[Note de la traductrice: Coucou à tous! Mon déménagement à l'étranger s'est bien déroulé mais ça a été assez intense, d'où cette longue absence. Mais je suis de retour, et avec un nouveau chapitre! J'espère que l'attente n'aura pas été trop longue et que ce nouveau chapitre vous plaira. Je prévois de passer à un nouveau chapitre tous les quinze jours pour le moment. Bonne lecture!]

Chapitre 18

Le premier samedi après la reprise des cours, Hermione était déjà épuisée. Les vacances de Noël avaient été plutôt reposantes mais le rythme imposé par l'usage du Retourneur de Temps était éreintant. Et en plus les garçons ne lui adressaient plus la parole. De nouveau.

Entre la disparition de Croûtard et l'Éclair de Feu confisqué, ni Ron ni Harry n'avaient particulièrement envie de passer du temps avec elle. Et c'était très bien ainsi. Elle restait persuadée qu'informer la Professeure McGonagall de l'origine douteuse de ce balai avait été la bonne décision.

Elle avait fait la grasse matinée au-delà de l'heure du petit-déjeuner et, ne trouvant personne dans la salle commune, elle décida de se rendre à la bibliothèque. Il y avait un roman qu'elle lisait au moins une fois tous les six mois pour se détendre ou redonner un coup de fouet à son cerveau fatigué. Aujourd'hui était un jour parfait pour s'y replonger.

Elle fit un signe de la main à Madame Pince - qui ne lui répondit pas - et se rendit à la section des romans, s'arrêtant automatiquement à la deuxième étagère en partant du bas, à gauche dans la douzième rangée. Elle chercha du regard une couverture verte et dorée. Le livre n'était pas là. Elle vérifia si un idiot ne l'avait pas rangé à la mauvaise place mais le livre restait introuvable.

Elle consulta Madame Pince pour savoir si le livre avait été emprunté et après s'être fait dire de parler moins fort, la bibliothécaire l'informa que non.

Hermione fronça les sourcils. Alors quelqu'un était en train de lire le livre en ce moment même dans la bibliothèque. Elle regarda autour d'elle. C'était un style de livre que peu de personnes appréciaient. Il n'y avait aucune image. Hermione sourit intérieurement. Elle avait conseillé ce livre à plusieurs personnes dès que quelqu'un avait demandé au rat de bibliothèque si elle avait un bon livre à recommander. Ni Parvati, ni Justin, ni une fille bizarre qui s'appelait Luna n'avaient accroché. Elle avait surpris Pénélope Deauclaire avec le livre dans les mains un mercredi soir passé à la bibliothèque et après lui avoir exprimé à quel point elle aimait ce livre, demandant à Pénélope qui était son personnage préféré, quel passage l'avait le plus amusée, etc., celle-ci l'informa qu'en fait elle n'arrivait pas vraiment à 'rentrer dans l'histoire' et qu'elle venait justement le rapporter.

Avec un peu de chance, la personne qui l'avait actuellement entre les mains s'en lasserait vite et le remettrait à sa place. Elle scruta chaque table de la bibliothèque avant d'arriver à sa table préférée, occupée par Draco Malfoy en train de lire un livre à la couverture verte et dorée.

Hermione poussa un soupir. La vie était vraiment injuste.

Sa table préférée. Son livre préféré. Son garçon le moins préféré.

Elle s'asseya à une table voisine et le fixa du regard avec un air furieux, dans l'espoir qu'il détecte son attitude hostile et qu'il fasse un geste honorable. Qu'il parte.

Elle saisit un livre d'une étagère pour avoir l'air occupée et sortit un carnet et une plume. Elle observa Malfoy tourner une page et hausser les sourcils.

Bon sang. Il avait l'air d'apprécier le livre. Son livre. Elle leva la tête en étirant le cou pour essayer de voir à quel chapitre il pouvait être. Elle jugea qu'il était environ à un quart du livre et en déduisit qu'il allait arriver à la partie où le prince se transformait en chien. Les réactions des autres personnages étaient tellement absurdes et le style d'écriture si mordant que ce passage était devenu les deux pages les plus drôles qu'Hermione ait jamais lues de toute sa vie.

