Note de la traductrice: Bonjour à tous! Merci de prendre le temps de lire cette histoire, je suis contente qu'elle vous plaise. Je tiens régulièrement l'autrice (Lovesbitca8) informée du nombre d'abonnés et des commentaires que vous laissez et elle vous en est très reconnaissante.

Précision qui a son importance pour la bonne compréhension de ce chapitre: la librairie 'Cornerstone' où travaille Hermione pourrait se traduire par 'pierre angulaire'. Mais surtout, le mot 'corner' (qui veut dire 'angle' ou 'coin' en anglais) vient du fait que la librairie est située à un croisement entre deux rues.

Bonne lecture

Chapitre 4

Une semaine s'était écoulée sans que la Gazette du Sorcier n'ait publié une nouvelle photo de la famille Malfoy. Il y avait quand même des articles qui faisaient toutes sortes d'hypothèses sur ce que Draco allait faire ensuite et s'il irait rendre visite à Lucius en prison prochainement. Mais ces articles étaient relégués en milieu de journal, probablement parce qu'ils n'avaient ni photo ni information confirmée.

Hermione replia le journal et le rangea dans les tiroirs situés à proximité de la caisse enregistreuse. Elle avait la chance de disposer d'un grand comptoir en forme de U qui lui permettait de travailler sur plusieurs choses en parallèle. Elle contempla la boutique vide et respira son odeur préférée: l'odeur des livres. C'était probablement une des raisons principales pour lesquelles elle avait postulé chez Cornerstone. L'odeur. La bibliothèque de Poudlard manquait beaucoup à Hermione, plus que sa maison d'enfance parfois. Surtout l'odeur. Cette odeur qui lui rappelait la puissance de la connaissance, de trouver des solutions et la magie.

La porte d'entrée s'entrebailla, laissant entrer un courant d'air qui souleva les cheveux de sa nuque. L'emplacement de la librairie Cornerstone, au croisement entre le Chemin de Traverse et Horizont'allée, était de première qualité en termes de visibilité et de passage mais attirait aussi les bourrasques de vent et autres tourbillons. Hermione aplatit ses cheveux et aperçut la harpie qui venait à 11h tous les samedis. Son cœur se serra en réalisant qu'il n'était que 11h.

La harpie jeta un regard furtif en direction d'Hermione avant de se précipiter à l'arrière de la boutique. Hermione lui lança un sourire mais sans succès. La harpie ne parlait ni ne souriait jamais, rappelant à Hermione le souvenir sinistre de Bathilda Tourdesac, ou plus exactement, du cadavre de Bathilda Tourdesac. Elle avait interrogé Morty au sujet de la harpie, se demandant si elle devait garder un œil sur les livres au cas où certains disparaîtraient, mais Morty lui assura que la harpie était une cliente fidèle, bien qu'elle n'ait jamais rien acheté.

Hermione attrapa une pile de livres à mettre en rayon et se rendit dans la section des romans. Elle plaça chaque livre à son emplacement exact, rangeant au passage quelques ouvrages qui n'avaient pas été remis à leur place. Franchement, quel genre de personne était assez irrespectueuse au point de prendre un livre d'une étagère, le feuilleter puis le reposer sur une autre étagère? Hermione avait mis en place une corbeille "A Ranger" dans chaque section de la boutique, dans l'espoir que les clients les utilisent.

Quelques clients flânaient et certains s'étaient assis pour lire les premiers chapitres du livre qu'ils avaient repérés, avant de se décider à l'acheter. Hermione retourna au comptoir et commença à compléter le registre des ventes de la veille dont Morty lui avait laissé les reçus.

"Je croyais que tu travaillais au Ministère" dit une voix traînante de l'autre côté du comptoir.

Hermione fit volte-face et ouvrit grand les yeux en trouvant Draco Malfoy près de la caisse. Il avait changé de coupe. Ses cheveux n'étaient pas gominés en arrière comme ses premières années à Poudlard, ni coupés très courts comme en sixième année mais un entre-deux. Des mèches blondes retombaient avec style sur son front. Il était encore amaigri de son séjour à Azkaban mais avait repris des couleurs, si l'on peut dire. Elle observa ses vêtements et nota qu'il portait une robe parfaitement taillée. Il leva un sourcil dans sa direction et elle retrouva l'usage de sa voix.

"Non. Enfin - Je veux dire oui, je travaille au Ministère mais pas les week-ends. Les week-ends, je travaille ici."

