Tu m'apprendras… ?
Bonjour à tous ! J'espère que vous avez passé un bon mois d'août ! La rentrée approche (elle est même peut-être déjà passée pour certains) et j'espère que ça n'a pas été trop dur pour vous ahahah. Rappelez-vous, nous avions laissé Brianna suivre Stephen dans leur chambre après la visite désastreuse de ce cher Roger… Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle n'est pas prête pour ce qui va suivre (et vous non plus, ahah). Bonne lecture !
Merci à Macki, Wizzette et Ambrouille pour leurs reviews !
Macki : ahahahah merci pour ta review même avec du retard, c'est toujours précieux et agréable ! Ne t'en fais pas pour l'inspiration, CE chapitre va clairement te donner matière à écrire (enfin j'espère, mais si celui-ci n'y arrive pas, aucun ne le fera mdrrrr). Bonne lecture….. hihi
Ambrouille : … hmmm excellente théorie ahah. Du coup je ne vais rien dire pour ne pas gâcher le suspense ! Lol Tu me diras ce que tu en penses à la fin (si tu n'es pas trop choquée ptdr). Merci et bonne lecture !
~o~
16. We Are Never Ever Getting Back Together
Lentement, Brianna tourna la poignée de la porte pour pénétrer dans leur chambre et referma derrière elle. Assis sur le rebord de la fenêtre, Stephen était penché en avant et retirait ses bottes de cheval avec des gestes brusques. Mal à l'aise, la jeune femme restait plantée au milieu de la pièce, ne sachant pas par où commencer. Il venait de retirer la seconde botte lorsqu'elle se décida enfin à se lancer.
« Quoi que tu penses avoir vu, je n'étais pas dans ses bras parce que- »
« Je vais faire renforcer la sécurité autour de la propriété », la coupa-t-il en se dirigeant vers la bassine d'eau froide pour laver ses mains salies par ses bottes. « Il vaudrait mieux pour lui qu'il ne remette pas les pieds ici… »
Alors, Roger est bien en vie…, pensa Brianna avec soulagement. « Aucun mal n'a été causé, Jeremiah va bien et- »
« Mais moi, je ne vais pas bien… Et toi non plus. » Il traversa la pièce pour venir jusqu'à Brianna, qui ne semblait pas comprendre le sens de sa phrase. « Je le vois dans tes yeux. Sa visite t'a perturbée. Tu l'aimes encore… »
Brianna n'aurait su dire ce qui la perturbait le plus, justement : la visite de Roger, l'amertume qu'elle percevait dans la voix de Stephen…. ou le fait de n'avoir absolument rien éprouvé lorsqu'elle avait pu enfin parler et toucher Roger après tous ces mois de séparation. Mais peut-être n'était-ce dû qu'à la surprise… et à la colère. Colère qu'elle ressentait à nouveau en repensant à la marque rouge qu'il avait laissée sur Jemmy. Et à la façon dont il m'a traitée au tribunal… Elle avait été tellement absorbée par sa vie chaotique avec Stephen qu'elle n'avait jamais vraiment pris le temps de réellement réfléchir à l'impact que son comportement, dans leurs derniers instants en tant que mari et femme, avait eu sur elle et l'amour qu'elle éprouvait à son égard.
« Il a blessé notre fils », s'indigna-t-elle en faisant un pas dans sa direction. Il était temps de sortir le grand jeu. « Et il voulait une nouvelle fois me séparer de lui… Bien loin de me perturber, le voir n'a fait que confirmer que tu es ce qu'il y a de mieux pour Jeremiah. »
« Et pour toi ? » Stephen s'avança lentement, jusqu'à se retrouver tout contre elle. « Suis-je ce qu'il y a de mieux pour toi ? »
Brianna entrouvrit les lèvres mais se trouva soudain incapable de proférer un si gros mensonge. Il sentirait son hésitation, il entendrait sa voix flancher… Elle se contenta donc d'un sourire timide et d'un hochement de tête. Stephen la fixa longuement, indéchiffrable, avant de venir replacer une mèche rousse derrière son oreille avec un sourire triste.
« J'aimerais pouvoir te croire. »
« Je t'en prie… Stephen, nous avons déjà eu cette conversation : je t'ai dit plusieurs fois que tu étais un bien meilleur père que Roger… »
« Tout comme je t'ai dit, plusieurs fois, que je voulais être un meilleur mari. »
Nouveau silence. Cette fois, Brianna savait qu'il lui fallait dire quelque chose, même si ce n'était pas exactement la réponse dont il rêvait.
« Tu es sur la bonne voie… », murmura-t-elle, hochant lentement la tête. Aussitôt, les mains de Stephen enserrèrent sa taille et il plongea la tête dans le creux de son cou, respirant à pleins poumons l'odeur du parfum au jasmin qu'il lui avait offert quelques semaines plus tôt. Ses vêtements, ses bijoux, son odeur, tout en elle portait la marque de Stephen Bonnet… sa marque. Tout à l'exception de son cœur.
Déposant un baiser à chaque centimètre de peau sur son trajet, Stephen remonta le long de son cou, de sa mâchoire, jusqu'à atteindre sa bouche. Il marqua un temps d'arrêt, attendant que les yeux de Brianna trouvent les siens, avant de s'emparer lentement de ses lèvres. Sans empressement, sans avidité aucune. Avec une telle dévotion que Brianna s'y abandonna.