Elle lança un regard noir en direction de Malfoy. Il n'allait sûrement pas trouver ça drôle. Il ne méritait même pas de lire ce livre. Le personnage principal était une jeune femme qui vivait dans le monde des Moldus et qui se retrouvait entraînée dans un univers parallèle. Comment pourrait-il s'identifier à elle?

Elle souffla. Il allait bientôt reposer le livre. Il était impossible qu'il puisse rire comme elle, en couvrant sa bouche pour étouffer les gloussements qui menaçaient de s'échapper tandis que le récit s'intensifiait. Il ne pouvait pas—

Il sourit. Elle vit un large sourire naître sur son visage, montrant ses dents. Il se reprit et resserra les lèvres. Hermione fronça les sourcils. Peut-être qu'il se moquait du style d'écriture et qu'il raillait l'auteur dans sa tête.

Il pouffa de rire, les lèvres fermées, et pressa un poing contre sa bouche. Elle pouvait juste apercevoir ses coins de lèvres qui étaient relevés. Elle ne l'avait jamais vu sourire comme cela. Habituellement, ses sourires étaient cruels, plus proche de la moue narquoise.

Mais à cet instant, ses yeux brillaient de joie et Hermione lut le livre à travers l'expression de son visage. Le prince venait d'être transformé en chien et la reine riait, remarquant à quel point il était bien plus séduisant ainsi. Un des trolls déclara alors qu'il avait aussi une meilleure odeur et le chien partit en courant à travers le château, déboulant en plein milieu du festin, surprenant les invités attablés. C'est à ce moment que le sorcier dit la réplique préférée d'Hermione de tout le livre –

Draco gloussa. Il releva immédiatement la tête, gêné, et en pivotant il vit qu'elle l'observait. Elle baissa la tête avant qu'il ne puisse s'énerver contre elle. C'était bien plus agréable de le voir rire et sourire. Elle ne voulait pas tout gâcher.

Elle l'entendit bouger puis refermer le livre. Elle l'épia discrètement tandis qu'il se leva et quitta la table, emportant le livre avec lui. Elle le vit emprunter le livre auprès de Madame Pince puis quitter la bibliothèque.

Elle resta interdite quelques instants avant de se demander ce qu'elle allait bien pouvoir faire maintenant.

/

Hermione courut à toute allure à travers le manoir, comme si elle était poursuivie. Elle franchit les grilles en métal qu'elle reconnut de 'cette nuit-là' et s'arrêta le temps de vérifier si elle pouvait Transplaner. Voyant que cela était impossible, elle repartit en courant en direction du haut de la colline. Une fois arrivée sur place, elle disparut avec un bruit sec.

Elle réapparut dans son salon. Essoufflée, elle inspirait et expirait à un rythme saccadé. Elle lâcha son sac et posa sa baguette. Elle arpenta la pièce, essayant de reprendre son souffle.

Il ne voulait pas vous posséder. Il voulait vous sauver.

Elle ferma les yeux. Elle pouvait encore sentir le froid d'Azkaban et le regard pénétrant de Lucius.

Ce n'est qu'une question de temps, Hermione.

Elle songea aux embrassades amicales et au regard chaleureux de Narcissa. Est-ce que tout cela n'avait été qu'un jeu? Un stratagème?

Elle fonça dans la salle de bain et mit la douche en marche. Elle se déshabilla, le souffle court, et se rua sous le jet avant même que l'eau n'ait eu le temps de chauffer.

Elle frictionna sa peau sous le jet froid en frissonant. L'eau lui coulait sur le visage, emportant les larmes qui commençaient à s'échapper de ses yeux.

Alors, dis-moi Granger. Je suis curieux. Si les choses s'étaient déroulées différemment au printemps dernier, est-ce que j'aurais gagné 35 000 gallions?

