputation, de sa carrière et aussi des rumeurs qui circulaient. En ayant ainsi une idée toute faite sur lui avant de le rencontrer et de le voir à l'œuvre, il n'avait pas cherché à essayer de comprendre son fonctionnement. Toutefois, Ross faisait des efforts ces derniers temps. Il donnait un peu plus de leste à Goren. Méthode qui commençait à donner des résultats. Leur relation s'améliorait. Chacun était moins sur ses gardes avec l'autre, bien qu'il puisse y avoir encore des tensions entre eux. Ils ne s'apprécieraient sans doute jamais, mais Ross savait respecter l'officier de police en Goren. Et ce dernier était bon. Avec Eames, ils étaient la meilleure équipe qu'il avait eu sous son autorité jusqu'ici.
Ross se demanda s'il n'avait pas agit par peur en se sentant menacé par Goren. Heureusement pour lui et ceux qui se trouvaient au-dessus que Goren ne semblait pas avoir les dents longues. Tout comme Eames. Si ces deux-là ne se limitaient pas à leur poste de détectives, ils pourraient aisément grimper dans la hiérarchie et être à la tête de leur propre équipe. Ils formaient un étonnant binôme d'ailleurs. Goren traînait avec lui, sans s'en rendre-compte, la protection farouche de Eames, tandis que celle-ci était cernée par l'ombre omniprésente de son partenaire. Ross avait failli les séparer lorsqu'il était arrivé. Diviser pour mieux conquérir d'une certaine manière. Cependant, il avait dû y renoncer très vite à la lecture du dossier de Goren. Il avait vite comprit qu'il ne réussirait pas à lui trouver un autre partenaire si facilement, face à l'historique des essais de l'ancien capitaine Deakins qui était finalement parvenu à le stabiliser Goren avec Eames.
- Vous nous aviez demandé un autre angle d'attaque, de ne pas appuyer toute cette affaire sur Peck.
Ross prit conscience que son moment de réflexion s'attardait lorsque Eames lui rappela d'un ton sec ce qu'il leurs avait réclamé ce matin.
- En effet, concéda-t-il avec un vague mouvement de la main. Et donc Benson...
- Les trois premières adresses que Eames et Goren avaient trouvées n'ont rien donné. La quatrième est celle que nous cherchons. Devant le quai de chargement, j'ai trouvé des traces de pneus que j'ai pris en photo. Elles étaient récentes, la neige ne les avait pas recouvertes. Nous pourrons les comparer à celles du van de Peck. Puis j'ai fait le tour rapidement du bâtiment pour l'inspecter. Contrairement aux autres, même s'il semble vétuste au premier coup d'œil, derrière les barricades, les fenêtres sont intactes et les portes soigneusement fermées.
- Jusque-là, rien de louche, inspectrice. Juste un propriétaire qui semble prendre soin de son bien.
- Dans un quartier industriel abandonné depuis des lustres ? Intervient cyniquement Munch. A mon sens, cela ne fait qu'éveiller mes soupçons.
- Tout dépend du point de vue derrière lequel on se situe, rétorqua sèchement Ross, un brin vexé de trouver de la contradiction.
- Je suis d'accord avec vous, Capitaine, tempéra Benson. Cependant, nous avons huit enfants en danger, et peut-être même plus. Il y a une certaine urgence à agir. Nous pouvons bien entendu attendre sagement que Peck veuille bien nous y amener de lui-même si nous arrivons à le débusquer. Mais si la nouvelle que nous avons trouvé Parker lui parvient et qu'il arrive quoi que ce soit aux enfants pendant que vous tergiversez, vous en porterez la responsabilité, seul, Capitaine.
- Benson ! Siffla Ross pour la prévenir qu'elle était au bord de l'insubordination.
- Non, elle a raison ! Lança Eames. Nous devons agir le plus rapidement possible. Cela fait déjà six jours que nous avons retrouvé Aliénor. Depuis, ils ont laissé un cadavre derrière eux. Je ne souhaite pas que l'on en trouve huit de plus.
