Chapitre 3
"DRACO MALFOY: UN HOMME LIBRE"
par Rita Skeeter
Comment un Mangemort peut-il racheter ses fautes? Au sortir de la Seconde Guerre des Sorciers, c'est précisément cette question qui a été posée à Draco Malfoy. Après un an passé derrière les barreaux d'Azkaban, dans l'attente d'être jugé, le procès de Draco Malfoy s'est finalement ouvert le mercredi 25 Août, et a duré deux jours.
Les conditions de sa libération n'ont pas été rendues publiques. Est-il assigné à résidence? A-t-il fourni des informations précieuses concernant les autres Mangemorts au Magenmagot? Le patrimoine familial a-t-il été saisi en guise d'indemnité de guerre?
Suivez-moi, cher lecteur, et vous saurez tout très bientôt.
Hermione leva les yeux au ciel et croqua dans son toast. Elle entamait sa deuxième lecture de l'article. Elle l'avait d'abord parcouru rapidement, s'arrêtant sur des passages comme 'les héros de guerre Harry Potter et Hermione Granger ont été entendus comme témoins à décharge'.
A sa surprise, l'article était tout à fait factuel, malgré sa rédactrice. La photo d'illustration avait dû être prise après le procès, supposa-t-elle, car ses cheveux étaient propres et coiffés. Comme s'il s'était préparé pour une séance photo.
Habituellement, elle retrouvait chaque matin à son réveil les articles et photos évoquant Draco Malfoy suspendus à son plafond. Mais Ginny faisait la grasse matinée aujourd'hui, comme tous les week-ends. Elle avait rejoint l'équipe de réserve des Harpies de Holyhead et s'entraînait tôt le matin du lundi au vendredi, elle se reposait donc quand elle le pouvait.
Hermione ne s'attendait pas à avoir des informations dès le lendemain de la fin du procès et elle perdit plusieurs minutes sur sa routine matinale à parcourir la Gazette. Hermione vérifia l'heure. Elle allait être en retard à son travail du week-end à la librairie Cornerstone, une petite boutique au charme désuet de l'Allée de Traverse. Elle y travaillait de 10h à 18h les samedis et dimanches, un choix de vie que Ron, Harry et Ginny avaient du mal à comprendre.
"Pourquoi veux-tu travailler le week-end?" Ron lui demanda, un jour qu'il rendait visite à Harry pour son anniversaire en Juillet. "Quand est-ce que tu vas te reposer? Et ta vie sociale?"
"Tout le monde n'a pas besoin de dormir jusqu'à deux heures de l'après-midi, Ronald," fut sa réponse.
De toute façon, Hermione réalisa rapidement à sa sortie de Poudlard qu'elle n'avait aucune vie sociale. Les premiers mois de colocation avec Ginny, elle avait l'impression d'être encore dans leur dortoir à l'école. Mais dès qu'Harry se joignait à elles, elle ne se sentait plus trop à sa place. Elle réalisa qu'elle ne pouvait pas juste remplacer un Weasley par un autre. Harry et Ron avait une dynamique bien à eux, mais elle aussi était appréciée et indispensable au sein du trio. A contrario, il y aurait forcément des moments dans la relation de Ginny et Harry où la présence d'Hermione ne serait pas indispensable.
A la mi-Juin, n'ayant plus de devoirs à rendre sur lesquels travailler le samedi soir, elle postula à plusieurs offres d'emploi pour occuper ses week-ends. Morty, le patron de la librairie Cornerstone, lui fit passer un entretien comme si elle était un être humain normal, et non une 'Fille en Or', et elle s'attacha immédiatement à lui.
Hermione replia le journal, attrapa sa veste et sortit pour rejoindre le point d'apparition le plus proche. Elle aurait tout le loisir de relire l'article pendant les moments de creux à la librairie.