Elle coupa l'eau, attrapa son peignoir et s'emmitouffla dedans. Elle se rendit dans sa chambre et se laissa tomber sur le lit, ses cheveux mouillant son oreiller.

L'un d'eux mentait. Draco avait dit qu'il l'aurait vendue. Lucius affirmait que Draco voulait la sauver. Draco s'était moqué et l'avait humiliée en prétendant qu'elle lui aurait rapporté 35 000 gallions. Mais Lucius avait calmement déclaré que Draco avait tenté de quémander cette somme auprès de la mère de Narcissa au cas où.

Elle cligna des yeux, le regard perdu dans le vide en direction du plafond de sa chambre. Toutes ces interrogations étaient inutiles. Cette vente aux enchères n'avait pas eu lieu. Ces 35 000 gallions n'étaient que pure spéculation, peu importe qui serait prêt à les dépenser. Son vrai problème concernait Narcissa et le fait qu'elle ait jugé bon d'informer Lucius de ses futures fiançailles avec Draco.

Elle sentit à nouveau les larmes lui monter aux yeux. Elle prit une inspiration tremblante. Tout le monde savait qu'elle était amoureuse de lui et tout le monde souhaitait les voir ensemble. Ginny savait. Harry savait. Lucius et Narcissa Malfoy savaient. Ils avaient créé un fan-club, les supportant ardemment, avec à leur tête Rita Skeeter et Morty –

Morty!

Hermione se redressa brusquement en poussant un cri d'effroi. Elle consulta l'heure sur son horloge. 10h10. Elle jura et sauta du lit alors qu'un tapotement à sa fenêtre attira son attention. Elle tourna la poignée et un petit hibou vola à l'intérieur. Hermione saisit la note qu'il portait et reconnut aussitôt l'écriture de Morty.

Melle Granger,

J'espère que vous allez bien. Ne vous embêtez pas à venir si votre rendez-vous de ce matin vous a mise en retard. Je m'occupe de la boutique en votre absence.

Faites-moi juste savoir si vous allez bien afin que je sois rassuré. Et pas d'inquiétude pour la boutique.

Morty

Hermione cria et chiffonna le mot. Elle ne se souvenait même pas de la dernière fois qu'elle s'était sentie mal au point de manquer le travail, de ne pas aller en classe ou de ne pas rendre un devoir. Même après avoir traversé une guerre, elle avait réussi à rester au top et à maintenir ses résultats scolaires. Elle sanglota, les mains pressées contre ses yeux.

Hermione n'arrivait plus à respirer. Elle était la personne la plus intelligente qu'elle connaissait. La Sorcière la plus Brillante de sa Génération. Mais elle aurait toujours un train de retard sur les Malfoy.

Elle prit une lente inspiration, ôtant les mains de ses yeux rougis. Elle fixa le mur du regard afin d'apaiser son esprit et relâcher sa respiration.

Elle était Hermione Granger, merde! Elle aurait des réponses coûte que coûte.

Elle alluma d'un geste de la main toutes les lampes de sa chambre. Elle saisit une plume et répondit à Morty en disant qu'elle s'excusait mais que le rendez-vous s'était mal passé et qu'elle serait absente aujourd'hui et demain. Elle était en bonne santé mais avait besoin de se remettre. Elle attacha le mot à la patte de l'oiseau et quand il tourna la tête vers elle, réclamant un encas, elle le toisa du regard, sa magie crépitant autour d'elle. Le hibou partit aussitôt.

Elle invoqua sa baguette depuis la pile de vêtements qui se trouvait encore dans la salle de bain. La baguette vola jusque dans sa main et Hermione la fit virevolter en direction du mur qui faisait face à son lit, décrochant les cadres et miroirs qui s'y trouvaient. Elle pointa sa baguette en direction du coffre près de son lit et les articles de journaux découpés par Ginny - ainsi que ceux qu'elle avait secrètement mis de côté - s'en échappèrent en flottant dans les airs.

