Chapitre 19
Il était attablé à la table des Serpentards avec le livre juste à côté de la nourriture. Quelle vision d'horreur.
Cela faisait maintenant presque une semaine qu'il avait emprunté le livre et Hermione en avait conclu avec malice que sa capacité de compréhension devait être bien lente s'il ne l'avait toujours pas fini. Elle l'avait surpris en train de le lire en cours d'Histoire de la Magie le lundi, dans la bibliothèque le mardi et ce mercredi matin au petit-déjeuner.
Elle piqua ses œufs d'un geste rageur avec sa fourchette et l'observa d'un air furieux. Il n'avait pas intérêt à renverser du jus de citrouille dessus! Elle ne se gênerait pas pour le rapporter à la bibliothécaire.
Elle le vit tourner une page et réalisa qu'il n'était pas du tout à la fin. Il était au début. Il le relisait ?! Arg!
Qui donc irait relire-?
Elle s'interrompit en se rappelant qu'elle avait elle-même lu ce livre à deux reprises en l'espace d'une semaine, deux ans auparavant.
"Hermione, tu sais où est Harry?"
Elle tourna la tête et vit que Seamus l'avait interpellée, à quelques sièges d'elle.
"Non, on ne se parle plus."
"Ah… d'accord."
Elle reporta son attention sur Malfoy et son livre. Elle aurait tellement voulu pouvoir le lire cette semaine. Cela faisait presque un mois que Ron et Harry avaient arrêté de lui parler. Et avec Lavande et Parvati qui commençaient à ne parler que de garçons le soir dans les dortoirs, elle n'avait pas d'autre choix que de tirer ses rideaux pour les éviter ou passer son temps ailleurs. Le livre aurait été une distraction idéale pour cette semaine. Elle avait déjà rendu visite à Hagrid à plusieurs reprises mais elle avait atteint la limite de gâteaux de roche qu'elle pouvait prétendre manger.
Il tourna une autre page et à en juger par son expression, il devait être arrivé à un passage comique. Il masqua sa bouche avec son poing, pour se retenir de sourire. Hermione avait remarqué qu'il faisait souvent cela. Elle vit Pansy Parkinson se rapprocher de Malfoy. Si elle osait poser ses sales pattes sur son livre...
Pansy se pencha vers lui, essayant de voir ce qu'il lisait mais il la repoussa. Hermione sourit en voyant Pansy faire la moue. Malfoy se leva de table, lança un air agacé en direction de Pansy puis rangea ses affaires avant de partir, avec le livre sous le bras.
Hermione fit la grimace. Elle se leva à son tour de la table des Gryffondors et le suivit. Elle quitta la Grande Salle et tourna à gauche mais trouva le couloir vide.
"Pourquoi est-ce que tu me suis, Granger?"
Elle pivota et vit Draco Malfoy, le livre toujours sous le bras tandis qu'il pointait sa baguette sur elle de l'autre main.
"Es-ce que tu as fini ce livre?"
Il cligna des yeux puis regarda le livre à la couverture verte et dorée.
"Quoi?"
"Tu ne devrais vraiment pas lire à table un livre qui ne t'appartient pas. Si tu fais tomber la moindre petite goutte de café sur une page, Madame Pince ne va pas te rater. Crois-moi," grommela-t-elle.
"Et bien, c'est une bonne chose que je ne boive pas de café alors." Il lui lança un regard noir avant de tourner les talons.
"Est-ce que tu l'as fini, oui ou non?"
"Qu'est-ce que ça peut te faire, Sang-de-Bourbe?" lança-t-il par-dessus son épaule, avant de poursuivre son chemin.
"Tu n'as pas le droit d'emprunter un livre plus de deux semaines!"
"Alors tu l'auras dans deux semaines!" dit-il en se retournant. "Sauf si je l'emprunte à nouveau!" Il lui fit un sourire narquois et elle souffla, avant de lui tourner le dos et de retourner dans la Grande Salle.
Par Merlin, qu'est-ce qu'elle pouvait le détester!
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"DRACO MALFOY L'ENTREPRENEUR"
par Rita Skeeter
Vous connaissez son nom. Vous connaissez son visage. Vous connaissez ses cheveux! Mais ce que vous ignorez, c'est ce que Draco Malfoy a dans ses cartons.