Ce baiser n'avait encore jamais eu d'égal depuis qu'ils étaient mariés. Il n'était pas volé ni déposé contre son gré sur ses lèvres closes. Il n'était pas glouton, ni libidinal comme lorsqu'il s'apprêtait à l'entraîner vers leur lit. Sa lenteur exquise laissait à Brianna le temps de s'adapter, d'accepter, d'imiter, si bien qu'elle ne fut aucunement surprise lorsque sa langue vint effleurer l'entrée de sa bouche, la suppliant pour un divin laisser-passer. Elle l'y autorisa et Stephen approfondit leur étreinte en la serrant un peu plus contre lui. Mais le rythme toujours lent qu'il lui imposait devint bientôt insupportable et elle se surprit à en vouloir plus. Comme s'il avait lu dans son esprit, Stephen délaissa sa bouche à la seconde où elle s'apprêtait à accélérer le mouvement et elle faillit émettre un soupir de frustration. C'était quoi, ça ?, pensa-t-elle, haletante. Mais avant qu'elle n'ait pu trouver la réponse, il avait plaqué son front contre le sien.
« Je ne veux pas être juste sur la bonne voie… » Ses doigts se crispèrent autour de sa taille. Son désir de lui plaire, de la combler, était tellement palpable que Brianna sentit son cœur s'emballer. « Montre-moi… Je serai tout ce que tu veux que je sois, mon cœur… Mais j'ai besoin de ton aide pour ça… »
Brianna ne savait absolument plus quoi penser. Elle ne pouvait plus réfléchir, faire la part des choses, discerner le vrai du faux. La supplique de son mari lui semblait si douce, si sincère… ou bien avait-elle simplement envie d'y croire ? Elle découvrit que la réponse à cette question lui importait peu lorsqu'il souffla encore une fois, tout contre ses lèvres :
« J'ai besoin de toi, Brianna… »
En une seconde, son cerveau engourdi se mit en branle. Que se passerait-il si elle cédait à sa demande ? La croirait-il ? Était-elle-même capable d'avoir l'air sincère ? Son corps tout entier lui hurlait que oui, malgré les sirènes de sa raison qui tentaient tant bien que mal de l'avertir que quelque chose clochait. Et si je lâchais prise… ? Juste pour une fois… Il oubliera l'incident, il sera rassuré… Cela ne peut que m'être bénéfique. Rétablir la paix dans leur foyer, apaiser la colère et la jalousie de Stephen, oublier Roger et la nouvelle déception qu'il avait causée dans son cœur. Brianna aurait pu trouver mille excuses pour justifier ce qu'elle s'apprêtait à faire. Juste une fois…
Céder pour ne plus angoisser, ne plus feindre, ne plus craindre une parole déplacée. Simplement se laisser aller, oublier qui ils étaient tous les deux et n'être plus que deux corps entremêlés. Oui, elle s'en sentait capable. Et ce baiser langoureux qu'ils venaient d'échanger lui en avait même donné suffisamment envie pour être convaincante. Son visage s'éleva de quelques millimètres, ce qui était bien assez pour que leurs lèvres reprennent le ballet minutieux qu'ils avaient interrompu quelques secondes plus tôt. Alors qu'elle fermait les yeux, l'image de Roger dans l'écurie et la sensation de son bras ferme tirant violemment sur le sien pour l'emmener s'imposèrent à Brianna et elle se pressa un peu plus contre Stephen pour les chasser de son esprit. Tu es devenue complètement folle ? Sa voix à présent. Incrédule, presque méprisante. La jeune femme fronça les sourcils, ses doigts prenant instinctivement la direction des boutons qui fermaient le gilet de son mari. Non, elle n'était pas folle. Tout ce qu'elle avait fait, tout ce qu'elle faisait en ce moment-même, c'était pour Jeremiah. Oh, avoue que tu ne trouves pas ça désagréable, non plus, pas vrai ?, grinça une autre petite voix dans sa tête, un mélange désagréable des tons graves et rocailleux de Roger et de la sienne, plus aiguë et sarcastique.
La jeune femme sursauta lorsque deux mains saisirent les siennes pour les écarter du gilet et elle rouvrit les yeux, revenant sur Terre. Bonnet la dévisageait avec une gravité inhabituelle, sondant toujours les tréfonds de son âme à travers ses iris bleutés. Après quelques secondes, il guida de nouveau lentement les poignets de Brianna vers son torse sans la quitter des yeux et elle sut instinctivement ce qu'il voulait. Son attention, son regard, il la voulait présente corps et âme et non pas à ruminer quelques pensées sombres dans un recoin de sa tête. Comment cet homme qui lui avait fait tant de mal pouvait si bien connaître son fonctionnement en quelques mois ? C'était un mystère… surtout quand Roger n'avait jamais réussi ne serait-ce qu'à la comprendre après des années de vie commune.