En commençant à gauche du mur, près de la porte, Hermione accrocha l'article qui annonçait la date du procès de Draco et qui était paru quand elle était à Poudlard pour sa huitième année. Puis elle plaça l'article "DRACO MALFOY: UN HOMME LIBRE" à côté. Elle continua ainsi jusqu'à recréer une frise chronologique.

Alors que ses yeux survolaient les articles et photos, le visage de Lucius la narguait sur l'article paru le jour de son anniversaire. Draco avait rendu visite à Lucius à Azkaban le 18 Septembre et en était reparti contrarié, à en juger par la photo. Il avait demandé à Lucius de lui céder son héritage et Lucius n'avait accordé qu''une petite portion' d'après Draco. Le reste viendrait au 1er Janvier, 'avec quelques conditions'.

Hermione se demandait quel genre d'ultimatum Lucius avait bien pu lui donner ce jour là et s'il était du même genre que celui qu'elle avait reçu le matin même.

Elle rongea l'ongle de son pouce distraitement en lisant le reste de l'article - une mauvaise habitude dont elle avait réussi à se défaire il y a plusieurs années. Draco était sorti avec une fille ce soir-là. Quelque chose vint lui titiller la mémoire.

Ses rendez-vous avec cette Sang-Mêlée bulgare à chaque fois que vous apparaissiez tous les deux en photo dans le journal.

Quelle déclaration audacieuse, Lucius. Elle balaya du regard chaque photo de Katya Viktor, s'arrêtant sur "DRACO MALFOY TROUVE L'AMOUR." Leur premier rendez-vous datait de juste avant son arrivée au Ministère, avant qu'elle et Draco ne soient photographiés ensemble.

Elle trouva le deuxième rendez-vous avec Katya. L'article était paru le jour du procès d'Antonin Dolohov ; le jour où Draco lui avait parlé de l'Enchère. Il avait invité Katya à déjeuner la veille, quelques jours à peine après que Draco ait rendu visite à son père à Azkaban. Elle chercha du regard et trouva la première photo où Draco l'embrassait. C'était une semaine après que Narcissa, Draco et Hermione aient déjeuné chez Fortarôme. Et leur rencard le plus récent avait eu lieu hier soir. Elle remonta la frise et s'arrêta sur l'article relatant la bagarre entre Ron et Draco, ainsi que leur conversation houleuse devant les vestiaires.

Elle décida de mettre cette info de côté. Il n'y avait rien de concret même si Lucius semblait persuadé qu'il y avait anguille sous roche. Il était clair que tout ce qu'il avait dit durant leur rendez-vous de ce jour avait été mesuré, maîtrisé et intentionnel.

Elle s'arrêta à nouveau sur l'article au sujet de la bagarre de la semaine précédente. Elle avait des questions à ce sujet. Elle saisit une plume et écrivit à même le mur, traçant des flèches et entourant des mots. Ses yeux atterrirent sur les photos prises chez Fortarôme. Ce jour-là, Draco lui avait dit de ne pas retourner dans la maison de ses parents.

Dès demain, elle commencerait par là.

/

Plusieurs heures plus tard, un CRAC suivi d'un PFOUCH retentirent depuis son séjour. Harry. Elle lui avait envoyé un hibou il y a une vingtaine de minutes pour lui demander s'il pouvait passer après l'heure du dîner.

"Hermione?"

"Je suis là!"

Harry pénétra dans sa chambre à pas lent et à en juger par son expression, la scène qui s'offrait à lui était édifiante.

Elle était assise sur le sol devant son lit, un emballage vide de plat chinois, qu'elle s'était fait livrer un peu plus tôt, sur les genoux. Il ne restait que les baguettes, qu'elle faisait s'entrechoquer entre ses doigts. Elle était encore dans son peignoir et avait laissé ses cheveux sécher naturellement, un désastre assuré. Harry l'observa en silence quelques instants avant de porter son attention sur le mur.

Le Mur Des Malfoy, elle l'avait nommé.

Ses yeux étaient écarquillés mais empreints de prudence quand il tourna la tête vers elle.

