Chapitre 25
Hermione passait en revue son devoir pour le cours de sortilèges tout en arpentant les couloirs du château. Les BUSE approchaient et bien que personne d'autre ne semblait enclin à réviser ni ne semblait même s'en soucier, elle savait qu'il était mieux de s'y prendre à l'avance.
Elle profitait de ses rondes de Préfète pour réviser. Le château était si calme à cette heure du soir - maintenant qu'Ombrage sortait décret sur décret - qu'elle allait devenir folle si elle ne trouvait pas quelque chose à faire pour s'occuper. Elle avait demandé à Ron s'il voulait venir avec elle mais, évidemment, puisque ses rondes à lui étaient le mardi, il avait sèchement refusé.
"Pourquoi je devrais en faire deux ?" avait-il marmonné, la bouche pleine de pudding, à la table du dîner.
Pour passer du temps avec elle ? Elle leva les yeux au ciel et continua à lister les sortilèges créés dans les années 20. Elle tourna à un coin en direction de la classe d'Histoire de la Magie et s'arrêta brusquement, le pied levé.
Draco Malfoy maintenait Pansy Parkinson contre le mur en pierres. Il l'embrassait à pleine bouche. Elle était cramponnée à ses bras.
Hermione cligna des yeux et sentit son souffle lui échapper.
La Serpentard était adossée au mur et ses mains étaient aggripées aux épaules du blond, entortillant ses doigts autour de ses cheveux tandis qu'il attaquait sa bouche avec la sienne. Draco avait la main droite posée sur sa hanche et la main gauche appuyée contre le mur.
Hermione déglutit.
Ils étaient… Ils étaient Préfets par Merlin ! Et membres de la fameuse brigade inquisitoriale d'Ombrage. Ils étaient bien placés pour savoir qu'ils n'avaient rien à faire dehors, à se peloter à 9h du soir un jeudi ! Laissez ça pour votre salle commune, bon sang !
Pansy souriait contre ses lèvres.
Hermione ouvrit la bouche, prête à avancer d'un pas décidé et à les séparer de force – uniquement parce que c'était son devoir de Préfète, bien sûr.
Elle vit alors Draco retirer sa bouche de la sienne, haletant, et lui souffler dans le cou avant de réattacher ses lèvres à la zone juste en-dessous de son oreille. Pansy émit un petit couinement en se mordant la lèvre.
Hermione ne voyait vraiment pas ce que cet acte avait de si agréable. A chaque fois que Viktor avait essayé de l'embrasser dans le cou, soit il l'avait chatouillée, soit il lui avait fait mal.
Hermione réalisa qu'elle se tenait debout au beau milieu d'un couloir en train de regarder Draco Malfoy dévorer sa copine… ou son amante… ou quoi que ce soit qu'elle était pour lui, maugréa-t-elle. Elle devait soit partir, soit faire son travail et les séparer.
Elle s'avança au moment où Draco bougea à nouveau son corps et plaça son genou entre ceux de Pansy. Il se pencha en avant, faisant disparaître sa cuisse entre les siennes, montant progressivement, et au moment où il entra en contact avec l'entrejambe de la brunette, Pansy grogna, haletante, et lui attrapa les cheveux.
"Draco…"
Bien. Cela suffisait maintenant. Hermione plissa les yeux en direction des deux Serpentards.
"Excusez-moi," dit-elle d'une voix forte. Les yeux de Pansy s'ouvrirent instantanément et Draco ôta ses lèvres de son cou, mais sans tourner son visage vers elle. "Je regrette d'interrompre cette petite scène et ce qui était sur le point de se passer ici, mais il est 21 heures passées de 8 minutes et, en tant que Préfets, vous savez très bien que les élèves sont censés être dans leur salle commune à cette heure."
Draco laissa retomber sa jambe, mais garda sa main contre le mur, haletant. Pansy la fusilla du regard et se dégagea du Serpentard, en réajustant sa jupe.
"Oh, comme si tu avais la moindre idée de ce qui était sur le point de se passer, espèce de Sang-de-Bourbe coincée" répondit Pansy en grimaçant.
"J'ai deux ou trois idées," répondit Hermione d'une voix pince-sans-rire. "Merci de rejoindre votre salle commune –"
"Ou bien quoi ?" dit Pansy en souriant. "Tu vas nous retirer des points ? Tu sais très bien que tu n'as pas ce pouvoir. Et d'ailleurs, en tant que membre de la Brigade Inquisitoriale, je dirais que tu es démesurément grossière, Sang-de-Bourbe."
Hermione se retint de répondre et observa Draco tandis qu'il se redressa et s'écarta du mur avant de la toiser d'un regard brûlant.
"Je dirais que tu as parfaitement raison, Pansy."
Hermione souffla.
"Dix points de moins à Gryffondor pour avoir remis en cause l'autorité de deux membres de la Brigade Inquisitoriale," déclara Pansy.
"Je dirais même dix points par membre de Brigade, Pans."
Vingt points pour avoir juste fait son travail ?
"Vous êtes ridicules tous les deux." Elle contourna Pansy et continua d'avancer le long du couloir, poursuivant sa ronde. Elle pivota vers eux. "Si je vous surprends encore dans les couloirs après l'heure du couvre-feu, ce sera une retenue."
Pansy lui fit une grimace et Draco, avec ses cheveux ébourrifés et sa cravate de travers, fit un sourire narquois et dit, "J'attends que ça, Granger."
Elle leur lança un regard noir et tourna les talons, avant de s'avancer sur le couloir jusqu'au virage à gauche, leurs yeux rivés sur elle.
/
"Tu as fait quoi ?"
Hermione fit une petite grimace. Elle avait essayé de donner l'information en passant, depuis la cuisine, tandis qu'elle préparait des œufs.
