Chapitre 13
Chère Narcissa,
Je vous prie de bien vouloir me pardonner ma conduite au cours du dîner d'hier soir. Il m'arrive d'être très passionnée par mes projets et je sais que Draco peut lui aussi prendre certains sujets très à cœur. J'ai beaucoup apprécié le temps passé en votre compagnie et je vous remercie de m'avoir invitée chez vous ainsi qu'à votre table.
S'il y a quoi que ce soit que je puisse faire pour me faire pardonner, n'hésitez pas à me le dire.
Sincères salutations,
Hermione J. Granger
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Très chère Hermione,
Vous n'avez aucunement besoin de vous excuser mais votre attention me touche. A dire vrai, je me suis plutôt bien amusée hier soir. Je n'ai plus l'occasion d'aller aussi souvent au théâtre Moldu de Londres et la soirée d'hier fut un excellent divertissement.
Je dois me rendre à Cornerstone le week-end prochain, je ne manquerai pas de vous y saluer. Peut-être pourrions-nous prendre un déjeuner sur le pouce pendant votre pause?
Je joins à ce courrier un petit quelque chose, car il me semble que vous n'avez pas eu l'opportunité d'y goûter hier soir.
Bien à vous,
Narcissa Malfoy
Hermione ouvrit le petit paquet brun et y trouva un petit contenant de soupe de potiron. Elle eut les larmes aux yeux en la goûtant.
/
Lundi matin, elle fut accueillie à son bureau par un courrier interne provenant du Bureau des Aurors. Elle grimaça en l'ouvrant, craignant d'avoir affaire à Draco dès le début de la semaine. Le courrier provenait du chef du Bureau afin d'organiser une réunion entre les deux services au sujet de l'œuf de dragon trouvé une semaine auparavant.
Un pas lourd se fit entendre et la tête d'Aiden apparut par-dessus la cloison qui séparait son bureau.
"Toi aussi tu as été invitée à la petite sauterie?" Il lui fit un large sourire en brandissant un courrier identique au sien.
Moins d'une heure plus tard, Aiden et elle partageaient un ascenseur en direction du Niveau 2, accompagnés par l'odeur de la clémentine qu'Aiden était en train d'éplucher et d'engloutir. Elle refusa le quartier qu'il lui proposa et s'efforça d'ignorer l'odeur envahissante ainsi que son bavardage incessant au sujet des bureaux du Niveau 2 qui étaient tellement plus spacieux et confortables que les leurs.
Ils arrivèrent avec une minute d'avance à la salle de réunion et le premier regard qu'elle croisa en entrant fut celui de Draco. En tant qu'analyste chargé de cette affaire, il était logique qu'il soit là mais cela restait perturbant de le voir de si bon matin. Elle détourna vite le regard et vit qu'Aiden avait tiré une chaise pour elle à côté d'une sorcière plus âgée dont le rôle était de transcrire sur parchemin la réunion.
"Bien, commençons." Gawain Robards, chef du Bureau des Aurors, se leva et tapota sa baguette sur la table. Une image en trois dimensions de l'œuf de dragon apparut au centre de la table et Hermione pensa immédiatement à un de ces hologrammes de film de science-fiction. "Comme vous le savez déjà, cet œuf de dragon a été retrouvé à Londres la semaine dernière et avec l'aide de Melle Granger," il fit un signe de tête dans sa direction, "nous avons pu établir qu'il s'agissait d'un œuf de Portugais à Museau-Long. Le trafic illégal d'œufs de dragon n'a rien de nouveau mais M. Malfoy a remarqué qu'un œuf de Magyar à pointes a été retrouvé le mois dernier à moins d'un kilomètre de l'œuf de Museau-Long."
Hermione observa Draco et vit qu'il se retenait de faire le sourire en coin qu'il avait l'habitude d'arborer en cours de potion chaque fois que Snape complimentait ses talents. Bon, au moins il se retenait. Draco se leva pour prendre la parole.
"Nous pensons que les trafiquants cherchaient à vendre ces œufs à un seul et même client, mais jusqu'ici nous les en avons empêchés," expliqua Draco.