"Qu'est-ce qu'il s'est passé?"

"Pas grand chose et en même temps tout à la fois," répondit-elle.

"Tu es allée au travail?"

"J'ai pris ma journée pour réfléchir à deux-trois trucs." Elle garda les yeux rivés sur le mur, ne préférant pas voir la tête qu'il faisait.

"Quels trucs?"

"J'essaye de débusquer un menteur. Et j'ai besoin que tu m'apportes quelques précisions." Elle fit claquer ses baguettes chinoises.

"…D'accord –"

"La nuit au Manoir des Malfoy… de quoi est-ce que tu te souviens?"

Il resta silencieux et elle leva les yeux dans sa direction. Ses sourcils avaient disparu sous ses cheveux. Il pivota en direction du Mur Des Malfoy. Elle l'avait agrandi, ajoutant des notes et questions sous les articles. Puis elle avait repris la chronologie par la fin, partant du dernier article et écrivant directement sur la porte. Elle réalisa qu'Harry venait seulement de remarquer jusqu'où la frise s'étendait.

"Je… Je me souviens de pas mal de choses, je pense. Tu pensais à quoi en particulier?"

Elle bondit, emportant les baguettes chinoises avec elle. "Est-ce que tu as entendu quelqu'un parler d'une Enchère? Ou d'une transaction financière en échange de prisonniers?" Elle se tourna vers lui. "Queudver ou Greyback n'ont rien dit de ce genre?"

"Une Enchère? Non, ça ne me rappelle rien. Les Rafleurs voulaient toucher une récompense pour notre capture, je crois, mais…" Il pivota vers elle. "Ça t'embête si je prends ta température?"

"Oui, ça m'embête." Elle avança jusqu'au mur et planta ses baguettes sur la photo de Ron et Draco en train de se bagarrer. "Est-ce que tu sais pourquoi cette bagarre a eu lieu?"

Il s'approcha d'elle, un sourire timide aux lèvres. "…Parce que quelqu'un a eu la brillante idée de faire jouer Ron et Malfoy ensemble sur un terrain de Quidditch? Tu veux un verre d'eau?"

"Ron a dit que Draco l'avait cherché. Que si j'avais entendu ce que Draco avait dit, je l'aurais frappé moi aussi. Tu as entendu leur conversation?"

Harry prit une inspiration et détourna son regard, ce qui signifiait qu'il était sur le point de dire un mensonge. "Euh… non pas vraiment, non."

"Harry Potter, est-ce que j'ai l'air de plaisanter aujourd'hui?"

Harry l'observa. Elle était en peignoir rose, une seule chaussette à un pied, les cheveux ébouriffés, les yeux cernés et la paire de baguettes chinoises cliquetant toujours entre ses doigts.

Il poussa un soupir et évita son regard. "Et bien, Ron a accusé Draco de vouloir frimer devant toi ou d'essayer de marquer juste pour l'humilier. Et puis Ron lui a dit de ne pas s'approcher de toi et… ils ont commencé à se battre." Harry observa la photo sur laquelle il accourait pour séparer Draco et Ron.

"Et tu te rappelles de ce que Draco lui a dit?" demanda-t-elle.

Harry marqua une pause. "Non."

"Est-ce que tu préfères me donner ta mémoire de l'événement? J'ai une Pensine juste là."

Harry leva les yeux au ciel. "C'est juste que c'est un peu cru, c'est tout."

"Harry, je peux t'assurer que ça n'entrera même pas dans le top 10 des choses les plus choquantes que j'ai entendues aujourd'hui."

Harry se gratta la mâchoire et avança jusqu'aux photos de la bagarre. "Ron lui a dit de ne pas s'approcher de toi. Il a dit quelque chose dans le genre 'tu devrais trouver une nouvelle librairie à fréquenter,' et 'ne t'approche pas d'Hermione.'" La photo animée retrouva son point de départ, au tout début de la bagarre. Harry poursuivit, "Et alors Draco a dit, 'Pourquoi? Tu es restée loin d'elle depuis bien assez longtemps.'"