"J'ai… postulé chez Malfoy Consulting Group."
Le bruit des pieds nus de Ginny et du raclement de la chaise d'Harry contre le sol se fit entendre.
"Quand ça ?"
Elle cassa un œuf, le dos tourné.
"Vers 1h du matin cette nuit." Elle jeta la coquille d'œuf dans l'évier et s'essuya les mains sur un torchon.
Elle avait été stressée toute la matinée. Elle s'était réveillée en panique, se demandant ce qu'elle avait fait, et maintenant, alors qu'elle venait enfin d'arrêter de se poser des questions et commençait tout juste à se faire à l'idée, elle avait décidé d'en informer Ginny et Harry. Pour qu'ils puissent lui poser des questions à leur tour.
"Pourquoi ?" demanda Harry. Elle déglutit et se tourna vers eux.
"Il m'a convaincue. Il m'a rappelée que je voulais changer le monde." Elle croisa le regard d'Harry à travers ses lunettes. Ses sourcils avaient disparu sous ses cheveux en pétard.
"Donc tu quittes ton poste au Ministère, et toutes les perspectives d'évolution de carrière qui vont avec, pour devenir le sous-fifre de Malfoy ?" Harry répondit d'un air renfrogné.
"Je ne serai pas le sous-fifre de Malfoy. Je serai la Consultante Senior en Relations avec les Non-Sorciers." dit-elle, les mains sur les hanches. Les yeux d'Harry s'écarquillèrent.
"Consultante Senior ?" murmura Ginny. "Et ça veut dire quoi concrètement ?"
Hermione n'en avait aucune foutue idée. C'était bien ce qui la terrifiait.
"Je – je verrai bien quand j'y serai." Elle dégagea ses cheveux de son visage. "Mais je serai chargée de représenter les créatures magiques, comme le projet sur les loup-garous qu'il m'a présenté. J'imagine que je vais être amenée à plaider devant le Magenmagot –"
"Un de tes sujets de prédilection", concéda Ginny.
"Oui," dit Hermione. "Je pourrai monter des dossiers pour les causes sur lesquelles je veux me concentrer."
"Tout en travaillant pour Malfoy," rétorqua Harry.
"Oui," dit Hermione.
Ils s'observèrent tous les trois en silence dans la cuisine, tandis que les œufs grésillaient derrière elle.
"Je pense," dit Ginny, "que c'est un excellent choix de carrière…" commença-t-elle d'une voix retenue, laissant sa phrase en suspens.
"Mais… ?" l'encouragea Hermione.
"Ben," dit Ginny en levant le regard vers elle. "Tu pourras jamais coucher avec lui maintenant."
Hermione cligna des yeux et essaya de ne pas réorienter ses priorités. Harry toussa et s'excusa avant de retourner dans le salon.
/
Elle remit sa démission avec préavis de deux semaines à Mathilda le lundi matin. Mathilda n'était pas aussi surprise qu'Harry et Ginny l'avaient été. Elle hocha la tête, en souriant, et lui dit qu'elle allait beaucoup regretter son départ.
Aiden réagit… de façon fidèle à lui-même. Il lui tapa dans la main.
Mardi, elle rentra du travail et prit une douche avant de se préparer pour son premier cours avec Madame Michele. Ginny lui tressa les cheveux pour qu'ils ne soient pas en pagaille. Elle mit sa plus belle robe et porta ses affreux talons raisonnables. Puis, à 19h45, elle passa par la Cheminette pour se retrouver dans ce qui ressemblait à un petit salon de thé.
Elle observa l'espace, soulagée de voir qu'elle était seule. Elle déambula à travers les tables, observant les compositions florales et touchant du bout des doigts les petites tasses à café. Les photos de tasses qui décoraient les murs lui rappelaient un peu les portraits de chats dans le bureau d'Ombrage, mais au moins les tasses ne lui miaulaient pas dessus.
Elle n'osait pas s'asseoir. Il n'y avait pas de sofa sur lequel s'installer, et elle devait tirer une chaise pour s'y asseoir. Elle préféra donc continuer à marcher dans la pièce, avec ses talons raisonnables.
A 20h précises, la porte de la salle attenante s'ouvrit. Une petite femme brune, coiffée d'un élégant turban et portant de petites lunettes sur le bout du nez leva un sourcil dans sa direction.
"Mademoiselle Hermione Granger ?"*
"Oui, bonjour."
"Je suis Madame Michele."
Alors c'était elle la femme épouvantable dont Fleur lui avait parlé ? Elle arrivait à peine au niveau du nez d'Hermione.
"Bonjour. Très heureuse de vous rencontrer, Madame Michele." Hermione s'avança, s'emmêlant les pinceaux entre son manteau et son sac, avant de lui tendre sa main.
Madame Michele observa sa main tendue, puis la saisit d'une main gantée, en levant le menton.
Bon sang. Serrer la main n'était pas acceptable ? Est-ce qu'elle aurait dû faire la révérence ?
La toute petite femme lui lâcha la main et sourit. "Veuillez entrer dans mon bureau." Madame Michele fit un pas de côté et fit signe à Hermione d'entrer.
Hermione prit place sur la chaise devant le bureau situé au coin de la pièce. Une pièce toute aussi charmante et aérée que la première.
Madame Michele glissa jusqu'à sa chaise, et Hermione se demanda, interloquée, comment un corps si petit pouvait se déplacer de façon si élégante. Madame Michele fit un mouvement avec sa baguette et une Plume à Papote surgit à côté d'elle.
"Ne faites pas attention à la plume, Mademoiselle Granger."
Hermione reporta son attention sur la petite femme, réalisant qu'elle avait parfaitement deviné où ses yeux s'étaient posés.