Il saisit une pile de documents placée devant lui et commença à les faire passer pour les distribuer. Quand Hermione eut son exemplaire entre les mains, elle constata qu'il s'agissait d'un rapport complet de dix-sept pages. Hermione releva la tête vers lui et l'écouta faire une synthèse du rapport tandis qu'il indiquait les cartes et graphiques importants sans jamais perdre l'attention de l'assemblée. Pour la première fois, elle se demanda ce qu'il avait prévu de faire après la fin de sa période de liberté conditionnelle en Décembre parce qu'il était évident qu'il était très bon dans ce rôle.
Hermione leva la main. Draco cligna des yeux.
"Oui, Melle Granger," articula Draco.
"Et le trafiquant de dragon qui a été arrêté la semaine dernière? Qu'est-ce qu'il a déclaré?"
Robards se racla la gorge. "Il a été interrogé mais il n'avait aucune information sur les acheteurs. Il servait juste au transport apparemment."
"Et de quel pays le Museau-Long Portugais a-t-il été importé?" demanda Hermione à Robards.
"Du Portugal," répondit Draco d'un air pince-sans-rire. Hermione plissa les yeux dans sa direction.
"Est-ce qu'on en est sûr?" insista-t-elle.
Robards remonta ses lunettes sur le haut de son nez et se pencha en avant. "Où voulez-vous en venir, Melle Granger?"
"L'année dernière, nous avons eu un cas d'œuf introduit clandestinement en Suisse. Il s'agissait d'un œuf de Museau-Long Portugais fraîchement pondu. Les trafiquants avaient l'intention de le faire éclore durant la période la plus froide de l'hiver, ce qui est inhabituel pour les Museaux-Longs. Leurs œufs éclosent typiquement avec les fortes chaleurs de l'été portugais donc les trafiquants et les acheteurs cherchaient certainement à mener un genre d'expérience."
Robards hocha la tête dans sa direction. "Je vais me renseigner là-dessus."
"Merci."
Draco regarda alternativement Hermione et Robards, attendant le feu vert pour poursuivre. Elle se contenta de lever un sourcil dans sa direction.
"Comme je le disais à l'instant, nous souhaiterions que votre service puisse nous aider à déterminer ce que l'acheteur cherche à faire avec des œufs de dragon de races aussi différentes –"
Elle leva à nouveau la main, en sachant très bien que ça l'agaçait.
"Granger."
"Qu'est-ce qui vous fait croire qu'il y aurait un objectif caché avec ces deux œufs? Est-ce que l'acheteur ne pourrait pas simplement vouloir se faire sa propre collection de dragons?"
Draco prit une longue inspiration. "C'est une possibilité mais nous ne voulons écarter aucune piste."
"Mais pourquoi vouloir un Museau-Long?" demanda Aiden, en faisant distraitement tourner sa plume entre ses doigts. "C'est de loin la race de dragon la moins impressionnante. Sa peau ne peut pas être utilisée en confection et ses cornes n'ont aucune propriété magique. Je veux dire, si je devais démarrer une collection de dragon, je commencerais par les meilleurs."
Hermione laissa échapper un petit cri en ouvrant grand la bouche, son cerveau en ébullition. La salle se tourna vers elle.
"La seule particularité intéressante du Museau-Long Portugais est qu'il est facile à croiser avec le Vert Gallois," réalisa-t-elle. Elle regarda en direction d'Aiden pour confirmer ce qu'elle pensait. "Le Museau-Long et aussi—"
"Le Magyar à pointes," Aiden termina sa phrase, en souriant.
Hermione se tourna vers Draco qui se tenait toujours debout à l'avant de la salle.
"Et un œuf de Vert Gallois a 'disparu' d'une réserve au Pays de Galles il y a deux mois et est réapparu dans l'Allée des Embrumes peu après," dit-elle. "Il a été vu seulement, la réserve n'a pas pu le récupérer."
"Donc, Melle Granger," Robards fit un signe de tête en direction de la sorcière chargée de transcrire la réunion, "votre analyse serait que la personne qui cherchait à obtenir le Magyar et le Museau-Long a déjà l'oeuf de Vert Gallois en sa possession et envisage de les croiser?"
"Oui monsieur."
Draco eut un rictus aux lèvres avant de déglutir. "Dix points pour Gryffondor."
Aiden gloussa avec un air idiot et Hermione lança un regard noir à Draco.