Moi, je le sais!
Draco Malfoy, fils du Mangemort Lucius Malfoy et de la très mondaine Narcissa Malfoy, a reçu le pardon du Magenmagot il y a tout juste huit semaines et a travaillé en sursis avec mise à l'épreuve pour le Ministère depuis lors. Mais Serpentard un jour, Serpentard toujours et son esprit ambitieux ne saurait se satisfaire d'un emploi au Ministère.
"J'ai longtemps rêvé de fonder ma propre entreprise. Ce n'est pas nouveau et cela m'a aidé à tenir lorsque j'étais à Azkaban. Aujourd'hui, cette vision me pousse à aller de l'avant."
Draco Malfoy s'est entretenu avec votre reporter dévouée pour une interview exclusive au sujet de cette nouvelle aventure entrepreneuriale et de ce changement de vie. La suite en page 7!
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Hermione poussa un soupir de soulagement en ouvrant le journal lundi matin. Elle avait été si tendue tout le dimanche - même avant d'être allée dans la maison de son enfance -, craignant d'avoir été photographiée à Azkaban la veille. En voyant qu'aucune photo ni article n'était paru dans l'édition du dimanche, elle sut qu'elle n'avait encore qu'un jour à rester hors des radars pour que Draco puisse faire son annonce. En parcourant ce matin le journal et en y trouvant le visage souriant de Draco et le titre de l'article de Skeeter, elle sut qu'elle était tirée d'affaire.
Skeeter continuait son récit en page sept, présentant la société de conseil et les futurs services que Malfoy Consulting Group proposerait. Draco était très sincère avec elle, allant jusqu'à confier à quel point il était important pour lui de se dissocier de son père et de sa réputation. Elle lui fit également la surprise de lui annoncer durant l'interview qu'il avait été choisi pour faire la couverture du Sorcière-Hebdo du mois de décembre, remportant ainsi le prix du Sourire Le Plus Charmeur. Il accueillit la nouvelle avec élégance, ce que Skeeter ne manqua pas de souligner.
Bien. Tant mieux pour lui. C'était dans l'ordre des choses. Elle avait beau ne pas comprendre pourquoi il était allé chez elle, ni pourquoi son sang était sur le mur, elle était en revanche bien consciente du fait qu'elle avait passé un accord avec Lucius Malfoy et qu'elle ne se mettrait pas en travers des projets de Draco et de son business. Un article de journal, au sujet du potentiel illimité et du futur de Draco et qui, pour une fois, ne la mentionnait pas, était de bon augure.
Elle soupira. Ginny devait rentrer le soir même et elle allait devoir lui annoncer qu'elle s'était rendue la veille à la maison de ses parents, seule.
La vision des lettres de sang surgit dans son esprit et Hermione secoua la tête pour la chasser. A un moment donné, durant la guerre, le sang de Draco Malfoy a été apposé sur les murs de son salon. Son sang pur. Elle fronça les sourcils. Elle ne l'imaginait pas du tout verser son précieux sang pour quelque raison que ce soit. Mais la tournure de la phrase lui ressemblait. Elle ressemblait au Draco Malfoy de Poudlard.
Elle jeta le journal à la corbeille et se mit en route pour le travail, où elle allait arriver beaucoup trop tôt. Ces deux jours de congés sans travailler à Cornerstone avaient complètement chamboulé son rythme et il lui démangeait de retrouver ses habitudes de travail.
Elle se faufila dans l'Atrium déjà bien animé, prit un ascenseur jusqu'au quatrième étage et traversa gaiement les bureaux encore vides du service des Créatures Magiques. Une fois arrivée à son bureau, elle retrouva un mémo qu'elle s'était laissée. Elle avait une audition au Magenmagot aujourd'hui. Ha, formidable...
Jonathan Jugson faisait appel de sa sentence à perpétuité, clamant qu'il avait été sous l'influence du sortilège de l'Imperium, l'obligeant à participer à la Bataille du Département des Mystères.
Bien essayé, Jugson. Hermione sourit.