La femme retroussa les lèvres, observant quelque chose sur son bureau. Un silence régna quelques instants. Hermione ne savait pas où elle était censée regarder, à part qu'elle devait ignorer la plume. Il y avait une fenêtre derrière Madame Michele, alors en attendant qu'il se passe quelque chose, Hermione observa les nuages passer.
Madame Michele releva le document qu'elle lisait sur son bureau et Hermione reconnut la Gazette du Sorcier de samedi matin. La Une lui faisait face, tandis que Madame Michele s'intéressait à une section au milieu du journal, et Draco sur scène, un verre de champagne levé à la main, scintillait.
Elle avait lu en diagonal l'article de samedi, mais Skeeter avait pratiquement eu le journal entier pour s'extasier du Gala du Nouvel An de Narcissa Malfoy. La photo avec Harry, Ginny et elle trinquant et buvant s'était retrouvée en page 2, tandis qu'une autre photo d'elle échangeant avec le Ministre de la Magie allemand était en page 4. Narcissa, Draco, Harry et Blaise avaient tous plusieurs photos d'eux dans le journal également. Une citation mise en avant indiquait "Splendide soirée !" – Hermione Granger. Bon, c'était en partie vrai, reconnut-elle.
Madame Michele tint le journal du bout des doigts. "Vous êtes une femme éblouissante, Mademoiselle Granger."
"Oh, euh… merci."
"'Oh, euh… merci.'" Madame Michele lâcha le journal. "C'est ainsi que vous répondez à un compliment ?"
Ah. Oui, maintenant elle voyait ce que Fleur voulait dire.
"Merci, Madame Michele," se corrigea-t-elle.
"Donc vous pensez que vous êtes une femme éblouissante ?" Ses yeux noirs la transperçaient par dessus ses petites lunettes.
"… Non ?"
Madame Michele lui fit un sourire condescendant. Elle se leva de son bureau. Hermione en fit de même.
"Prenons un thé. Je veux apprendre à mieux vous connaître." Elle glissa autour de son bureau et mena Hermione au salon de thé. Hermione la suivit, observant la petite femme marcher avec ses petits talons. Madame Michelle s'arrêta à l'extérieur de son bureau et tendit la main en direction d'Hermione pour la débarrasser de son manteau et de son sac. Elle les accrocha sur un porte-manteau. "Je vous en prie, installez-vous à la table que vous souhaitez."
Hermione observa la douzaine de tables qui se trouvaient dans la pièce et choisit la plus grande d'elles, située au centre. Elle tira une chaise le plus silencieusement possible et s'y asseya. Une fois installée, Madame Michele se dirigea en direction de la desserte où se trouvait un nécessaire à thé. Elle agita sa baguette et un plateau à gâteaux et biscuits flotta jusqu'à Hermione et se posa au centre de la table. La petite femme fit chauffer l'eau avec sa baguette et quand le sifflement retentit, Madame Michele apporta le plateau contenant la théière, le lait et le sucre avec ses mains.
Elle placa le plateau sur la table sans usage de la magie et s'assit en face d'Hermione. Etant donné qu'il s'agissait d'une table pour six personnes, les deux femmes se retrouvèrent assez éloignées l'une de l'autre.
"Parlez-moi de vous, Mademoiselle Granger."
Hermione cligna des yeux. Madame Michele avait croisé ses mains sur ses genoux et l'étudiait.
"Je – Et bien, je m'appelle Hermione Granger" – elle aurait pu se lancer un Avada à cet instant même – "et j'ai grandi ici en Angleterre. Je suis fille unique. Mes deux parents sont Moldus mais, à l'age de onze ans, j'ai reçu ma lettre de Poudlard…"
Hermione observa la petite femme au turban. Elle ne disait rien et se contentait de continuer à la regarder.
"Alors… je suis allée à Poudlard, où j'ai rencontré Harry Potter et Ron Weasley, deux de mes plus proches amis. Et malgré quelques… anicroches… et la guerre… nous en sommes sortis vivants" dit Hermione en souriant, tentant de faire de l'"humour" avec Madame Michele. "Je travaille pour le Ministère maintenant - euh, ou plutôt, je travaillais pour le Ministère, mais je viens de signer un contrat chez Malfoy Consulting Group."
Hermione marqua une pause, se demandant pendant combien de temps elle était censée parler d'elle. Alors que Madame Michele hocha la tête en se tapotant le menton du bout des doigts, elle se demanda si elle devait lui demander de se présenter à son tour. Était-ce un échange, ou une évaluation ?
"Merci, Mademoiselle Granger," dit Madame Michele d'une voix songeuse. "Vous avez réussi à survoler tous les détails intéressants à votre sujet en ne vous attardant que sur les 'banalités'."
Les yeux d'Hermione s'écarquillèrent. Les banalités ?
Madame Michele se leva, et ôta le couvercle de la théière. Elle plongea une cuillère et la tourna trois fois, dans le sens des aiguilles d'une montre, avant d'approcher la théière de la tasse d'Hermione. Après avoir rempli les deux tasses, elle demanda, "Du lait, Mademoiselle Granger ?"
"Oui, merci."
La main de Madame Michele lui apporta le lait, le plaçant directement à droite de sa tasse. "Du sucre, Mademoiselle Granger ?"
Hermione nota qu'il n'y avait aucun miel sur la table. Elle leva donc la tête et répondit, "Euh, oui, merci."
Madame Michele haussa un sourcil. "Vous ne mettez pas de sucre dans votre thé, Mademoiselle Granger, alors dites-moi ce dont vous avez besoin, je vous prie."
Hermione déglutit. "Auriez-vous du miel, Madame Michele ?"
Madame Michele fit un sourire en coin. "Absolument." Elle fit un geste de la main et un pot de miel apparut sur la table. Madame Michele attendit qu'Hermione ait ajouté du lait à sa tasse et qu'elle ait plongé la cuillère trois fois dans le pot de miel. Hermione était en nage quand elle arriva à l'étape de touiller sa cuillère dans sa tasse, ne faisant s'entrechoquer la cuillère qu'une seule fois, par chance.
