Chapitre 40
Ce matin, le réveil se mit à sonner plus cruellement que d'habitude. Bobby gémit au son strident et son corps se contracta de douleur. Il voulut tendre le bras pour éteindre la fichue machine afin de faire cesser le bruit indésirable, mais il n'eut pas la force nécessaire pour appuyer sur le bouton arrêt. Attendant que la sonnerie cesse d'elle-même, son crâne hésitait entre l'explosion et l'implosion. Bobby tenta à-nouveau de bouger. Il devait absolument se lever. Il fallait qu'il prépare Aliénor pour l'école. Quant à lui, il avait une enquête à mener et un rendez-vous cet après-midi avec Carver pour préparer son témoignage au procès Copeland. En essayant de se mettre sur le côté, un goût de bile lui remonta le long de son œsophage. Il dut rester sur le dos, immobile, tandis qu'un étau se resserrait autour de son crâne.
Bobby avait dû perdre conscience car il se réveilla en sursaut lorsqu'il sentit qu'on le secouait. Le premier mécanisme de la machine à se mettre en route était habituellement le cerveau, pourtant il avait l'impression que sa tête pataugeait dans le sable. Il serra les dents, rassembla le peu de force qu'il lui restait pour ouvrir les yeux. Il découvrit alors au-dessus de lui une petite fille dans un pyjama bleu avec une voiture de police sur le haut -énième cadeau de la part de Lewis qui ne cessait de la gâter. Elle avait ses petites mains agrippées à son tee-shirt, le visage décomposé.
- Ally... Réussit-il à marmonner. Quelle heure est-il ?
La fillette le lâcha, s'appuya sur son abdomen pour regarder le réveil. Avec ses doigts, elle lui signa trois chiffres. Sept. Un. Et quatre. Bobby se concentra pour les interpréter. Constatant qu'ils étaient très en retard, il essaya de se redresser mais ce fut une mauvaise idée. Son crâne sembla sur le point d'exploser et l'ensemble de ses muscles protestèrent face à cet effort. Il se recoucha aussi sec en poussant un cri d'agonie. Entre ses paupières mi-closes, il aperçut l'air paniqué de Aliénor. Celle-ci était devenue pâle. Elle rampa jusqu'au bord du lit pour en descendre. Il chercha à la retenir mais elle quitta la chambre comme une fusée. Une nouvelle douleur aiguë le traversa. Bobby vit une gerbe de couleurs exploser devant ses yeux avant que tout redevienne noir tout autour de lui.
Lorsque Bobby reprit contact avec la réalité, la première chose qu'il ressentit fut ces sensations de froid et d'humidité sur son front. La douleur dans son crâne n'était plus aussi lancinante. Il ouvrit les yeux lentement en essayant de bouger son corps raide. Ses muscles douloureux le firent gémir.
- Ne bouge pas, Bobby, le sermonna d'un ton autoritaire une voix bien familière.
Il sentit le matelas ployer légèrement près de lui. Il aperçut de jolies mèches blondes au-dessus de lui. Il eut une envie irrésistible de les faire glisser entre ses doigts. Puis il reconnut ce regard noisette qu'il affectionnait tant. Cependant il n'était pas aussi pétillant que d'habitude. Quelque chose le troublait.
- Alex ?
- Tiens-toi tranquille.
Sa partenaire le débarrassa de la chose mouillée posée sur son front. C'était un simple gant de toilette.
- Comment te sens-tu ? Lui demanda-t-elle inquiète en posant le dos de la main, inhabituellement fraîche, sur sa joue.
Bobby était conscient que cela ne lui servirait strictement à rien de mentir à sa partenaire sur son état, au risque de se créer bien plus de problèmes avec elle.
- Pas très bien, avoua-t-il.
- J'ai dû appeler ton médecin.
- Pourquoi ?
- Tu as de la fièvre, lui répondit-elle. Et parce que tu n'as pas de voix au chapitre, Goren.
- Ally ? S'inquiéta-t-il d'un murmure.
Du doigt, sa partenaire lui montra la fillette endormie. Elle était pelotonnée contre lui comme un chaton. L'une de ses mains tenait sa cravate magique tandis que l'autre était cramponnée au tee-shirt qu'il portait.