"Bon, et bien voilà!" Robards se leva de sa place. "Nous allons rester en contact, échanger des notes et autres mais je crois que c'est le mystère le plus rapidement résolu de tous les temps. Je vais faire enquêter l'équipe sur la disparition du Vert Gallois pour qu'on retrouve sa trace. Melle Granger, veuillez m'envoyer les informations dont vous disposez sur cet œuf." Elle acquiesça. Robards désigna alternativement Hermione et Draco d'un geste de la main. "Vous devriez travailler ensemble plus souvent. Vous nous feriez gagner à tous un temps fou."
Hermione fit un petit rire nerveux et Draco fronça les sourcils en direction de Robards. Elle garda les yeux rivés sur le bureau en se relevant et rassembla ses affaires. Elle lirait le rapport de Draco plus tard. Robards quitta la pièce après avoir remercié tout le monde et Aiden amorça une conversation avec Draco, pour le plus grand plaisir d'Hermione. Elle s'échappa avant d'avoir à interagir davantage avec l'un ou l'autre.
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Le samedi suivant, l'activité était très calme à Cornerstone et Hermione se surprit à rêvasser plus qu'à son habitude. Il lui restait quinze minutes avant que Morty ne descende pour gérer la boutique pendant sa pause déjeuner. Elle avait bien besoin de prendre l'air.
Il y avait un livre réservé au nom de Black et Hermione se souvenait que Narcissa avait mentionné dans sa dernière lettre qu'elle passerait la voir et l'inviterait peut-être même à déjeuner. L'heure de sa pause approchant, Hermione se résigna à faire du paquet de biscuits apéritifs qu'elle avait emmené en back-up son repas de midi.
Elle avait passé la matinée à faire semblant de ne pas lire la Gazette du jour, qui présentait une photo de Draco et de la blonde avec laquelle il était déjà sorti. Ils avaient apparemment passé la soirée d'hier ensemble.
Elle s'arrangeait pour placer des livres sur le journal afin d'éviter que des clients ne la surprennent en train de lire et relire l'article. Le seul élément qu'elle laissait apparent était le visage de Draco, souriant par-dessus son verre à la fille qui l'avait accompagnait à Pré-au-lard. En revanche, son visage à elle était recouvert en permanence par le livre de comptes.
Alors qu'une dame corpulente et qui portait beaucoup trop de violet lui souhaita une bonne journée et quitta la boutique, elle retourna à ses gribouillages, se demandant ce qu'elle pourrait faire pour s'occuper dans la soirée. Ginny était en déplacement avec son équipe et rentrerait très tard dans la nuit. Halloween aurait lieu dans deux semaines et elle s'attendait à ce que la période soit très chargée donc ce week-end elle allait en profiter pour rester tranquille. Elle pourrait peut-être faire un brin de ménage?
Hermione fronça les sourcils, sa plume figée en attente au-dessus de la photo de Draco. Elle prit la résolution d'avoir une vie sociale plus active au moment où la porte d'entrée s'ouvrit. Ron n'avait peut-être pas tort. Elle n'avait aucunement besoin de travailler les week-ends, surtout si cela l'empêchait de mener une vie normale, de sortir ou faire des virées en-dehors de la ville.
Elle leva son regard du Draco souriant de la Gazette, entonna un "Bonjour" et se retrouva face au vrai Draco, sans sourire celui-ci. Elle cligna des yeux.
"Quoi." Elle se redressa.
"'Quoi?'" répéta-t-il. "C'est comme ça que tu accueilles les clients ici?" Il haussa un sourcil et Hermione essaya de déplacer furtivement les livres sur le comptoir pour dissimuler l'article.
Elle prit une grande inspiration et essaya d'être plus aimable. "Est-ce que tu viens pour retirer le livre en réserve?"
Elle le vit ouvrir la bouche, pour dire quelque chose, mais il hocha simplement la tête. Elle fronça les sourcils mais se garda de tout commentaire. Hermione attrapa le petit sac étiqueté au nom de "Black" et commença à noter l'achat dans le registre, qu'elle laissa bien à sa place en plein sur le visage de l'idiote blonde.
Hermione réalisa que le livre qu'il venait retirer faisait très 'fifille' - c'était un roman avec une héroïne féminine écrit par un auteur féminin. Elle releva la tête vers lui avec l'intention de le taquiner et vit qu'il l'observait.