Elle releva la tête vers Madame Michele, qui se tenait toujours debout à côté d'elle. Elle regardait le pot de miel d'un sourire entendu.
Le cœur d'Hermione fit un soubresaut en songeant au nombre de fois où Madame Michele avait dû voir Draco mettre trois cuillerées de miel dans sa propre tasse. Elle rougit et baissa le regard.
Madame Michele récupéra le lait, retourna s'asseoir à sa place et prépara sa propre tasse. Hermione observa le mouvement de ses mains. Ses ongles n'étaient pas vernis mais manucurés et limés en carré. Hermione tira sur le cuticule d'un de ses ongles.
Madame Michele saisit sa tasse, amenant la soucoupe avec, et dit, "Vous avez bien trop de notoriété pour que l'on vous demande de donner des détails triviaux sur vous-même. Toute personne qui vous demande 'parlez-moi de vous' est soit en train de vous taquiner, soit en train de flirter avec vous, Mademoiselle Granger."
Elle fronça les sourcils.
"Ne froncez pas les sourcils."
Hermione relâcha les muscles de son visage.
"Mademoiselle Granger, pourquoi êtes-vous ici ?"
Hermione éclata de rire sur le champ. Elle baissa les yeux en direction de sa tasse, honteuse d'avoir ri à gorge déployée devant Madame Michele. Elle essaya de penser à la réponse de Lucius Malfoy à cette question.
"Je suis ici pour apprendre les bonnes manières de la société sang-pure que je n'ai pas pu apprendre enfant. Je suis ici afin de mieux m'intégrer parmi mes pairs."
Madame Michele secoua la tête, baissant les yeux sur sa tasse. "Vous intégrer…" Elle prit une gorgée de thé. Elle reposa sa tasse sur la table et se leva de sa chaise. "Mademoiselle Granger, notre leçon est terminée pour ce soir."
Quoi ? Quand est-ce que ça avait commencé ?
"Pardon ?" demanda Hermione en se levant. "Est-ce que j'ai fait quelque chose de mal ?"
"Non, non, Mademoiselle Granger," Madame Michele fit un geste de la main et deux rouleaux de parchemins volèrent depuis son bureau jusqu'à ses mains. "Ne partez jamais du principe que vous êtes en tort." Elle observa le premier rouleau, lisant son contenu. Elle hocha la tête et plia la feuille avant de la tendre à Hermione.
"Travaillez ces quelques points et tâchez de vous améliorer pour la prochaine fois."
"Qu'est-ce que c'est ?" demanda Hermione, ne sachant pas si elle devait ouvrir la feuille à ce moment.
"Vos notes."
Des notes ? Les yeux de madame Michele étaient maintenant posés sur le deuxième rouleau dans ses mains.
"Vous travaillez dans une librairie le week-end ?"
"Euh, oui," dit Hermione, tout en se demandant ce qui pouvait bien se trouver sur le deuxième parchemin. Madame Michele leva les yeux sur elle, un sourcil levé. Hermione se corrigea, "Oui, Madame Michele, c'est exact."
"Je vais programmer vos séances avec Mademoiselle Truesdale les jeudi soirs, dans ce cas," dit-elle. "Et Monsieur DuBois vous enverra un hibou pour fixer un rendez-vous samedi ou dimanche matin."
Hermione fronça les sourcils. "Mademoiselle…?"
"Truesdale. Votre professeure de danse."
Hermione écarquilla les yeux. "Oh, non… Je venais juste…" Elle s'interrompit. "Je ne prends que des leçons d'étiquette avec vous, Madame Michele. Je n'ai pas prévu de suivre d'autres cours pour le moment –"
"Mademoiselle Granger." Madame Michele ôta ses lunettes et les laissa pendre à son cou par un collier de pierres précieuses. Son regard était fatigué mais franc. "L'héritage sera transféré ce soir à 9h."
Hermione sentit le froid la saisir.
"Mais seulement un dixième du total." Madame Michele retroussa ses lèvres. "Mardi prochain, à 9h, un autre dixième sera transféré. Et ainsi de suite et ainsi de suite." Elle la regarda droit dans les yeux. "A condition que vous vous rendiez à chaque classe et que vous appreniez les leçons de cette semaine. Toutes."
Hermione, sentant son sang bouillonner, ouvrit la bouche pour laisser s'échapper un son indigné. Elle serra le poing autour des notes de madame Michele et baissa son regard brûlant en direction du sol. Sa mâchoire se serra en imaginant toutes les façons possibles de d'assassiner Lucius Malfoy. Une petite main redressa son menton.
En croisant son regard, madame Michele plaça sa main sur le haut de la poitrine d'Hermione, juste en-dessous du cou, deux doigts posés délicatement sur sa gorge. Les yeux d'Hermione s'écarquillèrent de surprise.
"Relevez la tête, Mademoiselle Granger. Ne cachez pas votre colère. Dirigez-la. Contrôlez-la." Des yeux noirs la transpercaient et Hermione en eut le souffle coupé. "Et par-dessus tout, ne cachez jamais ceci." Hermione sentit un tapotement léger sur sa gorge. "C'est votre seule arme."
Elle ôta sa main de son cou et Hermione sentit soudainement un poids quitter sa poitrine. Une bouffée d'air pénétra ses poumons tandis qu'elle fixait le regard doux mais ferme de Madame Michele.
C'était quoi, ça ?
"Je connais Lucius Malfoy depuis bien longtemps, Mademoiselle Granger." Madame Michele retroussa ses lèvres. "Vous n'êtes pas la première personne qu'il fait chanter, ni la dernière d'ailleurs. Il arrivera à ses fins, d'une façon ou d'une autre." Elle tendit le deuxième parchemin à Hermione. "Faites le choix de la facilité."