Elle lui donnerait ce qu'il voulait, dans ce cas. Pour le bien de Jeremiah, mais aussi comme une manière de le récompenser pour l'avoir si bien cernée et lui éviter une énième fois de se blâmer mentalement pour chacune de ses décisions. Prenant soin de ne pas briser le contact visuel, elle se mit à déboutonner son gilet avec douceur, et il attendit qu'elle ait retiré le vêtement, ainsi que la blouse qu'il portait en-dessous, pour lui-même délacer son corsage. Pas de gestes empressés ni de couteau pour trancher les liens, cette fois. La lenteur avec laquelle il les desserrait, œillet après œillet, était inhabituellement sensuelle, et Brianna se surprit à souhaiter qu'il accélère le mouvement. Mais il n'en fit rien et il lui fallut trois bonnes minutes pour retirer la majeure partie des vêtements de sa femme, à l'exception de son dernier jupon et de ses bas. S'asseyant sur le lit bruyant, il l'attira à lui entre ses jambes écartées et toujours vêtues de leur pantalon, avant de prendre dans sa bouche la pointe de l'un de ses seins tandis que ses mains remontaient lentement son jupon pour se glisser en-dessous et empoigner ses fesses.
Bree rejetait doucement la tête en arrière, paupières fermées par réflexe, lorsque les mains de Stephen effectuèrent un bref mouvement brusque pour les lui faire rouvrir. Message reçu, elle garderait donc les yeux ouverts. Ne sachant pas quoi faire de ses propres mains, elle les glissa dans les cheveux de l'Irlandais, dérangeant sa queue de cheval – au moment où son jupon rejoignait ses autres vêtements sur le sol, bientôt suivis par ses bas. Maintenant entièrement nue, alors qu'il portait toujours ses braies, elle n'eut cependant pas le temps de se plaindre de cette inégalité : lentement, mais avec fermeté, il la fit pivoter pour l'allonger sur le lit qui émit un nouveau bruit incongru. La jeune femme leva les yeux au ciel, ce qui n'échappa pas à son mari qui gloussa.
« Je te promets de faire quelque chose pour ce lit… », souffla-t-il en attrapant ses cuisses pour la rapprocher du bord, avant de s'agenouiller avec un sourire narquois. « Mais pas maintenant… »
« Pas maintenant, non… », murmura Brianna en se hissant sur les coudes pour le regarder plonger le visage entre ses cuisses, leurs regards toujours inlassablement connectés. Malgré le désir dont il brûlait visiblement, la langue de Stephen s'enfouit toujours avec la même lenteur dans les plis de son intimité, variant la pression exercée, la vitesse imposée, avec maestria. Pour une raison qu'elle ne s'expliquait pas, le contact visuel maintenu décuplait les sensations de Brianna et elle sentit très vite sa respiration s'accélérer. Lorsqu'une main de Stephen se détacha de ses cuisses pour se rapprocher progressivement de son sexe, le temps sembla encore ralentir, lui laissant tout le loisir d'anticiper l'instant où il enfoncerait ses doigts en elle pour accompagner les mouvements de sa langue.
L'intrusion fut exquise. La coordination entre sa langue à l'extérieur et ses doigts à l'intérieur, parfaite. Stephen avait déjà réussi plusieurs fois à lui donner un peu de plaisir ainsi, mais son refus de s'abandonner entièrement et l'empressement dont son mari faisait souvent preuve n'avaient jamais permis à Brianna de réellement aller plus loin que cela. Cette fois, pourtant, il semblait vouloir prendre son temps et elle ne put bientôt empêcher quelques longs soupirs de s'échapper d'entre ses lèvres, en sentant le plaisir monter. Le regard de Bonnet devenait plus sombre, plus calculateur et intensément obscène au fur et à mesure que la respiration de sa femme s'accélérait, au point que celle-ci s'en voulut presque d'en tirer une certaine excitation. Peu importait. Ce soir, elle cédait. Et elle vivrait avec les conséquences, qu'elles soient bonnes ou mauvaises, seulement pour avoir l'assurance d'être toujours auprès de son fils le lendemain et de retrouver son quotidien rassurant. Sans violence ni disputes d'aucune sorte.
Un coup de doigts un peu plus brusque la fit tressaillir et elle poussa un gémissement sonore. Ses genoux tentèrent de se refermer par réflexe, mais l'autre main de Bonnet appuya fermement sur sa cuisse droite pour la ramener à sa position de départ. La main qui la masturbait, elle, prit de la vitesse, de la puissance, et Brianna se laissa retomber à plat dos sur le matelas, cette fois sans se soucier du bruit provoqué par la literie. Ni de ses propres halètements. Son dos s'arqua et elle sentit aussitôt le bras libre de Bonnet passer dans l'espace ainsi créé entre elle et les draps pour emprisonner sa taille et l'empêcher de malencontreusement se soustraire à sa délectable torture.
Lorsqu'elle jouit enfin, les jambes contractées autour des épaules de Stephen, celui-ci prolongea ses caresses jusqu'à ce que son plaisir retombe. Pantelante, Brianna poussa un dernier gémissement lorsqu'il retira ses doigts, et le vit à peine se lever – un sourire narquois aux lèvres – pour retirer ses derniers vêtements. Lorsqu'il revint près du lit, elle avait à peine eu la force de se redresser mais ne put que constater qu'il était loin d'en avoir fini avec elle. Avec un sourire timide, elle se retourna vers la tête du lit, bien décidée à se glisser sous les draps pour se sentir un peu moins exposée, mais la structure tout entière craqua bruyamment lorsqu'il monta à genoux sur le matelas pour la retenir. Brianna avait déjà l'impression d'avoir chaud, mais ce n'était rien comparé à la chaleur qui émanait du torse de Stephen lorsque celui-ci y plaqua le dos de sa femme. Son bras gauche enserrant sa taille, il s'appliqua à embrasser et mordiller ses frêles épaules, sa nuque, tandis que sa main droite s'élevait pour défaire son chignon de quelques mouvements habiles.