Draco la dévisagea puis regarda autour de lui. "Manifestement", dit-il. Hermione sentit une chaleur lui monter dans le cou. "La question est: pourquoi?"

Elle ouvrit la bouche mais resta interdite. Cette question lui avait déjà été posée de nombreuses fois par ses amis et par des admirateurs, tombant sur elle à la librairie. Elle avait toujours une réponse prête avec des arguments qui faisaient mouche comme "pour m'occuper" ou "la bibliothèque de Poudlard me manque" ou encore "je peux avoir les livres à prix réduit!". Mais toutes ces raisons sonnaient creuses face à Draco Malfoy.

"C'est une librairie. J'aime les livres." Hermione aurait pu se jeter sous les roues du Magicobus à l'instant même. Le rouge lui monta aux joues et elle sentit une perle de sueur couler dans son dos.

Il pouffa de rire mais son sourire n'atteignit pas ses yeux. "Je m'en souviens." Il s'était employé à perfectionner son attitude condescendante au fil des années, de sorte qu'Hermione faillit ne pas la remarquer. "Je suis venu retirer un livre."

Hermione fut brutalement ramenée à la réalité et au fait qu'elle travaillait dans une librairie. Un oubli d'autant plus idiot qu'elle venait justement de se ridiculiser à ce sujet.

"Oui, avec plaisir!" Trop enjouée. Elle se reprit. "C'est une précommande?" Hermione se dirigea vers le tiroir qui recueillait les livres précommandés. Seule la clientèle la plus fortunée prenait la peine d'appeler pour les réserver, évitant ainsi de se mélanger à la populace.

"Au nom de Black." Ses yeux firent un mouvement rapide en direction de Draco. Il changea de jambe d'appui et dit, "C'est une commande de ma mère."

Curieux.

Elle attrapa le sac rangé à la lettre "B." Le parchemin placé dessus indiquait Guerres des gobelins: Fable ou Réalité.

"Oh, c'est un excellent livre!" Elle fit un grand sourire à la vue du sac qui contenait le livre. "L'autrice présuppose qu'un certain nombre de Rébellions des Gobelins n'ont en réalité jamais eu lieu et qu'elles ont été créées de toute pièce par les Sorciers afin d'asseoir leur emprise sur les gobelins. C'est absolument fascinant!" Elle leva son regard et sursauta en réalisant qu'elle était toute euphorique devant Draco Malfoy. Elle prit une inspiration. "Ta mère a très bon goût en matière de livres."

"Je ne manquerai pas de lui dire," dit-il. Il avait une expression indescriptible, à la frontière entre l'ennui et l'amusement.

"Bien," dit-elle. "Alors, le paiement a été prélevé directement sur le compte de ta mère." Elle lui tendit le sac. "Tout est bon."

Il lui prit le sac. "Pourquoi Cornerstone?"

La question la stoppa net. Elle ouvrit la bouche puis la referma. Puis elle dit, "Je suppose que c'est parce que la boutique est située au croisement entre le Chemin de Traverse et Hor-"

"Je sais pourquoi ça s'appelle Cornerstone." Il leva les yeux au ciel et Hermione rougit. "Pourquoi tu travailles ici plutôt qu'à Fleury et Bott? J'aurais pensé que ça te plairait d'aider les premières années à récupérer leurs livres de cours et à acheter leur parchemin. Ou d'organiser des réunions mensuelles pour le fan-club de Gilderoy Lockhart."

L'idée qu'il ait pu passer ne serait-ce qu'un instant dans toute sa vie à penser à ce qu'elle aimerait faire après Poudlard, sans se moquer d'elle en plus, fit bondir son rythme cardiaque. Elle essaya de détacher son regard du sien, en vain.

"Je pense que j'aime Cornerstone parce que c'est un peu à l'écart. J'ai moins de chance d'être reconnue ici." La supposition selon laquelle elle était forcément reconnue partout où elle allait, lui sembla stupide et arrogante une fois sortie de sa bouche et Hermione détourna enfin son regard pour le poser sur le comptoir. Si seulement il pouvait partir.

"Je venais ici chaque été pour la même raison."

Elle releva les yeux. Il fixait un point au-dessus de son épaule gauche.

"Je ne t'ai jamais vu ici pourtant," dit Hermione.

Il ramena ses yeux sur elle, à son grand désarroi. "C'était bien l'objectif non?" dit-il.