Clignant rapidement des yeux, Hermione baissa les yeux pour découvrir son programme de la semaine. Elle aurait donc cours de danse le jeudi soir, cours d'organisation de réceptions le samedi ou dimanche matin et aussi rendez-vous avec un décorateur d'intérieur pendant sa pause déjeuner de samedi. Voilà donc sa vie pour les dix prochaines semaines.
Elle laissa s'échapper un soupir nerveux, essayant de se rappeler ce que Madame Michele venait de lui dire sur le fait de diriger sa colère et de ne pas la ravaler. Elle leva la tête vers la petite femme.
"Merci, Madame Michele. Comment puis-je vous régler le cours de ce soir ?"
"Le paiement a déjà été fait, Mademoiselle."
"Oh, il en est hors de question," gronda Hermione. "Veuillez m'envoyer la facture chez moi et rendre son argent à Monsieur Malfoy. Je n'en veux pas."
Madame Michele lui fit un sourire en coin et hocha la tête. Hermione attrapa son manteau et son sac avant de jeter une poignée de poudre dans la cheminée et de rentrer chez elle.
/
Les quelques sentiments amicaux qu'Hermione avaient pu avoir pour Madame Michele à la fin de leur leçon furent rapidement anéantis à la lecture de ses notes. Manifestement, la plume à papote ne s'était pas arrêtée un seul instant.
Ne vous promenez pas dans le salon d'une autre personne
Serrer la main ?
Compliments ?
Ne regardez pas par la fenêtre comme une idiote
Ne choisissez pas la table la plus grande et la plus opulente pour juste deux personnes
Ne faites pas rebondir votre jambe sous la table
Inutile de vous lever quand une femme se lève
Au nom du ciel, quelles sont ces chaussures que vous portez ?
Ne bégayez pas – vous avez une tête bien faite et vous savez ce que vous voulez dire
La liste continuait et remplissait tout le parchemin. Hermione le jeta au sol en signe d'exaspération. Elle le ramassa cinq minutes plus tard.
Elle reçut la facture par hibou peu de temps après son retour à la maison. Sa bouche s'ouvrit d'effarement. Elle aurait peut-être dû laisser Lucius régler la note.
Puis, elle se rappela le montant du salaire dans le contrat envoyé par Draco et qui était le triple de sa paye actuelle au Ministère. Elle reconnut qu'elle allait vraisemblablement pouvoir se permettre de payer les services de Madame Michele une fois par semaine pendant dix semaines. Evidemment, elle n'avait aucune idée du tarif des cours de danse, d'organisation de réceptions et de décoration d'intérieur.
Il arrivera à ses fins, d'une façon ou d'une autre.
Qu'étaient exactement les fins de Lucius ?
Hermione se mordit la lèvre et regarda en direction du mur qui avait servi pour le Mur des Malfoy. Elle pensait qu'il voulait qu'elle prenne ses distances de Draco. Que ces cours étaient une punition pour lui avoir désobéi. Mais maintenant elle n'en était plus si sûre.
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Mademoiselle Truesdale s'avèra être la personne la plus odieuse qu'Hermione ait jamais eu le déplaisir de connaître.
Durant le cours de danse de jeudi, cette ex-ballerine flétrie mit tellement à mal sa confiance en elle, qu'Hermione s'enfila un pot entier de glace à elle toute seule.
Mademoiselle Truesdale ne fit pas de mystère sur le fait qu'Hermione aurait besoin de bien plus que dix semaines pour rattraper son retard et qu'elle ne prenait absolument aucun plaisir à la voir bouger ce soir-là. Ce n'est qu'à partir du moment où Mademoiselle Truesdale l'amena à une barre de ballet et lui fit faire un échauffement de danseuse de ballet Moldue, qu'elle la regarda avec autre chose que de l'aversion. Les deux années de danse classique à l'âge de six ans refirent surface dans la tête d'Hermione et elle réussit au moins à se rappeler quelques positions.
Le vendredi, elle reçut une lettre – alors qu'elle s'occupait de ses courbatures aux jambes – adressée à Mademoiselle Granger. Elle était rédigée de la main de Draco et sur un papier à en-tête M.C.G., mais le contenu semblait assez… générique.
La lettre donnait des informations complémentaires au contrat et documents initiaux. Le premier jour pour l'ensemble du personnel était prévu le lundi 17 janvier, avec un vrai démarrage des opérations la semaine suivante. Les Consultants Seniors étaient aussi invités à se rendre au bureau dès le lundi qui arrivait pour commencer à organiser leurs affaires. Draco proposait un premier point informel mardi ou mercredi soir pour que tous les Consultants Seniors puissent se rencontrer et faire connaissance.
Hermione lui répondit aussitôt afin de l'informer qu'elle n'était pas disponible mardi mais qu'elle pourrait venir mercredi soir. Elle fronça les sourcils en pendant aux neufs prochains cours qu'elle aurait avec Madame Michele. Un hibou réapparut plus tard. Draco les informait que le mercredi soir était la meilleure option pour la majorité des personnes.
Son cours de décoration d'intérieur de samedi midi et celui d'organisation de réceptions de dimanche matin étaient tous deux corrects. Ses professeurs ne semblaient pas tellement l'apprécier et Monsieur DuBois lui donna la sensation qu'elle lui faisait perdre son temps. Sa deuxième session avec Madame Michele était semblable à la première. Madame Michele l'accueillit de la même façon. A 8h précises, la porte du bureau s'ouvrit et Madame Michele lui demanda si elle avait des questions.
"Je—euh …" Hermione prit une inspiration et ferma les yeux.