- Jusque-là, reprit Benson, nous avons eu de la chance. Peck et ses associés se sentent toujours protégés car les médias ne se sont pas encore emparés de l'affaire. Sauf que désormais, nous devons tenir compte que l'arrestation de Parker va rapidement s'ébruiter. Cela va vite se savoir que l'adjointe d'une directrice d'un foyer d'accueil a vendu des enfants à un réseau pédocriminel. Et que l'un a été découvert mort. Nous allons perdre l'avantage précieux que nous avions jusque-là : la discrétion.
- Nous avons une véritable chance de sauver ces enfants, Capitaine, attesta Goren en griffonnant dans son conférencier.
- Ce ne sont que des présomptions, détectives ! S'agaça Ross. Des traces de pneus dans la neige et quoi déjà... un aérotherme qui fonctionne ?
- Cela nous indique que le bâtiment est chauffé, expliqua Goren. Il y a donc une présence à l'intérieur. De plus, le bâtiment est relié au réseau électrique et à celui d'eau. Avec Eames, nous avons vérifié avec les fournisseurs d'énergies. Les factures de consommation nous prouvent qu'il y a une certaine activité à l'intérieur. Depuis plus de six ans. Tout le reste du quartier est complètement abandonné !
- Oui, mais rien ne nous indique la présence potentielle des enfants, contra Ross.
Excédé par l'argument de son supérieur, Goren jeta son crayon à l'intérieur de son classeur et le referma d'un coup sec.
- Je prendrais toute la responsabilité de cette opération si elle n'aboutit à aucun résultat ! Annonça-t-il d'un ton acide.
Une colère soudaine fit bondir Eames de son fauteuil.
- Hors de question, Bobby ! Protesta-t-elle.
Ross sourit intérieurement devant la réaction prévisible de ses deux détectives. Il savait qu'il n'était pas très fair-play avec eux. En seulement quelques jours, ils avaient remonté la piste avec un seul prénom tout en construisant pourtant une affaire solide. Le profilage géographique était une excellente initiative de leur part. Cela leur permettrait de mettre la pression sur Peck lorsqu'ils l'arrêteraient. Si les enfants étaient bien dans cet entrepôt qu'ils avaient repéré, Peck ne pourrait plus leur négocier leur sauvetage. Mais Ross savait que c'était son rôle en tant que capitaine de les pousser au-delà de leurs capacités.
Deux regards bruns, l'un débordant d'une fureur impétueuse, l'autre brillant de contrariété, se fixèrent et s'affrontèrent. Leur combat revêtait une certaine forme de passion. Ce ne serait ni Goren, ni Eames qui y mettrait un terme.
- Il le faut, Eames, affirma Goren d'une voix basse et pondérée qui demandait pourtant aucune contestation en retour.
- Alors moi-aussi, j'en prends la responsabilité !
La mâchoire de Bobby se contracta. N'osant pas intervenir pour calmer l'altercation, Ross et les deux détectives de l'USV se firent discrets. Ils espéraient que le cyclone qui avait surgit brusquement, s'éteindrait de la même manière.
- Eames... Gronda Goren pour la menacer et l'inciter à arrêter ce qu'elle était en train de faire.
- Je ne t'en laisse pas le choix ! Cracha-t-elle avec rage. Tu n'es pas tout seul sur cette enquête, Goren !
Ils continuèrent de s'opposer par des regards crépitant d'étincelles, cherchant à faire plier la volonté de l'autre à son souhait. Ross savait que ses deux détectives étaient trop entêtés, chacun à leur manière, pour céder et abandonner le combat. S'il les laissait faire, Goren ferait les choses à sa manière sans se préoccuper de quoi que ce soit, et Eames, bien que furieuse, serait pourtant derrière lui quoi qu'il arrive, même si cela devait être elle qui devrait ramasser les pots cassés. Ross soupira longuement.
- Ça suffit, vous deux ! Rugit-il en se levant et en frappant du poing sur son bureau. Aux dernières nouvelles, je suis toujours votre capitaine ! Donc, je prends les décisions et vous les exécutez, c'est bien compris ?