Sentant ses cheveux se libérer de leur carcan, la jeune femme se tordit le cou pour interroger son mari du regard, mais Stephen Bonnet n'était plus de ce monde. A sa place, se trouvait un homme absolument hypnotisé par la vision de ses boucles rousses cascadant follement sur la peau pâle. Elle aurait dû avoir l'habitude, avec tout le temps que Stephen passait à fixer sa chevelure, sa chute de rein, ou toute autre partie de son corps qu'il affectionnait tout particulièrement lorsqu'elle était nue devant lui… Mais ces derniers temps, le feu qui embrasait les yeux de l'Irlandais était devenu si indécemment ardent que Bree se sentait à son tour envahie d'une étrange chaleur. Et cette fois ne faisait pas exception.
Sans cesser de le regarder, Brianna écarta les genoux de quelques centimètres sur le matelas, avant de se cambrer légèrement pour presser ses fesses contre le bas-ventre de Bonnet. Ce dernier semblait sur le point de verser dans la folie : ses pupilles dilatées suivaient le moindre mouvement de la jeune femme, tel un serpent guettant sa proie avec attention jusqu'à trouver le bon moment pour bondir et y enfoncer les crocs. Ses yeux s'écarquillèrent presque imperceptiblement lorsque leurs deux bassins entrèrent en contact et son bras s'enroula aussitôt autour de sa taille pour la maintenir dans cette position, tandis qu'il répondait à sa silencieuse requête en positionnant son sexe en-dessous de ses fesses.
Quelques secondes plus tard, il se glissait en elle, fasciné par les ondulations de ses hanches, le tressautement de ses seins à chaque mouvement, la façon dont ses lèvres s'entrouvraient quand il s'enfonçait plus profondément entre ses cuisses. La vision de leurs deux corps à genoux, collés l'un contre l'autre, lui plaisait plus que de raison mais la position limitait leurs mouvements et il sentit Brianna s'impatienter entre ses mains.
« Que désires-tu, mon cœur… ? », souffla-t-il contre son oreille.
Brianna tourna la tête vers lui, à la fois excitée et paniquée. Son regard enfiévré laissait transparaître une étincelle de malice, comme lorsqu'il se préparait à faire – ou avait déjà fait – un mauvais coup. Elle était en train de chercher quoi répondre lorsque les mains de Stephen glissèrent le long de sa taille pour empoigner ses hanches et elle sut aussitôt de quoi elle avait envie. Se cambrant un peu plus contre lui, elle avança le torse en avant pour chercher appui sur ses mains et il esquissa un rictus triomphant… une seconde avant de donner un coup de hanches magistral qui arracha à Brianna un hoquet de surprise et de plaisir entremêlés.
C'était la toute première fois depuis qu'ils étaient mariés que Stephen osait la prendre ainsi, à quatre pattes. Encore quelques mois plus tôt, elle aurait refusé une position aussi dégradante à ses yeux, mais le désir qu'elle lisait dans ceux de son mari était si violent qu'elle préférait s'y soustraire, lui tourner le dos pour ne plus voir à quel point elle le rendait fou. Pourrait-elle résister à ce désir si elle le regardait en face ? Probablement pas. Peu d'hommes l'avaient dévisagée ainsi dans toute sa vie. Il était même le seul, pour être tout à fait honnête. Et elle redoutait l'effet que cela avait sur elle, surtout depuis que leurs relations s'étaient apaisées.
Chacun des coups de hanches de Stephen lui arrachait un soupir aigu, un halètement ou un cri au fur et à mesure qu'il s'immisçait toujours plus loin en elle. Autour d'eux, le lit protestait bruyamment et si elle n'avait pas été aussi distraite par les vagues de plaisir qui montaient depuis son bas-ventre, elle en aurait certainement ri. Un peu honteuse du vacarme qu'ils devaient imposer à toute la maisonnée, elle voulut lui souffler de changer d'endroit, ou de ralentir le rythme, quoi que ce soit pour être plus discrets, mais tout ce qu'elle réussit à prononcer fut :
« Stephen… »
Bree écarquilla les yeux, consciente que d'avoir laissé échapper son nom ainsi pouvait porter à confusion et elle résista à l'envie de se retourner pour constater l'effet sur son amant. Il devait transpirer d'orgueil, son rictus suffisant à son paroxysme… Comme pour la récompenser, Stephen se pencha en avant et l'une de ses mains se glissa autour de sa cuisse pour plonger vers son clitoris. Celui-ci déjà bien sollicité ne demandait pas grand-chose de plus pour exploser et Brianna prit une grande inspiration, le problème de la literie déjà bien loin de son esprit.
« Répète. »
Il jubilait. Elle l'entendait dans sa voix, qui avait grogné ce seul et unique mot. Elle le sentait dans son bassin qui lui imposait des va-et-vient délicieusement impitoyables. L'entendre gémir son prénom pour la toute première fois dans un tel contexte lui donnait un sentiment de toute puissance, de contrôle total sur elle et il n'avait aucune intention de s'arrêter là.