Ne bégayez pas.
"Oui, Madame Michele. J'aimerais que vous m'expliquiez quelle est la façon correcte de saluer une personne, s'il n'est pas possible de lui serrer la main."
Le coin de la bouche de Madame Michele tressauta et elle dit, "Vous devez bien serrer la main, Mademoiselle Granger, mais à la façon d'une dame. Et non comme un gentleman."
C'était bien trop vague. La professeure de maintien, voyant qu'elle était confuse, dit, "Mademoiselle Granger, c'est un plaisir de faire votre connaissance." Elle leva la main mais sa paume n'était pas tournée vers le côté, comme pour une poignée de main classique. Sa paume était inclinée vers le bas, ses doigts délicatement relâchés – comme le voulait Mademoiselle Truesdale – et elle s'avança vers Hermione.
Hermione n'eut d'autre choix que de prendre sa main avec la sienne, paume vers le haut, comme si elle s'apprêtait à lui faire un baise-main. "Tout le plaisir est pour moi, Madame Michele." Les doigts de Madame Michele saisirent les siens, de façon que seuls leurs doigts se touchaient, et pas leurs paumes.
Hermione se sentait ridicule. Le sentiment perdura une bonne partie de la soirée. Madame Michele demanda à Hermione de bien vouloir servir le thé. Hermione cligna des yeux en regardant la petite femme avant de se rendre au coin de la pièce où elle s'affaira avec le service à thé. Elle savait que Madame Michele l'observait et que la Plume à Papote étaient en train de griffonner à toute vitesse dans la pièce d'à côté.
Elle essaya de se rappeler toutes les étapes que Madame Michele avait suivi la semaine précédente, comprenant qu'elle était testée.
Ce soir-là, elle reçut un parchemin deux fois plus long.
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Il lui fallait de nouvelles tenues. Mercredi soir, elle faillit pousser un cri d'exaspération quand elle ne trouva rien qui lui allait dans son placard. Elle était sur le point de rencontrer ses nouveaux collègues, les gens avec qui elle allait étroitement collaborer, et elle n'avait rien à se mettre. Elle avait des tenues Moldues, des vêtements pour un cadre professionnel Moldu, mais voulait-elle vraiment arriver en hurlant "je suis Née-Moldue !" ?
Elle se résigna à porter sa robe de sorcière bleue. C'était la plus confortable qu'elle avait et elle aimait beaucoup cette couleur.
Le siège de M.C.G. était implanté à Westminster, à proximité des bureaux du Ministère. Les invités devaient entrer par une porte qui indiquait "Livraisons" et qui s'ouvrait sur un hall équipé d'un ascenseur montant directement au dernier étage. Hermione appela l'ascenseur et baissa les yeux en direction de ses pieds, prenant de grandes inspirations.
A minima, il lui fallait de nouvelles chaussures.
"Hermione Granger ?"
En se tournant, elle découvrit un homme d'âge moyen, un attaché-case à la main, qui venait d'entrer par la porte "Livraisons". Elle ne le reconnut pas.
"Oui, bonjour ?"
"J'avais entendu dire que vous rejoindriez Malfoy Consulting." Il avait un sourire chaleureux. "Wendell Wentworth. Consultant en Management." Il tendit sa main et Hermione la lui serra, oubliant complètement les instructions de la veille de Madame Michele. "Je serai chargé de seconder Monsieur Malfoy sur les dossiers R.H., financiers et ce genre de choses."
Le cœur d'Hermione fit un soubresaut en réalisant que "Monsieur Malfoy" était Draco, et non Lucius.
"Ah, très bien." Elle remonta la bandoulière de son sac plus haut sur son épaule. "Je serai en charge des affaires avec les Non-Sorciers. Créatures magiques, relations avec les Moldus..."
"Ma parole, c'est une excellente idée !" s'exclama Wentworth, rayonnant. "Vous êtes la sorcière parfaite pour le poste !" Elle l'appréciait déjà. L'ascenseur arriva et ils entrèrent dans la cabine. "Vous savez, Mademoiselle Granger, je crois bien que vous et moi sommes les seuls Gryffondors de l'équipe pour le moment, alors il faut qu'on se serre les coudes !"
Hermione sourit, et se demanda si, effectivement, elle n'était pas à bord d'un ascenseur en direction de la Fosse à Serpents.
Les portes s'ouvrirent pour dévoiler un penthouse avec de grands espaces ouverts. Un bureau de réception se tenait directement devant eux, des bureaux individuels étaient dispersés au centre de l'étage et des portes menaient à des bureaux individuels le long des quatres murs. Des fenêtres qui apportaient de la lumière naturelle se tenaient fièrement entre les bureaux et des plantes décoraient les coins de la pièce. L'espace était vivant.
"Après vous, Mademoiselle Granger," dit Wentworth. Hermione reprit ses esprits et quitta l'ascenseur.
Une femme ronde aux cheveux noirs se leva de derrière la réception.
"Monsieur Wentworth, Mademoiselle Granger. Bienvenue." Elle ne sourit pas. "Je suis Dorothea. Responsable administration. Une fois que les réceptionnistes nous auront rejoint la semaine prochaine, je serai dans le bureau là-bas." Elle pointa de son gros doigt le bureau qui se trouvait derrière l'épaule gauche d'Hermione, directement à droite de l'ascenseur. Hermione était secrètement soulagée d'apprendre que cette petite femme grincheuse ne serait pas en charge d'accueillir les visiteurs…
"Vous pouvez venir me voir pour tout problème administratif, comme la paye, la réservation de Portoloins, ce genre de chose. Je suis à votre disposition pour tout ce dont vous pourriez avoir besoin." La voix de Dorothea ne collait pas vraiment avec ses paroles amicales. "Comme vous pouvez le voir, nos chercheurs, analystes et consultants associés occuperont la majorité de cet espace. Dorothea fit un geste en direction de l'open space situé au centre de l'étage que M.C.G. occupait. "Monsieur Wentworth, votre bureau est là-bas, proche de celui de Monsieur Malfoy."