Ross assuma pleinement d'avoir dorénavant deux regards, devenus noirs par la colère, posés sur lui. Il préférait avoir Goren et Eames contre lui malgré tout pour qu'ils puissent rester concentrés sur leur cas au lieu qu'ils se dispersent et se disputent inutilement. Benson avait raison. Les enfants devaient être leur priorité pour l'instant. Et pour cela, ils devaient agir sans perdre plus de temps.
- Benson, appelez votre capitaine. Expliquez-lui la situation et demandez-lui de venir. Je vais avoir besoin de lui. Pendant ce temps-là, je vais passer quelques coups de fil.
- Capitaine...
Ross leva une main autoritaire pour signifier à Goren de se taire.
- Quant à vous, approfondissez vos recherches sur cet entrepôt.
Benson fut la première à hocher de la tête. Elle sortit son téléphone de sa poche et quitta le bureau.
- Est-ce que vous m'obligez à me répéter, détectives ? Aboya Ross mécontent en voyant les trois autres inspecteurs immobiles malgré les ordres qu'il venait de leur donner.
- Vous ne nous mettez pas sur la touche ? S'inquiéta Eames.
- Non.
La détective le sonda quelques secondes et satisfaite de ce qu'elle trouva, elle indiqua la porte de son menton à son partenaire. Ce dernier lui obéit en silence face au regard toujours aussi noir qu'elle lui adressa, entraînant avec lui dans son sillage Munch. Ce fut qu'une fois que Eames ferma la porte derrière lui, non sans lui avoir jeté un regard d'avertissement, que Ross se permit de respirer.
Eames était seule dans les vestiaires des femmes. Robert Goren s'en était assuré avant d'entrer à l'intérieur de la pièce. Il aperçut sa partenaire, toujours aussi raide de colère, en train de revêtir son gilet pare-balle. Il toqua légèrement à la porte d'un casier métallique pour indiquer sa présence. Elle se tourna vers lui. Sans attendre un signe ou une invitation de sa part, il s'approcha doucement d'elle. Eames lui jeta un regard furibond d'arrêter tout de suite ce qu'il envisageait de faire. Mais Goren continua d'avancer vers elle et posa ses longs doigts sur les siens afin de lui proposer son aide pour attacher son gilet. Il se figea dans l'attente d'un rejet. Au bout d'une longue minute d'affrontement, elle soupira de défaite.
- Tu es fâchée.
- Excellente déduction, détective Goren !
Il grimaça au ton ironique et cinglant utilisé. Depuis qu'ils avaient quitté le bureau de leur commandant, elle lui avait à peine adressé la parole. Pourtant, elle le laissa faire lorsqu'il commença à lui régler ses bandes élastiques à fixations velcro sur ses hanches.
- Eames...
- Non ! Claqua-t-elle. Tu oublies bien trop souvent la définition même du partenariat !
- Tu sais très bien que ce n'est pas le cas, répondit Bobby calmement en ignorant pourtant les yeux de sa partenaire.
Sous ses doigts alors qu'il vérifiait les attaches aux épaules, il sentait la contraction musculaire qui raidissait la posture de Eames. Il n'aimait pas être responsable de sa colère. Il avait besoin d'elle. Il ne fonctionnait plus aussi bien sans elle. Il voulait s'assurer qu'elle était toujours là, autant pour leur partenariat, que pour lui. Ils avaient enfin obtenu l'autorisation d'exécuter une descente dans l'entrepôt qu'ils avaient identifié. Il y avait toujours des risques inhérents durant une opération de ce genre. Goren ne désirait pas, si jamais, cela se passait mal pour l'un d'eux, qu'ils restent tous les deux sur l'épisode tumultueux de leur affrontement dans le bureau de Ross. Il voulait apaiser les tensions entre eux avant d'y aller. Tout en lui voulait se réconcilier avec elle. Cette situation le rendait inconfortable, troublé et inquiet.
- Alors explique-moi ce qu'il t'a pris dans le bureau de Ross ? Réclama Eames d'une manière sèche.