« Répète. »
Nouveau coup de rein. Brutal, profond. A couper le souffle. Si bien qu'il eut le temps de lui donner une troisième fois le même ordre avant qu'elle ne puisse s'exécuter, hors d'haleine. Son obéissance fut récompensée par une accélération orgastique de ses mouvements et Brianna se sentit perdre la tête. Stephen se répandit en elle au moment l'orgasme atteignait son paroxysme, sa main délaissant son clitoris pour attraper fermement sa gorge et ramener sa tête en arrière pour l'embrasser goulûment. Il prolongea le baiser un long moment, son autre main maintenant l'une de ses hanches pour garder leurs deux corps vissés l'un à l'autre. Brianna savait qu'il ne faisait cela que pour une seule raison : ne perdre aucune goutte du précieux liquide qui leur donnerait un autre enfant – mais ça ne risquait pas d'arriver à ce stade de son cycle, si bien que Brianna se laissa faire sans protester, profitant de ces quelques instants d'immobilité pour reprendre son souffle.
Stephen se retira après une petite minute, sifflotant un air guilleret qui provoqua un roulement d'yeux du côté de Bree, puis quitta le lit pour faire un brin de toilette tandis qu'elle se laissait tomber sur le matelas. Elle avait généralement interdiction de se mettre en position verticale après un coït, mais pour une fois elle n'avait même pas l'intention d'essayer. Le plaisir avait été si violent que des picotements désagréables avaient envahi ses mains et l'une de ses oreilles sifflait. Même si elle l'avait voulu, elle se sentait parfaitement incapable de se tenir sur ses deux jambes. Elle fixait toujours le plafond d'un air vide lorsque le bruit de vêtements que l'on enfile lui fit tourner la tête : Stephen remettait son pantalon avec un sourire parfaitement horripilant et elle fronça les sourcils.
« Où vas-tu ? », demanda-t-elle avec une pointe d'amertume qu'elle se fustigea aussitôt d'avoir laissée transparaître. Mais quelle que soit la relation tordue qu'elle entretenait désormais avec son mari, il n'y avait jamais rien de bien plaisant à se faire abandonner nue dans des draps souillés comme une catin que l'on quitte après avoir fait sa petite affaire. Ledit mari dut sentir son aigreur, car il gloussa.
« Ne t'en fais pas, mon cœur, je vais seulement nous faire monter quelque-chose à grignoter… Inutile de te rhabiller. »
Le regard affamé qu'il lui lança ne laissait aucune place à l'imagination quant au programme prévu pour le restant de la journée, et peut-être même de la nuit, et Brianna le regarda sortir d'un air sombre. Attendant que le bruit de ses pas se soit évanoui dans les escaliers, elle sortit avec précaution du lit, les jambes encore flageolantes. Elle fouilla dans son armoire à la recherche d'un mouchoir, qu'elle utilisa ainsi que de l'eau propre pour laver son intimité et en retirer tout substance à sa portée. Une fois son travail terminé, elle dissimula le mouchoir plié dans ses affaires et retourna se coucher. Ni vu ni connu.
De nouveau dans son cocon protecteur faits de draps et d'édredon, elle attendit le retour de Stephen, son esprit repassant inlassablement quelques images de ce qu'il venait de se produire. Ses mains puissantes sur ses hanches lorsqu'ils étaient encore à genoux sur le lit. Sa voix rauque qui lui demandait ce qu'elle désirait. Son regard dément qui admirait ses cheveux dénoués. Seigneur, ce regard… L'intensité de son désir envers elle l'avait toujours terrifiée. Il fallait être cinglé pour vouloir posséder une personne à ce point, sans rien savoir d'elle, en faisant totalement fi de ses sentiments, de sa peur… de son consentement. Comme un objet. Cependant, après sept mois en sa compagnie, non seulement elle commençait à s'y habituer mais aussi d'une certaine manière à l'apprécier. Elle s'était toujours trouvée jolie en grandissant, consciente de l'intérêt que lui portaient les garçons au lycée, puis à la fac. Mais dans les yeux de l'Irlandais, elle n'était pas seulement jolie. Elle était belle, mieux que ça, elle était…
Brianna sursauta lorsque la porte de la chambre s'ouvrit et que Stephen réapparut, les bras chargés d'un plateau de fruits qu'il posa sur la coiffeuse – sans se priver de détailler la silhouette de son corps nu que l'on devinait sous les draps.
« Divine… », murmura-t-il avec un rictus lubrique.
Un sourire mutin se dessina sur les lèvres de Brianna, bien malgré elle, à ce compliment qui achevait étonnamment bien sa propre réflexion – mais avant que Stephen puisse se gausser de l'avoir fait rougir, elle se leva et s'empara d'une grappe de raisin dont elle engloutit deux grains avant de se laisser retomber à plat ventre sur le matelas pour déguster le reste. Le regard de son mari lui brûlait littéralement la peau et elle finit par relever les yeux, la bouche pleine de raisin. Confortablement assis sur le bord de la coiffeuse, Stephen la fixait inlassablement avec un rictus énigmatique.
« Tu veux mon portrait ? », railla Brianna avec une moue insolente. Elle avait failli dire « ma photo » mais s'était corrigée au dernier moment. Un gloussement lui répondit et Bonnet se redressa, retirant à nouveau ses vêtements pour se glisser dans le lit à son tour… et lui piquer un grain de raisin directement dans sa grappe.