Quand elle entendit les talons de Mathilda arriver dix minutes plus tard, Hermione prit une inspiration et se rendit à son bureau pour la saluer.
"Mathilda," dit-elle.
"Granger! Bonjour!" La blouse de Mathilda était mal boutonnée et plusieurs épis ornaient ses cheveux décoiffés. Hermione aurait pu croire qu'elle sortait d'une partie fine si elle ne savait pas déjà que c'était le look habituel de Mathilda. Mathilda lâcha les dossiers qu'elle avait dans les bras sur son bureau. "Tu es là tôt."
"Oui, je voulais te rappeler que j'avais une audition auprès du Magenmagot à dix heures."
"Bien sûr, pas de problème." Mathilda ôta son manteau et le jeta en direction de la chaise dans le coin de son bureau, ratant sa cible.
"Et j'aimerais pouvoir te parler quand tu auras le temps."
"Oui, oui." Mathilda prit place sur sa chaise. "J'ai le temps! Est-ce qu'il y a un souci?"
"Non, pas du tout," dit Hermione, s'installant sur la chaise en face d'elle. "J'ai appris que Rosenberg allait partir en retraite."
"Oui! C'est super pour Rochelle! Elle a sept petits-enfants, tu savais?" Mathilda tendit la main pour attraper sa plume et renversa le pot d'encre au passage.
"Non, je ne savais pas du tout." Elle observa la femme devant elle faire disparaître l'encre renversée et tremper sa plume avant d'inscrire HG 08/11/99 en haut de son parchemin. "Je voulais t'informer que j'avais l'intention de postuler."
Mathilda leva la tête vers elle. "Vraiment?"
"Oui," répondit-elle. "Tu sais à quel point je suis attachée aux droits des elfes de maison et j'espérais que tu étudies ma candidature lorsque le poste sera officiellement ouvert."
Mathilda machouilla sa lèvre et s'enfonça dans sa chaise. "C'est un changement de poste mais au même échelon."
"Oui, mais ça serait toujours un changement et dans la bonne direction."
Mathilda hocha la tête et s'avança sur sa chaise, prenant quelques notes sur son parchemin. Hermione se demanda si la conversation avait touché sa fin.
"Rochelle a occupé ce poste pendant quarante ans. Est-ce que tu le savais?" Mathilda ajouta une barre au 't' qu'elle venait de tracer avant de relever les yeux vers elle.
"Non, pas du tout."
"Elle te ressemble beaucoup. Elle aussi est passionnée par les elfes de maisons. Elle a refusé toutes les propositions de poste à un échelon plus haut durant ces quarante années, parce qu'il lui était insupportable de les laisser. Elle était bien installée à ce poste." Mathilda croisa ses mains devant elle. "Je ne te souhaite vraiment pas de te retrouver dans la même situation, Hermione."
Hermione cligna des yeux. "Je… Je comprends. J'ai l'intention de briguer des postes plus élevés quand l'opportunité se présentera."
"Mais toujours dans le service de relocalisation des elfes de maison?"
"Je… Euh," Hermione déglutit. "Mon objectif court-terme a toujours été le service de relocalisation, oui. Mais—"
"Et quel est ton objectif à long-terme, Hermione?"
Hermione ouvrit la bouche. Puis la referma. Mathilda poursuivit.
"Est-ce que tu savais que Millicent Bagnold a travaillé cinq ans dans sept départements différents du Ministère avant d'être élue Ministre? Scrimgeour a commencé aux Transports et a ensuite gravi les échelons du D.J.M. avant de diriger le bureau des Aurors. Leonard Spencer-Moon servait le café aux Accidents et Catastrophes Magiques avant de rejoindre le Bureau de Liaison des Moldus puis le D.J.M. au Détournement de l'Artisanat Moldu."
Mathilda lui sourit. Toutes ces personnes avaient été Ministre. Ministre.
"Il est conseillé, Granger," chuchota Mathilda, "d'envisager de changer de département quand on prend de nouvelles responsabilités. Cela t'aidera à la fin."
A la fin. Quelle était la fin d'Hermione Granger?
"Tu m'as donné matière à réfléchir. Merci Mathilda."