- Je me suis engagé pour qu'il arrête de tergiverser et lui donner une motivation supplémentaire pour autoriser l'opération.
- Ou une motivation pour te virer ? Répliqua Eames cassante.
Goren eut un moment d'hésitation, puis termina ses vérifications sur le gilet pare-balle avant de reculer d'un pas. Malgré les traits rendus durs par la colère, Goren se surprit à penser que sa partenaire était si jolie avec ses cheveux attachés en une queue de cheval, dégageant ainsi sa nuque et son visage, laissant à découvert les boucles d'oreilles qu'elle portait.
- Eames, cela n'arrivera que si jamais je le permets. C'était un risque parfaitement calculé.
Goren ne comprenait pas très bien son courroux. Sa coéquipière le connaissait pourtant. Elle savait qu'il ne faisait pas tant de choses que cela d'irréfléchis. Elle pointa un doigt menaçant vers son torse, les traits toujours autant sévères.
- Et tu me prends en compte dans ta gestion du risque ? Cracha-t-elle.
Si Eames savait... Pouvait-il même lui avouer qu'elle était la principale donnée qu'il prenait en compte ? La seule qui était irrémédiablement fixe parmi toutes les variables que composaient sa vie. Il s'était toujours donné comme objectif que quoi qu'il se passe, quoi qu'il puisse lui arriver, rien ne devait éclabousser sa partenaire. Jamais. Il prendrait tous les torts. Il ferait tout pour la protéger de lui.
- Eames, tu sais bien...
- Non ! Le coupa-t-elle d'une voix rêche. Je ne sais pas Goren ! Ce que je sais pas contre, c'est que nous sommes, toi et moi, une équipe ! Chaque décision que tu prends me concerne ! Tu te mouilles, je le suis d'autant ! Tu as des problèmes, ce sont aussi les miens !
- Cela ne peut pas être toujours le cas, fit Bobby sombrement.
Sa partenaire sembla tout d'un coup abattue. Elle laissa tomber ses bras le long de son corps.
- C'est ça ton problème, Goren. Aussi intelligent que tu peux l'être, tu ne comprends pas.
Il détourna le regard, embarrassé par sa remarque.
- Finissons-en, lança-t-elle dans un souffle.
Bobby releva la tête brutalement, soudainement bouleversé par les propos de Eames. Son cœur se mit à battre plus vite, plus fort. Qu'est-ce qui venait de dérailler ? Son cerveau s'embrouilla. Des idées et des pensées toutes plus sombres les unes que les autres commencèrent à le faire suffoquer. Ça y est ? Cela arrivait. Il était finalement parvenu à ce point de rupture qu'il n'aurait jamais voulu atteindre avec Eames. Elle avait décidé que c'était fini, qu'elle en avait assez de lui et de ses frasques. Elle abandonnait. Elle l'abandonnait. Cette douce parenthèse enchantée dans sa vie avec elle venait de trouver sa conclusion. Tout était terminé. Il venait de briser la seule relation qui lui apportait la stabilité et l'envie de se lever chaque jour. Goren comprenait Eames dans un certain sens. Elle n'avait cessé de se battre pour lui, sans qu'il lui apporte quoi que ce soit en échange. Elle en était lasse.
- Je... J'ai... J'ai été content de travailler avec toi, balbutia-t-il en reconnaissant sa défaite. J'ai... été très honoré... d'avoir été... ton partenaire..
Alex écarquilla les yeux, stupéfaite.
- Quoi ? S'exclama-t-elle alors, en prenant l'ampleur au fur et à mesure de ce que venait d'énoncer son partenaire.
- C'est bon Eames... J'ai compris...
Goren recula, prenant ses distances avec elle. Il tenta d'afficher une certaine assurance mais tout était en train de s'écrouler à l'intérieur de lui. Il ne supportait pas le flot d'émotions qui se déversait dans sa poitrine. Eames lui attrapa d'un geste vif le poignet pour l'immobiliser.
- Tu es décidément un véritable crétin, souffla-t-elle.