Elle transplana au Chemin de Traverse, près de chez Florian Fortarôme à 9h25 précises, comme chaque samedi. Un flash se déclencha à sa droite, comme chaque samedi. Une voix l'appela "Melle Granger! Par ici! Qu'avez-vous de prévu ce weekend?", comme chaque samedi.
Le premier mois, Hermione souriait et répondait, tout en s'étonnant que la réponse "Oh, rien de spécial. Juste travailler et lire." méritait une nouvelle interview le week-end suivant. En Août, elle avait arrêté de répondre et se contentait juste de sourire. Maintenant, elle ne s'arrêtait même plus.
Elle passa devant les devantures familières des boutiques et s'arrêta au croisement entre le Chemin de Traverse et Horizont'allée. Elle retira les enchantements placés la veille sur la librairie par Morty, et entra. C'était une toute petite boutique, proposant des milliers de livres entassés de toutes parts. Elle n'atteignait pas le niveau de fréquentation de Fleury et Bott mais Hermione appréciait le calme qui y régnait. Elle avait une demi-heure devant elle pour mettre des livres en rayon et faire le point sur les comptes, avant que les premiers clients n'arrivent.
Hermione ouvrit la Gazette sur le comptoir et sortit du placard situé au-dessous le cahier de comptes de la boutique. Elle plaça la dernière lettre reçue d'Australie à côté du journal, avec l'intention de répondre à sa 'correspondante', Monica Wilkins, dans la journée. En s'y prenant bien, elle arriverait peut-être à y glisser à quel point elle aimerait visiter l'Australie, et que peut-être elle pourrait les rencontrer, sans avoir l'air de s'imposer.
Hermione passa l'article au peigne fin, à la recherche d'informations complémentaires. Avait-il déjà été relâché? Allait-il vivre au manoir avec Narcissa? Des nouvelles de Lucius?
Les Malfoy, comme d'autres Mangemorts inculpés, avaient été appréhendés dans le mois qui suivit la Bataille Finale. Dès que Kingsley fut nommé Ministre et que le Ministère put se remettre en ordre de marche, la chasse fut ouverte. Toutes les personnes suspectées d'être des Mangemorts furent emprisonnées à Azkaban en attendant leur procès. Harry, Ron et Hermione avaient chacun témoigné pendant toute une semaine l'été dernier, pour aider le Magenmagot à classer les accusés par ordre de dangerosité. Harry s'était battu pour que Narcissa Malfoy bénéficie d'un procès sans délai, étant donné les preuves qu'il pouvait fournir, notamment sur son aide pendant la Bataille de Poudlard. Hermione s'étonna de sa pugnacité en faveur de Narcissa mais aussi de sa volonté à remuer ciel et terre pour sauver un Malfoy, tout en admettant qu'elle était mal placée pour faire des remarques à ce sujet.
Malheureusement, les membres du Magenmagot qui avaient une dent contre la famille Malfoy, vécurent la libération de Narcissa Malfoy comme une défaite et hâtèrent le procès de Lucius Malfoy. Il fut condamné à une peine de vingt ans de prison mais avait d'ores et déjà entamé des négociations pour réduire sa sentence de moitié. Draco, en revanche, dut attendre près d'un an pour être jugé à son tour, en guise de punition. De nombreux membres du Magenmagot étaient d'anciens proches collaborateurs de Dumbledore, quand il occupait la fonction de Président Sorcier, et considéraient que Draco devait être tenu responsable de ses actes.
Hermione sursauta quand la porte de la boutique laissa entrer son premier client à 10h05. La librairie resta calme toute la matinée jusqu'à ce que Ginny déboule comme une tornade vers midi.
"Tu sais, je te sélectionne des articles tous les matins," cria-t-elle depuis la porte d'entrée, main sur les hanches. Hermione grimaça.
"Oui?" répondit Hermione, à un niveau sonore normal.
Ginny, réalisant que le volume de sa voix était inapproprié, observa l'intérieur de la boutique et sauta les deux marches jusqu'au comptoir. Elle y posa ses deux mains à plat devant Hermione.