"Je voulais que tu saches," Mathilda se leva et commença à ouvrir un placard pour en sortir des dossiers, "que tu as fait une forte impression auprès de Robards."
"Gawain Robards?"
"Oui," dit-elle en déposant d'autres dossiers sur son bureau. "Draco Malfoy partira en Décembre - excellent article dans le journal d'aujourd'hui, d'ailleurs. Tu as eu l'occasion de le lire?"
"Euh, oui –"
"Et bien, Robards envisage de pérenniser le poste de Malfoy en analyste senior à temps plein." Elle lui fit un sourire. "Il espère que tu y postules."
Analyste senior? A ce niveau, ce n'était plus gravir les échelons mais en tronçonner un bon paquet.
"Bien, je vais y réfléchir sérieusement," dit Hermione, la tête en ébullition.
Elle remercia Mathilda pour le temps qu'elle lui avait accordé et retourna à son bureau, en pensant au poste en question. Elle pourrait travailler plus souvent avec Harry. Et avec Katie Bell. Mais cela n'aurait rien à voir avec les elfes de maisons ou les créatures magiques. Elle venait à peine de rencontrer son premier succès avec le projet sur la Chimère.
Elle continua à réfléchir, pesant le pour et le contre, jusqu'à dix heures moins dix quand elle appela l'ascenseur pour se rendre aux salles d'audience.
L'ascenseur arriva, les grilles s'ouvrirent et Draco Malfoy s'y trouvait, appuyé contre une des parois. Son sang se glaça. Elle l'avait complètement oublié durant ces trois heures. Son répit fut de courte durée.
Ses yeux étaient aussi surpris et méfiants que la dernière fois qu'elle l'avait vu, au Manoir des Malfoy, tandis qu'elle partait en courant. Elle serra la mâchoire et le rejoignit dans l'ascenseur. Elle pouvait sentir son regard posé sur elle, tandis que les grilles se refermaient.
Que savait-il de sa rencontre avec Lucius? Est-ce qu'il était au courant du plan de Narcissa? Ou ne s'était-il rendu compte de rien? Qu'est-ce que Narcissa avait bien pu lui dire après qu'elle se soit enfuie? Est-ce qu'elle lui avait dit qu'Hermione l'avait refusé? Et est-ce que cela avait vraiment une importance pour lui?
Pas son ex-fiancé. Son collègue.
"Bonjour" dit-elle. Il était temps. Un long silence avait régné avant qu'elle ne le salue.
L'ascenseur ralentit pour s'arrêter au niveau 5. Elle ne savait pas si elle devait pester parce que le trajet allait prendre un temps fou si l'ascenseur devait s'arrêter à chaque étage, ou si elle devait soupirer de soulagement parce que d'autres personnes allaient se joindre à eux.
Quand les grilles s'ouvrirent et révélèrent un Aiden O'Connor en train de croquer dans une pomme, Hermione décida que c'était son jour de chance.
"Salut!" marmonna Aiden avec sa pomme encore dans la bouche. "Malfoy, super l'article d'aujourd'hui. C'est super ce projet, hein?"
"Merci, oui." Sa voix était fatiguée. Aiden continua à faire la conversation, son plus fort atout.
Quand l'ascenseur ralentit à nouveau pour l'Atrium et qu'Aiden parlait toujours, Hermione fit presque un sourire. C'était bientôt fini.
Aiden sortit et regarda par-dessus son épaule. "Vous descendez là?"
"Non, je descends au Magenmagot," répondit Draco.
Merde, merde, merde.
"Euh, pareil" dit-elle.
Aiden leur fit un signe de la main, et croqua à nouveau dans sa pomme tandis que les grilles se refermaient et que l'ascenseur continua de descendre.
Elle entendit Draco prendre une inspiration pour parler, et elle décida de le devancer.
"C'était vraiment un excellent article," dit-elle. "Skeeter a fait un très bon travail pour présenter Malfoy Consulting Group au Monde des Sorciers."
Elle ne le regardait pas.
"Merci."
"Et félicitations pour Sorcière-hebdo." ajouta-elle en riant légèrement.