"Est-ce que tes goûts ont changé, Draco?" Elle leva le coin de la bouche pour former un sourire narquois en agitant le livre devant son nez.
"Oh, euh... ce n'est pas pour moi."
"Ah, d'accord." Elle se disait qu'elle pourrait le taquiner au sujet de son choix de "cadeau" mais il se tenait debout raide comme un piquet et semblait mal à l'aise. Elle attrapa un sac de l'étagère, plaça le livre à l'intérieur et lui tendit. Il le regarda fixement.
"Est-ce que Cornerstone propose un emballage cadeau?"
"Est-ce qu'on… euh, oui, bien sûr." Elle reposa le sac et fit de la place sur le comptoir, tandis qu'il l'observait. Elle sentit son visage rougir mais sans savoir pourquoi.
Elle libéra assez d'espace sur le comptoir, en poussant des livres sur le côté, et pivota pour attraper le papier cadeau. En se remettant face au comptoir, elle réalisa que la Gazette du Sorcier était ouverte en grand et bien visible, maintenant qu'elle avait ôté les livres. Elle retint sa respiration et n'osa pas regarder dans sa direction. Elle referma simplement le journal et le mit de côté. Il n'y avait absolument rien d'anormal à lire l'édition du jour et il était tout à fait possible que cet article soit le dernier sur lequel elle se soit arrêtée avant d'être interrompue par un client. Cette explication était parfaitement raisonnable. Elle déroula le papier cadeau, plaça le livre en son centre et réalisa qu'il s'agissait peut-être bien d'un cadeau - pour la blonde.
"Ma mère et moi allons nous arrêter chez Fortarôme pour un rapide déjeuner."
"Oh. Tu lui diras bonjour de ma part?" Ses mains applatirent le papier sous le livre et elle attrapa une paire de ciseaux du pot placé près de la caisse. Alors comme ça Narcissa avait choisi de déjeuner avec son fils plutôt qu'avec elle? Bien, bien. Hermione était bien consciente que son mécontentement était totalement irrationnel, mais –
"Est-ce que M. Hindes descend bien s'occuper de la boutique pour te laisser une pause déjeuner?"
Elle jeta un regard en direction de l'horloge tout en pliant le papier cadeau autour du livre. "Oui, en général il descend vers treize heures." Ses doigts luttèrent avec le rouleau de scotch et en relevant la tête elle vit qu'il observait fixement ses mains. Elle rebaissa vite la tête et termina de scotcher un côté du paquet cadeau avant de passer à l'autre.
"Est-ce que tu aimerais te joindre à nous pour déjeuner?"
Ses mains glissèrent sur le papier cadeau et elle perdit le pli qu'elle venait de faire. Ses yeux se levèrent brusquement sur les siens. Son expression était neutre mais alors qu'elle cherchait sur son visage s'il plaisantait, elle le vit déglutir.
"Ta mère veut revoir le spectacle de samedi dernier? En public?" Elle sourit, replia le côté du papier cadeau et le scotcha, ses doigts tremblant légèrement avant de se tourner pour attraper le ruban.
"S'il y a de la soupe de potiron, je te promets de te laisser en manger."
Elle fit un large sourire, les yeux toujours rivés sur le ruban et commença à le passer autour du paquet. "Tu diras à ta mère que j'apprécie beaucoup son invitation mais que je suis trop prise ici aujourd'hui. C'était très gentil de sa part de me proposer de déjeuner avec vous."
"C'est moi qui propose, Granger."
Elle releva la tête vers lui et il plissa ses yeux.
"Toi et moi savons très bien qui t'a envoyé ici, Malfoy." Elle noua le ruban, plaça le paquet cadeau dans son sachet et lui tendit. Il le saisit et ouvrit la bouche pour répondre. A cet instant, la porte dissimulant l'escalier qui monte à l'appartement de Morty s'ouvrit. Morty apparut, ajustant ses lunettes sur son nez.
"Melle Granger," dit-il. "Tout se passe bien?"
"Oui, très bien -"
"M. Malfoy," Morty sourit. "Quel plaisir de vous voir ici." Les yeux de Morty se mirent à briller et Hermione fronça les sourcils.