Bobby cessa de respirer. Il ne comprenait plus rien. Il fallait dire que son cerveau n'était plus vraiment en état de fonctionner. Eames le rejetait et la seconde suivante, elle le retenait ; alors qu'il voulait juste aller se cacher dans un endroit sombre, boire et fumer jusqu'à se perdre dans les brumes de ses ténèbres qui commençaient à lui susurrer une promesse bien trop belle pour la croire de trouver en son sein l'apaisement de son âme.
- Tu m'as mal comprise, reprit-elle après une profonde respiration. Je voulais dire d'en terminer avec cette affaire, pas de notre partenariat, Bobby.
Le monde de Goren sembla reprendre d'un coup toutes ses couleurs.
- Tu ne pars pas ? Demanda-t-il à sa partenaire pour s'assurer qu'il avait cette fois bien compris.
- Je suis un boomerang, rappelle-toi.
Bobby se détendit et se permit d'apprécier à sa juste valeur les doigts de sa partenaire autour de son poignet. Il aimait le contact de sa peau chaude contre la sienne. Ses traits, désormais plus doux, embellissaient cette couleur caramel dont s'étaient teintés ses iris.
- Tu es un crétin, répéta-t-elle. C'est pour cette raison que je veux que tu prennes en compte un peu plus mon point de vue sur notre partenariat. Tu n'as pas à tout assumer, Bobby. J'en ai ma part aussi.
- Je comprends, réussit à articuler un Bobby, encore un peu perdu par le maelström d'émotions qui l'agitait.
- Je l'espère, sourit-elle en lui lâchant le poignet.
Goren regretta aussitôt la perte de cette proximité. Alex se rapprocha de lui pour à son tour vérifier que ses fixations étaient bien ajustées. Il s'interrogea sur le fait qu'un jour sa chance d'avoir cette incroyable femme à ses côtés risquait de s'épuiser. La tempête semblait bel et bien passée, laissant assez peu de dégâts derrière elle. Pourtant Bobby restait encore terrorisé de ce moment où il avait cru que Eames décidait de s'en aller loin de lui, de sa propre incapacité à cet instant à la garder, de n'avoir rien fait pour se battre, ni essayé de la convaincre de rester avec lui. C'était sans aucun doute une bonne piqûre de rappel. Que Eames ne lui était pas acquise. Qu'il devait travailler sur lui, essayer de briser ses mécanismes de défenses lorsqu'il s'agissait d'elle et de leur partenariat.
- Je vais faire un effort, Eames. Promis.
Bobby prononça cette promesse à voix basse lorsque Eames se mit sur la pointe des pieds pour vérifier ses attaches aux épaules. Elle chercha son regard. Il ne chercha pas à fuir ses yeux inquisiteurs. Il espérait qu'au contraire, elle lisait dans ses prunelles toute la sincérité de son engagement et l'affection qu'il éprouvait envers elle. Quelque chose sembla la troubler car elle se déroba pour se concentrer sur le nœud de sa cravate que ses mains commençaient à dénouer. Elle fit glisser la bande de soie délicatement de son col pour la lui retirer. Bobby en perdit toutes pensées cohérentes. Alex reposa ses talons sur le sol, perdant ainsi les quelques maigres centimètres en hauteur qu'elle avait gagnés. Elle attrapa l'une des mains de son partenaire pour lui restituer cette cravate qu'il ne regarderait certainement plus jamais de la même manière.
- Pas de ce bout de tissu durant l'intervention, fit-elle pour expliquer son attitude. Il peut être dangereux en cas de combat rapproché.
Bobby acquiesça lentement de la tête, ne sachant pas vraiment quoi lui répondre face à son geste effronté et quelque part si impudique pour eux.
- Fais-le, continua-t-elle, et on sera bien, Bobby.
Goren resserra ses doigts sur la soie, auparavant passée autour de son cou, pour se refréner. Il n'avait plus qu'une envie, celle de serrer dans ses bras cette extraordinaire femme, qui se tenait face à lui, pour la remercier d'être ce qu'elle était et de l'accepter dans sa vie.