L'ascenseur arriva au niveau 10. Il tint la grille ouverte pour elle. Elle garda le regard fixé droit devant, vers la porte en chêne à l'autre bout du couloir. Leurs pas résonnèrent contre les pierres et elle se demanda s'il était en retard ou en avance pour son rendez-vous avec le Magenmagot. Parce qu'elle avait cinq minutes d'avance.
Par pitié, faites qu'ils ne restent pas plantés là pendant cinq minutes, à attendre d'être appelés.
Il la regardait à nouveau. Ils s'arrêtèrent aux trois-quarts du couloir environ, à peu près au même endroit que la dernière fois qu'ils s'y étaient retrouvés.
La dernière fois, elle avait regretté de s'être mise face à lui, obligée de le regarder ou de regarder le sol. Quand il s'arrêta et s'appuya contre le mur de droite, elle décida de le rejoindre sur ce mur, à quelques mètres de lui.
C'était encore pire.
Elle ne pouvait pas le voir. Mais elle pouvait sentir son regard. Son regard posé sur elle.
La dernière fois qu'ils étaient dans ce couloir, il l'avait accusé de vouloir libérer tous les Mangemorts et de lui avoir imposé une Dette d'Honneur en témoignant en sa faveur, tandis qu'il la pressait contre le mur et laissait son souffle chaud s'échapper de ses lèvres pour parler d'Enchère, de gallions et de virginité.
"Tu n'étais pas à Cornerstone hier."
Elle sentit l'air se figer dans ses poumons. Il ne la quittait pas des yeux et elle choisit donc de ne pas bouger et de se concentrer sur sa respiration.
"Non, j'étais malade." Elle regardait fixement le mur opposé, en gardant la tête droite. "Est-ce que Morty a pu te renseigner?"
Il resta silencieux. Et si elle tournait la tête vers lui, elle était certaine qu'elle le verrait avec un air renfrogné.
Il s'était donc rendu à Cornerstone le lendemain qu'elle se soit enfuie de chez lui, après avoir refusé de l'épouser. Une voix intérieure s'amusa de cette situation improbable. Que lui avait-il voulu? Un autre livre sous paquet cadeau pour une autre petite copine?
Du coin de l'œil, elle le vit pivoter son corps vers elle, croisant une cheville par-dessus l'autre.
Ou peut-être avait-il voulu s'excuser? Ou s'expliquer? Ou l'embrouiller encore plus? C'était probablement la dernière option.
"J'ai appris que tu étais allée voir mon père."
Elle ferma les yeux. Collègue de travail. Collègue de travail. Collègue de travail.
"C'est exact," dit-elle. "C'était très aimable de sa part de vouloir me rencontrer."
Elle était sur le point de détailler la rencontre. En mentant ou en évitant la vérité ou en ne parlant que des quarante-cinq secondes de conversation courtoise qu'elle et Lucius avaient eu mais elle se rappela subitement de son sang sur ses murs. Elle ne lui devait rien après tout. Elle entendit Draco faire craquer une phalange à sa droite. Et vit sa silhouette repousser ses cheveux en arrière.
Il était clairement troublé. Ah, quel plaisir.
Elle garda le regard fixé droit devant elle et ne dit rien de plus. Il posa une main contre le mur, décroisant ses chevilles.
"Et la visite s'est bien passée?"
"Parfaitement bien." Elle songea à inspecter ses ongles devant lui avant de se raviser. Inutile d'en rajouter. "Je ne l'avais jamais réellement rencontré." Elle se tourna vers lui et avec un regard faussement plaisant, elle lui dit, "Vous vous ressemblez beaucoup."
Son œil gauche eut un rictus et elle repensa au journal, dans la corbeille à papier chez elle, dans lequel Draco déclarait avec force à quel point il voulait se distancer de son père.
Le coin de sa bouche se leva sans qu'elle puisse s'en empêcher. Il le vit et serra la mâchoire. Il s'avança vers elle.
"Si je l'avais su, j'aurais fait en sorte que cette rencontre n'ait pas lieu."
Elle soutint son regard. Il était à trois pas d'elle, mais elle pouvait sentir la tension monter autour d'eux, comme la fois précédente.