"Comment allez-vous M. Hindes?" Draco fit un large sourire et serra la main de Morty.
"Vous avez tellement grandi! Bon sang! A-t-il été toujours aussi grand, Melle Granger?"
Hermione regarda alternativement entre les deux hommes. "Euh, non. Il était plus petit… avant…" Elle reprit la plume et commença à recopier des informations dans le registre.
"Est-ce que vous avez pu trouver tout ce qu'il vous fallait aujourd'hui, Draco?" demanda Morty.
"Oui, merci. Je voulais juste voir si Melle Granger pouvait m'accompagner pour déjeuner aujourd'hui. Ma mère nous attend au bout de la rue."
Elle fit une tache d'encre et serra les dents.
"Oh, formidable! Mais oui bien sûr. Je m'occupe de la boutique." Morty commença à la pousser hors de l'espace derrière le comptoir.
"Mais je - j'ai plein de choses à faire, je ne pense pas-"
"Balivernes. Prenez tout le temps qu'il vous faudra."
Hermione se retrouva avec son sac fourré dans les bras, la plume arrachée de sa main et poussée physiquement vers l'entrée tandis que Morty demandait à Draco de saluer Narcissa de sa part et qu'il prenne bien soin de lui. Hermione reprit possession de ses moyens et passa la lanière de son sac par-dessus son épaule. Draco souhaita une bonne journée à Morty et Hermione le suivit d'un pas raide, tandis qu'il sortait de la boutique en tenant la porte ouverte pour elle.
Elle franchit le seuil et soudain le bruit et les chuchotements de la boutique disparurent et elle se retrouva à un coin de rue avec Draco Malfoy sans avoir rien à lui dire. Il referma la porte puis se tourna vers elle, un sourcil levé.
"Bon et bien toutes mes félicitations, Malfoy," dit-elle, changeant son sac d'épaule. "Tu as gagné un compagnon pour ton déjeuner."
"Oh, je suis tellement soulagé que Morty ait pu te remplacer pour ta pause," dit-il, tournant en direction du bas de la rue vers Fortarôme. Il la regarda par-dessus son épaule. "Tu avais l'air absolument débordée là-dedans."
Elle lui lança un regard noir et le suivit. Le sac de la librairie Cornerstone se balançait ostensiblement au bout de ses doigts, tandis qu'il avançait d'un pas enjoué et Hermione trottina pour le rattraper. Ils s'arrêtèrent pour laisser passer un groupe de personnes à l'intersection suivante et quand ils purent s'avancer à nouveau, elle sentit sa main se poser en bas de son dos, la guidant délicatement. Son corps avait dû faire un mouvement convulsif car il tourna les yeux vers elle et elle baissa la tête en direction du sol, regardant ses pieds avancer sur la route pavée.
Ils arrivèrent à l'angle opposé à la boutique de Florian Fortarôme quelques instants après et Hermione aperçut Narcissa Malfoy, assise à la terrasse, vêtue d'une robe bleue décadente et d'un chapeau assorti surdimensionné qui rappela à Hermione les grandes stars Moldues de cinéma. En comparaison, Hermione se sentit très mal habillée. Draco soupira à côté d'elle. Elle leva la tête vers lui et vit qu'il se retenait de faire un commentaire.
"Ta mère sait s'affirmer et montrer qui elle est," dit-elle tandis qu'ils approchaient du portail d'entrée.
Il ouvrit le portail pour elle, et en le franchissant elle l'entendit murmurer, "Tu n'as même pas idée." Son souffle effleura son oreille et elle sourit en tremblant légèrement.
Narcissa se leva de table. "Hermione! Oh, je suis si contente que vous ayez pu vous joindre à nous." Hermione ne put s'empêcher de remarquer que la table était déjà dressée pour trois personnes.
"Oui, merci," dit Hermione, tandis que Narcissa lui serra la main et lui fit une légère embrassade. "Votre fils sait se montrer très persuasif."
Narcissa fit un sourire à Draco et signe à Hermione de prendre place en face d'elle. Draco tira la chaise pour elle, un geste auquel elle commençait à s'habituer, puis il fit un signe de tête à sa mère et entra dans la boutique pour passer commande.