"Je te sélectionne des articles tous les matins. Des articles captivants. Et aujourd'hui, l'article le plus intéressant de ces derniers mois avait disparu avant même que je me lève."
Hermione sourit et jeta la Gazette sur le comptoir vers Ginny.
"Oh, mais je l'ai vu!" Elle repoussa le journal vers Hermione. "Harry m'a tout raconté."
"Désolée Ginny." Hermione rangea le cahier de comptes. "Je pensais que tu l'avais déjà lu."
"Si je l'avais lu, tu l'aurais trouvé suspendu au plafond à ton réveil. Parce que c'est le genre d'amie que je suis."
Hermione rit. Ginny aimait endosser le rôle de la rousse au tempérament de feu même quand elle n'était pas réellement fâchée. Harry avait encore du mal à faire la distinction.
"Oui, tu es une très bonne amie, Ginny."
"Et parce que je suis cette très bonne amie, j'ai couru jusqu'ici pour t'annoncer ce que la Gazette ne dit pas."
Les mains d'Hermione, occupées à trier le courrier, s'immobilisèrent. Ginny arbora un air satisfait.
"Oui?" demanda Hermione. Elle était parfaitement immobile.
"Harry a reçu un appel de Cheminette ce matin." Ginny sourit et baissa sa voix. "Malfoy va rejoindre le Ministère dans deux semaines."
Hermione écarquilla les yeux. Elle s'avança vers Ginny et vérifia qu'il n'y avait pas d'oreilles indélicates dans les rayons à sa gauche.
"Pour faire quoi? Quel service?"
"Comme informateur. Au Service des Aurors."
"Informateur?" Hermione haussa les sourcils très haut. "Tu veux dire -?"
"C'est confidentiel, Granger," dit Ginny. "Mais apparemment, c'était son idée." Ginny attrapa un bonbon à la menthe dans la soucoupe mise à disposition sur le comptoir et commença à en ôter l'emballage. "Juste avant la pause déjeuner hier, Draco a demandé à prendre la parole et a proposé une libération conditionnelle, affirmant qu'il pouvait être une ressource précieuse pour aider le Service des Aurors à appréhender les derniers Mangemorts et à localiser des objets de magie noire, des passages secrets, et tout ça."
Hermione la regardait fixement. Ginny affichait un petit sourire entendu.
"Bien joué, Hermione."
Hermione se redressa.
"Je-Je n'y suis pour rien," dit-elle. "On dirait qu'il a très bien su plaider sa cause tout seul – "
"Oui, mais seulement après que tu sois apparue sur ta licorne blanche. La Fille en Or doit être entendue!" Ginny tapa du poing sur la table d'un air théâtral, qui n'était pas sans rappeler un certain duo de jumeaux roux.
Hermione leva les yeux au ciel et attrapa plusieurs demandes de réservation afin d'aller chercher les livres et de les mettre de côté, derrière le comptoir. Elle commença par se diriger vers la petite alcôve, à gauche de l'entrée, et Ginny la suivit.
"Alors" dit Ginny. "Tu ne m'as pas raconté comment ça s'était passé au procès hier. D'après toi, il va t'envoyer une carte de remerciement ou il va passer te voir en personne?"
"Ni l'un, ni l'autre, je parie." Hermione attrapa un gros volume en bas de la bibliothèque et le hissa dans ses bras. "Il n'avait vraiment pas l'air ravi de me voir."
"Ça a dû être un choc de te revoir, c'est sûr" chantonna Ginny. Hermione savait déjà ce qui allait suivre. "Après tout, la dernière fois que vous vous êtes vus c'était… tu sais…"
Ginny faisait souvent ce petit jeu. Elle laissait ses phrases en suspens quand elle parlait de Draco pour qu'Hermione la corrige ou finisse à sa place. C'était sa méthode pour obtenir des informations.