« J'adorerais… mais l'idée qu'un autre homme t'admire dans cette tenue ne me sied absolument pas… », marmonna-t-il en laissant ses doigts courir le long de ses cuisses et grimper la courbe de ses fesses. « Dommage que je sois incapable de dessiner comme tu le fais… »
Brianna se raidit légèrement, mais se redonna une contenance en avalant un nouveau grain de raisin. « Tu… as vu mes dessins ? » Elle avait voulu paraître détachée, mais en vérité elle crevait de peur à l'idée qu'il ait remarqué quoi que ce soit d'étrange dans ses croquis. Il n'y avait aucune chance pour qu'il comprenne son code ni même à quoi il servait, évidemment, mais il lisait si aisément en elle qu'elle appréhendait malgré tout sa réponse.
« Tu avais laissé quelques feuilles sur ta coiffeuse, un matin. Si jamais un jour tu es en manque de modèles ou d'inspiration… », plaisanta-t-il en faisant un geste de la main vers sa propre personne.
Rassurée qu'il ne se doute de rien, elle esquissa un sourire narquois. « Que ferais-je d'un portrait de toi ? Je te vois bien assez tous les jours que Dieu fait… »
Un claquement sonore se fit entendre dans la chambre lorsque la main de Stephen s'abattit sur l'une de ses fesses, y provoquant une légère douleur cuisante. Mais le sexe – et le soulagement d'avoir réussi à éviter le pire malgré les frasques de Roger – l'avaient rendue d'humeur grivoise et elle se contenta de hausser les sourcils en plaçant lentement un autre grain de raisin entre ses lèvres. Stephen gloussa, captivé par le contraste sensuel entre ses lèvres roses et le vert du fruit. D'un geste vif, il subtilisa la grappe entamée et ignorant les protestations de la jeune femme, la posa sur la table de nuit.
« J'étais en train de manger ça, au cas où tu n'aurais pas remarqué ! »
« Tu finiras plus tard… », grogna-t-il en l'attrapant de nouveau par les cuisses avant de poursuivre, tout contre ses lèvres : « J'ai de meilleurs projets pour ta bouche. »
Brianna roula des yeux face à l'inélégance de sa remarque, mais n'eut pas le temps de rétorquer. Stephen l'embrassait à nouveau, insatiable et elle passa instinctivement les bras autour de son cou pour se laisser emporter dans une nouvelle étreinte.
~o~
La nuit avait été longue et incroyablement douce. Les heures de sommeil rares, entrecoupées de nouvelles caresses, de baisers et d'orgasmes tous plus enivrants les uns que les autres. Stephen semblait déterminé à effacer par le plaisir toute trace de Roger ou de son ancienne vie du cerveau de Brianna et bien que cela ne risque pas d'arriver, la jeune femme ne voyait aucun inconvénient à ce qu'il essaie. Il ne s'était jamais soucié à ce point de son plaisir en sept mois – ou bien peut-être était-ce elle qui s'interdisait d'y succomber. Elle devrait néanmoins rétablir une certaine distance entre eux après cet incident, si elle voulait continuer de garder le contrôle d'elle-même et de ses sentiments. Lorsque cette nuit s'achèverait, elle se reprendrait en main. Se rappellerait qui elle était, qui il était. Ni la routine, ni les fausses bonnes manières de Bonnet, ni le sexe – quelle que soit la qualité de celui-ci – ne devaient la détourner de son objectif premier : récupérer sa liberté.
Mais à chaque fois que les mains de Stephen la tiraient de son sommeil, le ciel était toujours obstinément noir et constellé d'étoiles, et elle se laissait alors emporter sans aucune culpabilité dans une nouvelle et bruyante vague de plaisir. Jusqu'à ce qu'enfin, l'aurore finisse par se lever.
Lorsque les premiers rayons du soleil pénétrèrent dans la chambre et que ses yeux papillonnèrent, la douce sensation des draps sur sa peau nue la fit frissonner, d'autant plus lorsque l'une des mains chaudes de Bonnet se glissa autour de sa taille pour l'attirer contre lui.
« Bonjour… », murmura-t-il dans son oreille. Brianna esquissa un rictus, qui devint aussitôt un sourire plus 'sincère' lorsqu'il la fit se retourner vers lui. Le pirate était déjà habillé et peigné, et Brianna se demanda comment il avait pu se lever, se préparer puis se rallonger auprès d'elle, sans que le bruit du lit ne la réveille. Mais ce n'était pas son plus gros problème : l'expression de Bonnet trahissait certes sa satisfaction vis-à-vis de leur nuit d'amour (ce qui était plutôt encourageant), mais il demeurait dans son regard un éclair de malice, comme s'il s'apprêtait à dire ou à faire quelque chose qui n'allait pas lui plaire.