C'était une belle après-midi d'automne et Narcissa était splendide sous les raies de lumières qui filtraient par le toit de la terrasse. Elles bavardèrent de tout et de rien pendant quelques minutes avant que Draco ne revienne avec trois tasses et leurs soucoupes.
"Oh, merci, Draco," dit Narcissa. "J'espère que tu as pensé à prendre assez de miel pour tous les deux."
Le cœur d'Hermione fit un soubresaut. Narcissa était sur le point de révéler à Draco "l'étonnante coïncidence" au sujet de leur façon de préparer leur thé et Draco allait immédiatement comprendre ce que cela signifiait. Hermione retint son souffle tandis que les lèvres de Narcissa s'étirèrent en un large sourire.
"Sais-tu comment Hermione prépare son thé?"
"Granger boit du café."
Hermione leva brusquement les yeux sur lui tandis qu'il posait une tasse de café devant elle. Elle fixa la tasse du regard, abasourdie.
"Alors à moins qu'elle ne mette du miel dans son café…"
"Oh," s'exclama Narcissa, tournant son regard vers Hemione. "J'ignorais que vous préfériez le café au thé."
"Je – oui, je bois plus souvent du café." Elle se tourna vers Draco. "Merci."
"La prochaine fois que vous viendrez au Manoir j'en ferai préparer pour vous," dit Narcissa.
"C'est très aimable à vous." Hermione versa du lait dans sa tasse.
Narcissa poursuivit leur conversation pendant une vingtaine de minutes, parlant aussi bien du changement de propriétaire de Fortarôme comme du roman de McHandry qu'elle venait de terminer. Draco était assis avec elles en silence, préparant son thé avec du lait et trois cuillères de miel et piochant dans les sandwichs et brioches apportés par le serveur. Hermione sentait sa présence à sa droite, assis entre les deux femmes, mais se gardait de le regarder sauf quand Narcissa le mêlait à la conversation. Elle avait la distincte impression qu'il l'observait.
"Hermione, ma chère, j'adorerais rencontrer vos parents la prochaine fois qu'ils seront en Angleterre," dit Narcissa, et Hermione faillit s'étouffer sur son sandwich. Elle avala rapidement une gorgée de café pour éviter de tousser. Elle leva les yeux pour voir si l'un ou l'autre s'en était aperçu et vit Draco froncer les sourcils en direction de sa mère. Narcissa continua, "Seront-ils de passage pour les fêtes de fin d'année ou bien vous rendrez-vous en Australie pour les voir?"
Narcissa lui souriait tout en étalant de la confiture sur sa brioche. Hermione baissa son regard vers la table.
"Ni l'un ni l'autre, malheureusement. La fin d'année est une période très chargée… pour les dentistes. Euh…" Elle laissa sa phrase en suspens et sentit deux paires d'yeux clairs rivés sur elle.
"Oh, comme c'est intéressant," intervint Narcissa. "Mais quel dommage. Et quand avez-vous prévu de les revoir dans ce cas?"
"Je… En fait, ils…"
Hermione était prête à mentir et à inventer une visite au printemps. Elle réalisa que la probabilité que Narcissa Malfoy souhaite réellement les rencontrer ou leur écrire… ou même évoque à nouveau la possibilité d'une rencontre… était très élevée. Elle reposa son couteau à beurre qu'elle avait commencé à triturer nerveusement. Elle releva la tête et vit que Draco la regardait attentivement tandis que Narcissa observait les traits de son visage. Elle comprit qu'elle avait hésité trop longtemps pour apporter une réponse. Elle prit une inspiration et posa sa tasse de café.
"Jamais, en fait." Elle sourit tristement et posa son regard sur Narcissa. "Nous avons dû effacer leurs mémoires il y a deux ans avant… avant les événements." Narcissa se retroussa les lèvres. "Ils vivent ensemble en Australie mais n'ont aucun souvenir de moi." Elle déglutit et baissa les yeux en direction de ses mains. "J'ai quand même établi une relation par courrier avec ma mère et donc j'ai des nouvelles de ce qu'ils font et de comment ils vont," elle commençait à radoter. Hermione afficha un sourire forcé et leva les yeux vers Draco. Sa mâchoire était serrée et il fronçait les sourcils en la regardant.
Elle détacha son regard du sien en sentant la main de Narcissa attraper la sienne.