Elle regarda les lèvres de Draco bouger sur la photo, tandis qu'il se tenait droit, impassible. Comme son père.

Harry dit, "Et après, Ron l'a poussé je crois - oui, voilà." Il montra la photo de Ron poussant Draco. "Et Draco a dit…" Harry laissa sa phrase en suspens, tandis que la photo continuait de dérouler la scène. Les lèvres de Draco s'animèrent à nouveau et Ron lui mit un coup de poing au visage.

"Harry?"

Harry baissa les yeux. "Et bien, je l'ai entendu dire quelque chose comme 'L'Irlande est loin. Je la gardais au chaud pour toi.'"

Harry, gêné, tapa du pied contre l'autre, les joues rouges. Hermione regarda Draco reprendre son équilibre et plaquer Ron au sol pour le frapper.

Elle rit. Harry la regarda tandis qu'elle gloussait. "Oh, par Merlin. Les hommes..." Elle secoua la tête en mettant sa main à la tempe. Harry resta silencieux tandis qu'elle observa à nouveau toute la scène, connaissant maintenant les dialogues qui l'accompagnaient.

Pour la posséder.

Elle se rongea l'ongle. Vu comme Draco considérait sa vie sexuelle, mais aussi sa virginité, comme une simple commodité, il était tout à fait plausible qu'il aurait souhaité la posséder.

Harry accourut dans le champ de l'appareil photo, hissant et tirant Draco hors de Ron qui en profita pour lui mettre un coup au ventre. Hermione grimaça. Ou alors cette querelle de Quidditch n'avait aucune signification particulière. Il s'agissait juste de Ron Weasley et de Draco Malfoy trouvant une autre raison de se taper dessus.

"Hermione," l'interrompit Harry, et elle tourna la tête vers lui. "Je vais rester répondre à tes questions mais je vais juste nous faire un peu de thé, d'accord?"

"D'accord," dit-elle en faisant un geste de main dans sa direction.

Elle l'entendit quitter la pièce et faire du bruit dans la cuisine pour mettre de l'eau à chauffer. Elle saisit sa plume et écrivit sur le mur 'L'Irlande est loin. Je la gardais au chaud pour toi.'

Elle se recula et observa le Mur. Elle envisagea de créer un tableau à trois colonnes: Vendre, Posséder, Sauver et de faire une petite croix sous chaque théorie dès qu'un événement ou un souvenir venait l'appuyer. Elle chercha un endroit sur le mur pour le placer mais constata avec regret qu'elle n'avait plus de place. Elle fit un autre pas en arrière et observa sa chambre. Elle était en train de devenir folle.

Les larmes lui montèrent aux yeux et une migraine commença à poindre. Cette histoire était en train de prendre des proportions délirantes. Et elle avait laissé Harry la voir dans cet état?

Elle entendit un crac et un pfouch depuis le séjour. Est-ce qu'Harry était parti? Est-ce qu'il l'avait abandonnée?

Des voix se firent entendre puis des bruits de pas. Ginny ouvrit lentement la porte, elle était en pyjama et chaussons, un masque pour dormir autour du front. Elle s'arrêta et fit un tour sur elle-même pour observer l'état de la chambre. Hermione rougit.

"C'est quoi ce bordel?"

"Je… Je ne sais pas. Je crois que je deviens folle." Hermione inspira en hoquetant, au bord des larmes.

Harry passa sa tête par l'entrebâillement de la porte. "Je savais pas quoi faire. Apparemment elle a passé la journée comme ça," chuchota-t-il à Ginny.

"Je m'en occupe, Potter," dit Ginny, en lui prenant des mains le service à thé.

"Tu es censée être à Istanbul. Tu as un gros match demain matin." Hermione essaya de dégager ses cheveux de son visage et de son cou, et d'en reprendre le contrôle.

Ginny l'ignora et se tourna vers le Mur. Hermione sentit une chaleur lui monter dans le cou tandis que Ginny examina la preuve de sa folie et qu'Harry se tenait près de la porte comme une sentinelle. Ginny pivota vers elle.