- Elle n'a pas voulu te quitter une seule seconde.
En observant Aliénor, Bobby essaya de reconstituer les derniers événements pour essayer de comprendre la présence notamment de sa partenaire. Toutefois, son esprit était encore anesthésié par la douleur. Sa capacité à raisonner n'était pas aussi vive que d'habitude. Pâteux, il dut admettre qu'il n'arriverait pas à combler les blancs lui-même.
- Que s'est-il passé ? Finit-il par demander à Alex.
- J'ai reçu ton message d'alerte, il y a quelques heures.
N'arrivant pas à se concentrer, Bobby mit quelques secondes à saisir le sens de la déclaration de Alex. Sur son téléphone, il y avait toujours un message en brouillon à l'attention de sa partenaire. Une mesure de précaution qu'il avait adoptée depuis que la fillette habitait avec lui. Il avait appris à cette dernière à le retrouver et à l'envoyer, si jamais il lui ou leur arrivait quelque chose.
- J'ai rappliqué aussi vite que j'ai pu, continua-t-elle. Lorsque je suis arrivée, j'ai trouvé Aliénor en pleurs et en pleine crise d'hystérie. Elle n'arrêtait pas de te secouer pour essayer de te réveiller alors que tu étais inconscient. Tu lui as vraiment fait peur, Bobby.
Il se tourna vers Aliénor et posa la main sur ses cheveux, une grosse boule d'émotions lui comprimait la poitrine. La fillette ouvrit soudainement les yeux. Elle se réveillait toujours ainsi, d'un sursaut. Comme si on avait appuyé sur le bouton "on". Elle s'assit et le dévisagea en clignant des yeux. Étreinte par l'angoisse, elle avait le visage et le corps tendu dans l'attente d'une réaction de sa part.
- Ally... Souffla-t-il.
Elle eut un hoquet. Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'elle grimpa sur lui pour enserrer son cou de ses bras et y venir nicher son visage. Bobby retint une grimace et un gémissement de douleur face à la brusquerie de son geste. Alors qu'elle tremblait contre lui en sanglotant, il se mit à lui frotter tout doucement le dos pour l'apaiser. Bobby prit alors conscience qu'il avait réellement effrayé Aliénor. Il se l'imaginait être de plus en plus terrifiée en ne réussissant pas à le réveiller. Avait-elle pensé qu'il l'abandonnait et qu'elle allait se retrouver seule au monde ? Peut-être avait-elle même cru qu'il était mort comme ses parents ? Un enfant qui a vécu la mort a toujours peur de vivre un autre décès. Il n'aurait jamais pensé qu'elle puisse faire un tel amalgame. Seulement, ce n'était pas une petite fille ordinaire qui aurait juste des peurs irrationnelles.
Alex quitta la chambre sans un bruit pour les laisser tous les deux.
- Pardonne-moi, Cookie, chuchota-t-il, de t'avoir fait peur. Je suis un peu malade. Rien de grave.
Il l'entendit renifler, signe que ses pleurs commençaient à se tarir.
- Tu as fait ce qu'il fallait. Tu as prévenu Alex. Tu es une petite fille très courageuse.
Il y eut un nouveau reniflement avant qu'elle ne relève la tête. Il réussit à lui sourire pour tenter de la convaincre que cela allait mieux, qu'elle n'avait pas à s'inquiéter. Il effaça les larmes à l'aide de son pouce et lui passa une épaisse mèche de cheveux derrière l'oreille.
- Je vais beaucoup mieux grâce à toi, lui affirma-t-il devant son air méfiant.
- Aliénor, tu veux bien donner ce médicament à Bobby ? Demanda Alex en revenant dans la chambre avec un verre d'eau.
La fillette, après s'être passée la manche de son pyjama sur ses yeux puis son nez, se laissa glisser du torse de son tuteur, lui permettant de mieux respirer. Elle s'assit sur le lit près de lui. Alex lui déposa le cachet dans la paume qu'elle lui présentait. Bobby se releva légèrement pour s'adosser contre le mur. Il attrapa le médicament que lui tendait Aliénor. Sous un regard anxieux et un autre sévère, il avala le comprimé sans renâcler afin d'éviter d'avoir des ennuis avec sa partenaire. Il se rendit-compte qu'il était assoiffé en buvant le verre d'eau d'une seule traite. Le liquide frais lui procura un merveilleux bien-être.