"Je suis sincèrement navrée, Hermione." Les yeux bleus de Narcissa étaient embués et Hermione n'avait jamais ressenti une compassion aussi forte et sincère de sa part. Elle s'excusait pour beaucoup de choses. "Vous êtes si forte. Et je trouve cela admirable."
Hermione hocha la tête en silence, de peur que sa gorge ne se noue. Elle prit une bonne inspiration. "J'aimerais parler d'autre chose." Elle dit un petit rire tremblant. "Je ne voulais pas rendre l'ambiance aussi pesante."
Elle jeta un regard en direction de Draco et vit qu'il lançait un regard furieux en direction de la table, la mâchoire toujours serrée.
"L'Ordre a été très perspicace," il leva les yeux vers elle, "de prendre cette précaution." A sa façon de dire "L'Ordre", elle comprit qu'il savait parfaitement ce qui s'était réellement passé.
"Oui," dit-elle, regardant droit dans son regard intelligent. "Je ne pourrai jamais les remercier assez."
Narcissa tripota sa tasse et le pot de lait en les observant.
Vingt minutes de discussion plus légère plus tard et il était temps pour Hermione de retourner à Cornerstone. Narcissa suggéra que Draco la raccompagne, bien sûr, et elle parcourut le chemin inverse vers la librairie à ses côtés.
"Est-ce que tu penses rester au Bureau des Aurors?" demanda-t-elle. La fin de ta peine est dans six semaines je crois, c'est ça?" Un vent frais balaya la rue et elle dut repousser ses cheveux derrière ses oreilles pour ne pas les avoir dans le visage.
"Oui, le 10 décembre." Il glissa ses mains dans les poches de son manteau. "J'ai prévu de démarrer quelque chose de nouveau. Je vais prendre quelques semaines de congés pour les fêtes avant de plonger dans la nouvelle année. Le nouveau siècle."
"D'accord," dit-elle, sans réussir à décider si elle était soulagée ou déçue qu'à partir du 10 décembre elle ne le croiserait plus au Ministère. "Qu'est-ce que tu as prévu de faire?"
Ils s'arrêtèrent à l'angle d'une rue et il inspira. "Je crée ma propre société." Il se racla la gorge et elle leva les yeux vers lui. "Un genre de société de conseil. Je ferai l'annonce le 1er novembre."
Ses phrases étaient courtes et ses yeux balayaient la rue autour d'eux, regardant partout sauf dans sa direction, mais Hermione était curieuse d'en savoir plus.
"Une société de conseil? Et dans quelle spécialité?"
Il marqua une pause avant de lui répondre. "En contrats et contentieux, finances, management et gestion et j'aimerais aussi ouvrir d'autres branches plus petites avec des spécialistes reconnus."
Hermione le regarda fixement. Elle ne savait même pas ce que signifiaient réellement la moitié de ces mots. Elle rit.
"Quoi?" demanda-t-il, en posant un regard méfiant sur elle.
"Tu… crées ta société," dit-elle. Elle laissa un rire s'échapper. "A dix-neuf ans." Elle sourit en secouant la tête.
"Toi et tes amis avaient vaincu un mage noir à dix-huit ans." Il leva un sourcil en signe de challenge.
"Pour être exact, Harry avait dix-sept ans."
"Merci de me le rappeler."
Elle sourit en direction du sol, observant ses pieds alors qu'ils venaient de reprendre leur route. "Alors, si je comprends bien, tu fourniras des conseils juridiques pour des audiences auprès du Magenmagot, tu donneras des préconisations en gestion et en finance à des entreprises et ce genre de choses?"
"C'est l'idée." Sa réponse était évasive.
"Et tu penses que des personnes et des entreprises te solliciteront grâce à tes dix-neuf années d'expérience dans ces différents domaines?" Elle se doutait que le taquiner de cette façon risquait de le provoquer mais il était si réservé...
"Non." Il secoua la tête. "Ils solliciteront ma société grâce aux personnes dont je vais m'entourer. Des spécialistes et autres. Je suis en discussion avec Cuthbert Mockridge pour qu'il quitte sa retraite et prenne la direction du département financier—"
Hermione leva les yeux vers lui. Cuthbert Mockridge avait été le chef du Bureau de Liaison des Gobelins avant de prendre sa retraite. Son regard était concentré tandis qu'il poursuivait.