"La dernière fois qu'on s'est vu c'était à la Bataille Finale, Ginny," dit Hermione. Elle fit un petit cercle autour de Ginny pour atteindre les rangées derrière elle.
"Ah, oui oui," dit Ginny. "Mais avant ça, c'était… tu sais..."
"Le combat dans la Salle sur Demande, tu veux dire ?" Hermione lui fit un sourire en coin, refusant de jouer son jeu.
"Bien sûr mais je voulais parler de la dernière conversation sérieuse que vous avez eu tous les deux. C'était..."
"Ah cette conversation-là. Tu dois parler de celle en deuxième année, sur le terrain de Quidditch, quand il m'a appelé Sang-de-bourbe," Hermione répondit, l'air impassible. Elle invoqua l'échelle de bibliothèque.
"Oui, aussi romantique que ça devait être, je suis sûre qu'il y a eu d'autres conversations ensuite, comme…"
"Quand je l'ai giflé en troisième année?"
"Oui, et puis…?"
"Quand il a fait courir de fausses rumeurs sur Harry et moi pour que Rita Skeeter les publie?"
"Préliminaires." Ginny fit un geste impatient de la main. Hermione rigola et commença son ascension jusqu'à l'étagère du haut. Ginny continua, "Je pensais plutôt aux conversations privées que vous avez eu un peu après, en sixième année peut-être? C'était quand?"
"Tu veux parler des conversations au sujet d'une Armoire à Disparaître et de la meilleure option pour la réparer peut-être?" Hermione lui sourit depuis le deuxième échelon. Ginny fronça les sourcils.
"Nous n'avons jamais eu de conversation sérieuse, Gin."
"Alors peut-être que je confonds avec… tu sais…"
"La fois où il a laissé entrer les Mangemorts dans le château?" Hermione réalisa qu'elle ne savait même pas s'il y avait quelqu'un d'autre dans la boutique et qu'elle devrait probablement parler moins fort, si elle voulait continuer ce petit jeu. Elle baissa les yeux vers Ginny.
"Par Merlin, Granger. Pourquoi est-ce que tu l'aimes?" Ginny arrêta de jouer un instant, et secoua la tête. Le cœur d'Hermione fit un soubresaut au mot commençant par 'A'. Ginny continua, "D'accord, alors peut-être que je confonds avec cette histoire que tu m'as raconté… tu sais…"
"Et quelle histoire ça peut bien être, Ginny?" Hermione atteignit la dernière étagère et trouva vide l'emplacement du livre qu'elle cherchait. Elle fronça les sourcils.
"L'histoire à propos de… voyons… du dernier rendez-vous secret que vous avez eu?"
Hermione rit. "Ah, nos rendez-vous secrets. Bien sûr." Hermione descendit d'un échelon, pour voir si le livre n'avait pas été placé par erreur sur l'étagère du dessous.
"Tu sais bien, une des nombreuses nuits chaudes que vous avez passé ensemble," Ginny lui dit depuis le sol.
"Rien ne me vient à l'esprit, vraiment. Tu veux bien détailler un peu, Gin?"
"Je fais peut-être référence à la dernière fois qu'il t'a embrassé? C'était quand déjà?"
Le livre n'était pas là non plus. Il n'était pas dans le registre des ventes de la veille, donc il était encore quelque part dans la boutique. Hermione plaça ses mains sur ses hanches et inspecta les rayons. Il lui semblait que le dos de ce livre était gris.
"Ah, la dernière fois qu'il m'a embrassé. Laisse-moi fouiller dans ma mémoire. Un instant, je te prie." répondit Hermione, les yeux rivés sur les étagères.