Elle n'arrivait pas à décrypter son visage. Son expression était totalement neutre. Elle hocha la tête, la langue trop sèche pour parler. Elle vit ses yeux la dévisager un instant puis il saisit son sac et lui fit un geste de la tête qui devait signifier quelque chose comme "au revoir" ou "merci".

Et enfin elle le vit partir.

La semaine suivante passa à toute vitesse. Apparemment, le Monde des Sorciers n'avait aucun scrupule à s'intéresser à des personnalités accusées de meurtre si elles ressemblaient à Draco Malfoy. La Gazette du Sorcier commença à diffuser des informations sur sa vie sociale, où il passait ses soirées et avec qui il était. Rita Skeeter avait développé un stratagème pour deviner son emploi du temps et possédait un talent certain pour comparer sa chevelure aux reflets dorés de celle des dieux.

Hermione se réveilla chaque matin avec un article, découpé avec soin et mis en évidence par Ginny, jusqu'à vendredi matin où elle trouva son plafond et sa table de chevet vides. Hermione se leva et se rendit à la cuisine où Ginny lisait la Gazette du jour en touillant ses céréales.

"Salut," dit Ginny.

"Salut." Hermione attrapa une tasse sur l'étagère et se dirigea vers la bouilloire. "Est-ce la Gazette du Sorcier qui en a eu marre de publier des informations sur Draco Malfoy ou est-ce que c'est toi qui en a eu marre de les découper pour moi?"

"Il n'y avait rien aujourd'hui." La voix de Ginny semblait tendue. Hermione s'arrêta de verser l'eau chaude.

"Vraiment?"

"Ouip. Rien du tout."

Hermione fit le tour du comptoir de la cuisine et s'arrêta avec sa tasse dans une main et la bouilloire dans l'autre. "Qu'est-ce qu'il y a?"

Ginny leva ses yeux écarquillés vers elle et serra les lèvres. "A propos de?"

"Qu'est-ce qu'il y a dans le journal?"

Ginny soupira et s'affaissa sur sa chaise. "Il ne vaut mieux pas que tu vois."

"C'est ridicule. Qu'est-ce que la Gazette a publié aujourd'hui?"

Ginny fronça les sourcils et ouvrit le journal à la page société.

"DRACO MALFOY TROUVE L'AMOUR"

par Rita Skeeter

Hermione reposa lentement la bouilloire, de peur de la laisser tomber. Une photo de Draco, entrant dans un restaurant avec une grande brune aux cheveux longs et soyeux, s'étalait en pleine page. On y voyait Draco placer une main au creux de son dos pour la guider à l'intérieur - probablement parce qu'elle n'avait pas la capacité cérébrale de marcher par elle-même, songea Hermione. La belle brune souriait à Draco par-dessus son épaule en entrant. Elle était sublime.

"Quand même," commença Ginny, "ça ne peut pas être de l'amour. C'est clairement leur premier rendez-vous. Je ne me souviens pas l'avoir vue à Poudlard, donc ils ne doivent pas se fréquenter depuis longtemps -"

"Ne t'inquiète pas, Ginny." Hermione tira le journal vers elle pour voir si Rita Skeeter avait identifié la jeune femme. Seuls les mots "bulgare", "probablement mannequin", et "Durmstrang" lui sauta aux yeux. Hermione arracha son regard de la photo et leva les yeux vers Ginny. "C'est idiot de penser qu'il ne fréquenterait personne. Je veux dire, regarde-le. Ca fait une semaine qu'il est présenté comme célibataire idéal et partenaire de rêve. Et elle est… elle est vraiment magnifique. Il… il ne m'appartient pas."

Ginny la regarda fixement. "Bien sûr," dit-elle. "Je ne voulais pas que tu sois… perturbée."

Hermione hocha la tête. "Merci." Elle ramena la bouilloire à la cuisine et ajouta du lait dans sa tasse. "En fait," lança-t-elle à Ginny, "ça ne serait pas forcément une mauvaise chose qu'il sorte avec elle. Ça pourrait m'aider."

"Tu as tout à fait raison. Je suis tellement contente que tu le prennes ainsi. Et aussi," appela Ginny par-dessus son épaule, "maintenant on sait qu'il préfère les brunes!"

Hermione pouffa par le nez et but une gorgée de sa tasse, avant de réaliser qu'elle n'y avait mis aucun sachet de thé à infuser. Elle buvait de l'eau chaude avec un nuage de lait.