- Et si tu allais, Ally, chercher la bouteille d'eau qui est dans la cuisine ? Dit Alex. Je suis certaine que Bobby a encore soif.
Avec un air très sérieux, la fillette hocha de la tête pour accepter la mission qu'on lui confiait. Elle se tortilla et se laissa glisser du lit, en posant un pied puis l'autre sur le sol avant de disparaître dans le couloir.
- Rallonge-toi, ordonna Alex à son partenaire, une fois seuls. Tu as besoin de repos.
- Mais Ally...
- Je m'en occupe, le coupa-t-elle d'une voix ferme. Tu t'inquiéteras du reste plus tard.
Elle lui posa une main sur l'épaule pour l'inciter à se recoucher. Il lui obéit, cette fois-ci sans protester, face au trouble qu'il lisait dans son regard et parce qu'il n'avait pas la force de lui résister. La tête reposée sur l'oreiller, il sentit instantanément ses paupières papillonner. L'image qu'il emporta avec lui dans son sommeil fut celle de cheveux blonds et d'un intense regard brun au-dessus de lui.
Lorsque Goren se réveilla, il trouva Alex installée en tailleur sur le sol près du lit. Il y avait un ordinateur et des dossiers tout autour d'elle. Il ôta le gant de toilette humide posé sur son front, ce qui attira son attention. Elle lui jeta un regard troublé avant de se lever et venir s'asseoir sur le matelas à ses côtés. Il tâta les draps près de lui mais ne trouva pas la présence de Aliénor.
- J'ai réussi à l'envoyer regarder des dessins animés dans le salon, expliqua Alex en voyant son geste. Pour qu'elle accepte, j'ai dû lui promettre de rester avec toi pour te veiller. Mais elle revient environ tous les quarts d'heure pour vérifier que tu n'as pas disparu.
Bobby se releva péniblement, son corps était raide en raison des courbatures qui le paralysaient. Par contre, il ne subsistait pratiquement plus rien de l'élancement sourd dans son crâne. Alex lui tendit un verre d'eau posé sur la table de chevet.
- Tu dois t'hydrater, fit-elle pour expliquer son geste.
Sachant qu'il lui était inutile de protester, Bobby obéit. Elle le regarda boire.
- J'ai appelé l'école, déclara-t-elle après qu'il ait avalé la moitié de son verre, pour les prévenir de l'absence de Aliénor, ainsi que Rose. Comme tu t'en doutes, Carver n'était pas particulièrement ravi que j'annule votre rendez-vous.
Il hocha de la tête et termina de boire son verre d'eau.
- Et pour notre enquête ?
Alex soupira. Ils travaillaient sur un double homicide depuis plus d'une semaine.
- J'ai averti Ross que tu étais malade et que nous serions absents du bureau au moins deux jours.
- Comment ça "nous" ? Répéta Bobby, un peu plus alerte.
- Oui, nous. Wheeler et Logan m'ont déjà apporté tout ce qu'il me fallait pour que je puisse travailler ici.
Elle se pencha afin de lui jeter un tel regard qu'il ravala ses protestations. Il baissa les yeux sur le verre désormais vide qu'il tenait entre ses mains. Il allait le reposer lorsqu'il suspendit son geste. Son radio-réveil lui indiquait qu'il était déjà plus de dix-neuf heures passés.
- Oui, lui confirma sa partenaire, tu as dormi d'une seule traite depuis ce matin.
Elle laissa planer le silence quelques secondes. Elle pinça des lèvres, l'air de prendre sur elle pour ne pas s'énerver.
- Bobby, depuis que je te connais, je ne t'ai pas vu une seule fois malade. C'est peut-être une exception aujourd'hui. Pourtant, je pense plutôt que tu pousses trop tes limites.