"Qu'est-ce qu'il a fait?"

Hermione secoua la tête. "Ce n'était pas Draco. C'était Lucius." Elle entendit Harry faire un mouvement. Les sourcils de Ginny firent un bond. "Mais ce n'était pas que Lucius. C'était eux trois." Hermione soupira et s'assit au pied de son lit, face au Mur.

"En quoi Lucius est concerné?" demanda Ginny, après s'être assurée qu'Hermione n'allait pas s'expliquer davantage.

"Je suis allée lui rendre visite à Azkaban ce matin." Hermione ferma les yeux face au silence qui régna dans la pièce, ne voulant pas voir la réaction de ses amis face à naïveté. "C'est Narcissa qui a arrangé le rendez-vous. Elle m'a dit qu'il voulait me voir pour me remercier d'avoir témoigné au procès de Draco, mais une fois sur place, il s'est avéré qu'il était en pleine ébauche de contrat de mariage."

Elle releva la tête et vit Ginny qui l'observait avec de grands yeux avides. Harry fronçait les sourcils.

"Et beh," dit Harry, "C'est allé vite."

Elle leur parla de la liste, de Narcissa et de la bague. Elle leur décrivit l'insistance de Lucius concernant l'existence d'une relation amoureuse entre Draco et elle. Et quand elle arriva au sujet de l'Enchère, elle hésita, lançant un regard en direction de Harry. Ginny comprit aussitôt et le chassa de la pièce, à son plus grand étonnement.

"Et donc tu as décidé de faire un mur de serial killer?" lui demanda Ginny après qu'Hermione lui ait raconté le reste. Ginny était assise à côté d'elle sur le lit.

"C'est juste que… je suis fatiguée d'être aussi perdue et de ne pas comprendre. J'ai besoin de comprendre."

Ginny hocha la tête, tout en observant le Mur. Elle se tourna vers elle. "Tu te souviens de ce qu'il y avait sur sa 'liste'?" demanda-t-elle avec un sourire en coin.

Hermione regarda le Mur. Elle avait volontairement choisi de ne pas réécrire la liste sur le Mur car elle n'avait aucune intention de s'y conformer. Mais c'était précisément parce qu'elle ne l'avait pas écrite que cette liste tournait en boucle dans sa tête depuis plusieurs heures.

"Gracieuse, excellentes manières à table, hôtesse accomplie, pleine d'esprit, charmante, influente dans son cercle social, belle, élégante, sang-froid à toute épreuve, solides connaissances en finances, obéissante, formée à la décoration d'intérieur, danseuse aguerrie, intelligente, la tête sur les épaules, Sang-Pur."

Ginny rit. "Allez, Granger. C'est quoi le problème avec cette liste? Certains éléments sont innés chez toi, comme 'obéissante' et 'sang-froid à toute épreuve'."

Hermione sourit. "Je suis contente que tu sois là Gin, mais ça m'embête que tu sois venue. Il est tard en Turquie maintenant."

Ginny fit un geste impatient de la main et dit, "De ce que je vois, Granger, tu as deux choix." Ginny se leva et pointa le Mur du doigt. "Tu peux décrocher tout ça, aller te coucher et dès demain passer à autre chose. Décider d'ignorer Draco Malfoy et le traiter, au mieux, comme un collègue de travail et pas comme ton ex-fiancé."

Hermione fit une moue grimaçante et Ginny poursuivit. "Ou bien tu laisses tout en place, tu vas dormir dans ma chambre et quand je rentre lundi on reprend ça ensemble. Pendant ce temps-là tu ignores Draco Malfoy et tu le traites comme un collègue de travail et pas comme ton ex-fiancé."

Hermione leva les yeux au ciel. Et Ginny dit "A choisir, je préfèrerais que tu prennes la première option mais je crois que tu vas prendre la deuxième. Mais, dans tous les cas, il est hors de question que tu commences à enquêter seule sur tout ça. C'est compris, Granger?"