Hermione suivit du regard le doigt que Dorothea pointait en direction de l'angle gauche, à l'opposé des ascenseurs. Le bureau de Monsieur Malfoy.
"Et vous, Mademoiselle Granger," Dorothea fit demi-tour et pointa du doigt vers la droite juste derrière elle. "Votre bureau est juste là."
Un bureau en angle. Un bureau en angle aussi éloigné que possible de celui de Draco. Hermione se résigna en se disant que c'était un mal pour un bien.
Dorothea se rassit à son bureau pour parcourir un classeur, indiquant qu'elle n'avait plus rien à leur dire. Wentworth lança un sourire à Hermione et la salua avant de partir en direction de son bureau. Hermione pivota et observa la porte de son bureau. Un petit espace d'attente avec un canapé se situait entre les ascenseurs et la pièce. Hermione sourit, imaginant les clients y attendant leur rendez-vous avec elle. Peut-être devrait-elle aussi prévoir des créneaux sans rendez-vous. Des personnes passeraient leur journée à attendre pour avoir un moment avec elle.
Elle s'approcha de son bureau et lut le petit écriteau situé sur la porte du bureau à gauche du sien.
Blaise Zabini
Marketing et Relations Publiques
Hermione soupira en se demandant si elle allait pouvoir accomplir le moindre travail ici.
Elle ouvrit la porte de son bureau et découvrit un espace deux fois plus grand que la chambre de son appartement. Ses sourcils se levèrent et ses lèvres s'ouvrirent en découvrant le bureau en bois de cerisier, avec des rangements assortis derrière, et un mur entier de bibliothèques vides à sa droite. Deux immenses fenêtres donnaient sur Whitehall, une sur chaque mur extérieur du bureau en angle.
La moquette sous ses pieds était luxueuse et Hermione resta plantée à l'entrée de la pièce pendant un long moment, observant les sièges confortables placés devant son bureau et la couleur chaude sur les murs, réalisant que cette décoration évitait de la rendre intimidante. Hermione aurait l'air accueillante et chaleureuse.
Elle s'avança jusqu'au coin opposé, admirant la vue qu'elle aurait depuis sa table de travail. Elle observa le bois de cerisier et réalisa quelque chose. Les dortoirs de Gryffondors. Voilà ce que cela lui rappelait.
Elle sourit et s'asseya à son bureau, laissant courir ses doigts sur le bois.
"Hermione Granger : Vendue de l'Entreprise."
Elle leva les yeux et vit Blaise Zabini appuyé contre le cadre de la porte. Il tenait un mug de thé dans une main et avait croisé sa cheville droite par-dessus la gauche.
Il lui fit un sourire en coin.
"Vendue de l'Entreprise ?"
"Bien sûr. Tu as le bureau en angle, un salaire élevé et tu travailles pour une entreprise privée. Tu as vendu ton âme au diable, c'est évident."
Elle leva un sourcil dans sa direction. "Et si ton bureau est situé juste à côté du mien, qu'est-ce que cela fait de toi ?"
Il amena son mug de thé à ses lèvres noires. "Un chanceux." Il lui fit un clin d'œil et but une gorgée.
Elle fronça les sourcils en sentant le rouge lui monter aux joues.
"Blaise." La voix de Draco. Hermione se redressa et fit mine d'être occupée, même s'il était évident qu'elle était en pleine conversation avec Blaise et qu'il n'y avait rien sur son bureau.
"Mon seigneur," dit Blaise, en se retournant vers lui et en effectuant une révérence très basse. Hermione pouvait à peine voir l'épaule de Draco.
"Quand je t'attribue un bureau, j'attends de toi que tu y restes."
"Mais je préfère largement la vue de ce côté de l'immeuble," dit Blaise, avec un sourire un peu trop coquin au goût d'Hermione.
"En tant que Consultant Senior en Marketing et R.P., j'ai besoin que tu sois plus près de moi. Dégage de ce bureau." Sa voix était ferme.
"Oui, Monsieur Malfoy." Blaise le salua, lança un dernier clin d'œil vers elle et quitta les lieux.
Alors comme ça, Blaise avait été assigné un bureau à l'autre bout de l'étage, mais avait décidé de déplacer ses affaires et son écriteau à celui à côté du sien ? Elle secoua la tête en regardant pensivement les bibliothèques vides. Ses bibliothèques vides.
Un mouvement à l'entrée attira son regard et en levant le regard elle vit que Draco avait passé sa tête par l'entrebaillement de la porte.
"Bonsoir, Granger."
"Ah, oui, salut."
Il disparut. Elle se frappa d'une main sur le front.
Hermione décida de prendre une inspiration et de se reprendre en main. Elle était professionnelle et il était temps qu'elle agisse en tant que telle.
Elle se leva de son bureau, décidée à inspecter les meubles de rangement, quand elle entendit quelqu'un toquer à sa porte. Et bien, ça n'arrêtait pas ici.
Elle se tourna en direction d'un homme mince qui portrait des lunettes élégantes.
"Mademoiselle Hermione Granger?"
"Oui ? Bonjour ?"
"Je suis Corban Hartford. Le conseiller juridique de Malfoy Consulting." Il entra dans le bureau et elle remarqua sa robe de sorcier très chic.
"Le conseiller juridique d'un groupe en conseil juridique ?" demanda Hermione en souriant. "Vous devez être le meilleur alors." Elle lui serra la main et il remonta ses lunettes sur son nez, un grand sourire aux lèvres.