"—Et je me suis rapproché de Tiberius Ogden avec l'idée de lui demander d'officier comme spécialiste des relations avec le Magenmagot—"
Hermione se souvenait avoir lu ce nom dans les journaux. Il avait été un Sage pendant des années au sein du Magenmagot avant de démissionner à l'arrivée d'Ombrage. Lui et son fils étaient aussi les héritiers de la fortune familiale du whisky Pur Feu Ogden's Old. Elle l'écouta lister d'autres noms en présentant les forces de chacun. Ses pommettes prirent une teinte rosée et il garda son regard rivé sur le sol, les boutiques, le ciel, partout sauf sur elle. Il parlait vite comme s'il se préparait à un combat. Il reprit une bouffée d'air pour lui décrire une autre décision qu'il avait prise récemment et elle le stoppa.
"C'est vraiment génial, Draco," dit-elle. Il baissa son regard vers elle. "Tu n'as pas à défendre ta société avec moi. Je suis sûre que ce sera un grand succès. Tu as été excellent quand tu as dirigé la réunion sur l'œuf de dragon cette semaine. Tu étais préparé, concis, convaincant. C'est comme si tu étais né pour ça."
Elle lui fit un sourire chaleureux. Il serra la mâchoire et une bourrasque de vent fit tomber une mèche de cheveux sur son front. Elle détourna les yeux pour se retenir de remettre elle-même la mèche à sa place et vit qu'ils étaient arrivés à Cornerstone. Une idée lui traversa l'esprit.
"On dirait que tu prépares ça depuis un moment," dit-elle, notant son silence. "Est-ce que tu investis ton héritage dans cette nouvelle structure?"
Il marqua une pause. "C'est mon intention."
"Être passionné et s'investir sont deux ingrédients clés dans la recette du succès." Il baissa à nouveau son regard vers elle et cette fois le vent fit voleter ses cheveux à elle. Elle les repoussa en arrière. "Et ton père doit certainement te soutenir s'il a accepté de te céder ton héritage?"
Son œil eut un rictus et il évita son regard ; elle ne l'avait jamais vu réagir ainsi. Parler de Lucius ne lui plaisait pas.
"Oui, d'abord une petite portion. Et le reste au 1er Janvier. Avec quelques conditions." Il se gratta nerveusement la mâchoire et bascula son poids sur son autre jambe. Elle ne l'avait jamais vu aussi mal à l'aise. Elle essaya de détendre l'atmosphère.
"Bon," dit-elle, pivotant pour monter les marches jusqu'à la porte d'entrée, "c'est bien dommage pour toutes ces filles Nées-Moldues et Sang-Melées qui croyaient que tu investirais tout cet argent dans leur futur bonheur avec toi." Elle se retourna et vit qu'il l'étudiait curieusement. "Comme elles doivent être déçues." Elle lui lança un sourire sarcastique.
"Et moi qui pensais que s'il y avait bien une personne qui aurait la présence d'esprit de ne pas croire ce que Skeeter raconte, ce serait toi." Il lui fit un sourire narquois. Elle se tenait sur le pas de porte de Cornerstone et fut frappée en réalisant l'image qu'ils devaient donner à cet instant. Celle d'un garçon raccompagnant une fille à sa porte à la fin d'un rendez-vous, juste avant de s'embrasser. Son cœur se serra. Elle chassa cette idée et se reprit.
"Je trouve qu'on s'en est bien sortis aujourd'hui, Malfoy." Elle croisa les bras pour se protéger du vent. "Une heure complète à déjeuner ensemble avec ta mère et aucune victime à déplorer. Je dirais que c'est un beau progrès." Elle lui fit un large sourire et elle vit son regard étinceler. Elle lui fit un signe de tête en guise d'au revoir et pivota vers la porte.
"Granger." Elle se retourna, la main posée sur la poignée. "Pour tes parents…"
Elle inspira soudainement et sa gorge émit un petit bruit sec. "Oui?"
"Tu as pris la bonne décision." Son regard cristallin était plongé dans le sien. Elle ne respirait plus.
"Merci."
"Est-ce que… tu es retournée dans leur maison depuis la fin de la guerre?"
"Non, pas depuis qu'ils sont partis."
Il hocha la tête.
"N'y va pas."