"Ma mère aime se mêler de choses qui ne la concernent pas. Je m'excuse que tu aies été entraînée là-dedans."
Des excuses? A quel sujet? Pour la demande en mariage malvenue? Pour le stress engendré par le fait d'avoir rencontré Lucius Malfoy? Pour la fausse relation avec Narcissa Malfoy? Elle n'avait toujours aucune réponse claire de sa part sur ces sujets.
"Je ne sais pas ce qu'il t'a dit, mais—"
"Pourquoi est-ce que ton sang se trouve sur les murs de mon salon?"
Il resta la bouche ouverte et cligna des yeux, son regard alternant entre ses yeux à elle. Elle le toisa du regard, sans céder. Elle le vit refermer la bouche en claquant la mâchoire et déglutir.
"Melle Granger?" L'homme corpulent de la dernière fois passa sa tête par la porte. "Est-ce que vous êtes prête?"
"Tout à fait." Elle s'écarta du mur et s'avança en direction de la porte en chêne, laissant Draco derrière elle.
/
"Redis-moi exactement ce qui était écrit."
Hermione soupira et se massa le front. Elle était assise à la table du séjour pendant que Ginny faisait les cent pas, en se tripotant les mains. Harry, lui, préparait à dîner dans la cuisine et passait la tête de temps à autre pour suivre la conversation. Elle avait oublié à quel point le travail de recherche 'en équipe' était fatiguant. Elle devait sans arrêt redire et réexpliquer certaines phrases ou scènes qui étaient parfaitement ancrées dans son esprit.
"Sang-de-Bourbe, Tu peux fuir, mais ils ne pourront pas se cacher."
"Et quelle taille faisaient les lettres?" Ginny changea de direction et commença à tourner en rond autour de la table basse.
Hermione écarta les mains devant elle pour indiquer la taille. Harry passa une tête depuis la cuisine pour voir sa réponse.
"Ça fait beaucoup de sang," dit Harry.
"Tu ne crois pas si bien dire!" dit Hermione en riant.
"Non, je veux dire…" Harry sortit de la cuisine, une cuillère à sauce à la main. "Draco Malfoy se serait entaillé sa précieuse peau, coupé ses précieuses veines et aurait perdu autant de son précieux sang? Et tout ça pour quoi? Juste pour te faire peur?"
Ginny hochait la tête en marchant, le regard baissé vers le sol. C'était bizarre de l'avoir dans l'équipe à la place de Ron. En général, Ron avait plutôt tendance à rester assis, et à manger, jusqu'à ce qu'Hermione élucide tout toute seule.
"Et il n'y avait rien d'autre?" demanda Ginny.
"J'ai inspecté le reste de la maison et je n'ai trouvé aucun autre message. Pas de sortilège non plus. Juste le Repousse-Moldu."
"Il faut que j'aille voir le Mur." Ginny se gratta la tête et marcha en direction de la chambre d'Hermione.
Harry repartit dans la cuisine. Hermione saisit sa tasse de café, prête à reprendre une gorgée, quand Harry réapparut, les bras croisés et le visage renfrogné.
"Je sais que Ginny était en déplacement mais moi j'étais là." Il releva la tête vers elle. "Tu n'aurais pas dû y aller seule. On reste une équipe."
Hermione cligna des yeux. "Je… Désolée. C'est juste que…" Elle baissa la tête. Elle l'avait déçu. "Je voulais revenir seule chez moi."
Harry acquiesca mais dit, "Tu m'as bien accompagné quand je suis retourné dans la maison de mes parents."
Il retourna en cuisine et elle entendit une marmite bouillir. Elle garda le regard fixé sur l'endroit qu'il venait de quitter, repensant à Godric's Hollow, jusqu'à ce qu'elle entendit les pas de Ginny qui revenait dans le séjour.
"Un Sortilège Repousse-Moldu. Pourquoi?" Ginny recommença à faire les cent pas.
Hermione mit de côté sa culpabilité et se tourna vers la rouquine. "Je… je ne sais pas."
"Et tu n'en avais pas mis un quand tu étais partie?"