Il détourna une nouvelle fois le regard, embarrassé. Alex avait appuyé un point sensible. Déjà qu'il avait une tendance à l'insomnie chronique, celle-ci s'était un peu plus aggravée ces derniers temps. Ses nuits, qui avaient toujours été très courtes, s'étaient un peu plus raccourcies. Et Bobby avait conscience qu'il était arrivé à un stade critique. Il dormait trop peu et dans la journée, il avait parfois à peine l'énergie pour lire un rapport. S'il n'était pas sur une enquête, il passait tout son temps libre avec Aliénor. Il devait accomplir un millier de choses à la fois tout en pensant à elle. Il devait savoir ce qu'elle aimerait pour le dîner, si elle avait besoin de vêtements neufs car elle commençait à rattraper un peu son retard de croissance, prendre divers rendez-vous médicaux pour elle, notamment avec son pédiatre pour son suivi, et l'y accompagner sans oublier de s'y rendre, s'assurer que tout se passait bien à l'école et qu'elle arrivait à suivre la classe en l'aidant à rattraper le retard qu'elle avait pris dans son apprentissage de la lecture et de l'écriture, ou bien s'assurer tout simplement de savoir si elle allait bien ou non. La relaxation était un luxe qu'il ne pouvait plus se permettre. Encore moins au boulot. Sa charge de travail était quasiment la même qu'avant d'accueillir Aliénor, même si Alex essayait de le soulager d'une partie de sa paperasse. Comme attendu, il n'avait pas de traitement de faveur. Il essayait ainsi de compenser ce qu'il ne faisait plus au bureau chez lui, notamment en passant des heures à effectuer les recherches nécessaires pour les enquêtes, une fois Aliénor endormie. Entre ses recherches, les tâches domestiques qui lui incombaient et les cauchemars de la fillette, il lui arrivait parfois de trouver un peu de temps pour dormir. Bobby se devait d'être aussi performant en tant qu'enquêteur d'une unité d'élite comme la Major Case qu'avant l'arrivée de cette petite fille dans sa vie. Il n'avait pas besoin que Ross lui demande. Il s'exigeait de lui-même d'être au même niveau, voire plus.
- Bobby, soupira sa partenaire face à son silence assourdissant. Je pensais que tu avais ralenti un peu le rythme depuis que tu as Aliénor avec toi. Tu ne peux pas être sur tous les fronts en même temps, tu sais.
- C'est juste un peu de fatigue, lui répliqua-t-il d'un ton désinvolte.
Elle se crispa et Bobby sut alors qu'une tempête allait se déchaîner sur lui.
- Bobby, non ! Cracha-t-elle en élevant soudainement la voix. Tu n'es plus tout seul, désormais ! Parce que tu es responsable de Aliénor, tu te dois de prendre soin de toi ! Toi qui penses être le plus intelligent dans cette pièce, dis-moi que se serait-il passé si Aliénor n'avait pas réussi à m'envoyer le message d'alerte ? Ou comment aurais-tu géré la situation si je n'étais pas venu à ton secours comme je l'ai fait ce matin ? Hein ? Dis-le moi, Bobby !
Goren ne comprit pas la soudaine colère de sa partenaire. Certes, il était malade, pas à l'agonie non plus. Ce qui s'était passé n'avait pas une allure de fin du monde comme elle semblait le croire.
- Alex...
- Non ! Ce n'est pas toi qui a dû calmer ta fille complètement hystérique car tu ne te réveillais pas !
- Je suis désolé, je ne voulais pas te l'imposer.
Alex le foudroya d'un regard noir.
- Tu ne comprends décidément rien Goren !
A l'utilisation de son nom, Bobby sut que la situation était un peu plus grave qu'il ne l'avait imaginé. Il observa la femme devant lui, cherchant à connaître l'origine de sa colère. Elle avait un air sévère, intransigeant en plus de son air furieux. C'était la tête qu'elle faisait lorsqu'elle était inquiète pour lui. Cependant, il y avait autre chose en plus qui couvait en elle qu'il n'arriva pas à identifier.
- Alex, je suis désolé de t'avoir tant inquiété, fit-il d'une voix douce pour l'apaiser. C'est indépendant de ma volonté de vous avoir créé une telle frayeur à Ally et toi, tu sais.
- Ne nous refais plus jamais ça, Goren ! Lança-t-elle d'une voix sèche. Aliénor a besoin de toi ! Tu n'as pas le droit de la laisser tomber !
Bobby tendit la main pour attraper celle de sa partenaire, mais celle-ci l'éloigna, encore trop furieuse pour se laisser amadouer.