Descendant progressivement le long du corps de Bree, il entreprit de tracer une ligne verticale de baisers depuis ses seins jusqu'à son nombril. « Je n'ai jamais autant détesté l'idée de devoir quitter mon lit que ce matin, crois-moi, mon cœur… mais j'ai des choses à faire… et je meurs de faim », acheva-t-il, avant de mordiller la peau de son ventre. Brianna le chassa du plat de la main, avec un gloussement d'adolescente du plus bel effet, si bien imité qu'elle dut se retenir de lever les yeux au ciel. « Viens prendre ton petit-déjeuner avec moi, ça fait longtemps… »
Brianna soupira. Elle n'avait qu'une envie : se retrouver seule pour se recentrer sur elle-même et faire le bilan désastreux de cette nuit, où elle s'était honteusement laissée aller à la luxure. Mais comme d'habitude, ce qu'elle souhaitait ne comptait pas vraiment. Elle opta donc pour une solution qui lui permettrait peut-être d'avoir quelques minutes de répit. « J'arrive dans un moment. Je veux juste profiter encore un peu de ce lit… J'ai très peu dormi, étrangement… »
Bonnet gloussa et se mordit la lèvre inférieure. « D'accord… mais ne traîne pas trop. »
Sans attendre de réponse, il se leva et quitta la pièce, non sans un dernier regard libidineux en direction du corps nu de sa femme. Dès qu'il eût refermé la porte derrière lui, Brianna roula sur le dos et poussa un soupir rageur. Certes, elle avait évité à Roger de mourir dans d'atroces souffrances, avait convaincu son mari de sa fidélité et de son attachement envers lui, mais c'était une victoire en demi-teinte. La façon dont il l'avait séduite cette nuit, ses caresses, le plaisir qu'il lui avait donné et qu'ils s'étaient donné mutuellement, tout cela était allé beaucoup trop loin. Trop réel, trop… concret. Elle ne pouvait pas le laisser recommencer. Il lui faudrait trouver une solution, une parade pour retrouver un certain détachement ou se contenter de feindre. Après quelques minutes de réflexion supplémentaires, elle décida de se lever et de s'habiller pour ne pas qu'il s'impatiente. Un brin de toilette, une tenue simple, quelques coups de brosse dans les cheveux et un ruban pour les nouer, et elle se sentit prête à affronter cette journée. Du moins, le croyait-elle en quittant la chambre.
Car ce que Bonnet lui avait réservé ce matin, elle ne l'avait pas vu venir. A quelques mètres de la porte, sur le palier du premier étage, se trouvait Roger, toujours ligoté mais cette fois sur une chaise et bâillonné à l'aide d'épais morceaux de chiffon. Et les mains appuyées sur les deux montants de la chaise, derrière lui, Bonnet attendait patiemment qu'elle daigne sortir de son antre. En la voyant, le regard de Roger se teinta d'un dégoût et d'un mépris si violents que Brianna recula d'un pas. Que… ?
« Je voulais te montrer que j'ai tenu parole, mon cœur. Comme tu le vois, il est toujours en vie… », lança joyeusement le pirate en ébouriffant d'une main les cheveux hirsutes de Roger. « Les nuits sont encore fraîches pour la saison, je me sentais mal de le renvoyer ainsi sur les routes… Comment s'est passée votre nuit dans le couloir, Monsieur MacKenzie ? Avez-vous eu suffisamment chaud ? »
Il… il a passé la nuit… ici ?, bégaya intérieurement Brianna, horrifiée. L'idée que Bonnet avait tout calculé faisait lentement son chemin dans son esprit. La nuit torride, les orgasmes à répétition, le lit bruyant qu'il rechignait à faire réparer ou remplacer… Il ne lui manquait plus que la dernière pièce du puzzle… et celle-ci était venue se présenter d'elle-même aux portes de River Run. La bouche encore pleine de chiffons, Roger ne répondit pas à la question de Stephen, mais ses yeux furieux parlaient pour lui.
« Oh, suis-je bête… », ricana l'Irlandais en dénouant le bâillon pour lui permettre de s'exprimer. « J'avais oublié ce petit détail. » Il se pencha ensuite au-dessus de l'épaule de Roger et dodelina de la tête. « Moi, je n'ai pas eu froid, personnellement… Comme vous pouvez l'imaginer… »
Brianna sentit son estomac se retourner dans son ventre et s'il n'avait pas été vide, son contenu aurait probablement fini sur le tapis. Roger la dévisageait avec une aversion et un écœurement qu'elle ne lui avait jamais vus. Sa bouche, qu'elle avait autrefois adoré embrasser, se tordait en un rictus venimeux. Il savait comment elle gémissait, comment elle criait dans le plaisir… Il avait donc certainement compris qu'elle ne simulait pas et les craquements répétitifs de la literie tout au long de la nuit n'avaient pas dû arranger les choses. Une traînée… Voilà ce que tu es. Une sale petite traînée… Doublée d'une traîtresse, par-dessus le marché… Nouveau haut-le-cœur. Elle aurait voulu disparaître, partir en courant, se désintégrer en un million de petits morceaux éparpillés par le vent, mais son corps refusait de bouger. Elle était toujours figée de stupeur lorsque l'expression de Bonnet changea du tout au tout et devint menaçante. Il contourna la chaise, pour se placer cette fois en face de Roger et saisit sa mâchoire entre ses doigts.
« Ne vous avisez plus de revenir sur mes terres, Monsieur MacKenzie… Brianna ne sera pas toujours là pour vous sauver la mise… »
Roger détourna son regard de son ex-femme qui s'était mise à trembler de tous ses membres, complètement sous le choc, et secoua la tête. La haine dans le regard de l'Ecossais n'avait d'égale que celle que lui renvoyaient les yeux de son rival. « Soyez tranquilles, vous ne me verrez plus. Je m'en voudrais de troubler votre bonheur conjugal, Monsieur et Madame Bonnet… »
« Sage décision… », rétorqua Bonnet en lui tapotant la joue. Il se redressa et claqua des doigts en direction de l'escalier. Aussitôt, trois hommes – dont Hennessy – emportèrent Roger et sa chaise au rez-de-chaussée.