"Ou bien sinon la première fois qu'il t'a embrassé? C'était peut-être à ça que je pensais…"
Hermione baissa les yeux vers Ginny. Son expression était sincère et enjouée, dans l'attente d'une révélation. Sans s'en rendre compte, Hermione avait loupé le moment dans leur conversation où Ginny avait arrêté de la taquiner et avait commencé à lui poser de vraies questions. Elle cherchait sincèrement à avoir une réponse à ses questions insensées. Bizarre qu'elle se soit imaginée que…
"Ginny," dit Hermione. Elle descendit de quelques échelons. "Il ne…. Je veux dire," Hermione se racla la gorge. "Nous n'avons jamais été ensemble. Il n'y a jamais eu de rendez-vous secret. Je pensais que tu le savais déjà."
Ginny cherchait son regard. "Pas de baiser langoureux après les cours non plus, alors?"
"Pas de baiser, tout court." Hermione descendit de l'échelle. "On n'était pas… il n'a jamais eu ce genre de sentiment pour moi."
"Il n'y a pas forcément besoin d'avoir des sentiments pour quelqu'un pour l'attraper dans un placard à balais après les cours et lui rouler une pelle." Ginny agita ses sourcils.
"Dans un placard à balais? Franchement, Ginny. Qui fait ce genre de choses?"
Ginny rit. "Hermione! Tout le monde faisait ça!"
Hermione rougit. Elle se sentait très bête et elle avait horreur de ça. "Et bien pas tout le monde, apparemment." Hermione lui tourna le dos pour déplacer l'échelle sur une autre rangée afin de chercher le livre.
"Excuse-moi Hermione." Ginny la suivit. "Je ne disais pas ça pour me moquer de toi."
"Tu sais très bien que personne ne m'a jamais attrapée dans un placard à balais." Hermione stabilisa l'échelle. Ginny était la seule personne avec qui Hermione discutait de relation de couple et de sexe. Ou plutôt, de son inexpérience totale en la matière.
"Pas même Draco Malfoy" dit Ginny, presque sur le ton de la question.
"Pas même Draco Malfoy" confirma Hermione. Elle commença à monter à l'échelle. "Je suis désolée de ne pas avoir plus d'informations croustillantes à te donner."
"J'aimerais juste pouvoir comprendre pourquoi tu l'apprécies autant." La voix de Ginny semblait très lointaine, depuis le bas de l'échelle.
Hermione aperçut enfin un livre avec un dos gris, quelques rangées plus loin mais cette victoire avait un goût amère.
"Moi aussi" dit-elle.
Vu sous cet angle, elle était bien obligée de reconnaître que la situation était assez ridicule. Ils ne s'étaient jamais embrassés, ni même fait les yeux doux, ni même tenu une conversation sans finir par en venir aux baguettes. Il ne lui a jamais donné la moindre indication qu'il pouvait peut-être ressentir la même chose, mais c'était plus fort qu'elle. Et il n'avait aucun moyen de s'en douter.
Il y avait de petits instants auxquels elle pouvait s'accrocher. Des souvenirs qui la faisaient sourire ou qui l'empêchaient de dormir la nuit. Comme ce rayon de soleil, qui filtrait par les vitres de la salle de classe de McGonagall, et qui l'illuminait parfaitement, pendant sept minutes à peu près, au printemps de leur cinquième année. De sa place, plusieurs rangs derrière lui en diagonal, elle était parfaitement placée pour attendre cet instant et le contempler. Il finissait toujours par avoir trop chaud pendant ce cours, à être si près de la fenêtre, et elle l'avait vu plusieurs fois retirer sa robe de sorcier. Heureusement, McGonagall avait confiance en elle pour être toujours attentive et ne lui avait jamais demandé de répéter ce qu'elle avait pu dire au cours de ces sept minutes.