- En punition, je t'oblige à rester alité ou à te traîner jusqu'au canapé, si tu en es capable, pour être avec ta fille ! Tu te reposes jusqu'à ce que j'estime que tu l'es suffisamment ! Et pas de boulot pour t'occuper l'esprit ! Tu ne fais rien, et Dieu, je sais que ça va être compliqué pour toi !
- Alex ! Siffla-t-il, brusquement irrité de se faire traiter comme un enfant.
- Non ! Lui objecta-t-elle en se levant. Tu m'as prouvé que tu étais incapable de prendre soin de toi-même pour Aliénor ! Alors je vais devoir le faire !
L'arrivée en trombe de la fillette dans la chambre, sûrement alertée par leur dispute, empêcha Bobby de riposter et sûrement d'attiser un peu plus la colère de sa partenaire. La fillette grimpa sur le lit et s'agenouilla près de lui, puis elle le regarda avec cet immense mélange de peur et d'inquiétude mêlées.
- Après avoir dormi toute la journée, je me sens beaucoup mieux Ally, s'exclama-t-il.
En se mordillant les lèvres, elle lui toucha la joue et les cheveux. Sa tendresse enfantine le fit sourire. C'était un baume magique.
- Et si j'allais avec toi sur le canapé pour regarder la télé ?
Aliénor se tourna vers Alex, comme si elle lui quémandait sa permission ou la vérité sur son état.
- Oui, Bobby va mieux, lui répondit-elle en retrouvant un peu de sa douceur. Mais il faut qu'il se repose, il est encore fatigué. Alors, je compte sur toi pour t'assurer qu'il le fasse.
La fillette hocha de la tête avec solennité. Bobby savait qu'elle exécuterait cette mission confiée avec certainement la même minutie qu'elle mettait pour ranger ses affaires. Puis elle s'épanouit en attrapant la main de son père et la tira doucement vers elle pour lui demander de la suivre. Bobby repoussa les draps et se leva. Il devait montrer à Aliénor que tout allait bien désormais. Il ne voulait pas lui causer une nouvelle frayeur. Elle le conduisit lentement dans le salon où il s'affaissa sur le canapé en sueur. Il ne l'avouerait jamais mais l'effort de se déplacer venait de lui coûter. Aliénor se pelotonna contre lui et il l'entoura d'un bras. Il croisa le regard de Alex qui les avait suivit en silence pour s'assurer qu'ils arrivent à bon port. Elle semblait toujours aussi en colère et inquiète.
- Je vais préparer quelque chose pour le dîner.
- Je peux le faire, je vais mieux. Tu peux rentrer chez toi, Alex.
- Il faut que tu manges un peu Bobby. Et j'irais changer tes draps en aérant ta chambre.
- Tu n'es pas obligée de faire tout ça.
- Tu ne m'obliges à rien du tout. Je ne demande qu'à vous aider, toi et Aliénor. Il serait peut-être temps que tu intègres cette donnée, Goren.
La sincérité de sa réponse et son offre de l'aider ne le surprit pas du tout.
- Pourquoi ?
Elle haussa des épaules, en affichant cet air buté qui lui indiquait qu'il n'obtiendrait pas les réponses à ses questions.
- Parce que, Goren.
- Alex...
- J'espère que tu as quelque chose dans tes placards facile à cuisiner, grommela-t-elle en remontant les manches de son pull sur ses avant-bras.
Alex se déroba à son regard en disparaissant dans la cuisine pour faire cesser les questions. Sa partenaire avait toujours été là, pensa Bobby. Depuis le début. Cela le rendait même heureux qu'elle semblait partager avec lui la voie qu'il avait décidé d'emprunter en incorporant Aliénor dans sa vie. Bobby avait conscience que cela aurait pu les éloigner au lieu de les rapprocher même si elle comprenait sa démarche. Elle ne l'avait pas jugé sur sa décision. Elle l'avait simplement aidé et encouragé. Elle en était même arrivée à cette étrange conclusion que Aliénor et lui semblaient avoir besoin d'elle pour prendre soin d'eux. Tout ce qu'elle faisait ces derniers temps allait au-delà de leur partenariat et même de leur amitié. Pourquoi s'impliquait-elle donc autant avec lui ?