"Je rencontre individuellement chaque Consultant Senior au sujet du contrat et des autres formalités. Est-ce qu'on peut se voir maintenant ?"
"Oui, bien sûr." Hermione attrapa son sac à main et en sortit les documents que Draco lui avait envoyé le soir du Nouvel An et qui contenait son contrat ainsi que la politique interne. "Asseyez-vous."
Elle se tourna et vit Corban Hartford refermer délicatement la porte de son bureau. Comme c'était étrange d'avoir un vrai bureau avec une porte et de ne plus être en open-space. Comme c'était étrange de tenir une réunion avec porte fermée.
Corban prit place et ouvrit le classeur qu'il avait apporté.
"Bien, vous avez le contrat initial" dit-il tandis que son regard se posa sur les feuilles qu'elle tenait entre ses mains. "Nous avons ajouté quelques clauses que je serai ravi de pouvoir discuter avec vous, si vous avez besoin de clarification ou si vous souhaitez négocier quoi que ce soit." Sa voix se leva à la fin de sa phrase, comme si cela faisait déjà la dixième fois qu'il faisait ce baratin aujourd'hui. C'était peut-être bien le cas, d'ailleurs.
Il continua d'une voix légèrement traînante. "Alors, Mademoiselle Granger, gardez bien à l'esprit que, bien que je sois au service de M.C.G., et de Monsieur Malfoy lui-même, vous bénéficiez désormais vous aussi de la protection de M.C.G. Je suis donc également votre conseiller juridique. Vous pouvez me consulter pour toute question ou conseil pour vous, pas seulement en tant qu'employée mais aussi en tant que personne privée. Il n'y a que dans le cas où vous souhaiteriez porter plainte contre Malfoy Consulting Group ou contre Monsieur Malfoy lui-même que je ne serais pas en mesure de vous assister. Mais c'est tout l'objet de notre discussion de ce jour," dit-il en tapotant le contrat et ses avenants, "de faire en sorte qu'il n'y ait aucune raison que l'on se retrouve face à vous dans un tribunal." Il lui fit un petit sourire.
Son cerveau était en ébullition tant il y avait différentes idées qui fusaient dans sa tête. Toutes les différentes situations possibles par lesquelles elle pourrait se retrouver face à M.C.G. dans un tribunal. Face à Draco.
"Oui, d'accord."
Il tourna une page de son classeur. "Alors, nous avons le Règlement Intérieur, la Clause de Confidentialité, la Politique sur les Conflits d'Intérêts, les documents sur le Harcèlement Sexuel, incluant le Contrat de Relation Amoureuse, la Clause de Non-Concurrence et, bien sûr, votre Fiche de Poste."
Hermione cligna des yeux.
"Euh… Je vais avoir besoin que vous m'expliquiez quelques-uns de ces termes."
"Bien sûr," dit Corban said, ôtant ses lunettes pour les nettoyer. Corban se lança ensuite dans une récitation du Règlement Intérieur. Puis il décrivit en détail la Clause de Confidentialité. Quand il arriva à la Politique sur les Conflits d'Intérêts, le genou d'Hermione faisait des bonds sous son bureau, se retenant de lui demander d'accélérer. Elle savait ce qu'était une putain de Politique sur les Conflits d'Intérêts.
"Concernant les documents sur le Harcèlement Sexuel, vous trouverez les éléments habituels," dit-il en se grattant la tempe. "Toute plainte peut m'être directement adressée ou à Madame Bulstrode en charge de l'Administratif" – Hermione réalisa qu'il devait s'agir de Dorothea, et elle pensa au malheureux patrimoine génétique de cette famille "ou vous pouvez également déposer une plainte anonyme et la soumettre directement au Ministère, afin qu'elle soit examinée par une personne extérieure."
Hermione cligna des yeux. "D'accord, très bien. Et vous avez parlé d'un Contrat de Relation Amoureuse, de quoi s'agit-il ?"
"Ah, oui." Et Corban Hartford fit un geste impatient de la main, comme si ce n'était pas les mots les plus intéressants qu'il ait proposé au cours des dix dernières minutes. "Le Contrat de Relation Amoureuse établit des règles sur la conduite à tenir au travail pour des collègues qui se mettraient en couple ensemble. Nous demandons juste à ce que les employés concernés nous informent de toute relation passée ou nouvelle avec un autre employé et si deux personnes entament une relation, de nous en avertir immédiatement."
"Ah, oui bien sûr." Bon, ça n'avait rien de dramatique…
"Toute relation entre un hiérarchique et son subalterne est, bien sûr, proscrite puisque cela impacterait les rapports de travail. Si un manager et un employé dont il a la charge décident de se mettre ensemble, c'est alors au manager de démissionner de son poste et de trouver un emploi ailleurs."
Hermione avait un air pincé. Les yeux de Corban l'examinèrent et elle comprit qu'il interprétait sa réaction comme de l'incompréhension.
"Par exemple," continua-t-il, remontant ses lunettes, "si vous vous retrouviez impliquée avec un homme qui se trouvait être un de vos associés - ou avec une femme ! Je ne veux présumer de rien ! –"
Il sourit. Il était assez mignon et elle avait envie de lui tordre le cou.
"— Si vous vous mettiez en couple avec une personne située à un échelon en-dessous du votre, une fois que vous nous en auriez informés, il vous faudrait démissionner de votre poste de Consultante Senior si vous vouliez continuer à fréquenter cette personne." Il croisa les jambes. "Est-ce que c'est plus clair pour vous ?"
Elle se regarda dans le reflet de ses lunettes, entendant la confirmation que Draco serait contraint de démissionner de sa propre entreprise, s'ils devaient un jour se mettre ensemble.
Elle déglutit. "C'est parfaitement clair."
* Note de traduction : dans la version originale en anglais, le personnage de Madame Michele a un accent français très marqué.