Il y avait aussi le Bal de Noël en quatrième année, pour lequel elle s'était entraînée plusieurs fois à danser, étant la cavalière d'un des champions du Tournoi des Trois Sorciers. Finalement elle s'aperçut rapidement que Viktor n'était pas plus capable qu'elle de se souvenir des pas et encore moins de la guider. Au cours de la Valse Française, un hommage marqué à leurs invités de Beauxbatons, les partenaires de danse devaient se séparer et se tourner vers l'autre couple de part et d'autres, s'incliner ou faire la révérence puis tourner quelques instants avec eux avant de revenir à leur partenaire d'origine. Hermione n'avait jamais pratiqué ce changement de partenaire et quand, à cet instant, elle se détourna de Viktor pour se retrouver face à face avec Draco Malfoy, elle eut le souffle coupé.
Draco pinça les lèvres en la voyant mais s'inclina en premier, comme le voulait la coutume. Elle vit son dos se redresser bien droit et les lignes de son corps se crisper. Alors qu'elle inclina la tête et glissa sa jambe droite en arrière pour faire la révérence, priant très fort pour ne pas basculer, elle sentit son regard se poser sur elle. Une fois redressée, elle nota sa mâchoire serrée, une remarque acerbe sur son mauvais équilibre sûrement prête à sortir. Au lieu de cela, il leva son bras droit à hauteur de buste, la paume de sa main tournée vers elle et attendit que sa main joigne la sienne. Elle leva la main au niveau de la sienne, mais s'abstint de le toucher, par peur de sa réaction. Ils gardèrent leurs mains à distance de quelques centimètres tout en tournant ensemble en cercle. Il fixa son regard sur elle jusqu'au dernier moment, avant que Viktor ne réapparaisse devant elle, ses bras ouverts pour la suite de la danse. Elle ne le revit pas de la soirée, mais Lavende lui raconta plus tard que lui et Pansy étaient partis tôt.
Et il y avait d'autres instants qui n'en étaient pas vraiment, mais Hermione ne pouvait pas s'en vouloir d'avoir des hormones, pas vrai? Elle se tenait dans le bureau d'Ombrage, attendant qu'Harry termine son appel de Cheminette. Il discutait avec Kreattur dans les braises et Hermione se laissa distraire en essayant de déterminer si Kreattur mentait, de sorte qu'elle ne remarqua pas la porte du bureau s'entrouvrir, ni l'Expelliarmus! chuchoté par Ombrage. Au moment où sa baguette s'échappa de sa main, elle prit une inspiration pour avertir Harry mais Draco apparut et plaqua sa main contre sa bouche. Il lui fit un sourire narquois, le regard triomphant tandis qu'elle écarquilla les yeux. Il la tourna, sa main toujours plaquée sur sa bouche, alors que son dos atterrit contre son torse.
Elle observa, impuissante, Ombrage pénétrer dans la salle, la Brigade Inquisitoriale avec elle. Elle essaya de taper du pied au sol, de frapper le mur, n'importe quoi pour qu'Harry ne se retrouve pas traîné hors du feu par les petites mains d'Ombrage. Mais Draco passa son bras autour de sa taille, les doigts écartés en éventail sur sa hanche et la tira tout contre lui. Elle était électrisée et terrifiée à la fois. Il était si chaud et solide derrière elle, et ses mains étaient posées de manière si intime. Il n'avait aucune idée, bien sûr, que si son cœur battait si fort, ce n'était pas par peur. Dès qu'Harry fut sorti du feu, sa baguette vola dans les airs et Draco la relâcha dans les bras de Millicent Bulstrode pour attraper la baguette d'Harry, avant qu'elle ne tombe au sol. Réflexes d'Attrapeur. La scène s'arrêtait ici, mais cela suffisait à la garder éveiller certaines nuits, rêvant, frissonnant.
Hermione prit une inspiration et attrapa le livre au dos gris, l'ajoutant à la pile de livres à mettre en réserve.
"Tu es de retour?"
Hermione se tourna vers Ginny, qui l'observait. "De retour?" dit-elle.
"De ton petit voyage intérieur?" Ginny sourit d'un air entendu. Hermione gloussa et amena les livres au comptoir. Ginny resta encore une bonne demi-heure mais elle ne dit plus un mot sur Draco Malfoy.