Brianna regarda l'Ecossais s'éloigner, tel un bourgeois sur sa chaise à porteurs, puis disparaître au niveau inférieur où il serait probablement libéré et raccompagné vers la sortie. Ses jambes se dérobèrent sous elle et elle sentit son dos heurter la porte close de leur chambre, l'empêchant de tomber. Ses poumons commençaient à la brûler, comme si elle avait oublié comment on respirait et elle ouvrit grand la bouche, en vain. Pas le moindre filet d'air ne parvenait à passer par sa gorge et elle se demanda un instant si elle n'allait pas tout simplement mourir là, sur le palier, par simple défaut d'oxygène. Ses yeux roulaient sans but dans leurs orbites, hagards, jusqu'à ce qu'ils se fixent sur la seule et unique personne qui était restée avec elle dans le couloir de l'étage. Stephen.
Il la dévisageait avec attention, les yeux plissés, prêt à la maîtriser si jamais elle décidait de lui tomber dessus pour l'assassiner à mains nues. Mais Brianna était incapable de faire le moindre mouvement. Un éclair de doute passa toutefois dans les iris verts de l'Irlandais, comme si l'idée qu'il avait peut-être poussé le bouchon un peu trop loin lui avait traversé l'esprit, mais sa malice habituelle reprit bientôt sa place et ses lèvres s'étirèrent en un large sourire.
« Tu n'as plus rien à craindre, mon cœur. Je crois que Mr. MacKenzie a compris la leçon et ne reviendra plus nous importuner. »
Le silence brisé sembla redonner le coup de fouet nécessaire à Bree pour retrouver ses réflexes respiratoires et elle prit enfin la grande inspiration qu'elle cherchait depuis plusieurs dizaines de secondes. La tête lui tournait, ses mains tremblaient, ses jambes chancelaient – elle devait faire peine à voir mais Stephen ignorait superbement le moindre signe de sa détresse, continuant de faire comme si de rien n'était.
« Je meurs de faim. Allons prendre notre petit-déjeuner, si tu veux bien. »
« …n… ute… » fut tout ce que Bree parvint à prononcer et elle vit son mari froncer les sourcils et pencher la tête en avant.
« Pardon ? Je n'ai pas entendu, mon amour, tu as dit… ? »
Brianna sentait son visage devenir un peu plus chaud et moite à chaque seconde. Elle devait être écarlate. De rage, de honte, de haine et de tristesse. Ses yeux larmoyaient et une boule douloureuse avait élu domicile dans sa gorge. Elle ne sut même pas comment elle trouva la force de répéter à haute et intelligible voix : « Une minute. »
Toujours est-il que Stephen hocha la tête, comme si elle venait simplement de lui demander de lui accorder quelques instants de plus pour parfaire son look, et après un dernier regard triomphant, dévala les escaliers d'un pas léger. Pivotant sur ses talons, Bree s'effondra d'abord contre la porte de leur chambre mais la seule idée de poser ne serait-ce qu'un œil sur les draps en bataille ou de respirer l'odeur de leurs ébats lui était insupportable – elle se traîna donc péniblement jusqu'à la chambre de Jeremiah, vide. Phèdre avait probablement dû déjà le lever et l'emmener prendre son petit-déjeuner.
Ses gestes jusqu'alors lents et hésitants devinrent soudain précipités, frénétiques et elle se rua vers le lit, saisissant in extremis l'oreiller de son fils pour le presser contre son visage. Ses propres cris lui parvenaient comme étouffés, atténués mais elle ne doutait pas de leur puissance réelle, tant la douleur qu'ils créaient dans sa gorge et le long de ses cordes vocales était cuisante. Et plus elle hurlait, plus sa voix en pâtissait, finissant par ne plus être que de vagues râles entrecoupés de sanglots déchirants. Si elle avait eu un semblant d'espoir de retrouver Roger un jour et de reprendre leur vie là où ils l'avaient laissée, cet espoir s'était évanoui au moment où elle avait lu dans son regard tout le dégoût et la répulsion qu'elle lui inspirait. Stephen s'était jouée d'elle d'une manière presque aussi cruelle que le jour où il l'avait forcée à l'épouser. Persuadée qu'elle en tirerait un bénéfice ou au moins une certaine tranquillité d'esprit, Brianna avait joué son jeu de séduction et laissé tomber de nouvelles barrières. Et il s'en était servi pour écraser les dernières miettes de son amour avec Roger.
Elle ne poussa même pas de cri de douleur lorsque ses jambes la lâchèrent et qu'elle tomba à genoux sur le parquet, l'oreiller toujours serré contre elle. Les cris avaient laissé la place aux larmes et elle se laissa doucement glisser sur le sol pour y pleurer tout son soûl.
Le cœur brisé.
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Et normalement là… vous avez tous la paume de la main sur le front et vous vous dites « POURQUOI, STEPHEN, POURQUOI ? ». Mdrrr Une chose est sûre, ce qui était pour lui un simple mauvais tour va avoir des conséquences énormes sur Brianna des conséquences dont il n'avait pas une minute imaginé l'ampleur. Mais peut-être est-ce pour le mieux… ?
Qu'avez-vous pensé du chapitre dans son ensemble ? A-t-il été assez croustillant et torride pour vous ? J'ai hâte de lire vos réactions, j'attends depuis des mois d'arriver à cette partie-là de l'histoire pour lire vos commentaires sur ce qu'il vient de se passer, ahahahah.
Le prochain chapitre sera publié le 25 septembre ! D'ici là, j'attends vos impressions et je vous fais des bisous :)
Xérès