"Non, je m'étais dit que la maison serait vendue," répondit-elle, en saisissant à nouveau sa tasse de café. "Il est possible que le Sortilège que j'ai placé sur mes parents les ait poussés à plier bagage et déménager sans prendre le temps de mettre la maison en vente. J'ai bien insisté sur le fait qu'ils devaient partir pour l'Australie dans la semaine."
Harry sortit de la cuisine avec trois assiettes de pâtes aux légumes en lévitation. Il les plaça sur la table. "On pourrait peut-être arrêter de parler du… sang sur le mur." Harry fit un signe de tête en direction de Ginny qui marchait toujours en faisant craquer sa nuque.
Hermione se souvint subitement du sang à l'extérieur des toilettes de Mimi Geignarde. La Chambre des secrets a été ouverte. Les lettres de sang que Ginny avait inscrites alors qu'elle était possédée. Hermione l'avait entraînée dans toute cette histoire sans même y penser.
"Je ne suis pas en sucre, Potter." Ginny fronça les sourcils dans sa direction puis s'assit à table. "J'ai envie d'élucider cette affaire autant qu'elle, alors laisse-moi l'aider."
"Non, Harry a raison. On peut laisser ça un peu de côté." Hermione saisit sa serviette et commença à manger. Un silence s'installa.
"Qu'est-ce qu'il a répondu quand tu lui en as parlé?"
Elle releva la tête. Ginny ne mangeait pas. Elle avait toujours les sourcils froncés en direction de la table.
"Rien. Mais ce n'était pas vraiment une question. C'était plus… pour l'interrompre." Elle sourit. "Je n'attendais pas de réponse."
"Tu penses qu'il te dirait la vérité si tu lui demandais vraiment?" dit Harry.
"Non," répondirent ensemble Hermione et Ginny.
Ginny se leva et recommença à marcher. Harry soupira.
"Il a dit qu'il ne savait pas que tu devais voir Lucius?" demanda Ginny.
"Non. Il a dit que sinon il aurait empêché que cela se fasse."
Ginny se massa le front. "C'est à devenir chèvre!"
Hermione rit. "Crois-moi, je sais. Mais laisse tomber, Ginny. Mange."
"Je veux savoir ce qui se trame dans cette tête de blondinet!" dit Ginny en tapant du pied. Hermione sourit.
"C'est dommage qu'on n'ait pas de contact au Magenmagot." Harry amena sa fourchette à sa bouche en faisant virevolter ses pâtes autour.
Ginny et Hermione se tournèrent vers lui. "Pourquoi?"
"Les membres du Magenmagot ont pu visionner les souvenirs qu'il a dû fournir. Il y a peut-être la réponse à quelques-unes de nos questions dedans." Harry mâcha, en regardant distraitement son assiette.
"Des souvenirs?" demanda Hermione.
"Ouais," Harry dit la bouche pleine. "Ceux qu'il a fournis le jour de sa libération. Avec ses témoignages, c'est la seule raison pour laquelle il a été gracié. Les souvenirs devaient soit prouver son innocence, soit incriminer d'autres Mangemorts." Il releva les yeux vers elles. "Je vous en avais parlé."
"Non," dit Ginny. "Ça ne me dit rien."
"Ha." Harry haussa les épaules. "Tant mieux, alors. Je n'étais pas autorisé à le faire. Je ne suis pas autorisé à le faire!"
"Et où sont conservés ces souvenirs maintenant?"
Harry enroula d'autres pâtes sur sa fourchette. "Sûrement au bureau du Service Administratif du Magenmagot, pour être archivé."
Ginny tourna la tête en direction d'Hermione et leva un sourcil. Hermione sentit son cœur battre, sans trop savoir pourquoi.
"Et," dit lentement Ginny, "quelles mesures de sécurité sont en place au bureau Administratif du Magenmagot? Des sortilèges? Des mots de passe?"
"Alternance de mots de passe et deux Aurors avec relève régulière." Harry s'essuya la bouche et attrapa son verre d'eau.
"Et," continua Ginny, "quand est-ce que tu fais la relève?"
Harry observa les deux jeunes femmes par-dessus son verre d'eau. Ses yeux s'écarquillèrent, avant d'apparaître abattus.
Il reposa son verre, en faisant la moue en direction de la table. "Et merde."