Hermione acquiesça.

/

Douze heures plus tard, Hermione se tenait sur le trottoir devant la maison de son enfance, seule.

Elle pouvait sentir la magie qui rayonnait à deux pas du jardin de devant et comprit instantanément que Malfoy ne lui avait pas raconté d'histoire. Il s'était passé quelque chose ici.

Elle regarda de part et d'autre de la rue et regretta soudainement d'être venue en pleine journée. Il y avait peu de chances que les voisins la reconnaissent, raison pour laquelle elle n'avait d'ailleurs pas effacé leurs mémoires. Elle était partie depuis si longtemps.

Elle passa le portail et sentit un bourdonnement la traverser. Quelqu'un avait lancé un Sortilège Repousse-Moldu sur la maison. Et ce n'était pas elle. Cela expliquait pourquoi la maison était intacte et toujours inoccupée.

Elle s'avança vers la porte d'entrée, en dissimulant sa baguette, et murmura "Specialis Revelio." Rien. Aucun maléfice ni sortilège ne semblait l'attendre à l'intérieur. Elle prit une inspiration et ouvrit la porte.

L'intérieur était exactement comme elle s'y attendait. Entièrement vide. Le guéridon près de la porte où sa mère avait pour habitude de déposer ses clefs et où son père oubliait systématiquement son parapluie n'était plus là. Il restait quelques traces sur les murs, là où une photo d'eux trois à Londres se trouvait auparavant.

Elle referma la porte derrière elle et essaya, "Homenum Revelio." Rien non plus. Elle ferma les yeux. Aucune sensation de magie autour d'elle.

Hermione s'avança et passa la tête pour observer la pièce de devant. Tous les meubles partis et d'autres traces d'anciens cadres sur les murs. Elle avança jusque dans la cuisine et la trouva vide, plusieurs tiroirs laissés ouverts et le clapotis régulier du robinet qui fuyait et que son père n'avait jamais réussi à correctement resserrer. Elle prit le chemin depuis la cuisine vers la pièce de vie et en tournant un coin, elle sut qu'elle avait trouvé ce qu'elle cherchait.

Éclaboussant le mur au-dessus de la cheminée, là où des photos et cartes de vœux se trouvaient habituellement, là où sa mère suspendait des guirlandes à Noël, se trouvaient des lettres d'un rouge luisant, dégoulinantes.

Sang-de-bourbe,

Tu peux fuir mais ils ne pourront pas se cacher.

Elle frissona. Elle fit un demi-tour sur elle-même pour s'assurer que personne ne la surprendrait par derrière. Puis son regard revint se poser sur les mots, clairement écrits avec du sang, le "i" de "ils" avait coulé en-deçà du texte et avait atteint les briques de la cheminée avant de sécher.

Elle avait reçu une lettre de Monica Wilkins la semaine passée. Elle y racontait qu'ils allaient bien tous les deux et qu'ils se remettaient juste d'un rhume. Ils avaient prévu de faire de la plongée libre la semaine prochaine pour l'anniversaire de leur mariage. Elle avait beau savoir dans sa tête que sa mère et son père avaient survécu, son cœur, lui, avait besoin d'être rassuré.

Elle devait absolument savoir de qui était le sang qui ornait ses murs.

Elle leva sa baguette et dit, "Dominus Sanguinem." Les lettres se mirent à trembler et se détachèrent du mur. Elles s'entortillèrent les unes autour des autres, dans une mini tornade rouge, en direction de sa baguette. Elles s'assemblèrent jusqu'à former une silhouette rouge, prenant forme en trois dimensions.

C'était un homme, et le cœur d'Hermione fit un soubresaut en s'attendant à voir apparaître la mâchoire fine ou les sourcils de son père.

Les traits firent apparaître un visage pointu avec une mâchoire marquée et des yeux qu'elle savait gris et elle observa le sang de Draco Malfoy tourbillonner en prenant la forme de son visage.

Il était venu ici. Et il avait répandu du sang sur les murs de son salon.